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II. — La mythologie inférieure

La division en mythologie supérieure et mythologie inférieure repose sur ce fait bien connu, que beaucoup de peuples primitifs vénèrent non seulement les dieux supra-terrestres à qui vont les prières et les sacrifices, mais encore la nature environnanlo qu'ils croient animée d'esprits anonymes, le plus souvent destitués de traits individuels et de personnalité précise. Pourtant, avec leur simplicité

pour ainsi dire démocratique, ces esprits jouent souvent dans la conscience populaire un rôle plus important que les nobles habitants d'un Olympe surhumain. Ainsi en a-t-il été chez les Germains, comme chez les Romains des temps anciens. Il est surprenant de constater à quelle profondeur, même de nos jours, l'étude des coutumes et des légendes populaires nous permet de pénétrer dans ce monde bariolé de figures, qu'a enfantées la foi des âges primitifs. La plupart de ces créations mythologiques ont leur principe dans la cro^^ance à l'existence des âmes et le culte qu'on leur rendait. D'autres sont les personnifications des forces de la nature : les démons appartiennent à cette dernière catégorie.

La ci^oyance aux âmes et le culte des moi^ts. — La croyance aux âmes revêt chez les Germains une grande variété de formes. Comme tous les peuples primitifs, les Germains croyaient à une survie, mais il s'en fallait de beaucoup que celte croyance fût éclairée par la réflexion psychologique et exactement délimitée. Tout au contraire, cette pensée sérieuse et profonde était devenue le jouet d'une fantaisie capricieuse, qui l'avait étonnamment transformée. La mort se charge, mieux que tout le reste, d'enseigner aux peuples primitifs l'existence d'un être psychique, car qu'y a-t-il de plus clair et de plus douloureusement palpable que cette vérité à la vue du corps inanimé? Dans la pensée du Germain, c'est un second moi qui quitte le cadavre. L'âme retourne à la nature toujours animée; elle se réunit à la grande armée d'esprits qui, bruyante, passe avec la tempête : telle est la conception qui a créé le mythe de larmée sauvage (wildes Heer)^ et aussi les histoires de luttes CHftisruâ. 29

d'esprits, dont l'une a dû se livrer dans les airs, à la suite de la bataille des Champs Catalauniques.

11 y a cependant des âmes, auxquelles il n'est pas permis d'entrer dans l'armée des esprits. Elles sont condamnées à vaguer dans les endroits oii s'est écoulée leur vie terrestre. On les voit apparaître sous forme de spectres aux mortels effrayés, et elles cherchent à leur nuire.

L'âme séparée a son existence personnelle, et conserve les besoins et les exigences propres de la vie humaine. Elle assiste au banquet funèbre et en touche sa part; onlui sacrifie sur les hauteurs, dans les bois, près des sources et des rivières. C'est là précisément que les âmes se reposent de leurs voyages avec les tempêtes. De même que les esprits fréquentent certains lieux préférés, ils ont aussi leurs époques où ils manifestent plus vivement leur puissance. Ils apparaissent de nuit, surtout quand la tempête est déchaînée au dehors. Le beau temps des esprits se place, — suivant l'expression populaire, perpétuée jusqu'à nous, — aux « douze nuits », alors que les jours sont les plus courts, et que la tempête sévit avec le plus de rage pendant la nuit plus longue. Les superstitions variées, qui de nos jours persistent parmi le peuple, sont dépendantes de cette conception.

Les esprits d* oppression (Drûckgeister). — Les esprits des morts sont généralement hostiles aux hommes et s'efforcent de leur nuire. Ceci s'applique spécialement aux malins esprits, appelés esprits d'oppression ou esprits malfaisants, qui forment un groupe à part. Ils sont désignés chez les Germains par les noms les plus variés : Mare, Alp, TrudCy etc. Un

trait commun à tous est de tourmenter on même d'étouffer les hommes. Les esprits apparaissent le plus souvent sous forme humaine, parfois sous forme d'animaux. Les âmes d'enfants se montrent sous figure d'oiseaux ou de papillons ; le cygne gracieux cache de préférence l'âme d'une jeune fille. Terribles entre tous sont le loup-garou, et le Berserker, l'ours carnassier.

Les sorcières. — Aprèsla mort, les âmes vont ordinairement rejoindre dans les airs l'armée des esprits. 11 est cependant des hommes qui pendant cette vie ont le pouvoir de faire sortir l'âme de leur corps pour participer aux pratiques des bandes d'esprits. Le plus souvent, ces pratiques sont le privilège des femmes, les lugubres sorcières, reconnaissables même à leur extérieur, misérables vieilles aux yeux chassieux et à la démarche branlante. Ces ennemies du genre humain ont le pouvoir de régler le beau et le mauvais temps, et d'exercer partout mal et dommage. La crainte des sorcières, qui plus tard devait jouer en Allemagne un si triste rôle, semble d'origine purement germanique, et est née de la croyance aux esprits.

Les esprits féeriques [Elfische Geister). — Tandis que les créations mythologiques que nous avons jusqu'ici rencontrées, peuvent se rattacher à la croyance aux âmes, il est un autre groupe d'êtres surhumains où cette liaison est moins facile à reconnaître. Ce sont les esprits féeriques [Elfische Geiste?*), qui eux aussi habitent dans la nature et les éléments, mais qui, à l'inverse des esprits des morts, sont généralement secourables et pleins de bienveillance pour les hommes. Au fond des eaux qu'illumine le

soleil, vivent les belles Ondines, qui plus d'une fois attirèrent les voyageurs dans leurs demeures brillantes pour ne plus les laisser partir. Au sein des montagnes se cachent les nains prudents, gardiens d'imment^es trésors, forgerons merveilleux des forges souterraines, bienfaiteurs des mineurs industrieux ; dans les coars et les maisons, les Kobolds, ces petit lutins familiers, mènent leur tapage. Les champs e! les forêts ont aussi leurs esprits que le passant peui rencontrer; sur les clairières, au clair de lune, les Elfes s'enlacent pour la danse.

Ces esprits féeriques tiennent le milieu entre les esprits des morts et les démons.

Les démons. — Ces êtres ne sont ni des dieux déchus ni une transformation tardive des esprits des morts. Il faut y voir des personnifications des forces de la nature et des phénomènes étranges, auxquels l'esprit des hommes simples et naïfs attribue une vie et une action semblables à la vie et à l'action humaines, avecune puissance plus considérable. C'est là une idée fondamentale, commune à tous les peuples germaniques; seulement les noms et les traits particuliers varient avec la tribu et le pays. Beaucoup de ces êtres fantastiques survivent encore aujourd'hui dans l'imagination populaire. C'est l'esprit de la montagne, le Rùbezahl, dans le Riesengebirge ; c'est le Watzmann dans les Alpes bavaroises; ce sont les géants du Dovrefjeld dans les rudes montagnes de Norvège; c'est le serpent de Midgard qui joue un rôle si important dans la mythologie irlandaise, cl n'est pas autre chose que la personnification de la mer du Nord déferlant avec fracas, tandis qu'.'lci'// représente la mer lisse et calme. Au milieu du veut

et de la tempête s'élance le Chasseur sauvage (der wilde Jàger). Il y a encore une foule de géants, vivant dans l'imagination germanique, sans que le lien qui les rattache aux phénomènes naturels soit aussi facile à discerner.

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