INTRODUCTION. XV
et héritier de Jean de Gaufreteau^ le jeune ^ ci-devant commissaire aux enquêtes et curé de Liboume,
Du reste, les lecteurs curieux d'approfondir cette question en trouveront les éléments dans la généalogie des Gau/reteaUf qui sera publiée plus tard, et dans laquelle seront rassemblés tous les documents que nous avons pu recueillir sur les divers membres de cette famille.
Nous publierons aussi, après la Chronique en prose, le recueil des diverses pièces de poésie qui, comme nous V avons dit, se trouvent à la fin du volume A.
// ne nous reste plus qu'à ajouter que nous avons soigneusement indiqué, au bas de chaque article, entre parenthèses, dans quel manuscrit et dans quelle page du manuscrit ont été pris les articles imprimés. Ainsi : (A. 36) signifie que V article se trouve à la page 36 du premier manuscrit; (B. 38) signifie que V article a été pris à la page 38 du second recueil,
Bordeaux, le 3o Décembre iSj6.
Jules DELPIT.
JEAN DE GAUFRETEAU
*I240 ^^\ — En ceste année fut portée dans l'église de Saint-Seurin la relique appellée la verge de SainU Martial (*), du bon vouloir et consentement de la ville de Limoges, où elle estoit dans Teglise et abbaye de Saint-Martial, et ce, juridiquement, d'aultant que bien que les consuls de Limoges fissent refus de la rendre, neantmoins ils y furent contraints, la ville de Bourdeaux alléguant, pour sa raison principale et qui ne pouvoit estre disputée, que ledit Saint avoit esté le premier eveque de Bourdeaux, et partant que les Limosins ne pouvoyent différer de rendre ladite verge, qui estoit la croce de celuy qui avoit esté leur eveque.
(^) Les dates précédées d'un astérisque sont des dates surchargées dans les manuscrits.
(•) Dom Devienne, Histoire de Bordeaux, 1862, t. II, p. 353, note I, donne une autre version de la même légende, mais sans y joindre aucune date.
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1240 A cause de quoy on peut appeller apocryphe le dire du commun, qui consiste que ladite ville de Limoges ne voulut jamais donner ladite verge que la ville de Bourdeaux lui demandoit, afin que par les prières dudit Saint elle put impetrer de la pluye du ciel en une année de grande sécheresse, si ladite ville de Bourdeaux ne donnoyt pour pièges de la restitution douze jurats, de vingt et quatre qu'il y en avoit en ce temps là, dans ladite ville de Bourdeaux, et que Bourdeaux, pour truffer les Limousins qui ne sont pas bestes, ains sçavent fort bien leur compte, leur envoyèrent, par supposition, douze portefaix, vestus de la livrée de la jurade, sur la caultion desquels la ville de Limoges bailla ladicte relique, laquelle ne leur a jamais despuis esté rendue. A cause de quoy ik firent mourir ces douze ostages. (B. 35o.)
1270. — Je parle de loing et fais une remarque qu'on appellera moisie, mais d'aultant qu'elle est notable, et pour la gloire de la ville de Bourdeaux, je ne la puis oublier, quelque floche qu'elle soit, mesme quand elle le seroit davantage; et ]X)ur mesme cause, je ne puis aussi que me plaindre de de Lurbe, qui, en sa Chronique bourdeloise^ ayant timpanisé, dit il, le mérite de certains régents du Collège de Guienne, estrangers et nullement regnicoles ni francois de naissance, a cependant oublié le mérite d'un des plus recommandables personnages de tout ceux qui ont prins naissance dans la patrie bourdeloise, grandement aymé d'Edouard, roy d'Angleterre. Venant au faict, je dis donc, qu'en ce temps la, et avant et après cette année, estoit un sublime personnage, médecin, enfant
de Bourdeaux, nommé Arnaud de Villeneufve ('), non 1270 point tant recommandable pour son art de médecine, comme il fut célèbre pour avoir trouvé e faict la pierre philosophale, qui est l'art de /aire Ver e donner à la lune la splendeur et l'essence du soleil, ainsin que parlent ceux de cette profession. Mais cecy est remarquable, que ce médecin qui estoit grandement chrestien, catholique et devotieux, estant monté à une si haute et eminente science, et, par le moyen d'ycelle, ayant le moyen de parvenir à une sublime richesse, il ne fut jamais marié. Se transporte en Angleterre vers le roy Edouard, il luy représente qu'il a trouvé le moyen de luy fornir une très grande richesse, comme aussi il est tout prest de la mettre entre ses mains, pourveu que le roy la veuille employer seulement à faire la guerre contre les infidelles, pour le nom de Jesus-Christ, et non point contre les princes chrestiens, notamment contre le roy de France.
Edouard luy ayant juré cette promesse solemnellement et receu de grands thresors dudit Villeneufve, et pour dissimuler mesme qu'il vouloit tenir sa promesse, dans le chasteau de Blanquefort-les-Bourdeaux, prins Testandart de la foy, de la main de Teveque, et la croix, comme chef des Chrestiens, nommé par le
(*) De Lurbe, contrairement à l'assertion de Gaufreteau, a parlé d'Arnaud de Villeneuve, dans sa Chronique, et a dit qu'en i3o6, cet insigne médecin et Martin de Athera (et non pas Dominique, comme on l'a imprimé dans la chronique en français) disputèrent à Bordeaux devant le pape Clément V; mais il n'en a pas parlé dans son De illustribus Aquitaniœ viris. La vie d'Arnaud de Villeneuve, chimiste, littérateur et théologien éminent, est assez mal connue. Gaufreteau avait sans doute quelques bonnes raisons pour le foire naître en Guyenne, au lieu de le qualifier de Catalan, comme Font fait quelques imprimeurs de ses œuvres.
4 J. DE GAUFRETEAU.
1 270 Pape pour faire cette guerre saincte contre les Sarrasins infidelles. Neantmoyns, estant de retour en Angleterre, il changea d'opinion, e convertit cet or qu'Arnaud de Villeneufve luy auoit forni en très grande quantité à foire la guerre contre le roy de France. De quoy Arnaud print une telle affliction et regret, qu'il en mourut de déplaisir.
Mais parceque sur ce subjet, plusieurs font cette question, à sçavoir : si on peut foire la pierre philosophale; pour moy, je ne sçaurois rien resouldre la dessus; mais je puis bien protester avec vérité que j ay veu dans la ville de Padoue, en Italie, qui est soubs la domination des Vénitiens, oti j'estois allé étudier en droict, en Tannée 1589 et 90, un certain personnage, Bourguignon de naissance, appelé Bragadin, âgé de trente à trente-cinq ans seulement, lequel on disoit avoir trouvé cette pierre, et que pour estre en apparence dans sa richesse et son secret inexprimable, il s'estoit retiré par devers les Vénitiens, et non point en aucun aultre endroit, craignant que s'il fut allé en France, en Espagne, Angleterre ou quelqu'aultre royaume, il n'eust été forcé d'enseigner son secret, retenu en garde comme prisonnier. Comme aussi faisoit-il une très grande despense, il avoit pages et laquais, vivoit splendidement. Il faisoit les exercices ordinaires, aprenant à danser, aprendre jouer du luth, monter à cheval, et courre la bague, et tirer des armes. Et puis asseurer que j'ay faict ces exercices avec luy. Quand il es toit à Venise, il estoit plus cortisé qu'un prince des clarissimes de Venise, ce que ces gentilshommes vénitiens faisoyent, non pas pour l'amour de Bragadin, ains du secret à faire l'or qu'ils croyoyent qu'il eust, et qu'il leur enseigneroit. Mais ceux qui
tenoyent pour certain qu'il eust cette science la, qui 1270 vouloyent pénétrer du comment et d'où, estant si jeune, il Tavoit aprise, disoyent que c'estoit un hermite qui la luy avoit enseignée. Mais enfin, on trouva que ce n'estoit au fonds que vent et fumée, et qu'il n'avoit seulement que de la pouldre d'or, mais non pas la science de la multiplication. Laquelle pouldre lui manquant, il fut contraint, après avoir faict plusieurs debtes passifs à Venise, Padoue et ailleurs, de trousser bagage; et despuis, s'en estant allé au pays de Bavière, il y fiist arresté et supplicié comme enchanteur, magicien et sorcier.
Et pour faire voir que ce que je dis n'est point fable, je puis alléguer ceux qui le cognoissent aussi bien que moy, et qui estoyent allés aussi en ladite ville de Padoue, au mesme temps, pour y estudier, tous enfants de Bourdeaux : Vileneufve, Calmeil et les deux Chimbaults, desquels les deux premiers qui ont esté conseillers au Parlement sont decedés; mais les deux derniers et frères sont encore vivants. L'aisné a esté conseiller aussi audict Parlement, et après avoir marié sa fille, se trouvant mal engendré, comme plusieurs aultres, s'est faict prestre. Le puisné a esté jurât de Bourdeaux, lorsque toute cette légende de jurats qui ne vouleurent pas aller recevoir l'archevêque sur le quay fut desquillée. Lesquek seront tesmoings de ce que je dis.
Mais, pour tourner à nostre compatriote et excellent médecin, Arnaud de Villeneufve, il composa un livre en latin touschant l'art de faire l'or et trouver comme on dict la pierre philosophale. Lequel est imprimé et en oltre espoisé en volume, comme les coustumes de Bourdeaux. Je le puis dire, car je Tay veu et leu, et
6 J. DE GAUFRETEAU.
1270 de plus Tay mis en François, dans la ville de Lion, en i6o3, à mon retour de Romme, à la requestc d'un mien amy qui, ne sachant pas le latin, estoit grandement studieux de cette science, pour laquelle acquérir il consuma presque tout son bien et ne trouva que du vent. Ce livre a des termes grandement obscurs; lesquels au fonds je n'entendois point; ains seulement par le dessus, car il parloit bien véritablement du soleil, de la lune, de Mars, de Saturne et de Mercure, et des aultres planètes; mais oultre cela, il representoit un Roy et une Royne qui alloyent a une fontaine, et ainsin d'aultres termes semblables, intelligibles seulement à luy, et aux aultres doctes en cette science. J*ay ouy dire, despuis, à M. le présidant, à Bourdeaux, comme nous nous entretenions sur le discours de ce subject et parlions dudict Arnaud de Villeneufve, qu'yceluy avoit composé un autre livre en volume bien plus gros que celuy que j 'a vois traduit. (A. 195.)
iSqo. — Je veux torner parler de loing; mais puisque Bourdeaux a heu l'honneur d'avoir donné naissance à un très grand et excellent Prince qui, f>ar sa pieté, sa vaillance et par ses mérites recommandablés, l'a grandement illustrée, pourquoy n'en fairay je pas la remarque pour en honnorer ma patrie. Ce grand prince, duquel je parle, est Richard, roy d'Angleterre et duc de Guienne, qui fut fils du roy Edouard. Ce prince Richard ayma tellement le lieu de sa naissance, qu'il le décora de grands et insignes privilèges. Comme aussi, Bordeaux luy porta une si grande affection, ainsin que remarque de Lurbe, qu'yceluy
estant deccdé, en ladite ville, en Tannée 1398, sur la iSgo croyance que les Bourdelois eurent qu'il avoit esté empoisonné, il s y fit à Bourdeaux une exacte recherche de ceux qui parroissoyent avoir commis ce crime detes*table. Et le peuple, qui gemissoit jour et nuict pour le grand regret qu'ils avoyent de la mort de leur Prince, qui les avoit si par&itement chéris, usa d'une grande sévérité à chastier et à punir ceux qui en feurent tant soit peu soubçonnés; ainsin que le mesme de Lurbe représente, en sa Chronique^ que c'est presque incroyable. Mais, pour venir à mon dessein, je dis que ce Prince fut grandement vertueux et vaillant; surtout personnage craignant Dieu et grandement religieux.
Il àyma tellement Bourdeaux et les Bourdelois, qu'il voulut estre appelé Richard de Bourdeaux. Sur quoy ceci est à remarquer que ce Roy estant arrivé, au retour du vo)rage qu'il avoit faict oultre mer, pour faire la guerre aux Sarrasins, dans la ville de Ragouse, en Esclavonie ou Dalmatie (ainsi qu'on vouldra dire); comme il eut veu que les Raghouséens n'avoyent pas moyen d'aschever le bastiment commencé de leur église cathédrale, leur laissa une grande somme d'argent pour ledit édifice; soubs cette condition, qu'aussitost qu'ik l'auroyent aschevé de bastir le cloichier, ils rcndroyent compte des deniers, afin qu'il fiit veu en quoy et comment ik avoyent esté employés et mesnagés (*).
C'est la cause pourquoy ledit (Le feuillet 211 est
enlevé dans le manuscrit), (A. 210.)
(<) Richard II n'était pas le fils du Roi, n'est pas mort à Bordeaux et n'alla jamais en Orient. L'auteur a peut-être attribué à Richard de Bordeaux une anecdote concernant Richard Cœurde-Lion.
8 J. DE GAUFRBTEAU.
141 2 1412. — En cette année, fut ordonné, en assemblée générale des bourgeois de Bourdeaux, fsiicte en la maison de ville, que si celuy qui seroit appelle audit conseil faisoit refus, et estoit rétif d y venir, seroit condemné en l'amende de vingt francs bourdelois, et que, de plus, les portes de sa maison seroyent rompues par les sergents pour marquer sa désobéissance.
Le porte-guidon qu'on appelloit de la ville, c'est-àdire de la compagnie de gendarmerie et cavalerie que la ville de Bourdeaux payoit, estoit obligé de se tenir tousjours prest pour marcher lorsqu'il seroit mandé du maire, qui en estoit le capitaine, sus peine d'estre dégradé et desmis de sa charge.
En cette année, fut ordonné au mesme conseil gênerai de la ville, que celuy qui vouldroit faire profession de médecine, à Bourdeaux, proposeroit thèses, en public, et respondroit sur ycelles publiquement en ladite maison de ville; et, s'il estoit trouvé capable par les docteurs en médecine, presteroit le serment par devant les maires et jurats de ladite ville, ce qui s'observe encores aujourd'huy exactement.
En cette année, le sieur de Lespare ayant esté prins prisonnier par le comte de Foix, qui tenoit le parti du roy de France, est délivré par la libéralité de la ville de Bourdeaux, qui paya sa rançon audit sieur deFoix. (B. i.)
141 5. — En cette année, un religieux de Sainct- Augustin, nommé Jaques de Tulio, en ladite ville de Bourdeaux, grandemment sçavant et doae, tant aux lettres proËEines et sacrées, estant nommé à l'archevêché de Bourdeaux, et l'ayant refusé, David de Monferand
CHRONIQUE BORDELOISE. Q
est faict archevesque. Ledit religieux estoit natif de la 141 5 ville de Tolède, au royaume d'Espagne. (B. i.)
1422. — En cette année, le roy Henry [IV] d'Angleterre et duc de Guienne, faict un edict par lequel il est deffendu aux habitants, en la ville de Bourdeaux, de vendre vin en destail, qui est ce qu'on a appelle despuis en taverne, s'il n'est bourgeois, puis le jour de la Pentecoste jusques à la feste Sainct- Michel, 29 septembre; après laquelle est permis à touts d'en vendre indifféremment. Sur quoy, est à noter que cet article despuis fut aultrement couché, lors qu'après la sédition de l'année 1547 (sic), le corps et collège de ladite ville de Bourdeaux fut restabU par le roy Henry H. (B. 3.)
1425. — En cette année, il y eut un si grand tremblement de terre, en la ville de Bourdeaux, que la grande voulte de la nef de l'église Sainct-André, à l'endroit où sont maintenant les orgues, tumba par terre. Ce tremblement fit aussi grand mal en aultres endroits de ladite ville, par l'abatement de plusieurs maisons du costé des Salinieres [% (B. 3.)
1428. — En cette année, mourut David de Montferrand, archevêque de Bourdeaux. (B. 3.)
1429. — ^^ En cette année, les lieux circon voisins de Bourdeaux sont grandement travaillés des sorciers et
(*) De Lurbe a placé ce tremblement de terre en 1427, le jour de û Chandeleur.
10 J. DE GAUFRETEAU.
1 429 sorcières, qui faisoyent des empoisonnemens estranges, tant sur les personnes des hommes, femmes et petits enfants, que sur le bestail. On en exécuta a mort une infinité de cette canaille, tant par la corde que par le feu (*). (B. 3.)
1430. — En cette année, un chanoine de Sainct- André, nommé moussen Pey-Berland ou Berlaud, fils d'un simple vilageois, de Medoc, les aultres disent de la parroisse de Begle, fut, pour sa bonne vie et doctrine, appelle et faict archevesque de Bourdeaux, en la place de David de Monferrand, decedé. (B. 3.)
1433. — En cette année, Guillaume Xans, seigneur de la ville de Pomiers, qui n'estoit point encore érigé en viscomté, descendu de parants espagnols, est faict maire de Bourdeaux. (B. 3.)
1440. — En cette année, Tarchevesque de Bourdeaux, Pierre Berland, commence de faire bastir le grand dochier de Teglise métropolitaine Sainct-André, à ses despens; lequel, selon la commune renommée, a son fondement aussi profond en terre, qu'il est eslevé sur terre; et y avoit anciennement une fontaine proche du lieu où ledit clochier est basti, dans la place de Sainct-André; laquelle s'est despuis perdue et a esté comblée pour des raisons que Tancieneté ne nous a pas laissé par escrit; mais les vers hexamètres latins qui sont gravés en pierre, du costé du clochier, vers
(•) De Lurbe a placé un article semblable sous Tan 1435.
CHRONIQUE BORDELOISE. I I
le levant (*), nous ont donné la mémoire du nom 1440 dudit archevêque, autheur du bastiment de la susdite fontaine, et sont tels :
® Bis (•) quadrant quicunque oculis turrim aspîcis equis SMille quadringentis quadraginta labentibus annis, Felicibus ceptam auspiciis nonasque secundo Octobris, tantum certe scito esse profundam Fons prope prosiliens quantum tenet, Huic quoque primus Subjecit lapident, Petrus, archipresul in urbe ^urdigala, cujus pîebs colletetur in evum.
Or, ces vers qui sont fsiciles à entendre en tout le reste, ont une difficulté et obscurité qui put porter le lecteur à un doubte, touchant la profondeur dudit clochier en ces fondements, et consiste en ces mots des quatriesme et cinquiesme vers :
tantum scito esse profundam
Fons prope prosiliens quantum tenet, . . .
car on peut doubter et dire si, en ce qui est de la susdite profiindeur des fundements dudit clochier, lesdits fundements estoyent aussi profonds que la fontaine l'estoit : auquel cas, il fauldroit avouer que ladite fontaine estoit bien profonde, et y devoit avoir plusieurs degrés pour y descendre et puiser de Teau, ainsin que nous voyons que celle de rue Bouquiere est à grande profondeur, et celle du Chapeau-Rouge aussi. Ensi, par ces mots : /ons prope prosiliens quantum tenet, il fault entendre que ledict clochier
(}) Ces vers sont actuellement sur la fece septentrionale.
(«) L'inscription, écrite sur une plaque de marbre, porte : Dis, au lieu de Bis; mais, comme Gaufreteau, Lopès, et tous ceux qui ont reproduit ces vers, nous avons rectifié Terreur commise par le graveur.
12 J. DE GAUFRETBAU.
1440 avoit aultant <le profondeur, en ses fundements, qu'estoit longue la distance qui estoit entre luy et la fontaine : auquel cas on peut dire que ladite fontaine estoit bien proche du clocher. (B. 5.)
1441. — En cette année, TUniversité de Bourdeaux, tant pour le collège des humanités, que celuy du droit civil, et canon et médecine, comme aussi de la théologie, qui debvoit et doibt aller la première, est establie à Bourdeaux, ad instar de celle de Tholouse, et furent créés des docteurs et régents en susdites Éacultés; laquelle installation fut faicte par le bref et rescript du pape Eugène IV, en date du septiesme may, à la diligence et requeste des maire et jurats de ladite ville, qui, fixant les frais qu'il convint faire, tant pour envoyer à Rome, vers le Pape, que pour obtenir les despesches nécessaires pour ladite installation; et, à cause de ce, lesdits maire et jurats furent, declairés patrons de ladite Université, en laquelle pocession ils se maintiennent tousjours, quelque contrequam que le lieutenant gênerai en la seneschaussée de Guienne leur aye vouleu faire. Mais après cela faut noter qu'entre aultres choses dudit rescript du Pape, est porté que Tarchidiacrede Medoc, en ladite église de Sainct-André, seroit chancelier perpétuel de ladite Université, ainsin qu'il Test encores aujourd'huy. (B. 7.)
1442. — En cette année fut fondé le collège de Saint-Raphael, en la rue Sainct-Pol, par Tarcheveque de Bourdeaux, Pierre Berland, par Taffection qu'il eut de faire instruire gratis les pauvres enfants qui manqueroyent de moyens pour se pousser aux estudes.
Auquel collège ledit archevêque donna plusieurs rentes i .142 et reveneus temporels et spirituels^ et fut telle ladite fundation : premièrement, qu'il y auroit un prieur dudit collège et dix pauvres enfants qui seroyent nourris et instruicts aux despens du collège, par Tespace de dix ans; six, desquels seroyent natifs de Medoc, et les aultres six (quatre?) des aultres endroits du diocèse de Bourdeaux; en second lieu, que les archevêques, successeurs dudit fiindateur, seroyent patrons dudit collège; en troisiesme lieu, voulut ledit archevêque fundateur que, si après ledit temps de dix ans, ou plustost, lesdits escoliers se trouvent d'âge, et le désirent, ils soyent faicts prestres et servent à TEglise, soit dans la ville de Bourdeaux, ou dans les parroisses de la campagne. Despuits, le séminaire a esté mis audit collège, après que le concile de Trente fut tenu, et suivant l'ordonnance et décret d'yceluy : tellement, que la fundation dudit archevesque fundateur dudit collège a esté annuUée : surquoy, plusieurs font doubte si cela se pouvoit, et si un aultre collège pouvoit estre justement subrogé à celuy de Sainct- Raphael, contre l'intention du fundateur d'iceluy. Sur cette question, les uns disent ouy, les aultres non. Mais, quant à moy, j'ay grand peur que le grand reveneu dudit collège, soit qu'il s'appelle de Sainct- Raphael ou du séminaire, luy faîra perdre le nom, et l'abolira tout à faict. Toutefois, pour venir au fundateur archevêque, il est certain que sa memoyre durera aultant que sera Bourdeaux, pour les œuvres de pieté qu'il fit, et fundées pour la gloire et service de Dieu, dignement à l'honneur de l'Eglise, tant à Bourdeaux, qu'en aultres endroits de son diocèse. Mais, oultre cela, il mérite cette louange particulière
14 J. DE GAUFRETEAU.
1442 en ce qu'il n'a jamais enrichi extraordinairement ses parants, ainsin que font touts les aultres ecclésiastiques, à commencer despuits la teste jusques aux pieds; ce qu'il pouvoit facilement faire, s'il eut vouleu. Et fut enfin en si bon odeur et estime de saincteté dans ladite ville de Bourdeaux, que le peuple le canonisa et chauma par plusieurs années, le jour de son trespas. (B. 7.)
1443. — En cette année, les Bourdelois et la Guienne, estant grandement pressés par les armes de France qui faisoyent des grands progrès contre eux, députèrent l'archevêque, Pierre Berland, vers le roy d'Angleterre pour avoir du secours. Ce voyage ne réussit pas au contentement de la ville de Bourdeaux ; car, ledit archevêque s'en retourna avec des promesses de secours, et, par conséquent, de paroles seulement, et non point de forces pour résister aux ennemis : ce qui mit la ville en grande affliction. (B. 9.)
1444. — En cette année, fut faict un mémorable duel pour la querelle d'entre la France et l'Angleterre, en la place du chasteau de l'Ombriere à Bourdeaux, entre deux chevaliers, l'un nommé Bertrand de Casteja, françois, et Bertrand Grimont, anglois. Le premier Bertrand fut victorieux: car le second, estant mis par terre, demenda la vie a l'aultre, qui la luy donna, sans se vouloir prévaloir des adventages qu'il avoit de tuer son ennemi; dequoy il fut grandement loué. (B.g.)
144g. — En cette année, les tours de la maison de ville, où sont représentées les armoyries de Bourdeaux, furent eslevées jusques au sommet. (B. 9.)
CHRONIQUE BORDELOISE. l5
1450. — En cette année, le seigneur de Genissac, 1450 appelé Gaifer Chartreuse, est eslcu maire de Bourdeaux. Mais, encores que ledit Gaifer s'appellat seigneur de Genissac, qui est une parroisse dans l'Entre-deux-Mers, ce n'est pas pourtant qu'il en eut la seigneurie et justice de ladite parroisse; car elle estoit au roy d'Angleterre, comme duc de Guienne, comme aussi ladite parroisse est aujourd'hui de la mesme qualité pour le Roy.
En ladite année, le roy d'Angleterre envoya une armée en Normandie; laquelle estant venue pour faire un divertissement des armes des françois de la Guienne, est chassée dans ses navires, et contrainte de retourner d'où elle estoit partie. (B. 9.)
*l45l ^*\ — En cette année, les prestres, juges et aultres officiers de justice et du palais, ensemble les docteurs es universités, et les régents des collèges, en France, commencèrent de porter les bonnets quarrés, et quitter les chaperons desquek ils affubloyent et couvroyent auparavant leurs chefs, ainsin que nous le pouvons remarquer en anciennes effigies du temps passé, tant en ce qui concerne les personnes ecclésiastiques que séculières. Et ayant prins les bonets, mirent leurs chaperons sur leurs épaules pour leur servir de marque d'honneur et de dignité, selon qu'un chascun le peut voir et remarquer aujourd'huy. Mais, est à noter que j'ay dict en France, pour représenter qu'en Italie cela ne se pratique pas, attendu que bien que
(^) La date de 146 1, mise en marge du deuxième manuscrit, a remplacé celle de 1490. Dans le premier manuscrit, cet article, l^èrement modifié, portait la date de 1 590.
Ib J. DE GAUFRETKAU.
1 45 1 touts ecclésiastiques, juges et doaeurs des universités, ayent quitté le chaperon qu'ils souloyent porter, selon que nous les voyons représenter es images de Bartole, Balde et des aultres docteurs italiens, toutefois, il n*y a que les seuls ecclésiastiques qui portent le bonnet quarré, lequel est appelé birretum; car les aultres docteurs, juges et officiers de justice, portent la toque de velours ou de satin, ou taffetas, avec les grandes robes et longueur de mesme estofe, ainsin qu'ils le pratiquent es universités de Padoue, Bologne, Perouse et aultres de l'Italie. Les juges de la Rote, à Rome, portent le bonnet quarré, parce qu'ils sont touts ecclésiastiques. En Espagne et Allemagne, la toque est portée par les juges; mais, ceux de l'Inquisition, ont le bonnet quarré, à cause qu'ils sont aussi presque touts ecclésiastiques. Mais, il me semble que j'ay faict cette remarque à Paris, en ce qui touche le chaperon, et consiste en ce que les docteurs de la Sorbonne portent leur petit chaperon sans borlet sur l'espaule droicte, et messieurs du Parlement, le leur avec borlet sur la gauche, ce que font aussi les aultres Parlements.
En cette année, le roy de France, Charles VII, ayant chassé les Anglois de la France, vient avec son armée victorieuse, en Guienne, et prind plusieurs villes circonvoisines de Bourdeaux, en ladite province. Sur quoy est à noter que, comme les Bourdelois se fussent mis en campagne soubs la conduite de leur maire pour empescher les ennemis de faire le desgat, ils avoyent esté mis tellement en route et deffaicts, et poursuivis jusques en la parroisse de Talance, à une lieu de Bourdeaux, qu'ils receurent un tel effroy à la ville, qu'il fut ordonné que les endroits de ladite ville,
CHitONIQUE B0KD£L01SK. I7
du costc de la rivière, qui se trouvoyent ouverts, 1451 seroyent soudain fermés de palissade : ce qui lut exécuté.
En la susdite mesme année, la ville de Blaye et la forteresse de Fronsac ayant esté remises en l'obéissance des François, la ville de Bourdeaux fut réduite en telle extrémité qu'elle est contrainte de capituler, ainsin qu'elle fit, avec le comte de Dunois, lieutenant du roy Charles VII, en l'armée envoyée en Guienne pour remettre ladite ville soubs l'obéissance dudit seigneur Roy; avec plusieurs conditions dont les trois principales sont : qu'ils seroyent exempts à jamais, suivant leurs anciens privilèges, de toutes tailles, subsides et emprunts. En second lieu, qu'un parlement seroit establi en ladite ville. En troisiesme, que le Roy fairoit batre monnoye de toutes espèces en ladite ville. Ce qui ayant esté accordé, en mesme temps les Bourdelois presterent le serment de fidélité entre les mains dudit comte de Dunois; ce que firent aussi le captai de Buch, comte de Caudale; le baron de Montferrant, et plusieurs aultres principaiu seigneurs de Guienne. Après lequel serment faict, ledit comte de Dunois fit son entrée solennelle en ladite ville de Bourdeaux, et y fut honorablement et magnifiquemment receu. Mais, sur cela, est à remarquer : fut veu qu'en ladite entrée, le chancelier de France, qui avoit accompagné ledit comte de Dunois, armé d'un corcelet d'acier fort riche, ayant par dessus une casaque de velours cramoisi. Ce qui fit croire que ledit office de chancelier n'estoit pas tout à faict voué à la robe longue; ains qu'il participoit aussi avec les armes. Toutefois, il est certain que la dignité de chancelier est la première
l8 J. DE GAUFRETEAU.
145 1 de la robe longue, en France, de mesme que celle de conestable est la première des armes : quidquid dicat Bartholus. (B. 14.)
1452. — En cette année, fut tenue, dans la ville de Bourges, une assemblée des notables du royaume de France et de la Guienne, nouvellement réduite à Tobeissance des François, tant ecclésiastiques que séculiers, en laquelle l'archevêque de Bourdeaux, Pierre Berland, envoya ses députés, lesquels, par son ordre, avec l'eveque de Perigueux, s'opposèrent à la Pragmatique Sanction que le Roy vouloit mettre en vigueur, en faveur des libertés gallicanes, et, pour leurs raisons, alléguèrent qu'elle estoit tout à faict contraire à Tauthorité du Pape et du Sainct-Siege, mais notamment à celle de l'Eglise.
En cette année, les Bourdelois estant en quelque façon piqués de ce que les François ne tenoyent pas leurs promesses, en ce qui estoit de la conservation de leurs privilèges et franchises, persuadés, subornés et induicts par les seigneurs de Lespare, de Monferrand, de Rausan et d'Anglades, pratiquent les armes d'Angleterre, qui envoyé le milord Talbot en Guienne, avec une puissante armée, et, comme il estoit très vaillant capitaine, il reprent, tout aussi tost après son arrivée, la ville de Bourdeaux, par le moyen des intelligences qu'il y avoit, y entrant par la porte du Chapeau-Rouge, laquelle, pour lors, estoit appellée du Cor ou du Prat-dU'Cor, le 28 octobre; ensuite reprint aussi toutes les aultres villes circonvoisines de celle de Bourdeaux. (B. 14.)
CHRONIQUE BOROELOISE. I9
1453. — En cette année, le roy Charles V 1 1 ayan t 1455 appris la rébellion des Roschelois et Tarrivée du milord Talbot avec forces d'Angleterre, envoya, en Guienne, une puissante armée soubs la conduite du mareschal de Loheac. Lequel, estant allé assiéger Castillon, comme ledit Talbot fiit faire lever le siège, bataille est donnée en laquelle ledit Talbot est occis, avec toute la noblesse \ angloise qui Tavoit accompagné à ce voyage. Cette bataille fut appelée la bataille de Talbot ou de Cas^ tillon contre les Anglois. (B. 14.)
En cette année, le roy Charles VII estant demeuré victorieux contre les Anglois, et remis la Guienne en son obéissance, pour contenir les Bordelois en leur debvoir et empescher leurs révoltes, faict bastir, en ladite ville de Bourdeaux, deux chasteaux, l'un appelle de Trompette ou Trompette, et Taultre du Far ou du Ha. Celuy-là estoit du costé de la rivière, et Taultre, des marais, vers le quartier de Sainte-Eulaie, ce qui osta toute espérance aux Anglois de pouvoir faire leurs besognes ou séjour en Guienne. Mais est à noter que celuy de Trompette fut ainsin appelle, parce que touts les matins des jours ouvriers, un homme appelloit les massons et ouvriers à Tedifice, avec le son d'une trompette. Et l'aultre, receut le nom du Ha, parce que lorsqu'on porta la nouvelle audit seigneur roy Charles VII, de l'achèvement du chasteau, il s'escria trois fois, par rejouissance : « Ah! ah! > ah! Il est donc achevé, ce chasteau! » L'antiquité, de main en main, a ainsin tousjours parlé; toutefois, je m'en remets au parchemin, qui est plus fort que le papier. On en croyra ce qu'on vouldra, mais on ne doit point doubter du premier.
20 J. DE GàUFRETEAU.
1453 En cette année, les Bourdelols, et villes circon voisines, comme aussi les principaux seigneurs du pays, ayant cogneu la deffaicte et la mort dudit Talbot, et fuite des Anglois, se remettent en Tobeissance du roy Charles VII, et lesdicts de Lespareet aultres seigneurs de la révolte, sont bannis de la Guienne et de tout le royaume de France.
1454. — En cette année, Jehan Bureau, thresorier de France en la généralité de Guienne, est faict par le Roy maire perpétuel de la ville de Bourdeaux; lequel, avec des jurisconsultes, et de leur avis, et d'aultres gens notables et suffisants, qu'il prenoit pour assesseurs, pourvoyoit aux affaires de la justice. Mais est à noter que depuis ce temps-là jusques à Tannée 1548, les maires de ladite viUe ont esté perpetuek et esleus par les roys; estant loisible, toutefois, auxdits maires, de choisir tel jurât qu'ils vouldroyent pour estre soubsmaire, lequel, en l'absence du maire, presidoit à la jurade, police et justice de la ville. (A. 16.)
*I454^\ — En cette année, on commence de couper les arbres qui estoyent plantés à l'entour du palais de Bourdeaux, lequel, à cause de l'ombrage que ces arbres faisoyent, portoit le nom de VOmbreire, en gascon, et de V Ombrage en françois : lequel il retient encore aujourd'huy, et commença-t-on à bastir ladite place, parce que le roy Charles septiesme, qui chassa tout à faict les reliques angloises de la Guienne, que les seigneurs de Lespare, de Montferrand, de Rozan
(') Cette date a remplacé celle de 1401.
et d'Anglade, partisants du roy d'Angleterre, ^voyent 1454 taché de remettre sus, par le moyen de la puissante armée que le roy d'Angleterre envoya à Bourdeaux, soubs la conduite de Talbot; laquelle fut exterminée, en la plaine de Castillon, à sept lieues de Bourdeaux : ce qui fut appelle la bataille de Talbot, qui fut aussi tué avec son fils, en ycelle, après avoir basti les deux chasteaux de Trompeté ou Trompeite, sur le bord de la rivierre, et du Far ou du Ha, du costé des marais, bailla ledit palais de l'Ombiere au prevost de la ville de Bourdeaux, qui jugeoit les différents et procès civils et criminels, souverainnement, sauf ceux qui meritoyent appel, pour y loger et exercer la justice; et lequel prevost, à cause de cela, fut appelle de VOmbreire, en la place duquel a esté mis et érigé le parlement; et pour marque de cela, lorsqu'on exécute quelcun condemné par ledit parlement, on crie sur la pierre du siège des banquerotiers, devant ledit palais : « En deffault, prevost de TOmbriere! » (B. n.)
1455. — En cette année, le seigneur de Lespare, en Medoc, est décapité en la ville de Poitiers, parce que, contre la sentence de son bannissement, il estoit retourné en Guienne, et à Bourdeaux, où il fut prins et arresté prisonnier, et touts ses biens sont confisqués au Roy, ce que je n'approuve pas, pour ladite confiscation, quelque chose que les croniqueurs bourdelois (*) disent, et estime qu'il fault plustost dire pour ce reguard, que le seigneur de Lespare fut condemné en
(*) Il y avait donc d'anciennes Chroniques bordelaises, où de Lurbe et de Gaufreteau ont dû également puiser, et qui ont disparu.
22 J. DE GAUFRETBAU.
1455 deux grosses amendes envers le Roy, et ma raison est fondée sur ce qu'il est certain que confiscation de biens na pas lieu en Guienne; car c'est des articles de l'accord faict avec le comte de Dunois, lieutenant gênerai pour le roy Charles VII, en Guienne; et les Bourdelois et aultrcs grands seigneurs de ladite province, en l'année 145 1; comme aussi nous voyons que ladite seigneurie de Lespare a heu tousjours ses seigneurs particuliers, ainsin qu'il se void encores aujourd'huy.
En cette année, Biaise de Grely, après le décès de Pierre Berlan (*), est faict archevêque de Bourdeaux.
En cette année, fut faicte une ordonnance au conseil public de la ville de Bourdeaux, esmologuée par le Roy, comme aussi Sa Majesté en avoit donné l'ordre, que touts Anglois, venants à Bourdeaux, pour le faict du commerce et trafict, seroyent tenus de s'arrester avec leurs navires à l'embouchure de la rivière, à l'endroict de Soulac, jusques à ce qu'ils eussent saufconduict et permission de venir à Bourdeaux; et ce faict, et après avoir laissé toute leur artillerie et munitions en la ville de Blaye, pourroyent arriver librement en ladite ville, en laquelle, toutefois, ils ne pourroyent loger qu'au logis qui leur seroit designé par le fourrier de ladite ville, suivant l'ordre des maire et jurats d'ycelle ; et de plus, ne leur seroit loisible d'aller par ville qu'après sept heures du matin, à la charge de se retirer à cinq du soir frappées; et lorsqu'ils iroyent en France ou ailleurs, achepter des vins, seroyent
(•) Pierre Berland vivait encore.
accompagnés et conduicts par les archiers de ladite 143 5 ville. (B. 16.)
1456. — En cette année, Alain de Durfort, cardinal, à Romme, fut pourveu du prîoré de Sainct-James et en fut establi administrateur. Ce qui monstre fort bien que le reveneu de ce prioré et l'hospital estoit grand. Les Jésuites en jouissent aujourd'huy et en sont les administrateurs. (B. 17.)
1460. — En cette année, le roy Charles VII retire du sieur de Grammont la ville de Blaye et le palais du chasteau de l'Ombriere, en celle de Bourdeaux, desquelles ledit Grammont jouissoit, et luy baille en contre eschange une grande pension, prinse sur la contablerie. Sur quoy est à noter que ledit palais ou chasteau de TOmbriere est aujourd'huy le siège du Parlement de Bourdeaux, ainsin qu'on le void à présent. (B. 17.)
1462. — En cette année, le roy Loys XI, qui avoit succédé à son père Charles VII, decedé, vient à Bourdeaux et y conduict la princesse Magdelaine, sa seur, afin d'accomplir le mariage qui avoit esté accordé et traicté entre Gaston de Foix et ladite princesse, dans la ville de Paris. Sur quoy est à noter que la solemnité desdites nopces fut célébrée dans ladite ville de Bourdeaux, avec des rejouissances extraordinaires : en joustes, tournois, courses de bagues et festins. De ce mariage naquit Jean, comte de Foix, qui fut père de Germaine de Foix, mariée avec Ferdinand, roy
24 J. DE OAUFRETEAU.
1462 d'Espagne, et de ce tant brave capitaine Gaston de Foix, nepveu de Louis XII, du costé de sa mère. Lequel, comblé d'une gloire tellement recommandée par les histoires de France, d'Italie et d'Espagne, qu'il est accomparé à Scipion, à Pompée et à César, et enfin à quelqu'aultre grand capitaine grec ou romain qu'il soit. Il mourut jeune, ayant gagné la bataille de Ravenne, en Italie, contre touts les potentats de la chrétienté, ligués et conjurés à la ruine de la France, par l'induction du pape Jules II, en l'année i5i2.
En cette mesme année fut instituée, à Bourdeaux, par le roy Loys XI, y estant, la confrairie app)elée de Nostre^Dame^e-Montusety parce que cette confrairie fut associée à l'honneur de la glorieuse Vierge, à laquelle Sa Majesté donna, non seulement des grands privilèges, mais luy attribua aussi des reveneus suffisants pour l'entretien d'ycelle. Sur quoy est à noter : I** que le Roy fut nommé, in capite libri, le premier confraire; 2^ est à noter que cette confrairie fut appellée de Montusset, parce qu'elle se voua aux prières de la Vierge honorée en la chapelle et église de la parroisse de Montusset, à une lieue de la ville de Blaye; en laquelle église, par un article de l'association, les confraires estoyent obligés de faire touts les ans une procession solemnelle, et pour cet effect estoyent préparés (La page. qui suit n'a pas été remplie.)
En cette année, ^ut establi, dans la ville de Bourdeaux, le Parlement, par le roy Loys XI, selon les conventions et accords faîcts entre le feu roy Charles, père de Loys, et les Estats de la Guienne, lors de la reddition des Bourdelois et prestation de leur obeis-
sance entre les mains du comte de Dunois, en l'année 1462 145 1; et en sont les lettres-patentes de ladite érection et institution dudit parlement, expédiées le 19 mars, et vérifiées au parlement de Paris. Par lesquelles lettrespatentes, le Roy donne au ressort dudit parlement les seneschaussées de Bordelois, Bazadois, Agenois, Condomois, les Landes, Armagnac, les Basques, Engommois, La Rochelle et le Querci, et fut ledit parlement, premier et second, composé d'un présidant et de vingt et cinq conseillers, et le premier présidant nommé et pourveu audit parlement, fut Jean de Tuder. Apres laquelle institution et expédition des dites lettres-patentes et verificacion d'ycelles, le Roy nomma les conseillers qui désirèrent estre pourveus desdits offices, lesquels furent, au commencement, presque touts limousins et perigordins, sur quoy est à noter : i^ que le Roy donna lesdits offices aux seigneurs, pour recompense de leurs services, lesquels, par après, prenoyent de l'argent de ceux qui vouloyent estre pourveus d'eux; 2^ est à noter que ceux qui furent au commencement pourveus, souffrirent l'examen par devant les maistres des requestes. (B. 18 et 19.)
1464. — En cette année, le roy Loys XI confirme aux Bourdelois touts leurs privilèges anciens, immunités et libertés précédentes, et, pour cet effect, les declaire, par ces lettres patentes, francs et immunes de toutes tailles, subsides et emprunts, et inhibe aiîx mareschaux des logis, estants à sa suite, de loger aucun en ladite ville, lors mesmes que Sa Majesté seroit présente en ycelle, sans l'advis des maire et jurats, et sans appeller le fourrier ordinaire d'ycelle
26 J. DE GAUFRETEAU.
1464 ville : ce que nous avons veu pratiquer es années que Loys XIII est venu à Bourdeaux, tant pour son mariage qu'aultrement. (B. 21.)
1466. — En cette année, Philippe de Savoye, frère du duc de Savoye, est faia lieutenant pour le Roy, en Guienne, et vient faire son entrée en la ville de Bourdeaux; après laquelle preste le serment accoustumé, en l'église de Saint-André, entre les mains de Tarcheveque de Bourdeaux, en présence de tout le clergé, du maire, des jurats et de touts aultres ordres séculiers.
En cette année, Artur de Montauban est mis en la place de Biaise de Greli (*), et luy succède en l'archevêché de Bourdeaux. (B. 21.)
1467. {Lise:( 1469.) — En cette année, accord est faict entre le roy Louis XI et Charles, son frère, sur leurs différents fundés sur ce que ledit Charles demendoit un apanage honorable pour son entretien; par lequel accord, le Roy baille à son frère, pour droits de son apanage, le duché de Guienne, y comprenant seulement les sénéchaussées de Bordelois, Bazadois, des Landes, de Xaintonge, avec La Rochelle. De quoy, les Bourdelois ne se plaignirent point, car ils desiroyent tousjours d'avoir un prince particulier et un duc, plustost qu'un roy de France, attendu qu'ils croyoyent que, s'ils avoyent un duc, ils se pourroyent
{*) Biaise de Greele était mort depuis trois ans, lorsque, le 18 novembre 1466, Arthur de Montauban fit son entrée dans Bordeaux.
mieux maintenir en leurs libertés et franchises, que 1467 soubs la domination d*un roy tout puissant; et ce, dans la considération que, si le duc les oppressoit, ils auroyent tousjours la voye de plainte devant son souverain, qui estoit le Roy; et par ainsin, cela le fairoit tenir en debvoir, et le contraindroit de s'accomoder avec ses subjects, de peur de courre fortune d'estre despouillé, ainsin qu avoit esté le roy d'Angleterre, pour un mesme subject. (B. 21.)
1468. — En cette année, le captau de Buch avoit le droit de coucher, s'il vouloit, avec les nouvelles espousées, le premier soir des nopces, ou de prendre un présent selon qu'il Tordonnoit, en toutes les terres et parroisses de son captalat. Mais ce droit fut aboli comme estant contraire aux commandemens de Dieu, par arrest du parlement de Bourdeaux, et au lieu d'yceluy, luy fut ordonné un certain droit de fouage en argent, sur ses subjects. (B. 21.)
146g. — En cette année, en conséquence de l'accord faict entre le roy Loys XI et Charles, son frère, le parlement de Bourdeaux est transféré en la ville de Poitiers, et va exercer la justice sur les subjects de son ressort, et le frère du Roy, Charles, vient prendre pocession du duché de Guienne, et faict son entrée dans la ville de Bourdeaux, avec une grande magnicence. (B. 21.)
1470. — En cette année, Charles, duc de Guienne, tient les estats des terres de son apanage, là oîi touts
28 J. DE GAUFRETRAU.
1470 les principaux plus notables, tant ecclésiastiques que séculiers, furent appelles et parurent. (B. 2a.)
1471 . — En cette année, Charles, duc de Guienne, faict son entrée en la ville de Libourne, et pour la solemnité dycelle, fut faict un tornoy et jouste de lances, où se trouvèrent plusieurs grands seigneurs et princes, pour honorer ledit duc. — Mais, est à noter, qu'en cette jouste, Gaston de Foix, qui avoil espousé la princesse Magdelaine, seur du Roy Loys et dudit Charles, duc de Guienne, ayant esté blessé d'un coup de lance à Toeil, meurt, et son corps est porté dans la ville de Bourdeaux, et enseveli, avec grande pompe et cérémonie, dans l'église métropolitaine Saint-André, où sa sépulture se void encores aujourd'huy. (B. 22.)
1472. — En cette année, Charles, duc de Guienne, frère du roy Loys XI, mourut à Bourdeaux, dans le chasteau du Ha, ou du Far, auquel lieu estoit son ordinaire séjour. Mais, cette mort fut soupçonnée de supercherie, et mesmes, on oza dire que le Roy mesme trempoit en ladite supercherie; car le duc de Guienne mourut de poison. Il fut enterré en l'église Saint-André, à la royale; mais, l'abbé de Saint-Jeand'Angeli, soupçonné d'avoir faict donner le poison au duc, fut contrainct de vider la ville; aultrement, le peuple l'eut assommé, tant il estoit affligé de la mort du duc Charles.
En cette année, après le trespas dudit duc de Guienne, Charles, le Roy rend au seigneur Gaston de Monferand
la terre et baronnie de Langoiran, à trois lieues de 1472 Bordeaux, et sise sur la rivière. Laquelle baronnie, Sa Majesté s'estoit retenue, et avoit esté ostée au père dudit de Montferand lors de la réduction de Guienne; et fut faicte ladite restitution dans la considération que ledit Gaston de Montferand s*estoit vaillemment porté contre les Anglois. Sur quoy, est à noter que ceux de cette famille, la première de la Guienne, dans le Bourdelois, à cause de la première baronnie de Guienne, possédée par eux, s*appelloyent antiennement Ferrand, et non pas Montferrand. Et si on veult sçavoir la cause pourquoy ils se nomment aujourd'huy Montferrant, elle procède de ce que celuy qui a plus illustré cette maison sappelloit Ferrand, et fut un généreux et vaillant gentilhomme. Sur quoy, est à noter que, comme il se fut porté vaillamment en un certain exploit de guerre, pour Edouard, roy d'Angleterre, lorsqu'il retourna vers le Roy, yceluy fut tellement content et satisfaict de ce signalé service que ledit Ferrand luy avoit faict, que, Tembrassant, il luy dia : « Haï mon Ferrand, tu sois le bien arrivé. » Et despuis ce temps-là, celuy-là ayant prins ce nom
de Monferrant qui fut en Tannée- , despuis, toute
sa postérité l'a retenu. (B. 23.)
1473. — Après la mort du duc de Guienne, Charles, frère du roy Loys XI, toutes les terres de son apanage retournèrent en la main du Roy : c'est pourquoy le Parlement, qui avoit esté transféré à Poictiers, retourna à Bourdeaux au mois de mars, et ce le 19, et y tint sa première séance le i*** juin, en la susdite année. (B. 23.)
3o J. DE GAUFRETEAU.
1474 1474. — En cette année, la peste fut si violente, à Bourdeaux, que le Parlement est contrainct, suivant Tordre du Roy, de s'aller tenir dans la ville de Libourne, le moys de décembre, en ladite année, et janvier et febvrier, de la suivante.
En cette année, le Roy, par lettres-patentes vérifiées au Parlement, donne semblables privilèges à l'université de Bourdeaux, qu'à celle de la ville de Tholose. (B. 23.)
En cette année, le roy Loys XI, pour rendre la ville de Bourdeaux peuplée et marchande, d'aultant que plusieurs habitants qui, en guerres précédentes, avoyent tenu et suivi le parti de la fortune des Anglois, s'estoyent retirés en Angleterre, permet, par son edict du moys de febvrier, audit an, à toutes personnes estrangères, excepté les Anglois, de venir habiter en ladite ville, avec libre disposition de touts leurs biens, sans qu'ils soyent tenus prendre lettres de naturalisation. (B. 24.)
1480. — André de Lespinai, cardinal, est faict archevêque de Bourdeaux, et succède à Arthur de Montauban, decedé, et bastit, en Tannée suivante, à ses propres cousts et despens, le beau et grand escalier du palais archiépiscopal. (B. 24.)
1481. — Les habitants de la ville de Bourdeaux députent, en une assemblée de la ville qui comptoit tant d'ecclésiastiques que de séculiers, deux chanoines de Sainct-André, deux gentilshommes et deux bour-
CHRONIQUE BORDELOISE. 3l
geois^ vers le Roy, à Paris, aux fins de supplier Sa 1481 Majesté, comme ils firent, de vouloir escrire au Pape qu'il ordonne inquisition estre faicte de la saincte vie et des miracles faicts par Pierre Berland, auparavant archevêque de Bourdeaux; ce que le Roy eut pour agréable. Sur quoy, est à noter qu'à la requeste dudit roy Loys, le Pape députe et commet l'eveque de Bazas et celuy de Perigueus pour faire ladite inquisition. Laquelle estant raportée en l'assemblée de touts les ordres de ladite ville, en la maison d'ycelle, le 18 décembre audit an, certains notables personnages du clergé sont commis pour aller à Rome poursuivre la canonisation dudit archevêque. Mais, toutefois, cela fut sans efifect; et la cause de cela consiste qu'estant besoing de faire une grande despense pour exécuter cette poursuite, personne ne voulut mettre la main à la bourse. (B. a5.)
1483. — En cette année, furent faictes les funérailles du roy Loys XI^ dans l'église de Sainct-André, esquelles assistèrent touts les ordres.
En cette année, Charles VIII, qui avoit succédé, au royaume de France et au duché de Guienne, à son père Loys XI, decedé, par son edict du 4 décembre, accroît la cour du Parlement de deux présidants et quinze conseillers, à cause que messis multa pour les procès, et operarii pauci pour les rapports.
En cette année, Alain de Durefort, seigneur de Duras et de Blanquefort, est fait maire de la ville de Bourdeaux. (B. 26.)
32 J. DE GAUFRETEAU.
1489 1489. — En cette année, le petit couvent des Cordeliers de Bourdeaux, appelé vulgairement Petite Observance^ auprès des murailles de la ville, vers le costé de Sainct-Seurin, est basti, et le maire de ladite ville posa la première pierre des fondements du bastiment, assisté des jurats et de plusieurs aultres des principaux bourgeois d'ycelle. Toutefois, bien que ledit maire aye posé ladite première pierre, les seigneurs de Saint-Maîgrin, en Xaintonge, se disent estre les patrons et fundateurs dudit couvent. (B. 26.)
1492. — En cette année, il s'y faict en la Guienne, notamment en la ville de Bourdeaux, une levée de plusieurs gens de guerre pour suivre le Roy en Italie. Lequel voyage avoit esté arresté pour aller conquérir le royaume de Naples : plusieurs Bourdelois s'enrôlent.
En cette année, fut establie la procession générale qui se faict tous les ans, le jour de la feste de sainct Joseph; et laquelle procession s'appelle, à cause de cela, vulgairement, la procession générale de saint Joseph, par arrest du Parlement; et la cause de faire cette procession procéda de ce que le Parlement avoit esté establi ledit jour, par les lettres patentes du roy Loys XI, en l'année 1462, dans la ville de Bourdeaux, et que mesmes au jour de ladite feste de sainct Joseph, ledit Parlement, après la mort du duc de Guienne, Charles, frère du roy Loys, estoit retourné en ladite ville de Bourdeaux. Les aultres font cette procession d'une plus ancienne date, à sçavoir, en ladite année 1462, en laquelle le Parlement, dans la considération de son érection et establissement, en vertu desdites
CHRONIQUE BORDBLOISE. 33
lettres patentes expédiées ledit jour de ladite feste de 1492 sainct Joseph, ordona qu'ils yroyent en procession ce jour-là, en l'église du Chapelet ou des Jacobins, avec leurs pourpres et escarlates, où la prédication se feroit. Mais, quoy que il soit, il est certain que cette procession est toute du Parlement, et establie pour le subject d'aller rendre grâces à Dieu, de ce que, à tel jour que celuy de ladite feste, les lettres patentes de son establissement avoyent esté expédiées, ce qui se void fort bien en ce que cette feste n'est chaumée (et encores, jusques à midy seulement, que la procession est achevée) qu'en la ville de Bourdeaux, seulement.
En cette année, Tuder, premier présidant au Parlement de Bourdeaux, mourut, et luy succéda aux offices Loys Tindo ou Taudio; les aultres le nomment Taudias. J'ay veu, de mon temps, un conseiller au grand conseil nommé Taudiau, et fils natif de Bourdeaux, qui se disoit estre descendu de ce premier présidant. Mais, quelques uns de ceux auxquels il representoit cette sienne généalogie, luy repliquoyent qu'il avoit le sang trop gros pour estre descendu de cette race-là. (B. 27, a8.)
14g 3. — En cette année, les moulins qui estoyent sur le ruisseau du Peugue, dont il y en avoit grand nombre, commencèrent à se perdre par l'incuriosité des magistrats et jurats, et faulte d'avoir esté bien entretenus par ceux auxquels ils apartenoyent. Les aultres disent que cela advint par une très grande et extraordinaire inondation dudit ruisseau, qui les abatit et mit par terre, et qu'après qu'ils furent desmolis, on
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1493 ne se soucia pas de les restablir, soit qu'ils appartinssent à la ville, ainsin que quelques-uns le représentent, ou à des propriétaires, selon l'opinion des aultres; car la despense qu'ils aprehendoyent pour, les restablir, les empêcha de ce faire.
En cette année, pendant le voyage que fit le roy Charles VIII en Italie, pour la conqueste de Naples, le comte de Caudale demeura gouverneur, pour le Roy, en la province de.Guienne, et fut receu, à Bourdeaux, avec pompe et magnificence, et célébrité incroyable, qu'il estoit de la patrie, et possedoit de grandes terres au voisinage de ladite ville de Bourdeaux.
En cette année, le roy Charles VIII estant entré dans l'Italie pour la susdite conqueste, aussitost que la ville de Bourdeaux en eut receu l'advis, on y chanta le Te Deum, et par après furent faictes prières publiques pour la prospérité de Sa Majesté et avancement de ses armes, attendu que le Roy n'avoit entreprins ce voyage que pour recouvrer ce qui luy estoit injustement occupé.
En cette année, tout aussitost que l'advis du voyage du Roy, pour la conqueste de Naples, fut donnée à Bourdeaux, plusieurs dis mieux sensés et suffisants, notamment du Parlement, entrèrent en de grandes aprehensions que ce voyage, entreprins à la volée, selon le jugement des hommes, ne portât un grand préjudice au royaume de France, et par conséquent à la province de Guienne, si la personne du Roy recevoit ^ quelque eschec et mat, à cause des nouvelles guerres en ladite province, et Bourdeaux particulièrement, se
trouveroit envelopées, car, il ne falloit pas doubler 1493 que, si cela fut advenu, TAnglois n'eut arboré ses estendarts devant Bourdeaux, 'et porté ses armes de suite dans tout le reste des aultres villes; et la raison de leur crainte consistoit sur la considération de Tadvis que le Roy alloit à une telle expédition san3 le principal nerf de la guerre, qui estoit l'argent et la finance; bien qu'il fut parti ayant avec soi une grande, belle et florissante armée, pourveue d'armement nécessaire, d'artillerie et de munitions, pour la mettre à exécution. Car il fault noter que, lorsque le Roy partit, il n'avoit que cent mille francs ou livres empruntées à gros interest, à un banquier de Gènes; ce qui estoit bien peu pour une entreprise si grande, et qui estoit considérée, non seulement de touts les chrestiens, mais aussi des Turcs, qui debvoyent trem* bler, comme ils firent, après qu'ils eurent receu l'advis de l'exécution heureuse de ladite conqueste : tellement que, foulte d'argent, le Roy estant arrivé à Turin, en Piedmont, fut contraint d'emprunter les bagues et |oiaux de la duchesse de Savoye, qu'il engagea pour douze miUe escus seulement. Mais, plusieurs aultres representoyent qu'une entreprinse et querelle juste estoit toujours apuiée de Dieu, et que, partant, celle du Roy esunt de cette qualité, il n'y auroit point de double que Dieu ne fut pour luy, voire ne le menât par la main, dans son héritage injustement occupé; et disoyent ensuite de cela : Deus providebit Mais, passant plus avant, ils disoyent qu'en matière de telles guerres, elles s'entretenoyent d'elles mesmes, et par tant, que le fonds d'une grosse finance n'est pas nécessaire tousjours, car, où Dieu besogne tout est facile, et alleguoyent, sur ce, l'exemple d'Alexandre, lequel
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1493 allant à la conqueste du royaume de Perse, et lorsqu'il partit de Macedoyne, n'avoit pas plus de quarante* deux mille escus en argent contant, et de provision de vivres, seulement pour trente jours ; car, en un mot, il ne retint pour soy que Tesperance de se faire riche, et touts ses capitaines et soldats aussi, par la conqueste dudit royaume; et tout cela estoit fondé sur ce que Dieu conduisoit ce roy pour chastier les Perses de la Perse, tout ainsin que Sa Majesté divine conduisoit aussi nostre roy en Italie pour chastier les Perses d'ycelle.
En cette année, et sur la fin d'ycelle, fut bastie la porte de la ville de Bourdeaux, du costé de la rivière, et qui regarde le palais de TOmbriere, et fut appellée du Caillou, parce que les navires qui venoyent à Bourdeaux pour quérir des vins, deschargeoint en cet endroit leur lest, qui estoit ordinairement du caillou. Tout ainsin que la porte des Poux fut ainsin appellée, parce qu'au devant, ou tout contre ycelle, se deschar* geoit l'œuvre appellée paux, pour mettre aux vignes; et celle des Salinieres, qui regarde les fossés de rue Bouquiere, heut ce nom, parce qu'au devant d'ycelle on deschargeoit, ainsin qu'on faict bien encores, tout le sel qu'on porte à Bourdeaux et qu'on feit entrer en ladite ville pour estre débité en ycelle; comme aussi celle de la Grave fut ainsin nommée, parce que les navires qui venoyent quérir des vins lorsque leur lest n'estoit que de grave, le deschargeoyent sur le port de ladite porte. (B. 28 à 3o.)
1494. — En cette année, parce que lorsque la porte de la ville, du costé de la rivière, appellée du
Caillou^ avec les deux tours qui se voyent, se bastissoit 1494 au mesme temps dudit bastiment, furent à Bourdeaux portées les nouvelles que le roy Charles VIII avoit gagné la bataille de Fornoue, ou du Taro, contre les Vénitiens, ligués avec le Pape, le roy d'Espagne et le duc de Milan, pour luy empêcher son retour en France, les jurats firent mettre la statue du Roy en hault de ladite porte, ainsin qu*elle s'y void aujourd'huy. Cette bataille bit mémorable pour plusieurs considérations : i^ parce qu'elle avoit esté la première despuis un long temps, en laquelle on avoit combatu avec courage, en Italie, et avec tuerie obstinée; car, auparavant, les combats italiens estoyent plustost spectacles ludicres que batailles; 2^ par la grande quantité de chefs de marque tués en ycelle, du costé des ligués, et pour le petit nombre des vainqueurs, auprès de la nombreuse multitude des vaincus; car les François, qui gaignerent la bataille, n'estoyent qu'une poignée de gens auprès de leurs ennemis, et n'y moururent en ycelle, de la part des François, qu'environ trente<inq ou quarante hommes de cheval, et quelque quatrevingts valets de bagages. Mais, de l'aultre costé des ennemis, plus de trois-cents, touts personnages de marque, et sonis des plus illustres maisons d'Italie. Guichardin, qui parle de cette bataille, remarquant toutes ces particularités, l'appelle miraculeuse, et dit que, sans le particulier secours de Dieu, il estoit impossible que les François la gagnassent; et repressente aussi que le roy Charles VIII, se trouvant en extrême dangier, invoqua les protecteurs de la France, sainct Denis et sainct Martin de Tours, auxquels il fit un veu, et tout aussi[tot] il se vit assisté d'un secours divin, tellement que les ennemis se mirent en desroute.
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1494 En cette année, fut portée la nouvelle, à Bourdeaux, comment est ce qu*en la ville d'Ast, en Piedmont, avoit esté faict un duel, en la présence du roy Charles VIII, retournant de Naples, entre deux gendarmes : Tun, génois,, appelle Zerbulon, et l'aultre, bordelois, appelle La Lande, duquel sont sortis ceux de La Rivière, qui ont fondé le couvent des Carmes, en la ville de Bourdeaux. La Lande demeura vainqueur, et le Roy, en recompense de sa vaillance, hiy fit donner cinq cents escus. (B. 3i et 32.) ^
1495.—- En cette année, la peste fut si véhémente en la ville de Bourdeaux, que le Parlement fut contraint d'aller tenir sa séance à Bergerac, ville de la province de Perigort, (B. 3a.)
1496. — - En cette année, fut publié un petit imprimé sur la copie, venue de Florence, qui traictoit comment est ce que le Pape avoit fait exécuter à mort un certain religieux de l'ordre de Sainct-Dominique, appelle Sauvanarole, bien qu'il fut en réputation de saincte vie, et grave et suffisant prédicateur, pafce que ce religieux prechoit, en ladite ville de Florence, contre les vices et abus de la cour de Romme. C'est ce Sauvanarole qui avoit predict la venue du roy Charles VIII en Italie longtemps avant que le Roy n'y vint; le disant estre cnvoy/de Dieu pour chastier les tyrans d'ycelle; que rien ne luy pourroit résister, ni se deffendre contre luy. Avoit predict aussi le jour que l'Estat de Florence prendroit fin; prechoit aussi que celuy de l'Eglise seroit reformé à l'espée; et lorsque les Vénitiens, et le duc de Milan et aultres confédérés
CHRONIQUE BORDBLOISE. Sq
eurent préparé cette grande armée qui debvoit empe- 1496 cher le passage du Roy à son retour de Naples, il disoit haultement et ouvertement que, nonobstant toutes les forces d'Italie et de l'Espagne, le Roy passeroit sans péril de sa personne, n'eut-il que cent hommes avec luy; que, véritablement, le Roy auroit àfifaire en chemin, mais que Thonneur luy en demeureroit : en quoy il marquoit la bataille du Taro ou de Fomoûe, oti le Roy fut en grand danger; que Dieu, qui avoit conduia le Roy au venir, le reconduiroit encores à son retour. Mais, après toutes ces choses qu'il predisoit et prechoit en public, il dict verbalement au Roy, lorsqu'à son retour de Naples Sa Majesté passa dans la ville de Florence, que, pour ne pas s'estre bien aquité à la reformation de l'Eglise, ainsi qu'il debvoit, et pour avoir connivé aux indifférentes pilleries et larcins de ses troupes, Dieu avoit donné une sentence contre luy, et auroit un coup de fouet; mais, s'il vouloit avoir pitié du peuple et garder ses gens de mal fedre et les punir quand ils delinqueroyent, ainsin que son debvoir l'obligeoit. Dieu revoqueroit ou diminue* roit sa sentence; et qu'au reste, il ne creut pas d'estre excusé en disant : « Je ne fais nul mal, » car les faultes, piligries et larcins qu'il toUeroit à ses gens de guerre, estoyent aultant de fardeaux que le Roy mettoit sur ses espaules; dequoy il rendroit un jour compte devant la Majesté divine. M%is, voyez ce qui fut plus admirable en ce prédicateur, et consiste en ce qu'après le retour du Roy, en France, il prêcha publiquement que le Roy retourneroit en Italie, pour purger et reformer l'Eglise et les abus et dissolution de Rome, et que, s'il ne venoit, Dieu le puniroit et l'osteroit de ce monde, ce qui advint aussi; car le roy Charles,
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1496 ayant dessein de faire un aultre voyage en Italie, et l'ayant promis, sans l'accomplir, mourut d'une façon extraordinaire, moins de deux ans après sondit retour. (B. 3a, 33.)
1498. — En cette année, furent finictes, au moys d'apvril, les funérailles du roy Charles VIII, dans l'église de Sainct-André, à Bourdeaux. (B. 93.)
1499. — En cette année, le bourg de Carbon- Blanc, près de Lormont, commence à estre bâti et peuplé. (B. 34.)
i5oo. — En cette année, la Cour de Parlement se retire en la ville Sainct-Emilion, et y foict sa séance, à cause de la peste qui estoit à Bourdeaux. (B. 34.)
l5oi. — En cette année, Philippe, archiduc d'Autriche et fils de l'empereur Maximilien, qui avoit espousé la fille de Ferdinand, roy d'Aragon, et d'Isabdle, royne de Castille, estoit parti d'Allemagne avec sa femme, pour aller en Espagne, après le décès de ladite royne de Castille, recevoir les serments de fidélité des peuples dudit royaume de Castille, passa par la France, par la permission du Roy : et, après s'estre abouché avec Loys XII, à Paris, vint à Bourdeaux, où il fut receu splendidement et royalement par ordre du Roy, et de là poursuivit son voyage. (B. 34.)
En cette année, Jean de Foix-de-Candale, après le décès du cardinal de Lespinai, fut faict archevêque de Bourdeaux.
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1 5o2. — En cette année, Anne, fille du comte de 1 5o2 Candalle, captau de Buch, est mariée avec Ladislas, roy d'Hongrie et de Bohême, et sont les cérémonies dudit mariage célébrées en la ville de Bourdeaux.
En cette année furent faictes resjouissances avec le Te Deum, et le feu de joye, en la ville de Bourdeaux, pour le mariage de la fille vnique du roy Loys XII, madame Qaude, avec François de Valois, comte d'Angoulesme, premier prince du sang, et le plus proche à succéder au royaume de France, encores que ladite princesse eut esté auparavant promise à Charles, fils de l'archiduc d'Autriche et roy d'Espagne : lequel Charles fut despuis empereur. Et fut ce mariage faict à la très instante supplication que tous les Parlements de France en firent au Roy.
En cette année, ceux qui estoyent pourveus des offices de conseillers au parlement de Bourdeaux, commencent d'estre examinés dans ledit Parlement, car, auparavant, ils estoyent examinés par les maistrès des Requêtes de l'Hostel du Roy. (B. 34.)
l5o3. — En cette année, parce qu'aucun natif de la viUe de Bourdeaux, de quel sexe qu'il fut, condemné à mort, ne pouvoit estre exécuté que par Tespée, tout ainsin qu'il se pratique à l'endroit des gentilshommes, bien que cela soit en la disposition du juge souverain, et selon la qualité du crime, fut basti, pour cet effect, en la place, appellée les Fossés de Saincte'Eulayey ou des TaneurSf en la dite ville de Bourdeaux, un eschafault de pierre, avec des degrés de la hauteur de
4^ '- I>B GAUPRBTBAU.
i5o3 dix pieds, sur lequel nul ne pou voit estre exécuté que les criminels natifs d'ycelle, qui estoyent condemnés à la mon, et fut appelle Veschafault neuf. A cause de quoy, les fossés susdicts en portent encores aujourd'huy le nom, appelles les Fossés du Chafault neuf. (B. 43.)
1 5 O 7. -^ En cette année, on commence à changer, dans le parlement de Bourdeaux, la forme de prononcer pour les femmes accusées et criminelles, lorsque la prison leur estoit ouverte. Car, au lieu qu'auparavant, le présidant qui prononcoit l'arrest souloit de dire : la Cour a eslargi une telle, on commença à prononcer : la Cour a congédié une telle, bien qu'en ce qui est des hommes prisonniers, on aye retenu l'ancienne forme de prononcer, en disant : la Cour a eslargi un tel.
En cette année, il y avoit dans Teglise métropolitaine Sainct-André, à Bourdeaux, un doyen qui estoit si délicat, qu'allant à ladite église, pour assister aux offices, et lorsqu'il partoit de sa maison, qui n'en estoit esloignée que de trente ou quarante pas seulement, il montoit sur son mulet. Mais, oultre cela, il estoit si pompeux aussi, qu'il portoit les chemises de toilebaptiste, et couchoit dans des linceuls de mesme estofe. Mais, est à noter, que Dieu ne .prenant pas plaisir à cela, luy donna un coup de fouet, qui fit plus avisé ledit doyen. Car, il permit que touts ses bénéfices, notamment son doyené, luy fussent impetrés, tellement, qu'estant devenu pauvre, il fut contraint d'aller à Rome, à beau pied, et comme dict le proverbe, sans lance, pour plaider, là où enfin il gagna touts ses procès et fut remis en la pocession de touts sesdits
bénéfices, et, estant de retour à Bourdeaux, il n'alla i5o7 plus sur son mulet aux offices, ni ne porta les chemises de baptiste, ni ne coucha dans des draps si déliés qu'il faisoit auparavant. (B. 35.)
iSOQ. — En cette année, Guillaume Benedict, grand et fameux docteur en droit, et qui a si bien escrit, fut feiict conseiller au parlement de Bourdeaux; mais, est à noter que, bien qu'il fut un si célèbre magasin de science et de doctrine, neantmoins, lors qu'il fut examiné, il demeura muet tout à faict, sans pouvoir rien respondre, tant il se trouva estotiné. Ce qui est advenu, despuis, en la personne d'un aultre grand docteur en droit, appelé Corras, estant examiné au parlement de Tholouse, pour un office de con*?. seiller. (B. 36.)
l5l2. — • En cette année, fut faicte, à Bourdeaux, une esmeute par le peuple contre le comte de Dunois, lieutenant-general pour le Roy en Guienne, parce que ledit comte avoit biici entrer du vin du Hault-Pais en ladite ville, ce qui estoit prohibé par les statuts et privilèges d'ycelle; tant le peuple bourdelois estoit jaloux de la conservation de ses libertés et privilèges susdits.
Sur la fin de ladite année, Odet de Foix est faict lieutenant-general pour le Roy en Guienne, après le décès du comte de Dunois, et fit son entrée en la ville de Bourdeaux, oU il est receu avec apparat et affection par touts les ordres de ladite ville. (B. 37.)
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1 5 14 1 5 14. — En cette année, et sur la fin d'ycelle, les honneurs funèbres du roy Loys XII, decedé à Paris, sont faicts, à Bourdeaux, dans Teglise métropolitaine Sainct-André, more solito. (B. 37.)
*l5l4^". — En cette année, un certain hermite cordelier, nommé frère Thomas, alloit par le monde, monté sur un asne, et n'ayant aultre dessein que décrier grandement et apostoliquement les vices, notamment des prélats, chanoynes et pasteurs des églises, et vint à Bourdeaux, en cette année, pour une mesme fin; il fut appelle par la voix du peuple : le saint homme. Il prêcha devant la Grande-Observance, sur les fossés de la fontaine de rue Bouquiere, à une grande afHuence de peuple, parce que les églises n'estoyent pas capables d'en contenir la multitude. Qui vouldra sçavoir les particularités de ce saint homme aille voir Florimond de Raimond, conseiller au Parlement, en son livre premier de la Naissance, progrès et décadence de Vheresie, chapitre 3.
l5l5. — En cette année, la chapelle d'Arcachon, dans le captalat de Buch, et auprès de La Teste, lieu grandement solitaire et sauvage, et dédiée à Nostre- Dame, fut bastie par ledit frère Thomas, et, ce depuis seulement, cette chapelle porte ce nom, parce qu'elle est dans la coste de la mer, et au milieu de l'arc qui se faict par les deux pointes de Oissen et de Cap-de- Finis^Terrœ. C'est un lieu que quand les navires se
(^) Le même fait est rapporté dans le même volume et dans les mêmes termes, à TannÀ i536.
CHRONIQUE BOBDELOISE. ^5
trouvent affolés d'un grand dangier^ en cette coste de 1 5 1 5 non baie, ils sont perdus sans remission, parce que la mer brise par tout. (A. 227.)
En cette année, furent faictes resjouissances, avec le feu de joye, en la ville de Bourdeaux, et le Te Deum, chanté dans Teglise métropolitaine Sainct-André, pour le sacre du roy François I®', qui avoit esté faict en la ville de Rheins, le 25 janvier de la susdite année. (B.37.)
En cette année, et partie de la suivante (i 5 16], le Parlement est transféré à Libourne, par lettres-patentes du Roy, à cause de la peste qui grandement affligeoit la ville de Bourdeaux.
En cette année, on commence à porter les hauh-dechausses, qu'on appelloit à la culote, et aultrement rondeSf avec les bas y atachés.
1 5 1 7. — En cette année, le roy François I®' accroît le parlement de Bourdeaux d'un certain nombre de conseillers, pour Testablissement de la Chambre de la Tomelle. (B. 38.)
En cette année, la seneschaussée d'Angoumois et la Rochelle sont distraites du parlement de Bourdeaux, et attribuées en ressort à celuy de Paris. Comme aussi sont démembrées les seneschaussées d'Armaignac, du mesme parlement, et du Querci, si ce n'est ce qui est deçà la rivière du Lot, et sont attribuées en ressort au parlement de Tholouse.
En cette année, le Te Deum est chanté à Bourdeaux,
4^ '• ^^ GAUPRETEAU.
1 5 1 7 dans l'église Sainct«André, et le feu de joye hict, pour la naissance du premier fils du Roy, et nommé François, comme son père. Le pape, Léon X, fut parrin, au nom duquel Laurent de Medicis, son nepveu, le présenta à baptesme. Il naquit au moys de febvrier, et mourut à Tornon, estant desja en âge de virilité, non sans soupçon d'avoir esté empoisonné.
En cette année, la fontaine qui estoit dans la place de Sainct-André tarit et se perd en sa source, tellement, que la fosse est comblée de terre, par Tordre du chapitre.
En cette année, mourut le premier présidant du Parlement) Loys Tindo, Tindau ou Tandiau, en la place duquel fut mis Mondot de La Martonie, limosin.
1 5 1 8. -— En cette année, sont faictes resjouissances avec le feu de joye, dans la ville de Bourdeaux, et le Te Deum est chanté, pour la naissance de Henry, fils puisné du Roy, qui estoit nai le dernier de mars, en ladite année. Henry, roy d'Angleterre, fut son parrin. Il fut despuis, après la mort de François, son aisné, roy de France, soubs le nom de Henry II. (B. 39.)
l520. — - En cette année, certains pirates an^ois ayant fiiict port audit lieu d'Arcachon, en intention de piller ladite chapelle, qui commençoit d'estre grandement riche, mais n'ayant peu emporter que quelques ornements d'église, comme ils sont sur le retour, la mer les engloutit, et ne peuvent jamais retourner en leur pats pour porter la nouvelle de ce sacrilège. (A. 227.)
1 5 2 1 . — En cette année, l'armée que le Roy envoya 1 5 2 1 pour reconquérir la Navarre fit de grandes insolences, extorsions et pilleries, tout aultour de Bourdeaux, es parroisses où elle passa. Le seigneur de Bonnivet, admirai de France, qui estoit chef d'ycelle, estant venu à Bourdeaux, y fit des grands emprunts en ycelle, et contraignit ladite ville de luy fomir une grosse somme d'argent.
En cette année, Jaquette d*Andron, dame de Lansac et femme d'Alexandre de Sainct-Gelais, fonda le couvent des religieuses de Nostre-Dame, appelle de VApe Maria, tout au devant le cymetière de Teglise parroissielle de Saincte-Eulaye, et les dote d'un grand et convenable revenu.
En cette année, certains pirates espagnols, ravageant la coste de Medoc, sont prins, et, estants conduicts à Bourdeaux, sont condemnés à estre pendus, par le Parlement : ce qui est exécuté.
En cette année, fut mis le siège devant la ville de Rhodes, en la Grèce, par l'empereur des Turcs; auquel siège, Claude G)lomb et Jean de Maquenan, natifs et bourgeois de Bourdeaux, se trouvèrent, et s'y firent signaler, voire y aquirent une telle réputation, que après que la viUe fut prinse, les Turcs les laissèrent aller sans rançon, et retournèrent à Bourdeaux, loués et reguardés d'un chascun ('). (B. 39.)
l523. — - En cette année, la femme d'un huissier du parlement de Bourdeaux, s'estant laissé cognoistre
(^) Rhodes fut prise en iSsS.-
48 J. DE GAUFRBTBAU.
i523 charnellement, par plusieurs fois, à un |eune garson qui servoit son mary, est accusée d'adultère par sondit mary, et faicte prisonnière; ayant confessé et accordé le tout sur la scelete, la G)ur condemna, par arrest du 7 décembre, ladite femme d'estre batue de verges, et fustigée dans la salle du palais par les valets du concierge, et puis estre enfermée, pour deux ans, dans le couvent des repenties, qui s'appelloit de la Magdelaine, sans qu'elle en put sortir pendant ledit temps; et, de plus, adjugea à sondit mary le dot qu'elle luy avoit portée; permettant toutefois, la Cour, à ladite femme, de se pouvoir reconcilier avec son mary, si elle pouvoir, et, ou ladite reconciliation ne se fairoit, ordonne, ladite Cour, que ladite femme prendra, les deux ans passés, l'habit de religieuse repentie, audit couvent, et y demeurera pour tout le reste de sa vie; et voila quelle fut la condemnation contre la femme. Mais, en ce qui estoit du garson, la Cour se trouva en perplexité, parce que ledit garson et serviteur adultère estoit clerc tonsuré; tellement, que cette question fut mise sur le bureau : si la Cour pouvoit cognoistre, en première cause, du fait dudit clerc tonsuré, ou s'il se debvoit renvoyer à son eveque. Enfin, il passa par là qu'elle le pouvoit juger en première instance, et se fonda, la Cour, sur ce que le crime dudit clerc estoit privilégié, attendu qu'il avoit esté commis contre la sauvegarde octroyée par le Roy à touts ses officiers, desquels ledit huissier, mary, en estoit un, en ces mots de leur committimus : < leurs femmes etfamilleSy » etc. Tellement que ledit garson fut condemné, par ledit arrest, en l'amende de cinquante livres tournois envers le Roy, et de cent envers l'huissier, son maistre, et tenir la prison jusques au plein et entier payement desdites
amendes; et, pour ce qui estoit de la peyne corporelle, f 5 2 3 ordonne ladite Cour que Tarcheveque de Bourdeaux créeroit deux vicaires^ prins des conseillers<lercs dudit Parlement y pour punir et chastier ledit serviteur et clerc tonsuré. (B. 42.)
1 5 2 5 . — En cette année, la mère du Roy, laquelle, lorsque Sa Majesté passa les monts, avoit esté laissée régente du royaume de France, donna advis de la journée funeste de Pavie à Odet de Foix, lieutenant gênerai pour le Roy, en Guienne, et aux maire et jurats de Bourdeaux. En laquelle jouroée malheureuse pour la France, advenue le 24 febvrier, le Roy, après la defaicte de son armée, avoit esté prins; exhortant ledit lieutenant-general de tenir Tceil à ce que, pour cet inconvénient, rien de préjudice à FEstat fiit faict, dans Testendue de son gouvernement.
En cette année, Mondot de La Martonie, premier présidant au parlement de Bourdeaux, deceda, et fut mis en sa place Jean de Silva.
En -cette année, la mère du Roy, régente en France, donna advis de l'accord qui avoit esté faict entre l'Empereur et le Roy, son fils, en Espagne; lequel contenoit plusieurs conditions. Les plus importantes desquelles consistoyent : 1^ que le Roy consigneroit, six sepmaines après sa liberté, la duché de Bourgongne à l'Empereur, avec les apartenences et dependences, tant de ladite duché que de la comté, lesquels, à l'advenir, seroyent séquestrés de la souveraineté du royaume de France; 2^ qu'à rinstant de sa délivrance, ledit seigneur Roy
50 J. DE QAUFRBTEAU.
1 525 mettroit entre les mains de l'Empereur le Dauphin de France, et avec luy, ou le duc d'Orléans, fils puisné du Roy, ou douze des principaux seigneurs de France, à la nomination de l'Empereur, pour demeurer ostages, jusques à la restitution desdites terres et ratification dç l'accord, avec touts ses articles, par les estats generaulx de la France; 3^ que la restitution desdits ostages se faisant, on donneroit à l'Empereur le comte d'Angoulesme, troisiesme fils du Roy, pour estre nourri, en Espagne, auprès de l'Empereur, afin de mieux asseurer et entretenir la paix ; 4® que le Roy cederoit à l'Empereur touts les droits prétendus sur les estats de Naples, Milan et Gènes; quiteroit la souveraineté de Flandres, et accepteroit et espouseroit Eleonor, seur de l'Empereur, vefve du roy de Portugal.
En cette année, p>asserent à Bourdeaux les deux en&nts de France, le dauphin François et Henry, son puisné; lesquels estoyent menés à Fonterabie, et de là vers l'Empereur, pour estre mis en ostage pour le roy François, leur perc, qui, moyenant cela, debvoit estre mis en liberté, suivant l'accord iait entre leurs Majestés. Sur quoy, est à noter, que le Roy ne voulut point qu'aucun prince ni seigneur de son royaume, entrât en ostage pour luy, ains, ayma mieux donner Ion second fils.
En cette année, le roy François !•» passant, au retour de sa prison d'Espagne, dans la ville de Bourdeaux, les borgeois, notamment ceux de La Rosselie, SainctC" Colombe et des Fossés de la Fonteine, rue Bouquiere, pour tesmoigner l'insigne alegresse qu'ils avoyent de la liberté de leur prince, défoncèrent, devant les maisons,
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des barriques pleines de vin, afin que les soldats des i525 gardes du Roy, Suisses et aultres de sa suite, en peussent boire à leur plaisir et à suffisance : dequoy Sa Majesté receut un grand contentement, et en sentit gré aux Bourdelois, ce qu'il leur tesmoîgna de parole.
En la mesme année, comme ledit roy François !«' estoit en ladite ville de Bourdeaux, lors de son retour d'Espagne, il envoya des billets à ceux qu'on luy indiquoit avoir des moyens, aux fins d'estre secoureu d'argent, en particulier : ce que tous firent fon libéralement, jusques aux plus pauvres, dequoy il fut grandement satisfait. Mais, est à noter que le Roy, ayant envoyé un billet à un certain boulangier, qui estoit devenu si riche qu'on disoit qu'il avoit une mandegorre, c'est à dire, en un mot, un Esprit qui luy fomissoit cette richesse; il se nommoit Pierre de Mus, mais, par chaffre, on l'appdloit Guillem Madonne, lequel ayant veu que le Roy ne luy foisoit demander, par ledit billet, que cinquente escus seulement, quitant la paste avec laquelle il enfournoit le pain, il en alla prendre trois cents dans ses coffres, et, les mettant dans sa devantiere à pétrir, s'en va trouver le Roy, avec cette harangue, en son patois : iSir^, vous m'ayes grandement honoré de m^emfloyer; mais, m'qyant demendé cinquante escus seulement, voici que je vous en porte trois cents, et si Vostre Majesté en veult davantage y. j'en ay à vostre service, et vous n'ave\ qu'à commender seulement. Cette naifve libéralité et harangue fut si agréable au Roy, qu'il dict au boulangier : Demendés ce que vous vouldrés, et il vous sera octroyé. A quoy Guillem Madonne re^pondant, luy dict : Sire, j'qy un fils que j'ai faict estudier;
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i525 on m'asseure qu'il est capable; s'il plaist à Vostre Majesté de luy conférer un office de conseiller en vostre parlement de Bourdeaux, je suis tout prest de satisfaire à tout ce qu'il fauldra. Il ne dict pas cela au Roy de sa teste, ains parce qu'il avoit esté conseillé de faire et dire ce qu'il avoit faict et dict pour obtenir ce qu'il demanda; car le Roy conféra l'office de conseiller audit boulangier, qui fut receu comme estant grandement suffisant et capable^ et appelle : Monsieur le conseiller du Mus. Lequel, mourant jeune, ne laissa seulement que des filles. C'est pourquoy aucun de ses descendants, du sexe viril, ne porta son nom. Mais, est à noter que, lorsque quelcun disoit à son père, pour se moquer de luy, car sa richesse estoit grandement enviée, voire les petits enfants mesmes : Guillem Madonne Mandegorre, le boulangier leur respondoit: Mandegorre coucha tard, leva matin. Marquant par là, que ceux qui sont diligents à fiaire leur besogne deviennent riches. (B. 40 à 44.)
1 526. — En cette année, les maire et jurats de la ville de Bourdeaux acheptent, des deniers publics, la baronie de Veirines, en tout droict de justice. (B. 45.)
1527. — En cette année, le seigneur de Brion, admirail de France, est faict maire de la ville de Bourdeaux (').
(^) Philippe Chabot, dont la fortune extraordinaire a si fort émerveillé Brantôme, était comte de Charny et de Buzançois, seigneur de Brion, etc., fils de Jacques Chabot et de Madeleine de Luxembourg; il est mort à Paris, le ler juin i343. Son tombeau, exécuté par Jean Cousin, passe pour un des chefs-d'œuvre de la sculpture du seizième siècle.
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En cette année, le boulevard de Saincte-Croix, en 1527 la ville de Bourdeaux, qui reguarde vers le midy le ruisseau de la Bourde [VEau Bourde], fut basti aux frais publics; à quoy touts les habitants contribuèrent alegrement; mais, toutefois, à la diligence des maire et jurats de ladite ville. Sur quoy, est à noter que ce bastiment est grandement utile à ladite ville, tant jKjur sa décoration que forteresse et défense; mais, ensuite de cela, il fault dire que c'est une erreur populaire que de croire, ainsin que plusieurs font, à Bourdeaux, que la maison de Candale aye faict faire le bastiment, mais j'estime que, véritablement, ils contribuèrent quelque somme pour yceluy. (B. 45.)
i528. — En cette année, le susdict frère Thomas (^], cherchant les lieux les plus solitaires de la Guienne, fut visiter la coste de la mer, vers le captalat de Buch, et, estant arrivé en un lieu qu'on appelle Arcaixon, ainsin nommé parce que c'est le milieu de l'arc qui se faict par les deux pointes de Oissen e de Cap de Finis'Terrœ, il y bastit une chapelle de bois de pins, dans les montagnes de pignadas, lieu affreux et sauvage, laquelle se void encores aujourd'huy, et s'appelle Nostre-Dame-d' Arcaixon, parce que le sainct homme î mit dedans une image de Nostre-Dame, qu'il trouva par cas d'avanteure, au bord de la mer, que quelque bris de naufrage y avoit jettée, ou put estre par miracle. Il voulut qu'elle fut bastie de bois et non de pierre, afin d' estre remuée facilement de lieu en aultre; parce qu'en cette coste là, les orages et les
(*) Voyez ci-dessus, page 44.
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i528 vents remuent souvent les sables, et, aplanissant les montagnes, relèvent les valées. Cette chapelle est en très grande vénération, notamment des mariniers, lesquels, avant monter sur mer, s'ils sont du pais, y vont faire leurs prières; et, s'ils sont estrangers, à leur abord à la Teste de Buch, y viennent rendre grâces, parce qu'ils sçavent que, lorsque le sainct homme arriva en ce lieu, en intention de bastir ladite chappelle, comme il eut veu deux navires affolés d'un grand temps, en cette coste de non veûe, et portés des courants sur les dangers, s'estant jette à genoux et faict son oraison à Dieu pour ceux qui estoyent batus des vents et heurtés des sables, la mer se calma incontinent à la veue d'un grand nombre de personnes. De socte que ces vaisseaux, chose non jamais veûe, eurent loisir de ce parer du péril et mettre ay large. Mais, ce n'est pas seulement des mariniers que cette chappelle est vénérée, mais aussi des habitants des parroisses circonvoisines, à dix et quinze lieues à la ronde, qu'ils y vont faire leurs prières, et veiller pour estre guéris de leurs maladies, de quelque condition et espèce qu'elles soyent. Cette chapelle a esté despuis bastie et édifiée de fort belle pierre. (B. 53.)
1 52g. — En fcette année, Henry d'Albret, roy de Navarre, est pourveu, par le Roy, du gouvernement de Guienne, et faict son entrée en la ville de Bourdeaux, oti il est honorablement receu. Sur quoy est à noter que c'a esté cet Henry qui fut père d'Antoyne de Borbon, lequel donna naissance à Henry IV, roy de France et de Navarre, qui remit le royaume des Us, que les Espagnols tachoyent d'empiéter. (B. 45.)
CHRONIQUE BORDKLOISE. 55
En cette année, Charles de Grammont fut faict 1529 archevesque de Bourdeaus, après le décès de Jean de Foix de Candale, ce qui fut grandement agréable à tout le peuple, et aux plus grands aussi. (B. 46.)
l53o. — En cette année, mourut Jean de Selves, premier présidant au parlement de Bourdeaux, et François Belcier est mis en sa plarce.
En cette année, les coustumes générales de Bourdeaux et sénéchaussées du Bourdelois sont acceptées et publiées, en la convocation générale des trois estats de ladite sénéchaussée. Le premier président du parlement de Bourdeaux fiit député par le Roy pour présider et authoriser ladite publication (^). (B.43.)
En cette année, fut faicte et accordée la paix entre l'Empereur e le Roy, dans la ville de Cambray, par des femmes, à sçavoir : Loyse de Savoye, mère du Roy, régente du royaume, et Marguerite d'Autriche, tante de l'Empereur. Laquelle nouvelle ayant esté portée à Bourdeaux, resjouit grandement toute la ville. Les articles de cette paix consistoyent : i^ que le Roy payeroit pour la délivrance de ses enfants deux millions d'or, bailleroit les terres que Marie de Luxembourg, duchesse douariere de Vendosme, possedoit en Flandres, Artois, e Brabant, et Haynaut, et celles que le duc de Montpensier possedoit es mesmes pays, pour quatre cent mille escus, rachetables dans certain temps, et, pour les aultres quatre cent mille escus restants,
(^) Deux erreurs : Jean de Belcier fut nommé premier président et les coutumes furent réformées en 1 5t i .
1 53o aquiteroit l'Empereur de pareille somme envers le roy d'Angleterre; davantage, desgageroit la fleur de lys d'or enrichie de pierreries et d'un morceau de la vraye croix que le père dudit Empereur avoit engagée, en Angleterre, pour cinquante mille escus, et, oultre cela, que le Roy quîtteroit la souveraineté de Flandres et d' Arthois, et espouseroit la royne Eleonor, vefve du roy de Portugal; lesquels articles estoyent plus tolerables que les premiers. (B. 46.)
En cette année, le roy François I®' passa, pour la seconde fois, à Bourdeaux, pour aller à la rencontre de la royne Eleonor, en conséquence de la paix faicte, à Cambrai; laquelle venoit d'Espagne avec les enfants de France, et ledit seigneur Roy l'espousa à Roquefort de Marsan, près de la ville de Mont-de-Marsan. Duquel mariage pourtant ne fut ni chanté le Te Deunty ni feu de joye faict à Bourdeaux. Mais, toutefois, ladite dame estant arrivée dans ladite ville, avec lesdits enfants de France, elle y fut receue magnifiquement avec toute sorte de joye, par le peuple et les plus grands aussi, et luy fut faicte une entrée solemnelle; mais, toutefois, toutes ces resjouissances estoyent faites plustost dans la considération de la liberté des princes enfants du Roy, que du mariage faict par force. (B. 47.)
Je veuls yci remarquer une chose grandement notable, que le sieur de Lurbe ne debvoit pas oublier, s'il n'avoit esté subject au Velleian (*), et consiste en ce que, en cette année encores, et plusieurs années
(*) Le sénatus-consulte velléien, voté sous l'empereur Claude, sur la proposition du consul Velleius-Tutor, annulait les obligations que les femmes contractaient pour autrui.
CHRONIQUE BORDELOISE. 5y
après aussi, cette coustume se gardoit inviolablement i53o dans la ville de Bourdeaux et pais bourdelois, que, lorsqu'une femme avoit batu son mary, le plus proche voisin du mary excédé le debvoit faire monter sur un asne, et le promener en cette façon par la ville, et, si cela advenoit dans la campagne, par les villages; car ce mary batu, s'il n'eut vouleu monter de gré sur Tasne, eut receu par les assistants plus de coups que sa femme ne luy en avoit donné; et, si le plus proche voisin, de quelque condition et dignité qu'il feut, ne vouloit pas fiaire cette action, il falloit qu'il payât cent sols parisis ou dix livres d'amende, ainsi que cela fut pratiqué à Bourdeaux, en cette année, en la personne d'un conseiller au Parlement, nommé M. de Hault- Court; lequel, ayant refusé de promener par la ville son plus proche voisin, en cette équipage, qui avoit esté batu par sa femme, selon la coustume fut contraint de payer dix livres d'amende; et, afin qu'on ne croye pas que je controuve et suppose cette remarque, je veux alléguer un tesmoing qui ne peut estre desmenti, à sçavoir : le président Boyer, dans le parlement de Bourdeaux; je dis^ présidant au mortier, qui a fondé l'hospital de Sainct-André, dans lequel il voulut que son corps fut enterré après son décès, comme aussi le fut- il; mais qui a, de plus, grandement bien et doctement décidé plusieurs questions espineuses de la jurisprudence; car voici comment ce grand homme parle sur ce subjea, en la décision 297, numéro 14 : Sed bene vidi quasi ubique, dict-il, quando maritus ab uxore vapulatur, quod, eo in casu, ducitur supra asinum, per proximum vicinum, qui, si hoc facere reluctetur, solvere tenetur pœnarriy seu emendam centum solidorum, aut decem iibrarum turonensiuniy
58 J. DK GAUFRETEAU.
i53o prout audivi/actum, Burdigalœ, inpersorma domini Joannis de Hault^Courty Régis in ejus curia consi^ liarii, qui vicinum maritum ab uxore vapulatum, super asinum ducere recusaverat, et prœdictam sohit emendam decem librarum, prout pluries ab eo in plena curia audivi^ et cœteri dominiy hoc confirmabant. De là, je voids que cette coustume ne se pratîquoît pas seulement à Bourdeaux, mais aussi en plusieurs endroits de France. Toutefois, il est certain qu'elle a donné lieu au proverbe qui dict qu'iV faut faire courre l'asne toutes les fois qu'une femme se rebeque contre son mary^ et que le mary l'endure. Mais est à noter que cette coustume n'est plus gardée aujourd'hui selon l'ancienne forme; car, à Bourdeaux, on n'en parle plus; mais, dans la campagne et petites bicoques circonvoisines, lorsqu'une femme a batu son mari, on ne faict pas monter le mary sur l'asne pour estre promené par le plus proche voisin, ains c'est le plus proche voisin qui doibt estre monté sur l'asne, conduict et promené par le plus prochain voisin de celuy qui monte sur l'asne. (B. 55.)
En ce mesme temps, la coustume estoit aussi, i Bourdeaux, que les principaux personnages d'une ruhe, conseillers et aultres, es longs jours, notamment la veille de la Saint-Jehan, après avoir soupe, prenant leurs femmes par la main, alloyent heurter aux portes de leurs voisins, qui sortoyent incontinent, et, de là, de main en main, faisoyent des danses par la ville, avec toute franchise, et alloyent faire collation chez celuy qui avoit le bouquet; à la mode que parle les trusfies (')
(*) Plaques de fonte employées dans les foyers.
que nous portent les Anglois, pour conserver nos i53o cheminées : honi soiUil qui mal y pense. Mais, cela se pratiquoit particulièrement entre les bourgeois et artisants, et donna cette façon de procéder le subject du noël de Bourdeaux, qui dict : •
c4 la saison nouvelle, Chascun se renouvelle..,.
Ce vieux temps sentoit trop au rance pour mettre le bouquet à descouvert; car il se donne aujourd'huy à couvert, comme aussi le sang et la chair frétillent bien plus aujourd'huy qu'au temps passé. (B. 55.)
*l53o. — En cette année, les corretiers, pour mener les marchants à Tachapt des vins, sont érigés en tiltre d'office et dépendent des jurats, qui vendent lesdicts offices, ce qui £ait grandement murmurer le peuple et les plus grands, qui se pleignent de ce qu'il n'est plus en leur liberté de vendre leurs vins, au lieu qu'auparavant il estoit permis aux marchants Anglois, Escossois, Flamends, Picards, Bretons et aultres, d'aller librement achepter leurs vins; mais maintenant ne le pourroyent, s'ils n'estoyent accompagnés et conduicts par un de ces courretiers. (A. 6i.)
1 5 3 1 . — En cette année. Messieurs de la Chambre des Comptes de Parb, ayant, à la poursuite de certains financiers, ordonné que la ville de Bourdeaux rendroit compte des deniers publics et aultres reveneus de la maison de ville, par devant eux, le Roy, sur la plaincte du maire et jurats de ladite ville, par son edict vérifié
6o J. DE GAUFRETEAU.
i53i au parlement de Bourdeaux, en juillet, audit an, permet auxdits maire et jurats de commettre et députer un bourgeois, pour thresorier des deniers et reveneus communs de ladite ville; qui en rende compte pardevant lesdits maire et jurats, en présence des bourgeois, suivant leurs ordonances, comme n'ayant onques esté loisible par les privilèges de ladite ville, [ni] esté permis auxdits officiers du Roy d'en prendre cognoissance. (B. 49.)
l532. — En cette année, il y avoit à Bourdeaux une femme, vefve d'un sergent royal, nommé Joyeux, à cause de quoy elle estoit appellée Joyeuse, laquelle ayant plusieurs cognoissances e par conséquent l'entrée de plusieurs maisons de la ville, car elle se mesloit de revendre des bardes, sans pourtant les promener par la ville, ains dans son logis. Elle se tenoit au monastère de Saint-Antoyne, car les moynes de Saint-Antoyne, auxquels ce couvent apartient, se contentoient pour lors de faire simplement servir la chapelle au jour de la feste du saint e patron, et payoyent un prestre pour cet effect, et louoyent tout le logis dudit monastère au tiers et au quart, ce que donna despuis occasion aux jurats de permettre que les Feuillants s'y plaçassent, tant à cause que ladite chappelle estoit mal servie que pour ce qui advint par la meschanceté de la susdite Joyeuse, laquelle, oultre qu'elle estoit revenderesse, se mesloit aussi de faire prester argent à l'interest par contract plegé ou sur gage, comme aussi de plasser les filles de chambre et servantes en maison qui en avoyent besoing; lesquelles elle retiroit e logeoit lorsque quelqu'une sortoit de mestresse; à cause de quoy, ayant aussi plusieurs cognoissances avec des jeunes gens de
CHRONIQUE BORDELOISE. 6l
condition de la ville et aultres, il se trouva qu'elle i532 faisoit le mestier de maquerelle, et fut accusée d'avoir desbauché plusieurs femmes et filles, non-seulement du commun, mais aussi de considération e de maison. Pour raison de quoy son procès luy estant faict et parfaict par les jurats, elle fut condemnée à estre fustigée par la ville, despuis la maison de ville jusques au bord de la rivière, qui est oîi Ton desbarque le foing qui se porte vendre à Bourdeaux, e la estant, estre mise dans une petite gabarre par le bourreau e conduite dans une aultre pontée, d'environ trente ou quarante thonneaux, esloignée du bord d'environ cinquante tirées d'aviron, e, estant arrivée à bord de ladite grande gabarre, estre montée au haut, et de la, mise dans la cage de fer, qui est gardée en la maison de ville exprès pour cela, laquelle tenoit a un bout de l'antenne traversant le mats, et en cette manière estre plongée par neuf fois dans la rivière, la trompette sonant, qui est ce qu'on appelle à Bourdeaux : baigner la maquerelle, et, après cette action, estre ramenée au pon, e de là estre de nouveau fustigée par le bourreau jusques à ladite maison de ville, et, de plus, bannie hors de la ville. Laquelle sentence fiit confirmée par le Parlement, quelque sollicitation que plusieurs jeunes conseillers fissent sourdement pour eUe; lesquels elle avoit obligés. Elle s'en alla au bourg du Carbonblanc, entre Lormon et Caverne, tenir hostelerie e boutique comme elle avoit faict à Bourdeaux. (A. u.)
1534. — En cette année, André Govea, portugais de nation, est appelle de Paris, pour estre principal au Collège de Guienne, et remet en bon état la disci-
64 J. DE GAUFRETEAU.
1 5 36 en la Cour du parlement, les œuvres duquel, nommées Decisiones, sont grandement recommandables pour le droit. Il esleut sa sépulture dans Thospital de Sainct- André, lequel il avoit fundé, et y laisse ses biens; léguant sa bibliothèque à ladite Cour du parlement. Elle a esté despuis perdue par la négligence de celuy qui Tavoit en garde, ou bien parce que chaque conseiller en prenoit des livres en prest, sans les rendre. (B. 52.)
En cette même année, le 14 novembre, la Cour de parlement de Bourdeaux ordonne, par son arrest, que lors que les jurats de ladite ville, ou aucun d'eux, assisteront aux audiences dudit Parlement, avec leurs robes ou chaperons de livrée, ils précéderont touts les nobles, de quelque famille, qualité ou condition qu'ils soyent : ce qui a tousjours esté observé despuis.
1539. — En cette année, Briand de Valée, conseiller au parlement de Bourdeaux, personnage de rare et eminent sçavoir, institue et funde, dans le Collège de Guienne, une leçon de théologie, touts les premiers dimenches de chaque moys, avec pension annuelle au lecteur; laquelle s'est despuits perdue, tant par la faulte des héritiers, qui n'ont pas vouleu ou peu payer ladite pension, que par la négligence des jurats, qui debvoyent contraindre lesdits héritiers à la payer. Mais cette pension ayant esté mise sur un fonds, elle ne se pouvoit point perdre. On dict qu'elle cessa d estre payée lorsque le Conestable vint à Bourdeaux pour chastier la rébellion, auquel temps la ville, le parlement, les églises, couvents et collèges, enfin toutes choses, se trouvèrent en desordre et confusion.
avoir esté traicté au parlement de Bourdeaux, et depuis 1 5 3 5 à Paris^ oti on Tavoit faict évoquer jusques à règlement de cause par Taccarement et confrontement des tesmoings au baron, s'accomode enfin, au grand contentement des parties. Mais est à noter, ce qui est aussi remarquable, que les excédés se servoyent de Tinformation du baron pour tesmoigner, n'en ayant point d'aultres. Est à noter aussi que ledit baron, personnage au reste debonaire, vertueux et pacifique, avoit faict comettre cet excès à la persuasion de sa femme, qui avoit quelque colère, qu'elle appeloit juste, contre les excédés, et que, de cet exemple, il faut conclure que, de quelque condition qu'il soit, un mary doibt bien penser plus de quatre fois avant aquiescer à la colère de sa femme. Mais, est à noter aussi, que si le baron fut allé à La Rochelle, oti il avoit esté assigné pour souffrir les recoUations et confrontement, il eut faict donner du nez à terre à ses parties, parce qu'elles n'avoyent ni temps ni moyens pour conduire les aultres tesmoings d'adminicule qui leur estoyent nécessaires pour justifier la preuve qu'ils pretendoyent tirer de l'information faicte contre eux par ledit baron. (A. 255.)
l536, — En cette année, certaine petite monoye de Bearn, appellée les vaches ou les baquetes, à cause qu'elle ponoit en chaque pièce la figure d'une vache, est descriée à Bourdeaux et n'y a plus de cours, ce qui porte un grand préjudice aux Bourdelois et aultres habitants dans les villes circonvoisines de Bourdeaux.
En cette année, et au moys de may, mourut en la ville de Bourdeaux Nicolas Boyer, troisiesme présidant
66 J. DE GAUFRETEAU.
1 539 se craignit bien aussi d'estre arresté, et tesmoigna par plusieurs de ses discours, aussitost qu'il fut arrivé à Bourdeaux, qu'il se repentoit de s'estre mis au pouvoir du Roy. Mais, à Loches, le feu s'estant prins à la cheminée de la cuisine où Ton aprestoit le souper de l'Empereur, arrivé audit lieu, et, à cause de ce, un grand bruit et une esmotion d'importance ayant esté ouye pour esteindre ledit feu, cela luy donna une telle alarme, qu'il eut vouleu estre encores à Madrid, dit-il à ses plus confidents. Et ne fault point aussi doubter que ledit empereur n'eut esté arresté jusques à ce qu'il eut réellement effectué ce qu'il avoit promis, s'il eut eu affaire à un aultre prince que François, lequel estoit si religieux à tenir ses promesses, qu'il [eut] mieux aymé mourir que manquer à ycelles : ce qu'il fit bien paroistre, en ce passage; car, bien que touts ses plus affidés conseillers et ministres de l'Estat luy conseillassent d'arrester l'Empereur, mesme Diane, de Poitiers, laquelle estant appellée « madame d'Estampes », parce qu'elle estoit duchesse dudit lieu, gouvernoit privéement le Roy, il ne le voulut jamais faire; encores que Sa Majesté cognut que ce conseil luy estoit profitable, et le mit an asseurance de ce qu'il pouvoit doubter, que l'Empereur estant une fois arrivé en terres de son obéissance, luy manqueroit de promesse. Mais, sur ce subject, l'histoire nous représente que comme l'Empereur, deux jours après son arriva à Paris, fut allé pour disner au Louvre, entrant en la chambre du festin, le Roy, qui s'entretenoit avec ladite duchesse d'Estampes, sa maistresse, en attendant l'arrivée de l'Empereur pour disner, s'adressant à l'Empereur, après les compliments réciproques : Mon frère j luy dict-il, de quel discours penserie^-vous que cette belle
dame nCentretenoit? — // fauldroit que je /eusse i539 devin, monsieur mon frère y pour les dire^ respond r Empereur. — Cesty répliqua le Roy, qu'elle me donnoit conseil de vous arrester^ dans Paris^ jusques à ce que vous m'eussie^ rendu ma duché de Milan^ ainsin que vous me Vave\ promis, — Vrayment, repartit l'Empereur, ^ï elle vous donne un bon et honeste conseil, vous le debve\ exécuter.
Il dict, sans rendre aucun tesmoignage, qu'il fut esmeu et piqué, en son esprit, de la parole du Roy. Mais, néanmoins, comme il lava les mains avec le Roy, et ayant tiré de son doigt, ainsin qu'il avoit accoustumé de faire, quand il Tavoit pour disner ou souper, un très riche diamant de la valeur de cinquante mille escus, duquel le vice-roy des Indes luy avoit faict presant, et yceluy mis à sa bouche. Après qu'il eut lavé, et que ladite duchesse luy eut présenté sa serviette, il le laissa tumber à esciant; ce que ladite duchesse voyant, se baisse tout aussitost et amasse le diamant. Mais, et voyez ce qui est remarquable, comme elle le présente à l'Empereur : Madame, madame, ce diamant, de quel prix qu'il soit, est en trop belles mains, pour l'en oster. Vous me fere\ cette faveur, que de le tenir et garder pour l'amour de moy, avec aultant d'affection que je vous en faict presant, et je vous l'offre. Tellement, que, quelque refus que Diane fit au commencement, elle fut, à la fin, [obligée] de garder la bague. Or, l'Empereur fit ce riche don à cette dame, afin de la gagner, et porter le Roy à tout aultre conseil que celuy qu'elle luy avoit donné, sçachant bien qu'elle possedoit entièrement le cœur et l'esprit du Roy.
Mais, l'Empereur avoit bien aussi, par présents,
68 J. DE GàUFRETEAU.
1539 gagné un aultre ressort qu'il faisoit jouer, estoit le conestablc de Montmorenci, personnage de grand crédit envers le Roy, et le plus puissant en faveur à la Cour. Lequel, ayant mesnagé tout ce passage de r Empereur, et donné de telles asseurances au Roy, que, tout aussitost que l'Empereur seroit arrivé sur la frontière de Flandre, il fairoit restituer Milan à Sa Majesté, que le Roy ne voulut jamais escouter Taultre conseil, qui luy eut esté très profitable.
Mais aussi, après tout cela, est à noter que le Roy, ayant veu que l'Empereur s'estoit moqué de luy, et ne tenoit compte d exécuter sa promesse, en luy restituant ledit duché de Milan, ledit conestable demeura en très mauvaise odeur envers Sa Majesté, et ne tint qu'à peu que son procès ne luy fut faict, sur le soupçon qu'on tachoit d'imprimer dans l'ame du Roy, que ledit conestable avoit receu des grands présents de l'Empereur pour persuader le Roy de permettre ledit passage; mais, au moins, estant disgracié de la Cour, pour ce subject, se retira chez soy. (B. 57 à 60.)
1 540. — En cette année, les chaleurs furent excessives en tout le royaume de France, et la sécheresse, par conséquent, si grande, notamment en automne et au temps des vendanges, que les raisins estoyent comme rostis : à cause de quoy on appella cette année Vannée des vins rostis.
En ladite année, le Roy, par son edict, vérifié au parlement de Bourdeaux, en avril, permet, par exprès privilège, au capitaine du guet de la ville de Bourdeaux, qui despuis est appelle chevalier du guet, de
prendre et constituer prisonniers, touts ceux contre 1540 lesquels il y aura décret de prinse de corps, esmané non seulement des maire et jurais, mais aussi du Parlement et aultres G>urs et jurisdictions, et cela, tant par tout le ressort de ladite Cour du parlement de Bourdeaux, qu'en ville. (B.61.)
1542. — En cette année, le peuple de la ville de La Roscbelle et des palus prochaines, s'estants rebellés contre les officiers que le Roy avoit establis esdits lieux, pour le faict de la gabelle. Sa Majesté passe à Bourdeaux avec des forces, et va à La Roscbelle, pour chastier ladite rébellion. Sur quoy est à noter que, comme le Roy feut arrivé dans ladite ville, et que plusieurs coulpables eussent esté mis dans les prisons pour y recevoir la peyne de leur sédition, les Roschelois s'assemblèrent en corps, et, s'estants transportés, tant femmes qu'hommes de toute condition, qualité, sexe et âge, dans le jardin de l'hostel oti Sa Majesté estoit logée, et, se mettant à genoux, confessant leur faulte, en demendent pardon, criant, avec pleurs et larmes, miséricorde; ce qui esmeut ce grand roy débonnaire, à une telle compassion, qu'il leur remit gratuitement le criminel et le civil; délivra les criminels des prisons, leur rendit leurs armes et les clefs de la ville; fit sortir les garnisons, tant de pied que de cheval, hors La Rochelle, les réintègre en sa grâce, et restitua en leurs privilèges. En quoy les histoires censurent le Roy, à cause de la debonaireté dont il usa envers un peuple mutin et séditieux, qui, à cause de ce, retourneroit, à la moindre occasion, à son vomissement; car où il les debvoit chastier par exemple et les brider par le
70 J. DE OAUPRETEAU.
1542 bastiment de quelque forteresse; car cette debonaireté extraordinaire fit que despuis les Bourdelois se rebellèrent aussi pour le subject de la gabelle, et furent beaucoup plus sévèrement et rigoureusetnent traictés que n'avoyent esté les Roschelois; à cause qu'on craignoit qu'ils ne se tournassent rebeller, et mettre les armes au vent, aussitost qu'ils auroyent esté pardonnés, ainsin qu'avoyent faict ceux de La Roschelle, qui ont, despuis ce temps-là, dans la considération de leur hérésie e rébellion, tousjours esté une espine poignante et sanglante dans les deux pieds de l'Estat fînançois, et jusques à ce que la digue les a desmentelés. (B. 63.)
En cette année, les maire et jurats de Bourdeaux font une assemblée des plus notables bourgeois de ladite ville, en laquelle les statuts politics de k ville sont receus et arrestés et publiés en jugement : lesdits maire et jurats, sedentibus pro tribunali, le 14 juillet. (B. 64.)
1544. — En cette année, les Liboumois ayant obtenu lettres-patentes du Roy, par lesquelles un siège de seneschal estoit establi en leur ville, lesdites lettrespatentes, sur l'opposition des maire et jurats de Bourdeaux, sont révoquées et cassées, par edict du septiesme juillet, vérifié en la Cour du parlement de Bourdeaux, et ordonné que lesdits habitants de la ville de Liboume recognoistront Bourdeaux comme devant.
En cette année, plusieurs accusés et convaincus de tremper dans l'heresie de Luther, et qui, à cause de ce, estoyent appelles Luthériens, sont condemnés et exécutés à mort, dans la ville de Bourdeaux.
CHRONIQUE BORDBLOISE. 7I
En cette année, Charles de Grammont, archevêque 1 544 de Bourdeaux, estant decedé, Jean de Bellai, cardinal, lui succède en ladite archevêché. (B. 65.)
1545. — En cette année^ la peste est si pressante, en la ville de Bourdeaux, que le Parlement, par la permission du Roy, va tenir sa séance dans la ville de Liboume, pendant les moys de septembre et octobre.
En cette année, André Govea, principal au CoUege de Guienne, demende congé aux maire et jurats, et se retire en sa patrie; à cause de quoy, Jean Gelida est establi en ladite principalité.
En cette année, Charles Chabot, seigneur de Jamac, est faict maire de la ville de Bourdeaux.
En 'cette année, Marc-Antoyne Muret, qui a laissé tant d'excellents livres, et a pareu avec une si grande réputation, à Rome, estoit professeur au Collège de Guienne, dans la ville de Bourdeaux. (B. 67.)
1547, — En cette année, furent faicts à Bourdeaux les honneurs funèbres du grand roy François !•', dans Teglise métropolitaine Sainct-André, qui estoit decedé à Rambouillet, le dernier jour du mois de mars, audit an, âgé de cinquante-trois ans seulement. (B. 69.)
1548. — En cette année, les extorsions des gabeU leurs et fermiers du sel donnèrent subject de révolte aux communes de Xaintonge, Angoumoys et de Guienne; lesquels, en peu de moys, mettent aux champs plus de
72 J. DE GAUFRETEAU.
1548 quarante mille hommes, embastonnés de toute sorte d'armes. Ceux des isles se joignent à eux^ et de commun accord courent ceus (sic) aux gabelleurs, les tuent et massacrent cruellement. — Ce pernicieux exemple fut incontinent suivi du peuple de Gascogne, notamment du populaire de la ville de Bourdeaux, lequel, s'estant souslevé et ayant trouvé des jurats de leur humeur, à sçavoir : Lavergne, Lestonac, Maquanan et aultres, donna la chasse aux gabelleurs, saccage plusieurs bonnes maisons, soubs prétexte d*y rechercher les exacteurs de la gabsUe. Les communes des parroisses voisines du Boscat, Caudeiran, Haillan, Blanquefort, Begle, Vilenave et les aultres, comme aussi celles des aultres parroisses du costé de La Bastide se fourrent dans la ville, et massacrent tout ce qui ne fuit leurs armes. Ce que Moneins, lieutenant pour le Roy dans Bourdeaux, voyant, faict sortir quelques barquebusiers du chasteau du Ha, cuidant, par ce moyen, arrester cette fureur populaire; mais cela l'enflamma davantage; enfin, ils contraignent les présidants et conseillers du Parlement à quiter leurs robes, et à s*affubler des bonets à la matelote, porter la pique et suivre leurs enseignes; et, comme le présidant La Chassagne sortoit du palais, monté sur mulet, ils le font descendre, et, luy ayant faict prendre un bonet rouge, avec une longue plume de chapon, une cape à la Caudeiranese âoquée, luy ceignent une longue espée au costé, et luy commendent et le forcent d'estre leur chef, aultrement le menacent de la mort. Ils en avoyent tout aultant Êeiict à Tendroit des deux frères appelles Des Saux, Tun capitaine de la ville et Taultre du Chasteau -Trompette : tellement, que touts ces messieurs sont contraints d'assister au saccagement de
plusieurs riches maisons^ et de voir devant leurs yeux 1548 massacrer leurs amis et concitoyens. Mais, non contents de cela, ils s'adressent à la maison de ville, où il y avoit un magasin incroyable de toutes sortes d'armes, la forcent, enlèvent les armes et munitions, mettent en fuite les magistrats, font monter quelques-uns d'entre eux à la grande cloche, et y font batre le befroy, ce qui augmenta le nombre de ces enragés; car les parroisses plus esloignées y accoururent aussi tost. Enfin, après avoir pillé et meurtri plusieurs des plus honnestes et riches bourgeois, ayant rencontré ledit de Moneins sur les fossés de Thostel de ville, lequel estoit sorti du chasteau du Ha, croyant de pouvoir accoiser par gratieuses paroles la rage de ces mutins, ils Tassassinnent cruellement, et traînent par la ville son corps, après qu'ils l'eurent salé. Sur quoy est à noter, que quelques uns de la suite dudit de Moneins, qui estoyent poursuivis par ces enragés, s'estant sauvés dans une petite chapelle, au coin du collège des jesuistes, qui estoit pour lors un bastiment dépendant de l'hospital Saint- James, ces furieux desmolissent ladite chappelle, res pieds, res terre, et massacrent ces réfugiés. Bref, ils commettent de si grandes et horribles insolences et meschancetés, qu'elles sont incroyables.
Mais, enfin, après que cette enragée populace, se voyant chargée de butin, se voulut retirer, un chascun d'eux désirant porter en sa maison ce qu'il avoit pillé, la Cour de parlement et les plus sages et gens de bien d'entre les jurats, se fortifient de gens d'honneur, et, reprenants leur authorité, chastient plusieurs de ces insensés par divers supplices, notamment les principaux autheurs de la sédition. Lavergne est tiré à quatre chevaux.
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1548 Lestonac et Des Saux s'estoyent fortifiés dans le Chasteau-Trompete, pour y disputer leur vie, sur la poursuite qu'on feisoit contre eux. (B. 71 et 72.)
En cette année, et pendant toutes ces rebellions et insolences du populaire de Bourdeaux, le roy Henry II establit à Paris, pour toute la France, une chambre qui fut appellée la Chambre-Extraordinaire, contre les Ludieriens, c'est-à-dire ceux qui faisoyent profession de rheresie monstrueuse qu'un certain moyne, appelle Luther, de l'ordre des Augustins, avoit formé, en 1 5 1 7, dans l'Allemagne, où il avoit prins naissance, en la ville d'Islebe (Eisieben), comté de Mansfeld; par le moyen de laquelle, tachant d'anéantir l'Eglise catholique et toute l'ancienne croyance de la religion apostolique et romaine, bâtant principalement Tauthorité du Sainct-Siege, il forme dans la chrestienté un schisme horrible; tellement, que plusieurs de cette secte furent exécutés à mort, par divers supplices, estants condemnés par ladite Chambre.
En cette année, environ le moys de juin, le Roy, désirant tirer raison de la rébellion, tant de l'Angoumois et Xaintonge, que de celle qui avoit exercé tant de meschancetés dans la ville de Bourdeaux, donna la commission, pour aller en Xaintonge, au duc d' Aumale, qui fut despuis appelle duc de Guise, et mourut devant la ville d'Orléans, laquelle il l'avoit assiégée soubs le règne de Charles IX; et au conestable de Montmorenci, l'aultre, pour venir en ladite ville de Bourdeaux. Sur quoy est à noter, que le duc d'Aumale se porta fort doucement en sa commission, car il pacifia toutes choses, sans aucune punition du passé; aussi aquit*il
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la réputation de prince clément et debonaire. Mais, 1548 tout au contraire, ledit conestable, estant arrivé à Bourdeaux, jacois que les portes de ladite ville luy eussent esté ouvertes avec toute sorte d'honneur et d'obéissance, «t qu'il y eut faict son entrée, les rues estants tapissées comme en pleine joye, neantmoins, par son ordonnance, il dezarsona le peuple, osta et brusla touts les tiltres, regestres et documents des privilèges de ladite ville, qui estoyent gardés en Thostel d'ycelle, et de tout le pais bourdelois : ce qui a porté de grands inconvénients et préjudices à fflusieurs particuliers; fit cesser le parlement, et, pour administrer la justice souveraine, furent envoyés des conseillers, de ceux de Paris, de Roan et de Thoulouse; abatre les cloches non-seulement des clochiers de toutes les églises de la ville, qui tindrent compagnie à celle de la maison de ville, mais aussi des aultres dans la sénéchaussée de Guienne; commenda que tout le peuple, de quelque qualité, condition, sexe et âge qu'ils fussent, vinssent devant la maison où il estoit logé, appellée la Bourse d'Espagne, 8|ir les fossés du Chapeau- Rougé, qui est à présent appellée de Martin de Labardemont, couverts d'une chemise blanche sur leurs accoustrements, crier miséricorde et demender pardon, en avouant leur crime et rébellion, et, de plus, contraignit sept vingts des principaux borgeois d'aller en l'église des carmes, non deschaux, car ceux-cy n'estoyent pas encore establis, et là, desenterrer, avec leurs ongles, les cadavres du sieur de Moneins et d'un sien gentilhomme nommé Montlion, qui avoyent esté ensevelis en ycelle, touts mutilés et salés comme des beufs ou porceaux, et le convoyer en deuil jusques à l'église de Sainct-André, où il fut de nouveau inhumé avec pompe funèbre.
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1 548 Après tout cela, il fit trencher la teste aux deux frères Des Saux et à Lestonat, bien qu'ils fussent innocents, et, enfin, fit mourir par mort exemplaire plusieurs aultres soubçonnés d'avoir trempé en ladite sédition, notamment certains deux bourgeois, nommés : l'un Talemague, et l'aultre Galafié, qui avoyent esté les premiers colonnels et conducteurs de la troupe séditieuse, furent roués, portant chascun sur la teste, lors de leur exécution, une couronne de fer ardente, pour marque de la souveraineté qu'ils avoyent usurpée. Et voila, en un mot, la rigoureuse et severe punition qu'exécuta ce cruel conestable sur les Bourdelois, grandement différente de celle que François I*' avoit pratiquée contre La Roschelle et ledit duc de Guise en Xaintonge. Sur quoy est à considérer, que sa cruauté ne put point empêcher que ladite ville de Bourdeaux ne subsista par la clémence du Roy, et n'aye esté, despuis jusques à présent, une des plus florissantes de la France, ainsin qu'elle se void, au lieu que la race de ce barbare a fini malheureusement, puisqu'il ne se void aucun de sa race qui porte le nom de Montmorency. (B. 73 à 75.)
En cette année, Antoyne de Bourbon, duc de Vendosme, gouverneur pour le Roy, en Guienne, espousa à Paris Jane d'Albret, fille de Henry d'Albret, roy de Navarre, et de Marguerite de Valois, tante du Roy. (B. 75.)
1549. — En cette année, les habitants de la ville de Bourdeaux, ayant envoyé des députés à Paris pour représenter leurs misères et calamités au Roy, et luy faire très humbles supplications de vouloir restablir
ladite ville en son entier, attendu que la rébellion 1549 précédente n'avoit point esté préméditée, ni faicte par malice, ains par un desastre fatal, par lequel Dieu Favoit vouleue affliger, Sa Majesté, après avoir ouy M. Guillaume Le Blanc, advocat éloquent et fameux, chef de ladite deputation, sur la vérité des choses qui se seroyent passées en ladite ville, avant et après ladite rébellion, inclinant aux très humbles remonstrances qui luy furent faictes, de la part desdits habitants, par ledict Le Blanc, révoque et annulle, par son edict, la sentence donnée contre lesdits habitants par ledit connestable de Montmorenci, restituant les Bourdelois et leur postérité en leurs honneurs, bone famé et renommée. Mais, si quelcun veult sçavoir la cause de la susdite rébellion, en laquelle, certe, plusieurs bourgeois trempèrent, car sans cela il estoit impossible que le populaire eut esté le maistre, bien qu'il soit impatient sur touts les aultres peuples de la Guienne et de France aussi de daces et subsides, il faut prendre que plusieurs marchants ayant achepté, es années précédentes celle en laquelle fut faicte ladite sédition, grande quantité de sel, pour le vendre et débiter en ladite ville, auquel achapt Lestonat, Lavergne et les Des Saux estoyent intéressés, et se voyands par le moyen de Timpost que le Roy avoit mis sur le sel, pour l'entrée et sortie d'yceluy, frustrés du gain considérable qu'ils esperoyent faire sur la vente dudit sel, par eux achapté, ils furent prompts à consentir à ladite rébellion et sédition, mesmes s'en rendirent les chefs, à esmouvoir le peuple, croyants que le Roy osteroit ladite imposition et gabelle. (B. 77.)
En cette année, la Cour du parlement est remise, et
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1 549 les conseillers commissaires envoyés furent congédiés et retournèrent dans leurs parlements.
En cette mesme année, le comte de Lude, par la piort de Moneins, est faict lieutenant-general, pour le Roy, en Guienne, et &ict son entrée en la ville de Bourdeaux.
En cette année, Jean du Bellay, cardinal-archevêque de Bourdeaux, resigne son archevêché à François de Mauny; lequel succède, en conséquence de ladite résignation, en la place dudit du Bellay. (B. 78.)
l55o. — En cette année, les Bourdelois optiennent un second edict, qui fut vérifié en la Cour de parlement de Bourdeaux^ au moys d'aoust, par lequel le Roy leur restitue leurs anciens privilèges et libertés, restablit le corps et collège de ladite ville, le réduisant toutefois à un maire, six jurats, un procureur de ladite ville, et un clerc aussi d'ycelle; au lieu qu'auparavant il y avoit douze jurats ; et veult que lesdits maire et jurats seront triennels, à l'instar de la ville de Paris, et elisables trois jurats chaque année; et la raison de cela consistoit afin que les trois anciens donnassent l'instruction des affaires aux trois nouveUement esleus; et voulut aussi que lesdits jurats fussent esleus par le conseil de vingt-quattre preud'hommes, à sçavoir : quattre nommés de chaque jurade; délaissant, au surplus, auxdits maire et jurats, la libre eslection desdits procureur et clerc de ladite ville, et aultres ofiiciers d'ycelle. Comme aussi leur restitue la justice politique, civile et criminelle de ladite ville, ainsin
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que nous voyons que lesdits maire et jurats l'exercent i55o aujourd'huy, avec la comté d*Ornon et baronie de Veirines, ensemble touts aultres droits et reveneus apartenants, de toute ancieneté, à ladite ville, excepté le droit de la coustume, qu'il retint à soy. (B. 79.)
En cette année, le seigneur de Gimbes, qui est une parroisse à deux lieues de Bourdeaux, est faict maire de ladite ville, et fut le premier despuis le restablissement d'ycelle.
En cette année, Eymar de Ranconet, natif de Bourdeaux, est faict conseiller au parlement de Paris, reluit et se rend grandement fameux et renommé pour son excellent et rare «çavoir. (B. 80.)
En cette année, les jurats de la ville de Bourdeaux créèrent des courretiers jurés, pour mener et conduire les marchants à Tacbapt des vins, et en vendirent les estats. Ce qui fit grandement murmurer le peuple et les plus grands aussi, qui se plaignoyent de ce qu'ils n'avoyent plus la liberté de vendre leurs vins, au lieu qu'auparavant il estoit permis aux marchants françois et estrangers d'aller librement gouster et achepter les vins sans conduite en tiltre d'office. Toutefois^ on trouva que ces courretiers estoyent nécessaires, s'ils faisoyent ladite conduite de bonne foy (').
En cette année^ un notable bourgeois de Bourdeaux, appelle sire Rostault, demeurant tout devant Teglise des Carmes, et ayant un aniversaire fundé en ladite
(•) Voyez ci-dessuSy page 59.
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1 5 5o église par son feu perc, par lequel les religieux estoyent obligés de dire touts les jours matines, en une cenaine chapelle et à certaine heure, après minuict, et, après matines, célébrer une messe à haulte voix, s'estant esveillé une nuict plus tost que de coustume (c'estoit au temps que les nuicts commencent d'estre fort longues), et, ne se pouvant rendormir, il luy print envie de se lever et aller voir si lesdits religieux celebroyent son aniversaire, et s'estant, pour cet effeci, transporté à la porte du couvent, et n'oyant aucune psalmodie, bien que ce fut l'heure que ledit aniversaire se debvoît célébrer, il heurte, mais aucun ne venant ouvrir, il fut contraint de s'en retourner. De quoy, le lendemain, il faict plaincte au prieur et aux religieux, et leur parle, avec grosses et menassantes paroles, de se pourvoir par justice contre eux, s'ils ne vouloyent mieux qu'auparavant célébrer sondict aniversaire. Cela fut cause que les moynes, pour se venger et moquer du bourgeois, continuèrent d'envoyer par plusieurs nuicts, à l'heure de minuict, qui estoit la plus propre au repos, batre à la porte dudict Rostault avec des grosses pierres, afin de l'esveiller et l'empêcher de dormir; et lorsque quelcun de ladicte maison demendoyent ce qu'on vouloit et cherchoit à tele heure, ceux qui batoyent respondoyent incontinent qu'ils allassent dire au sire Rostault de venir assister à son aniversaire. Ce qui ayant enfin ennuyé le bourgeois, il fut contrainct de prier les moynes de ne l'envoyer plus semondre pour assister audit aniversaire, à leur conscience, et qu'ils le disent s'ils vouloyent. Mais, les moynes ne le laissant pas pour cela, il fallut que, pour avoir paix, il envoyât au couvent un thoneau du meilleur vin qu'il eut et vingt boisseaux froment, de presant. (B. 82.)
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En cette année, on commença à ne porter plus les i55o bonnets à la cocarde, alias à la courande, qui estoyent ordinairement, pour ceux qui estoyent riches, des grands bonnets ronds et rouges, mais fendus en quatre endroits, devant, derrière et aux deux costés; et dans ces fentes il y avoit du velours ou damas, satin et taffetas bouffant au dehors; mais, dans la ville, les bourgeois portoyent bonnets ronds et noirs ; enfin , on en quita Tusage, et commencèrent les chapeaux d*entrer en vogue.
En cette année fut refroidie, et despuis rompue tout à faict, cette grande société, union et intelligence, que de Lurbe remarque avoir esté. Tan i328, entre les chapitres Saint-André et Saint-Seurin et les jurats de la ville de Bourdeaux, et consistoyent en ce que les députés desdits chapitres assistoyent es délibérations des jours de jurade, comme aussi les députés desdicts jurats, aux jours que lesdicts chapitres capituloyent. A cause de quoy, il se void encore aujourd'huy que lesdicts chapitres ne capitulent point es jours de jurade, qui sont les mercredis et sapmedis, ni les jurats ne tiennent point la jurade es jours que les susdicts chapitres capitulent, qui sont : pour Sainct- André, les mardys et jeudis, et pour Sainct-Seurin, les lundis et vendredis : quod bono publico servabatur, dict de Lurbe, et ut consilio communi res civitatis compotier entur. Mais cette desunion procéda de ce que les jurats ne vouleurent point avoir les prestres pour tesmoings des petits passedroicts qu*ils commencèrent à introduire et pratiquer au gouvernement de la ville; ni les chanoynes aussi, des petites querelles, batailles, riotes, dissentions et divisions qui naissent touts les jours entre eux, tant pour la pointe qu'aultrement.
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1 55o En cette année, un nommé Lacime leva imprimerie dans la ville de Bourdeaux. Il estoit logé rue Bouhault; et la première impression qu'il fit fut des prophéties de Nostradamus. Il n'imprimoit que des Catonets (^), Alphabets et Despauteres pour les enfants, et des almanachs aussi. (B. 83.)
La Bazoche des clercs du palais faisojrt des grandes despenses, pour estre veus et remarqués, et des grandes et insupportables insolences aussi; d*oti infinies quereUes naissoyent entre le peuple et euz^ tellement, que plusieurs bien souvent restoyent meunris et tués d'un et d'austre costé. Mais, est à noter que le roy de ladite bazoche, huit jours avant la feste de sainct Ives, commençoit de se promener et faire voir par la ville, avec toute l'assemblée des clercs, et deux en deux, l'espée au costé, et estoit si pompeux en ses accoustrements, desquels il cbangeoit touts les jours, tant que la feste duroit, à sçavoir, quinze, que cela est presque incroyable, tellement, qu'à cause de cela on fit ce proverbe à Bourdeaux, qui court encores en la bouche du peuple : brave comme un roy de la basoche.
Il ne fault pas s'esmerveiller de cela, ni demender d'où ce roy, qui n'estoit au fonds qu'un simple clerc, pouvoit tirer les moyens pour fornir à ces pompes et despenses, car, bien que ce ne fut qu'un simple clerc, c'estoit toutefois personnes fils de condition et de pères riches, qui fomissoyent à cette despense de leurs enfants en telles occasions, sur l'espérance qu'ils seroyent faicts procureurs, en considération d'ycelle.
Mais il est certain que ces clercs faisoyent plusieurs
(*) Catonets, livret de maximes mortiet, traduites ou imitées de celles de Denys Caton.
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actes de mauvais exemples, jusques à se moquer des i55o présidants et conseillers du parlement, et faire des £Eurces d'eux , en la place du palais, sur un théâtre qu'ils y faisoyent dresser toutes les années, pour y représenter quelque risée et gausserie sur cesubject; et entre plusieurs, en voici une :
Il y avoit, au parlement de Bourdeaux, un présidant au mortier appelle Sevin, auquel touts les clercs vouloyent un grand mal, parce qu'il estoit severe et les tenoit en cervelle, ordre et discipline, reprimant par touts moyens leurs trop licentieuses actions, surtout veillant sur ces petites exactions qu'ils faisoyent ordinairement sur les parties. Or, de ce présidant, donc, ils firent une farce, luy le voyant et l'oyant, car il passoit pour lors en ladite place du palais, en cette façon : Ils firent monter sur le théâtre deux clercs, l'un vestu en pantalon et Taultre en f^ani. Le 2^ni tenoit en main un grand verre de vin, et, le goustant, ou en &isant semblant, demendoit au Pantalon ce qu'il luy sembloit de ce vin, duquel aussi il avoit beu et gousté. Le Pantalon respondoit incontinent : ce vin ne vault rien. En disant ce vin, il equivoquoit sur le nom du présidant, qui se nommoit, comme dia est, Sevin, et par ainsin entendoit parler de luy, et non du vin qui estoit dans le verre, et, enfin, disant et répétant à tout coup ce mot de ce vin, il disoit mille maux et injures au présidant, et le lardonnoit de mille brocards et forcenés insupportables et insolentes, au grand deshonneur et honte de ce grand personnage, lequel, toutefois, n'en fit jamais plaincte; au contraire, s'en rioit luy mesme le premier, puisque, sur cette équivoque sur son nom, ïl n'avoit aucune prinse sur ces moqueurs et farceurs. (B. 55, 56.)
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i552 i552. — En ce temps-là, Arnaud de Ferron, conseiller au parlement de Bourdeaux, met en lumière ses commentaires sur la coustume de Bourdeaux; et sont grandement bien receus et estimés. (B. 83.)
*l553. — En cette année, procès s'estant meu entre le parlement de Bourdeaux et celuy de Dijon, en Bourgogne, sur la préséance, il fut ordonné, par edict du Roy, que celuy de Bourdeaux précédera, comme plus ancien, en son élection, que celuy de Dijon.
En cette année, par edict du Roy, en date du 20 de février, les archevêques de Bourdeaux sont feicts premiers conseillers nais en la Cour de parlement, et leur est octroyée séance devant le doyen, avec voix deliberative et distribution des procès pour les rapporter.
En cette année, Lancelot de Carie, natif de Bourdeaux, est faict eveque de Ryeu, en la haulte Gascogne, pour son eminente doctrine et pieté. (B. 85.)
En cette année, François de Lage, après décès de François de Belcier, est feict le sixiesme premier présidant au parlement de Bourdeaux. (B. 86.)
En cette année, les dames et demoiselles mariées et à marier, quitent Tusage de verdugales et basquines, ensemble les robes à queue, et, au lieu desdites verdugales grandement amples par le bas, prenent les verdugalins qui estoyent amples et haussés sur leurs reins, à l'endroit de la ceinture. A cause de quoy, le peuple les appella : haulse^culSy et quelques mauvais garsons (mesmes on dict que cela fut presché es chaires
de vérité), leur donnèrent le nom de cacke-bastards ; i553 le conseiller Florimond de Raimond les nomme ainsi. .84.)
En cette année, aussi, les filles quitent les calotes qu'elles portoyent pendentes par derrière jusques aux espaules, de velours, ordinairement de rouge ou de verd, et prenent les coffins. (A. 229.)
l555. — En cette année, François de Lage, premier présidant au parlement de Bourdeaux, estant decedé, fut enterré en habit de cordelier, ainsin qu'il l'avoit ordonné par son testament. Le Parlement assista en corps à ses honneurs funèbres et à sa sépulture, qui fut en l'église de la petite Observance.
En cette année, Elle André, fils de Bourdeaux, se rend recommandable, dans la ville de Paris, par sa doctrine et son eminent sçavoir.
En cette ann^, le parlement de Bourdeaux, pour éviter le dangier de la peste, se tient dans la ville de Libourne, pendant les moys d'aoust, septembre et octobre. (B. 87.)
1 5 5 7. — En cette année, Christophe de Roffignac, présidant au parlement de Bourdeaux, met en lumière ses commentaires sur les matières benefîciales; Qiais elles n'ont esté guère de mise. (B. 87.)
1 5 58. — En cette année, Jean de Bellai, cardinal, est faict, de rechef, archevêque de Bourdeaux, par le décès de François de Mauny.
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i558 En cette année, furent faictes resjouissances dans la ville de Bourdeaux, avec feu de joye et le Te Deum^ chanté en Teglise Saint- André, pour le mariage accordé d*entre le roy d'Espagne, Philippe II, et Elisabeth, fille du roy Henry II. Mais ces resjouissances parurent avec esclat, dans la considération que ce mariage establit la paix entre la France et l'Espagne : Tun et Taultre royaume la désirant grandement; à cause de quoy ladite princesse Elisabeth fut appellée de la paix, par les espagnols, la dona Elisabet de la pat{.
En cette année, furent faictes, dans l'église de Saint- André, les funérailles du roy Henry II, qui avoit esté tué, à Paris, par un estrange accident, et consiste en ce que, comme, à cause dudit mariage de sa fille, le Roy faisoit des joustes et tournois, dans la rue Saint- Antoyne. Il est à remarquer que, le lo juin de la susdite année. Sa Majesté voulut estre un des tenants avec les ducs de Guise et de Ferrare : lequel mot de tenant presupose que ces trois debvoyent estre prêts contre touts ceux qui eussent voulus jouster contre eux. En second lieu, est à remarquer que le Roy ayant envoyé une lance au comte de Montgomeri, qui estoit estimé un des plus braves et forts cavaliers et jousteurs de France, comme désirant Sa Majesté tirer un dernier coup en faveur de la Royne, sa femme, le comte s'en excuse, disant, pour son exoine [excuse], qu'il ne vouloit point courir ni jouster contre son Roy. En troisiesme lieu, est à noter que le Roy ayant envoyé un reitcratif commendement au comte d'entrer en lice, ledit comte se présente et court. Mais, voyez ce qui fut de funeste pour la France : il rompt sa lance sur la cuirasse du Roy, et, d'un esclat d'ycelle, qui trouva l'habillement
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de teste de Sa Majesté entre ouverte, l'assène si rude- i558 ment en un œil (rhistoire ne dit pas si ce fut le dextre ou le senestre), que le Roy mourut de cette blessure, le 10 juillet en suivant, n'estant âgé que de 42 ans seulement. Toutefois, avant de mourir, Sa Majesté pardonna à Montgomeri, lequel avoit desjà gagné le large, bien qu'il ne put estre coupable de cet accident en aucune façon. Toutefois, au préjudice de ce pardon, la Royne-mere et régente fit décapiter ledit de Mongomery, dans la place de la Grève, de ladite ville de Paris, peu d'années après. Mais, est à noter, en troisiesme [quatrième] lieu, que les Luthériens firent un grand quart quant de cette mort, et l'attribuèrent à un miracle et jugement de Dieu, pour une raison qui consiste en ce que, comme le Roy voulut exterminer cette vermine d'heretiques de son royaume, dont plusieurs des plus illustres maisons de ladite ville, notamment conseillers au Parlement, estoyent entachés, et pour cet effet eut commandé la mercuriale dans le Parlement, où il voulut estre présent pour ouyr de ses oreilles les opinions des présidants et conseillers sur l'eslargissement de ceux qui estoyent prisonniers dans la conciergerie pour le faict du lutherianisme, en condemnation d'yceux, le Roy, ayant remarqué que Anne Du Bourg, conseiller, usa d'une grande liberté de langage, tant sur l'eslargissement desdits prisonniers que mauvaise vie des prestres et aultres ecclésiastiques, en quoy il fut secondé par plusieurs aultres conseillers ses collègues ; cette franchise de parler porta le Roy à une telle colère, qu'il commenda au connestable de serrer ledit Du Bourg, et tous ces aultres qui avoyent esté de son opinion, en prison, jurant qu'il les verroit touts bruslés s'ils persistoyent. Tellement, qu'ayant esté blessé à
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i558 mort dudit coup de lance avant que le procès dudit Du Bourg et ses compagnons eut esté faict et parfaict, les huguenots ou luthériens attribuèrent cette mort» comme dict est, à miracle et jugement de Dieu; attendu que Sa Majesté n'auroit pas peu voir la punition dudit Dubourg et ses collègues de son opinion. Toutefois, ledit Du Bourg ne leissa pas d'estre chastié, car il fut, le 21 décembre de l'année suivante., pendu et estranglé et son corps réduit en cendres, dans la place de Grèves, à Paris. Mais les aultres de son opinion eschaperent, parce qu'ils se desdirent de tout ce qu'ils avoyent représenté en la mercuriale, tant en foveur du lutherianisme que mauvaise vie des prestres et aultres ecclésiastiques. (B. 88 et 89.)
1 558 [l 559]. — En cette année, François II, qui avoit succédé au royaume, par le décès de Henry II, son père, escrivit au parlement de Bourdeaux, au comte de Lude, lieutenant pour le Roy, au gouverneur de Guienne et aux maire et jurats de la ville de Bourdeaux, leur donnant advis de son advesnement à la couronne, afin qu'ils tinssent la main à ce que tout allât en ordre, en la province, au solagement du peuple et administration de la justice.
En cette année, le 12 septembre, le duc d'Alve, Frédéric de Tolède, venant de Paris, et allant en Espagne porter les nouvelles des amenances qui se debvoyent bientost faire de la princesse Elisabet, seur du roy François, et promise et accordée pour espouse au roy d'Espagne, passa à Bourdeaux, en poste, et fut gratieusement et honorablement salué, tant par le comte de Lude, gouverneur, que les maire et jurats.
CHRONIQUE fiORDELOISE. 89
En cette année, Antoyne, roy de Navarre et gou- iSSg verneur pour le Roy, en Guienne, va trouver le Roy pour le saluer à son nouveau advenement à la couronne, et fut très mal receu, par ce que la royne mère du Roy eut aprehension que ledit seigneur roy de Navarre ne faisoit ce voyage que pour prendre la place qui luy apartenoit, comme premier prince du sang, auprès du Roy; ce que craignoyent aussi le cardinal de Loraine et le duc de Guise, qui commençoyent d'avoir l'entière authorité au gouvernement des affaires d'estat, tant par le moyen de la faveur que la Royne- mère leur portoit, que parce qu'ils estoyent oncles maternels de la royne régnante. C'est pourquoy ledit roy de Navarre ne fit pas grand séjour à la cour, ains s'en revint aussi tost à Nerac.
En cette année, le 6 décembre, Elisabet de France, seur aînée du Roy, promise et accordée pour espouse au roy d'Espagne, arrive à Bourdeaux, accompagnée d' Antoyne, roy de Navarre, du cardinal de Bourbon, frère dudit roy de Navarre, et de plusieurs aultres princes, seigneurs, princesses, dames et demoiselles, à laquelle on fit une entrée solemnelle. Elle entra par la porte du Chapeau-Rouge, sur le frontispice duquel il y avoit un distique latin et un sixain en françois, le tout Ëiit à l'honneur de ladite dame. Le latin estoit tel :
Gallia taie decus non permisisset Iberis, Omaret populos ni satis una duos.
Le sixain françois :
France n'eust point permis aux Espagnols l'honneur
n avoir et retenir cette perle d'eslite,
Cette beauté sans pair, sa gloire et son bonheur,
go J. DE GAUFRBTBAU.
1 5 59 Si elle n*eut cogneu qut U trts grand mérite
Hune seule, pouvait orner, tout à la fois, Deux peuples : Vespagnol et celuy des français.
Elle sesjourna quelques jours en la ville, et puis, après avoir receu un honorable presant de la ville, par les mains des jurats, elle fut conduite sur la frontière de France, là, oti elle fut délivrée aux députés du roy d'Espagne. (B. 92.)
l56o. — En cette année, fut chanté le Te Deum à Bourdeaux, dans Teglise Saint-André, pour remercier Dieu de ce que la conjuration que les huguenots, appelés pour lors luthériens et protestants^ avoycnt dressé pour prendre le Roy dans la ville d'Amboise, et, après s'estre emparé de la personne de Sa Majesté, se rendre les plus forts en France et y gouverner tout, en un mot renverser Testât et la religion, avoit esté descouverte : de laquelle conjuration furent chefs le baron de Castelnau, gascon, et celuy de La Renaudie, perigourdin, qui furent chastiés et exécutés à mort, avec un nombre infini d'aultres leurs complices, qui furent partie estranglés, partie noyés. Ladite conjuration est appeUée, dans l'histoire, la conjuration d*Am'boise, parce que c'estoit là que les rebelles pensoyent prendre le Roy. (B. 92.)
En cette année, le Roy, pour tesmoigner l'affeaion qu'il avoit envers les Bourdelois, confirme de nouveau et restablit et restitue aux maire et jurats, par son edict vérifié au Parlement, la justice criminelle, haulte, moyene et basse, tant par ladite ville qu'avant-lieues et jurisdictions.
CHRONIQUE BORDELQISK. 9I
En cette année, la chambre des Aydes, appellée pour 1 5 60 lors des Généraux^ qui avoit esté establie à Perigueux, est transférée à Bourdeaux, et unie aux enquêtes du Parlement.
En cette année, après le décès de François de Lage, Jaques Benoist de Lagebaston est &ict premier présidant du parlement de Bourdeaux. On disoit qu'il estoit fils naturel du roy François [•', parce que, avant que ledit roy ne vint à la couronne et ne fut que comte d'Angoulesme, il avoit esté amoureux de la mère dudit Lagebaston, qui estoit aussi du pais d'Angoulesme. Mais il y avoit une chose qui faisoit croire cela, et consistoit en ce que ledit Lagebaston ressembloit grandement audit seigneur roy, tant aux traicts de son visage, ayant un grand nez aquilin, ainsin qu'avoit le Roy, qui fut, à cause de cela, appelé le roy François^ au grand nés, qu'aux aultres gestes de sa personne. Il avoit aussi un courage généreux.
En cette année, après le décès du cardinal Du Bellai, Antoyne Prévost de Sansac est faict archevêque de Bourdeaux.
En cette année, Antoyne, roy de Navarre, gouverneur pour le Roy en Guienne, va trouver le Roy à Orléans, oti Sa Majesté avoit convoqué les Estats du royaume, et mené avec soy le prince de Condé, son frère, afin qu'il se justifiât de ce qu'on le disoit avoir esté l'autheur et fauteur de la conjuration d'Amboise. (B.93).
En cette année, le seigneur de Burie est fiiict lieutenant gênerai, pour le Roy, en la province de Guienne>
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1 5 60 en la place du comte de Lude, et est receu honorablement en la ville de Bourdeaux.
En cette année, les fundements de la belle maison de Coustras sont commencés par le mareschal de Saint- André, auquel ladite terre apartenoit, ensemble de celle du marquisat de Fronsac. Mais on dict que, comme le bastiment de ladite maison de Coutras fut fort avant, une vieille femme mendiante estant venue audit lieu demender l'aumosne, comme elle eut considéré le dessein dudit bastiment, et les grandes sommes qu'il falloit employer pour Taschevement dudit bastiment, elle dict, adressant la parole à ladite maison, non encore achevée : Ha! que tu cousteras! Ce qui ayant esté dict audit seigneur mareschal, qui, pour lors, estoit audit lieu, il voulut que ce sien chasteau fut appelé Coustras, ainsin qu'il en porte encores aujourd'huy le nom; car auparavant la parroisse se nommoit du nom du patron de Teglise parroissielle : Saint-Jehan,
En cette année, les députés de la province de Guienne et de la ville de Bourdeaux partent de cette ville, au moys de novembre, pour aller aux Estats convoqués en la ville d'Orléans.
En cette année, l'horloge de la maison de ville, à Bourdeaux, qui envisage la rue Sainct-James, et qui avait esté desmoli et abatu par le commendement du connesuble, en l'an 1 548, est restablie par la permission et ordonnance du Roy. (B. 94.)
En cette année, lescatoliques commencèrent d'appeler les luthériens et protestants huguenots, et les aultres
nommèrent les catoliques papistes, à cause qu'ils i56o tenoyent le parti du Pape et qu'ils soustenoyent son authorité. Mais, la raison poufquoy les luthériens furent appelés huguenots, procède de ce que les princes protestants d'Allemagne et luthériens, ayant envoyé une solemnelle ambassade au Roy, à la requeste des luthériens et protestants de France, pour demender libre exercice du lutherianisme en son royaume, en faveur desdits luthériens françois, comme le chef de cette ambassade voulut, en sa première audience, parler latin devant le Roy, assisté de messieurs de son conseil, il ne put jamais dire que deux mots, à sçavoir : hue nos, et s'arresta tout court. Despuis, les cortisants appellerent les luthériens françois huc^nos, et ensuite hugenots, parce qu'ils estoyent de mesme farine que les alemands, qui s'estoyent ainsin arrestés court après ces deux mots.
En cette année, furent faictes à Bourdeaux les honneurs funèbres du roy François II, qui estoit decedé dans la ville d'Orléans, le xiii décembre. Ceue mort fiit heureuse pour Loys de Bourbon, prince de Condé, frère du roy de Navarre. Car, par le moyen d'ycelle, le prince fut délivré de la prison où il avoit esté mis dans ladite ville, avec intention de luy faire trencher la teste, le premier jour de l'ouverture des Estats, convoqués en ladite ville d'Orléans. C'est pourquoy les histoires huguenotes de France appellent ce décès du Roy la miraculeuse délivrance du prince de Condé. (B.95.)
En cette année, et au moys de décembre, le roy Charles IX, qui avoit succédé au roy François II, son
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i56o frère, donne advis au Parlement et aux jurats de la ville de Bourdeaux de son advenement à la couronne, et les exhorte à faire vivre en paix son peuple de ladite ville, les uns avec les aultres, sans s'entrequereller pour le £aict de la religion.
En cette année, le roy Charles IX, par ces lettrespatentes, vérifiées au parlement de Bourdeaux, permet aux maire et jurats de ladite ville de remettre la grande cloche des tours de la maison commune d'ycelle, laquelle avoit esté abatue, ostee et emportée par le jugement du Connesuble, en Tannée 1548; ce qui fiit exécuté, et cette cloche remise; eUe s'appelle vulgairement la grande cloche de la maison de ville. (B.96.)
En cette année, une damoiselle de maison et condition, à Bourdeaux, et grandement riche, est esprise d'une si furieuse jalousie contre son mary, le sieur de Tingon (eUe n'estoît gueres avant es bonnes grâces de Venus et des Charités, ains sa seule richesse la rendoit belle, suivant le dire du poète : Formant regina pecunia donat), qu'elle ne pouvoit permettre que son mary allât en aucun lieu sans elle, et mesmes cousoit, la nuia, un pan de sa chemise avec celle de son mary, pour cognoistre s'il ne se livreroit point à quelque larcin d'amour avec ses servantes et filles de chambre; de sorte que si son mary estoit contrainct aux nécessités de nature, la nuia, il falloit qu'elle l'y accompagnât.
On a veu despuis, après l'année 1600, une aultre damoiselle qui s'estoit auparavant mariée, estant vef^re, avec un jeune conseiller au parlement de Bourdeaux,
personnage gentil et de bonne mine^ laquelle fut affolée 1 5 60 d'une semblable, voire pire jalousie, que Taultre, bien qu'elle eut heu des enfants beaux et gentils de son mariage, et passé le quinquagénaire de son âge; car cette^y croyoit que toutes les femmes avec qui son mary parloit, et auxquelles il soubzrioit, ou elles à luy, s'en estoit faict; à cause de quoy, cette pauvre damoiselle de grande condition, riche et considérée, dans la ville, se coiffa tellement de cette fleur de jalousie, qu'elle tumba en langueur, qui l'emporta dans le tombeau. Or, il est certain que la jalousie, en que ce soit, homme ou femme, provient tousjours de l'amour : Nom \elus junctus amori est, dict le poète, mais, celle des hommes, différente d'avec celle des femmes, parce que celle des hommes est causée par l'honneur, mais ceUe des femmes provient d'un grand et desordoné appétit de la chair; comme aussi toutes les femmes jalouses n'ont aultre response à faire, lors qu'on les censure de jalousie, que celle, à sçavoir : Mon mary, disent-elles, va porter et donner à une aultre ce qui apartient à mqy. Les médecins, qui sont juges competants de ces affaires, en parlent ainsin.
Il se trouve une damoiselle de grande condition, hermaphrodite, à Bourdeaux, car, bien qu'elle eut porté des enfants et fut sur son âge, conversoit neantmoins amoureusement, et au-delà de l'honesteté, avec plusieurs filles et femmes. Son authorité, et le crédit de son mary, la guarda de reproche et d'estre reprinse. Elle faisoit, estant jeune, danser la volte aux jeunes filles, avec action de garson plustost que de fille. Enfin, despuits, en sa vieillesse, et son mary decedé, elle s'est mise dans un cloistre, à Tholose. (B. 83 et 84*)
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1 5 6 1 1 5 6 1 . — En cette année est envoyé au Parlement, et vérifié en yceluy, Tedict du Roy, faict au moys de juillet, par lequel Sa Majesté, confirmant les ordonnances des Roys, ses prédécesseurs, veult que touts ses subjects vivent, à Tadvenir, en paix, sans injure et calomnie, pour quelque religion ou croyance, défendant, au reste, toute religion, foy et doctrine aultre que celle de l'Eglise catolique, apostolique et romaine, et interdict toutes les assemblées des protestants : lesquels, en cas qu'ils ne veuillent obéir a son edict. Sa Majesté les banit hors de son royaume. Sur quoy est à noter, que cet edict donna subject et occasion auxdicts protestants de prendre les armes. Ce qu'ils firent l'année suivante, i562, lorsque moins on s'en doubtoit, et surprindrent plusieurs villes. (B. 96.)
l562. — En cette année, la première maison où fut presché le calvinisme, dans la ville de Bourdeaux, fut celle du président au parlement, Carie, sise en la rue Saincte^Columbe, plus bas, un peu, que le puits, à main droicte, quand on va de l'église de Saincte- Coluinbe à la Rosselle; car il ne s'y parloit pas encore de calvinisme, et fut cela recogneu, parce que, au lieu qu'auparavant ce n'estoit en cette maison que festins, tous les jours, bals, danses, jeux et masquarades, et un abord des principaux jeunes hommes de la ville, tant pour y faire l'amour à plusieurs filles à marier, que ledict présidant avoit, que pour y jouer, danser et passer le temps, on fut estonné d'y voir tout-à-coup une très grande reformation de la vie passée, et enfin on y commença à chanter les psalmes tornés en rimes par Marot. Car le prétexte de la reformation a esté la
glue et la pipée avec quoy Luther et Calvin, notam- i56à ment, ont surprins, prins et faîcts dévorer les âmes au diable. (B. 84.)
En cette année, les huguenots, en France, commencent d'estre appelles calvinistes, au lieu qu'auparavant on les nommoit protestants et luthériens, La raison de cela procéda d'eux mesmes; car, ayant quitté la profession de Theresie de Luther, le moyne augustin d'Alemagne, ils embrassèrent celle de Calvin; lequel, estant d'accord avec Luther de plusieurs points, estoyt différent en ceux-ci : i** il nioit la realité et présence de Jesus-Christ au Saint Sacrifice de la messe; 2^ il n'admettoit aucune cérémonie en sa prétendue religion, car il faisoit aussi bien l'exercice d'ycelle dans les granges et les estables, voire parmi l'odeur des chevaux, des asnes et aultres bestes, que dans des lieux particuliers; à cause de quoy on appella ladite religion de Calvin la religion sèche; car Luther croyoit la realité et conserva les temples et églises, les vestements de prestres, ornements, calices et autels, selon la forme ancienne de l'Eglise catholique, au lieu que Calvin, heresiaste de la France, ne se donna point de la peyne de donner ordre que les ministres de sa profession allassent vestus en quelque façon qu'ils vouldroyent, tellement que ces ministres, en premières années de l'introduction de son hérésie, prechoyent et donnoyent la Cène l'espée au costé, vestus en soldats, le panache au chapeau, et souvent le paumeau de leurs espées leur servoyent de chaire.
En cette année, fut faict un edict par le Roy, au moys de janvier (lequel, à cause de cela, est appelle
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i562 par les histoires ïedict de Janvier), en faveur des huguenots; car, par yceluy, Sa Majesté, abolissant le précèdent, donné au moys de juillet, permet auxdits huguenots de s'assembler et faire leur exercice d'irréligion hors les villes. Mais est à noter, que cet edict ayant esté porté au parlement de Bourdeaux, n'y put estre vérifié que plusieurs années après; et il en Ait de mesme es aultres Parlements.
Après la paix des premiers troubles et guerres civiles d'entre les catoliques et huguenots, en conséquence de l'edict appelle de Janvier^ le prêche se faict sur le quay des Chartreux, dans un chay. Depuis, on donna public exercice auxdias huguenots, en la parroisse de Cambes, oti la bonne tuile se faict; ils prêchèrent aussi à Beautiran. (B. 84.)
C'estoit une coustume et tradition des ayeuls, qui se gardoit religieusement dans la ville de Bourdeaux et pais de Bourdelois, que, le soir de la veille de Noël, à l'heure de VAve Maria, on mettoit au feu une grande bûche, voire la plus grande qu'on pou voit trouver, quelquefois portée par six hommes, laquelle estoit gardée tout le long de l'année pour cette seule fin; et, comme elle commençoit à brusler, on luy jettoit dessus une grande poignée de sel, et cela s'appelloit : faire brusler le soc nadau, et, en françois, la souche de Noël. Je ne sçay pas si cela estoit superstition ou non, et l'est, parce qu'en plusieurs maisons cela s'observe encores aujourd'huy; mais, despuis que l'heresie a pareu, il est certain qu'on a fort desacoustumé de le pratiquer en ladite ville de Bourdeaux, principalement es maisons de condition, bien que le peuple des villes
voisines et parroisses champestres se maintienne en 1^62 son ancienne coustume. Fault remarquer que je n'ay point veu que cela soit en pratique dans les aultres villes de France; et dans l'I telle, notamment à Rome, on ne pense point à cette superstition.
En cette année, madame de Candale, qui estoit proche de son accouchement, à Cadillac, ayant envoyé quérir la plus fameuse obstetrice de la ville de Bourdeaux, et ycelle s'y estent tout aussi tost transportée, tent dans la considération du payement que de la gloire et réputation qu'elle en pensoit avoir, estent employée par si grande et haulte dame, cela aigrit tellement les dames, damoiselles et bourgeoises de Bourdeaux que ladite obstetrice souloit assister, notamment celles qui estoyent aussi sur leur délivrance lorsqu'elle fut envoyée quérir, disants pour leurs raisons plus pertinentes que cette foie femme, ainsin l'appellerent-elles pour lors, ne debvoit pas quiter et abandonner un gênerai pour un particulier, et que le gaing de Cadillac n'estoit que pour une fois, mais celui de Bourdeaux pour toute sa vie, qu'elles firent une resolution entre elles de ne se servir plus de cette merillere, voire de ne l'employer en aucune façon : ce qu'elles gardèrent et observèrent estroitement, chose qui fit un grand préjudice à l'obstetrice; car, au lieu du profit qu'elle recevoit auparavant, à pleines mains, elle ne trouvoit que pertes et domages, qui fut supputé à la somme de plus de mille escus; lucro cessante aut damno émergente. Mais, enfin, le besoing qu'on eut d'elle, d'aultant qu'elle estoit grandement expérimentée en son art, et s'appelloit dame Arnaude, fit faire la paix, avec promesse qu'elle jura solemnellement, sur
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j552 son Cousteau de la bedille, qu'elle ne quiteroit jamais Bourdeaux pour aller à Cadillac ni ailleurs, qui que ce fut qui la mandat.
Nort, fils de Bourdeaux, frère du vieux Nort, conseiller au parlement de Bourdeaux, et de cet aultre Nort, ecclésiastique, prestre et curé de Sadirac, Entrer deux-Mers, et prieur de Vireseil, lequel, à cause dudit prioré, estoit appelle, à Bourdeaux, M. de Vireseil, et aultres, par chafiFre, la grande barbe, directeur des nonaines de TAnonciade, fiit le premier ministre que les Roschelois eurent après Richier, qui, de carme, s'estant emministré, leur porta la graine de Theresie de Calvin. (B. 97.)
En cette année, une damoiselle de bon lieu, et vefve, s'estoit rendue huguenote et des plus opîniastres, ayant confessé dans le Consistoire, selon la forme des hérétiques, qu'elle avoit faict la foie avec son valet, comme aussi ne pou voit- elle pas nier qu'elle se fui desvoyée de son debvoir et forfaict à son honneur, car aultrement son ventre l'eut desmentie, pour purger ce peccadille, elle est contraincte de se présenter au prêche qui se disoit aux Chartreux, et là, publiquement, estant au pied de la chaire du ministre, dire hault et clair : Monsieur, fqy paillarde et en demende pardon. Mais deux choses sont à noter sur ce faia. La première, est que toute la ville de Bourdeaux ayant esté advertie de l'amande publique que debvoit faire cette fausse Magdelaine, vuida ses portes, et se rendit spectatrice du retour de cette pénitente, sur le quay des Chartreux. L'aultre nota est que plusieurs femmes d'honneur, de qualité, de la ville de Bourdeaux, qui estoyent sur le
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point d'adhérer aux persuasions des ministres et tre- i562 buclier dans l'iieresie, sur la considération de la grande honte que cette femme receut, se tindrent fermes en la foy catolique, disants que, de cette confession publique et consistoriale des huguenots, il falloit conclure que toute leur doctrine n'estoit qu'abus. (B. 98.)
En cette année, fut porté devant le Parlement Tadvis qui consistoit en ce que les huguenots de la ville de Libourne, qui commençoyent en ce temps-là de lever les pointes de leurs cornes, s'estant emparés de la chapelle Sainct-Thomas, proche de la place, comme le maire de ladite ville fut accoureu pour les en chasser, il y eut un hérétique si audacieux qu'il donna un soufflet sur la joue dudit maire, bien qu'il eut sa livrée sur Tespaule : ce qui estant rapporté au peuple, il s'attroupa incontinent, et eut massacré touts ces huguenots, sans ce que le maire nia d'avoir receu le soufflet. De quoy le parlement de Bourdeaux l'estima grandement, parce qu'il empêcha une grande sédition et un grand carnage; l'embrasement duquel eut coureu aux aultres villes prochaines, voire mesme jusques à Bourdeaux.
La damoiselle Le Blanc, femme de M® Guillaume Le Blanc, qui fut, en son temps, le plus fameux advocat du parlement de Bourdeaux, comme aussi plaidat-il la cause de ladite ville devant le roy Henry second, en 1 549, pour la restitution d'ycelle en ses anciens privilèges, renommée, splendeur et honneurs, chose qu'il obtint du Roy, ayant demeuré mariée par l'espace de vingts (*) ans, sans porter des enfants, les vingt ans
(*) Le manuscrit A dit : quinze ans.
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1 562 passés, en mit au monde tout d'une suite dix ou douze, qui ont esté de grands personnages en ladite ville, et y ont exercé les plus notables charges.
Jean de Gaufreteau, fils de Bourdeaux et de famille honorable, et notable en ladite ville, se faict paroistre tellement sçavant et suffisant en la jurisprudence, dans la ville de Tholose, qu'à Tage de vingt-trois ans il disputa une régence de doctorat en ladite ville, et l'emporta sur touts les contendants, et despuits, en ses leçons ordinaires, se fit admirer d'une telle façon, qu'on ne le nommoit que le docteur, pour l'honorer : lequel nom il retint tousjours tant qu'il vescut, mesme après qu'estant de retour dans sa patrie, il eut esté pourveu d'ung office de conseiller au Parlement. (B. 99.)
En cette année, fut commencé le bastiment de la nouvelle église de Saincte-Columbe, à main droicte, quand on va du grand marché à la Rosselle, et ce, à la poursuite et par la contribution des deniers que firent plusieurs riches marchants de ladite parroisse, mais notamment par la libéralité de Richard Pichon, notable marchant et bourgeois de ladite ville de Bourdeaux, lequel fonda en ycelle un aniversaire qui se célèbre, touts les dimenches, d'un sacrifice à haulte voix. Les guerres civiles et le huguenotisme sont la cause qu'il est demeuré imparfaict, mais c'estoit ung ouvrage grandement considérable, attendu le dessein qu'on avoit de desmolir l'ancienne église, la réduisant en cymetîere, pour conserver la memoyre des defifuncts qui sont enterrés en ycelle, mais principalement magnifique et utile pour la ville, en cette rue de Saincte- Columbe, parce qu& cette ancienne église est une
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poultre en Tceil de cette rue, et qui la difforme toute; i562 joint les préjudices qu'elle peut aporter, attendu que les tirelaines et aultres mauvais garnements et bateurs de pavé se peuvent cacher, de nuict, pour offenser les passants.
En cette année, par la vigilence du seigneur de Burie, lieutenant-general pour le Roy en Guienne, du parlement de Bourdeaux et des jurats de ladite ville, fut descouverte, le 26 juin, Tentreprinse que les huguenots avoyent faicte de surprendre la ville de Bourdeaux et le Chasteau-Trompette; de laquelle entreprinse Duras estoit chef, plusieurs atteints et convaincus, dignafactis receperunt^ par divers et exquis supplices. Duras gagna au pied plus qu'à la brasse, et va former plusieurs aultres desseins, esquels il ne réussit aucunement, et fut tousjours mis en misérable déroute.
En cette année, le seigneur de Duras, un des principaux chefs des huguenots, au moys de juillet, est deffaict, la première fois, par la vaillance des seigneurs de Burie e de Monluc, auprès de Targon, en la comté de Benauges, oti toutes ses troupes furent chappelées, comme aussi ce combat mémorable fut appelle la bataille de Targon, qui fut en Tannée i562, ainsin que de Lurbe le remarque. Ayant mis aux champs nouvelles troupes qu'il desseignoit mener, en France, au secours d'Orléans assiégé, fut encores une aultre deffaicte auprès de Ver, en Perigord, et enfin fut tué avec ses troupes, par la populace, en la parroisse de Saint-Seurin-sur-risle. Auquel combat se trouvèrent plusieurs enfants de Bourdeaux, envoyés par la ville
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i562 et |Ie Parlement, qui se firent grandement signaler, notamment le capitaine Gaulteau, lequel y mourut combatant valeureusement. (B. loo.)
En cette année, les huguenots, après le colloque de Poissi, lequel ne profita en aucune façon, voyant qu'on leur refusoit des lieux et des temples pour faire l'exercice de leur irreligion, en prenent de force en toutes les villes de la France et de la Guienne, où ils peuvent estre les plus forts, mais non pas dans la ville de Bourdeaux, parce que la vigilance du Parlement, des maire et jurats, donna tousjours sur les doigts à leur détestable entreprinse. Mais est à noter, que là où ils creurent estre les plus puissants, ils abatoyent les images, desmolissoyent les temples et massacroyent les prestres et religieux. (B. loi.)
En cette année, fut porté à Bourdeaux, et vérifié en Parlement, Tedict du Roy.
En cette année, Antoine de Bourbon, roy de Navarre, gouverneur, pour le Roy, en Guienne, mourut blessé d'une mousquetade en l'espaule, au siège de Rohan, que les hérétiques tenoyent, ainsin qu'il visitoyt les plus faibles endroits de la ville assiégée. Mais, il eut ce contentement, que sa mort et sa dernière heure ne fut que le 17 novembre, trois sepmaines après que cette ville eut esté prinse et saccagée, ainsin que sa rébellion le meritoit. Les funérailles de son trespas furent faictes dans la ville de Bourdeaux, en l'église Sainct- André. (B. 102.)
En cette année, fut porté à Bourdeaux, et vérifié en Parlement, un aultre edict du Roy, par lequel Sa
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Majesté commende Texecution de celuy de Janvier, i562 qu'il avoit faict en faveur des huguenots, sauf en la ville de Paris, ses faulxbourgs et banlieue, et declaire le prince de Condé, et touts ceux qui le suivoyent, séditieux, mauvais chrestiens et criminels de lèzemajesté. Cet edict, pour le second jchef,'^^ fut vérifié; mais, pour le premier, le Parlement ordonna que très humbles remonstrances seroyent faictes au Roy. (B.io3.)
En cette année, la ville de Bourdeaux, avec toute la Guienne, se trouve en de grandes} aprehensions, à cause que les huguenots de France, ayant prins à bon escient les armes dans le royaume, avoyent surprins plusieurs villes d'importance, telles que sont Orléans, Rouan, Tours, Bourges e aultres. Ceux de Guienne en avoyent aultant faict de plusieurs de celles de ladite province, s'estant saisis d'Agen, de laquelle, toutefois, ils furent chassés par Monluc et Bu rie, comme aussi Marmande, Castel-jaloux, Bazas, Toneins, le Port- Saincte-Marie, Villeneufve-d'Agenois, desquelles ces rebelles s'estoyent rendus les maistres. (B. 104.)
En cette année, le roy Charles IX est déclaré majeur, estant en l'âge de 14 ans seulement; laquelle déclaration est vérifiée en tous les Parlements, et notamment en celuy de Bourdeaux; ladite déclaration est faicte au parlement de Rouen.JMais est à noter que, par le moyen de ladite déclaration, le prince de Condé fut débouté de la régence du royaume qu'il pretendoit, |par la mort du roy de Navarre, son frère, pendant la minorité du Roy; comme aussi fut-ce un croc en jambe qui luy fut donné par la royne'-|mere du Roy, qui eut esté déboutée de l'authorité qu'elle avoit auprès de son fils.
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i562 En cette année, il advint une chose de laquelle il fut longuement parlé, en la ville de Bourdeaux, et consiste en ce que une jeune et belle damoiselle, qui avoit un procès au {parlement de Bourdeaux, estant allée de bon matin en la maison d'un présidant audit Parlement, pour le solliciter pour sondit procès, qui se debvoit juger ce jour-là, comme elle eut demendé à parler audit présidant, et les valets, notamment le clerc d'yceluy, ayant respondu à ladite damoiselle qu'elle eut un peu de patience, que ledit présidant fiit sorti de sa chambre, elle, croyant qu'on la voulut esloigner de sa sollicitation, parce qu'il falloit qu'elle allât chez plusieurs aultres conseillers, ayant pressé ledit clerc de luy dire où estoit monsieur et en quelle chambre, enfin vint à une telle effronterie, qu'elle monte le degré, et, n'ayant pas trouvé le présidant en sa chambre, elle va ouvrir une porte, croyant que ce fut l'estude dudit présidant; mais elle trouva que c'estoit le lieu ordinaire des nécessités de la maison; comme de faia, y ayant rencontré celuy qu'elle cherchoit, elle l'aborde sans aucun respect et luy parle de son procès. Sur quoy est à noter, en premier lieu, que le présidant, voyant la gentillesse de ladite femme
ayant £aict tumber le chaperon de
velours de ladite damoiselle dans le tuyau du retraict, et elle s'en estant plainte, le présidant, entrant dans la chambre où il couchoit, print celuy de la présidante, sa femme, de dessus la table, car ladite présidante ne s'estoit pas encores levée, et le donne à la damoiselle sollicitante, duquel elle s'affublât. Est à noter, en second lieu, que, comme ladite présidante se fiit levée, et n'eut pas trouvé son chaperon, il y eut bien des cris
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dans la maison. Elle tonne, elle tem peste et demande i562 son chaperon; menasse de la prison sa fille de chambre et ses aultres servantes; parce que les dames de qualité avoyent accoustumé d'orner leurs chaperons de chesnes d'or, et c'estoit aussi pour cette cbesne qu'elle se fascha si grandement. Enfin, le pot aux roses fut descouvert, et le présidant fit faire ung aultre chaperon avec une aultre chesne d'or à sa présidante, et, par ce moyen, fit la paix avec elle. Mais, neantmoins, cette farce fit longuement rire toute la ville. Je sçay bien que plusieurs croyent que cette histoire soit plus moderne qu'elle ne l'est pas; que cela aye esté faict par un aultre présidant audit parlement; toutefois, quoi qu'il en soit, je ne nie pas qu'elle ne soit advenue despuis ainsin que je la représente; mais aussi il fault croire qu'elle advint en ladite année que je la représente. (B. io5 et 106.)
En cette année, un huissier au parlement de Bourdeaux avoit une femme aultant desbauchée et folastre qu'elle estoit belle et gentille. Or, entre ceux qui la voyoyent et traitoyent plus familièrement, un jeune homme de bonne mine, fils d'un conseiller au mesme Parlement et servant en la grande Chambre, tenoit le hault bout, parce qu'il avoit moyen de foncer à l'appointement. De laquelle privante avec sa femme le susdit huissier ne se soucioit guère; au contraire, l'avoit pour agréable, puisque par ce moyen la marmite bouilloit avec plus de graisse. Mais pour faire cette folle et excessive despense, afin qu'elle put estre suffisante pour l'entretien du derrière d'une femme d'amourettes, il fEdloit que ce jeune homme desbauché en print le fonds ou chez les marchands en estofes, à perte de
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i562 finance, ou dans les coffres de son père, grandement riche.) Comme , de faict, le père se plaignoit, avoit remué d'un sien coffre la somme notable de deux mille escus, oîi sondit père les avoit mis pour Tachât d'une maison à Bourdeaux, pour fomir à l'entretien de ladite femme de Thuissier; à cause de quoy, le jeune homme avoit esté chassé par son père; lequel, neantmoins, estoit plus piqué contre cette femme, qui avoit esté la cause de cet affront que son fils luy avoit faict, que contre son fils mesmes. Sur quoy est à noter, que, comme un jour d'audience, l^it huissier, qui estoit de sepmaine, fut assis sur ce petit degré qui joint le marchepied des conseillers, et du costé du tabourin du costé des chambres, pendant que le premier présidant d'alors recuilloit les voys de la séance, de l'aultre costé des vitres, et s'y arrestoit longuement, à cause de la diversité des opinions sur le faict espineux de la cause Ipla idée, qu'on vouloit juger sur le champ, il advint que le susdit conseiller, lequel se plaignoit tant de la mauvaise vie de son fils que de ce qu'il lui avoit emporté la susdite somme notable pour fomir à la femme dudit huissier, s'entretenoit sur ce subject avec deux aultres conseillers, au milieu desquels il estoit assis en ladite audience, en attendant que ledit premier présidant s'assit pour prononcer l'arrest, ou revenir de ce costé pour l'achever de former; est à noter aussi que ledit conseiller, voyant assis ledit huissier tout devant luy, la face tournée vers le barreau, il se mit à dire mille maux, tant de la femme, l'appellant j^uf^m, scalerine et coureuse, que dudict huissier mary, le nommant maquereau de sa femmes en le monstrant au doigt, avec menasse de faire faire le procès à l'un et l'aultrd; ce que ledit conseiller disoit si hault, que
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non-seulement les huissiers, mais aussi les advocats i562 et procureurs plus proches au barreau, le pouvoyent clairement entendre, joint que la trop grande familiarité du jeune homme avec ladite huissiere estoit un sachetout dans la ville. Ces paroles, injures et menasses dudit conseiller donnèrent de si profondes attaintes à l'huissier, tant parce qu'il se voyoit menasse et injurié, et sa femme aussi, publiquement, par un puissant en richesse et authorité, que parce qu'il ne pouvoit pas nier la mauvaise vie de sa femme avec ledit jeune homme, joint qu'un chascun, avec des risées, avoyent leurs yeux portés sur luy, qu'il se retournât vers ceux qui parloyent ainsin de luy et de sa femme en mauvaise part, il se mit à crier tout hault, parlant à eux : Oste:{*vous de là, enquêteurs, vous empeche\ la Cour d'opiner. Sur quoy est à noter, en troisiesme lieu, que cette saillie de l'huissier esmeut au rire à touts ceux qui contemployent au mystère, notamment aux gens du Roy, qui ne luy en voulurent point faire de reprimende, parce qu'ils se doutèrent bien incontinent de la cause qui avoit ainsin faict parler avec indécence ledit huissier à ses maistres et souverains. Mais, despuis, ces paroles dudit huissier ont passé en proverbe, et s'appliquent contre ceux qu'on ne peut voir de bon œil, pour parler aultrement qu'ils ne doibvent.
En cette année, le Roy donna advis au Parlement et aux jurats de la ville de Bourdeaux, touchant la bataille faicte en la plaine de la ville de Dreux : et laquelle, à cause de ce, porte le nom de bataille de Dreux, entre les catoliques et huguenots, ayant le prince de Condé pour chef; laquelle les catoliques avoyent gagné et que le prince de Condé estoit devenu
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1 5 62 prisonnier ; comme aussi le conestable, chef de Tarmée de Sa Majesté, les exhortant de tenir le peuple en paix et soubs l'obéissance de ses edicts. Mais est à noter que, bien que le Roy eut gagné la bataille, il ne manda pas de faire le feu de joye, à cause de la prinse du connestable, qui estoit aussi prisonnier, ains seulement de chanter le Te Deum; ce qui fut fiaia en Teglise Sainct- André. (B. 107 à 109.)
En cette année, la ville de Bourdeaux receut un grand effroi de la part des huguenots, qui triumpherent des troupes que Monluc avoit mises en garnison dans la ville de Saincte-Foy, en Perigord, pour la conservation de la place, et ce, par la vaillance d'un escolier apprentif en armes, ainsin l'appelle Phistoire, et ceux qui restèrent de la deffaicte vindrent et se sauvèrent touts misérables, desvalisés, meurtris et mutilés, dans ladite ville de Bourdeaux; et d'aultant, que cet apprentif aux armes a esté recommendé, non seulement par le parti huguenot, mais aussi catolique, mesmes par le mareschal de Monluc, le plus rude adversaire que les huguenots eussent, e est devenu aussi tost brave capitaine que hardi soldat, j'en veux aussi noter et recommender Phistoire, car La Rivière, jeune gentilhomme, maniant l'exercice des armes avec l'estude des lois, dont il estoit nouvellement revenu, estant faict capitaine aussi tost que soldat, pour premier essai de son commandement, chose presque incroyable, puisque cela passe l'expérience des plus expérimentés, rusés et assurés capitaines. Pour premier stratagème de sa générosité et valeur, ayant attroupé quelque vingtaine seulement de gens de guerre, du parti huguenot, avec bon nombre de paisants embas-
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tonnés de mesme farine, surprint par escalade la ville i562 de Saincte-Foy, tailla en pièces le corps de garde establi en la grande place^ et commandant en la rue plusieurs et diverses choses, commes s'il heu sept à huit cents hommes à sa suite, tua Rezat, un des capitaines principaux de Monluc, son lieutenant, son prevost, quatre vingts de ses soldats, et se rendit maistre absoleu de la place : tellement, que pendant touts ces premiers troubles, il ne fut j)arlé que de ce jeune escolîer, à Bourdeaux, pour estre un des plus grands capitaines que les huguenots eussent. (B. i3o et i3i.)
l563. — En cette année, fut signée la paix que le Roy donna aux huguenots par son edict, lequel donna aux nobles desdits huguenots toute justice pour eux, leurs domestiques et subjects, et, aux aultres nobles, pour eux et leurs domestiques, avec soufifrance, toutefois, des seigneuries dont ils mouvoyent et en touts balliages et aultres sièges, ressortissants au Parlement, un lieu pour leur assemblée, au choix de la province, oultre toutes les places qui avoyent heu ledit exercice, despuis le 7 mars, la prevosté et viconté de Paris exceptée. Cet edict ne ftit point vérifié purement et simplement par les Parlements, car il y eut force modifications, notamment en celuy de Bourdeaux. Mais, est à noter que, f)ar le moyen de ladite paix, le prince et le connestable furent mis en liberté.
Je veux faire remarquer ce qui est grandement considérable, bien qu'il ne soit pas advenu dans la ville de Bourdeaux, et consiste en ce qu'après la prinse d'Orléans par les huguenots, et que le huguenotisme
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i563 commençoit à lever la pointe de leurs cornes, avec audace et altiereté, s'emparant des églises, dans toutes les villes de France, pour y faire leurs assemblées diaboliques, les huguenots de la ville de Libourne, près Bourdeaux, s'estant emparés de la chapelle de Sainct-Thomas, proche de la place, comme le maire de ladite ville fut accouru pour les en chasser, il y eut un hérétique si audacieux, qu'il donna un soufflet sur la joue du maire, bien qu'il eut sa livrée. Ce qui, estant parvenu aux oreilles du peuple, il s'attroupa incontinent, et eut massacré tous les huguenots, sans ce que le maire nia d'avoir reçu le soufflet. De quoy il fut grandement estimé, parce qu'il empescha une grande sédition et un grand carnage aussi (*).
En cette année, on commença à Bourdeaux d'appeler les huguenots ceux de la religion prétendue reformée, et leur fut inhibé d'appeller leur religion reformée, ainsin qu'ils faisoyent mesmes en plaidant au Parlement; ce qui advînt en cette sorte. Un certain advocat, plaidant pour une partie qui estoit huguenot, et ayant dict que sa partie estoit de la religion reformée, le procureur -gênerai, se levant, censura cette parole, comme estant préjudiciable tant à Testât qu'à l'authorité et dignité de l'Eglise, requiers que ledit advocat soit chastié de telle peyile que la Cour adviseroit, et que, de plus, fut inhibé et deffendu formellement, tant aux advocats qu'à touts aultres, d'user désormais de semblables paroles, sur peyne de dix mille livres et de punition corporelle. Sur quoy, la Cour de parlement ordonna, conformément à la réquisition dudit
(*) Le môme fait est rapporté ci-dessus, presque dans les mêmes termes, sous l'année 1 562 . Voyez page i o i .
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procureur-général, excepté le chef de la punition et i563 chastiment, en ce qui est du présent. Mais, despuis, on uza du mot de prétendue reformée, quand on parloit de ladite religion, parce qu'on trouva qu'au parlement de Paris, et mesmes les secrétaires d'Estat, dans les edicts du Roy, uzoyent de ce terme. (B. na.)
1564. — En cette année, le Concile de Trente s'acheva, et les prélats qui y avoyent assisté s'en retournèrent chez eux. Mais est à noter que le cardinal de Lorraine l'ayant porté en France pour le faire recevoir, les Parlements s'y opposèrent, ainsin que fit celuy de Bourdeaux. (B. m.)
En cette année, le Roy escrivit au Parlement et aux jurats de Bourdeaux, leur donnant advis de la resolution que Sa Majesté avoit prins de visiter toutes les provinces de son royaume, afin de pouvoir, par sa présence, ainsin qu'il esperoit, apointer et assoupir plusieurs différents qui se renouveloyent de moment en moment et menassoyent l'Estat d'une eminente et extraordinaire confusion; et que, notamment, il visiteroit la province de Guienne, particulièrement la ville de Bourdeaux, qu'il afifectionnoit grandement; les exhortant, cependant, de faire vivre son peuple en paix soubs l'obéissance de ses ordonnances et^edicts.
En cette année, fut porté à Bourdeaux l'edict du Roy donné à Rossillon, et vérifié au Parlement, par lequel le Roy deffend à touts haults justiciers de permettre l'exercice de la religion prétendue reformée, ailleurs qu'es places spécifiées par son edict; banit,
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1 564 pour la première fois, touts les ministres qui auroyent exercé leur ministère et prêché es dites places non comprinses audit edit; et, pour la seconde fois, les punit en leurs corps. De plus. Sa Majesté faict commandement à touts prestres, religieux et nonains, qui s'estoyent mariés, de Caire séparation et retourner en leurs couvents, sinon de sortir du royaume. Après cela, defiTend et prohibe auxdits protestants touts sinodes et assemblées, comme monopolants, soubs ce prétexte, et soubztenants la plus part de son royaume. Cet edict donna subject aux Catholiques de plusieurs villes de France d'empêcher que lesdits Huguenots ne s'assemblassent pas pour l'exercice de leur prétendue religion. (B. ii3.)
En cette année, Pierre Cruseau, fils d'un huissier au parlement de Bourdeaux, fut le premier ministre que les Huguenots de Bourdeaux eurent (B. 119.)
Un certain financier, riche, fils de Paris, [appelle Caillou] ayant &ict sa fortune dans la ville de Bourdeaux, et s'y estant marié avec une très belle jeune fille de maison et condition relevée, au commencement de son mariage, parce qu'il estoit desjà avancé en ses années, et elle jeune, il permit à sa femme touts plaisirs et contentements, notamment la conversation de toutes compagnies, dedans et dehors sa maison, et, d'aultant que le principal passetemps en ycelles estoit le jeu, il ne l'en destourna point; au contraire, luy fornit argent aultant qu elle en veult, et lorsqu'elle perd, la console avec ces paroles : « Que le jeu et Mars estoyent » jornaliers; aujourd'huy perdre et estre vaincu, et > demain gaigner et estre victorieux. » En conséquence
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de ce, la jeune damoiselle ayant la domination absolue 1 564 sur les voluntés de son mary, et le tenant affolé de son amour, car elle estoit, comme dict est^ fort belle et agréable, prend ses adventages d'introduire en sa maison toutes sortes de personnes pour jouer, mesmes teste à teste. Or, est à noter, pour venir au faict, qu'il y avoit, à Bourdeaux, un jeune^ homme de condition et riche maison, mais qui n'avoit toute sa vie faict aultre mestier que de jouer, estant devenu un des plus grands et asseurés pipeurs de France; ce qu'il eachoit neantmoins aultant qu'il pou voit; car il avoit tellement aprins à déguiser sa piperie, bien qu'il gagna quand il vouloit, qu'on eut plustost attribué cela au bonheur de la carte et du dé, qu'à la sciance et à l'art. Cestuy-ci avoit esté un fort longtemps amoureux de la financière, à laquelle il avoit fort souvent rendu des magnifiques et essentiels tesmoignages de ce sien amour deshoneste et illicite, tant par œillades et souspirs que paroles douces et attouchements de rencontre, sans toutefois l'avoir jamais ozé declairer à la jeune damoiselle ouvertement Il advint donc qu'une après-disnée, son mary estant absent en quelque commission de sa charge, la jeune damoiselle ayant provoqué le pipeur à jouer, il se laisse gagner pour ce coup jusques à la dernière maille, comme dict le proverbe, ce qu'ayant mis en goût la financière et donné de l'espoir d'en pouvoir faire aultant les jours ensuivants, car la somme qu'elle avoit gagnée n'estoit pas de petite considération, comme montant à plus de trois à quatre cents escus, d'aultant qu'on faisoit beau jeu. Les voila donc le lendemain au jeu, teste à teste, et le pipeur faisant semblant d'estre piqué à bon esciant de la perte précédente, et après s'estre laissé perdre à esciant quelque petite somme aux pre-
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1564 ^i^T^^ attaques, employant tous les sens de sa piperie, la chance tourne pour luy. Voila donques tout l'argent contant que la jeune damoiselle avoit mis sur table, gagné et apiloté. Après cela, il fault venir aux gages : perles, diamants, chaisnes d'or, quarquans et surpoil, et aultres riches affiquets; lesquels, mis sur la table, sont aussi emportés. Après laquelle perte, la damoiselle ayant considéré son malheur, non pas tant en ce qui touchoit ses pierreries comme du desplaisir juste que son mary en recevra, cela luy arrache les larmes des yeux et tire mille souspirs de son cœur.
Sur quoy le pipereau, prenant l'occasion aux cheveux et luy ayant représenté Tamour qu'il luy portoit sans qu'elle eut vouleu mettre en considération ses affections, jacois qu'elle ne les peut ignorer, faict offre à la jeune damoiselle de luy rendre tout ce qu'il a gagné, tant argent que pierreries et chaisnes, si elle luy veult permettre la jouissance de sa beauté, luy remonstrant que son mary, affolé de son amour, n'en pourra jamais avoir aucune cognoissance, non pas mesmes le croyre, quand bien le fiaict viendroit à ses oreilles; que la commodité estoit présente à cause de l'absence de sondict mary.
Toutes ces paroles et remonstrances amoureuses du pipeur, tenant en bransle et en suspens la jeune damoiselle, de faire et de permettre ce de quoy le mauvais garnement la requeroit, et par ce moyen ravoir sa perte, qui estoit très grande, car l'argent comptant montoit à plus de mille escus, et la pierrerie, le double, ou de ne le permettre pas, de peur d'encourir du deshonneur et de la honte, et d'estre descriée dans le monde, joint la colère d'un mary offensé en cette façon; mais enfin elle se laisse manier, toucher, flater,
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carresser, baiser; de-là s'ensuivit l'exécution réelle, du 1564 reste, suivant le dire du poète :
Oscula qui sumpsit, si non et cœtera sumpsit, Hœc quoque quœ sumpsit, perdere dignus erat.
Et cette fois ne fut que la première qu'ils se trouvèrent emsemble, car un péché mené à l'aultre; joint la différence qu'elle trouva au plaisir entre ce jeune amant vigoureux, et son mary, qui aprochoit desja de son dimateric, disoit son mignon; joint les presans d'importance que ce jeune homme luy faisoit. Mais il fault noter que ce jeune desbauché estoit poivré de vérole, laquelle commençoit desja de fleurir à tout oultrance en ce temps-là dans la ville de Bourdeaux, es personnes de plusieurs personnages de maison et condition, les femmes l'ayant receue d'ailleurs, la donnant aux marys, et les marys à leurs femmes, dict l'histoire et la tradition. C'est pourquoy cette jeune et pauvre malheureuse en fut infectée, la recevant de cet adultère. Cependant, le mary estant de retour, et receu plus amoureusement de sa femme que de coustume, il se trouve prins au glu; mais, ayant cogneu d'où cela procedoit, et par conséquent la vie que sa femme, qui luy estoit si fort obligée, avoit menée pendant son absence, après s'estre plainct doucement aux parants d'ycelle, qui detestoyent aussi la mauvaise vie de cette folete aultant et plus que Caillou mesmes, justement indigné, Toste du monde par poison, sans que jamais aucun luy en fit querelle ni procès pour cela. Mais comme despuis, ayant esté fort bien pensé, medicamente et netoyé de sa maladie, car desja les médecins et chirurgiens commençoyent à y voir plus clair qu'auparavant pour la guerison de ce mal de Naples (en
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1564 France on l'appelle ainsin; mais, à Naples, on le nomme mal de France 00 françois), Caillou, qui estoit fort riche et encores capable au mariage, recherchant un second lict, ne trouvoit aucune qui le Toulut, non pas tant pour l'aprehension de son mal précèdent comme pour la crainte que celles qui estoyent recherchées de luy en mariage avoyent, qu'au moindre soup« çon il ne leur en fit aultant qu'à l'aultre. Sur quoy, il leur disoit fort bien et tout hault, dans la considération et à cause de leur refus, que jamais une honeste et vertueuse fiemme ne craindroit le coup de Caillou, Cuisant allusion tant à son nom qu'au caillou qui peut blesser et mettre à mort; ainsin que luy, qui se nommoit Caillou, avoit donné le coup mortel à sa première femme par juste occasion, en ce qu'elle estoit une perdue et débauchée. Quelcun de ce temps-là ayant composé des stances sur ce subject, en reprenant les femmes qui jouent et abusent de l'amitié de leurs marys, mesmes y ayant couché le réciproque debyoir du mary et de la femme, et lesquelles me sont tombées en main, sans y penser, j'ay jugé que je n'ennuyerois pas les lecteurs si je leur attachois au pied de la susdite histoire, bien que la poésie n'en soit pas tant délicate.