INTRODUCTION. XI
avoir pour conséquence de rappeler de temps en temps au lecteur qu'il ne doit pas attacher une importance absolue aux dates données par le chroniqueur, et qu'il ne peut en accepter aucune sans un contrôle sévère.
A nos y eux y l'auteur y quel qu'il soit, a été d'abord un curieux qui, sans songer à composer un livre, n'avait eu d'autre but que de conserver sur un registre des notes historiques à mesure qu'elles se présentaient à son esprit. Un usage, très fréquent parmi nos ancêtres, les portait à écrire les événements dont ils étaient témoins; il n'y avait pas alors de journaux, et un grand nombre de lettrés conservaient, pour eux et pour leurs descendants, la mémoire des faits contemporains qu'ils voyaient ou qu'ils apprenaient; c'était une tradition venue des temps antérieurs à l'invention de l'imprimerie. Jean de Gaufreteau cite plusieurs fois les recueils de ce genre, qu'il appelle € les chroniqueurs bordeiois ». // y avait donc, de son temps, plusieurs chroniqueurs bordelais connus : lui-même en était un. L'éditeur de la Chronique de J. de Gaufreteau possède deux autres chroniques, écrites par deux autres membres du parlement de Bordeaux, contemporains de Gaufreteau : le président Du Cru\eau et le conseiller deMestivier. Or, à chaque instant, les Assemblées du Parlement « fesaient de l'histoire », comme on l'a dit depuis, en sorte que beaucoup de ces magistrats se laissaient jaller à la tentation d'écrire jour par jour les décisions et les événements mémorables qu'ils avaient contribué à accomplir. Plusieurs y joignaient volontiers le récit des anecdotes qui circulaient en ville ou au palais.
L'apparition et le succès de la Chronique bordeloise
XU INTRODUCTION.
de Gabriel de Lurbe donnèrent à Jean de Gaufreteau la pensée qu'il pourrait continuer cette Chronique^ tout en réparant les omissions et en rectifiant les erreurs qu'elle contenait; en conséquence^ à partir de ce jour, il inscrivit ses notes dans un volume de papier dont les derniers feuillets étaient réservés à la transcription des pièces de vers qu'il recueillait ou qu'il composait. Quand ce volume Jut ainsi rempli, il trouva que son œuvre méritait réellement d'être conservée; il entreprit de donner à ses notes plus de développement, en même temps qu'une rédaction plus soignée, et il essaya de les classer dans l'ordre chronologique.
Jean de Gaufreteau transporta donc ses notes sur un second volume, et, pour classer les faits dans l'ordre chronologique, il espaça les transcriptions de ses notices, en laissant entre les différentes années autant de feuillets blancs qu'il croyait nécessaire d'en réserver pour contenir les nouveaux articles que l'ordre chronologique devait amener; malheu» reusement, il ne laissa pas asse\ de papier blanc pour les notes de certaines années, et il en laissa trop pour d'autres années, en sorte qu'il fut bientôt obligé d'intercaler les dernières notices sur des pages qui ne leur étaient pas destinées, et que peu à peu il introduisit dans le second volume un désordre chronologique presque aussi grand que celui qui existait dans le premier volume.
Il est probable que. c'est alors que l'auteur, devenu vieux (ou l'un de ses héritiers, car il est possible que les deux manuscrits aient été transcrits par un autre que fauteur primitif), voulant transporter les notes du premier volume dans le second, et ne se