‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 100 sur 131 · CHAPITRE XCIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIV

Mort de Béat. *

' liBS affaires de Suisse avaient pris iine nouvelle tournure j les Autrichiens , parvenus à repousser les Français, occupaient la Suisse à leur tour» ea 99^ Alors, du fond de sa retraite, l'abbé^prince Béat adressa une députation au chef de l'armée autrichienne, à Tarchiduc Charles, dont le quartier^général était à Kloten, près Zurich. Il en reçut une réponse pleine de grâce» et un diplôme en bonne forme qui lui garantissait de nouveau la propriété du mo^^ aastère et la jouissance de ses anciens droits seigneuriaux. Déjà quelques religieux étaient accourus renouveler la prise de possession, lorsque les Français refoulèrent les Autrichiens, et revinrent camper au couvent : inutile dedire que les religieux s'étaient hâtés de leur céder la place. Mais tant de fortunes et d'influences diverses mettaient la Suisse dans une fausse position politique : le parti français dominait le parti autrichien; et le sentiment national eût pu seul éteindre les passions. Louis Reding> d'honorable mémoire, s'occupa de ranimer ce sentiment chez le peuple des petits cantons , et se fit placer par le vœu de tous à la tête du gouvernement de Schwitz. Ami de tout ce qui pouvait rappeler les esprits à l'unité, mère de la paix , de l'ordre et de la liberté , Reding mérita de sa patrie le nom de grand citoyen. En vertu des promesses faites par le nouveau gouvernement de Schwitîp, il prot^

gea le retour de Beat au monastère ; et Tavant-garde du, prince-abbé, composée de quelques religieux, fut reçue par le bourg d'Einsidlen avec un équitable empressement : c'était le 50 novembre iSOl. On leur rendit ce qu'on avait pu sauver du pillage et des injures du temps r mais ce qu'on ne leur rendit ^as, ce furent les droits de seigneurie : à cette exception près, l'abbé put voir que son retour était une époque vraiment heureuse pour le pays.

Béat trouva bien des ruines là où il avait laissé grandeur et luxe : on dit qu'à l'aspect des décombres de }a Sainte -Chapelle il ne put retenir ses pleurs; mais ils furent comme une nouvelle consécration. Au bout de quelque temps la Sainte-Chapelle commençait à renaître de ses cendres , à se relever sur ses premiers matériaux. C'était le moins que l'abbé pût faire pour récompenser la fidélité des pèlerins : elle s'était si peu ralentie au travers de toutes ces secousses publiques , qu'en l'année 1800 ils avaient célébré , comme au temps de l'abbé , l'anniversaire de la dédicsAie,surles ruines mêmes de la chapelle de la Vierge. Ce fait peut éclairer les protestants sur un point de nos dogmes, c'est que l'absence d'un signe auquel nous semblons rendre hommage, tandis que nous le rendons directement au personnage que ce signe représente, ne saurait empêcher par son absence notre culte d'invo- 4»ition ou d'adoration^

Néanm#ins , puisqu'il était possible de se procurer de jElouveau l'image sacrée de la Vierge d'Einsidlen , pour- 4iuoi l'abbé ne l'eùt-il pas rendue à la vénération publ»* que? Le sort de cette statue avait subi plusieurs phases; transférée de ville en ville , et provisoirement fixée dans un couvent du Tyrol, on l'avait partout saluée comme le gage d'une secrète alliance des cieux avec la terre ; elle

rappelait tant de faveurs obtenues au nom de la femme sainte dont elle n'est cependant qu'une informe représentation ! A son retour , même accueil de la part* des villes et villages qu'il lui fallut traverser ; enfin le 29 septembre 1803^ le chapitre bénédictin et tous les habitants d'Sinsidlen lui faisaient une solennelle réception dont les détails appartiennent à l'article spécial de la Sainte- Chapelle.

Ce monument dont Béat avait entrepris si vivement la réparation» souffrit bien des retards à cause des circonstances critiques où se trouvait l'Europe, et du grand nombre d'esprits influents que cette restauration trop subite eût pu choquer sans grand avantage pour le catholicisme. Elle ne hit complète qu'en 1817; Béat ne put en jouir, car il mourut le 18 mai 1808. Mais à lui appartient la gloire d'avoir fait soilir du tombeau la noble abbaye et le trésor de son pèlerinage. Béat, par suite de cette résurrection , se pose dans la chronique d'Einsidlen comme letroisième angle du triangle historique. Il commande en effet la troisième de ces époques principales que nous avons signalées dès le commencement.

C'est qu'en effet aucun prince n'avait vu comme lui le monastère à un plus haut point de prospérité, de richesse et de réputation honorable; puis aucun prince n'avait vu comme lui ce même monastère descendre de si haut. Lorsqu'en 1802, Béat eut recueilli de nouveau cet héritage de huit siècles, il montrait.. «.. un écu, le seul vraiment dont il pût disposer. II s'appliquait alors avec, une certaine satisfaction sa citation favorite, trois motis du roi prophète : Exaltatus, humiliahis et confusus. Pour que l'a -propos fiit complet, il faudrait encore un mot qui rendit le triomphe obtenu par Béat sur l'adversité : ce mot ne se trouverait-il pas en quelque

endroit de l'Histoire romaine , et l'Histoire ecclésiastique ne doit- elle pas à Béat le même rem^rciment que le sénat fit à Yarron jsotir n*açoir pas désçspéré de la chose pMique?

La mémoire de cet abbé n'est point passée jusqu'à nous sans quelques autres noms qui lui servent d'auréole.

l^Dom Michel Schlageter, doyen de l'abbaye pendant vingt et un an, mort à quatre-vingt-deux, ( 1786. ) Homme plein de zèle pour le culte et pour sa manifestation extérieure qui demande souvent du courage et maintient les peuples fidèles au milieu des dissidents qui inondent le pays ; négociateur habile et appuyant la défense des droits de son couvent, sur l'histoire qu'il possédait avec une rare perfection. Des notes trouvées dans les annales de l'abbaye disent que l'amour de Dieu et des hommes l'a consumé.

. 2^ Dom Boniface, noble honune d^Anethan, originaire de Trêves ^ ami et conseiller du dernier des margraves catholiques de Bade ; celui-ci lui avait confié, à sa cour, le 9oin de sa bibliothèque ; il ne quitta cet emploi que pour une aumônerie impériale ( 1765 ), par ordre de l'impératrice Marie-Thérèse qui l'avait pris en amitié. Mais son esprit éminemment chrétien, éminemment simple, le plaçant toujours au-dessus de ce qu'on appelle en ce inonde la faveur , il s'en revint le plus tôt possible à sa cellule d'Einsidlen, où il mourut en 1797, regretté de tout le monde pour la sérénité constante de son caractère.

3® Révérend Père François de Sales Schadler, d'Einsidlen; fidèle copiste de son patron, c'est tout dire. Il balança un moment les voix des Pères électeurs, quand à la mort du prince Marian ils procédèrent à une nouvelle élection; mais il fit reporter ses voix sur Béat. En 1800 il piourut usé par les souffrances ,à l'âge de quatre-vingts ans.

k"* Frutan Steinegger, de Laken, canton de Schwîtz; Tun de ces rudes travailleurs dont la société des bénédictins semble avoir toujours eu le monopole. Après avoir étudié à fond ce qu'on nomme vulgairement la littérature, il vit bien que ce n'était qu'une science puérile lorsqu'elle n'est pas soutenue par les faits et la philosophie; il employa ses meilleurs loisirs à éclairer les points ténébreux des annales de son pays et de son monastère -, et mourut en i808.

5"^ La même année mourut dom Ghrysostôme Helbling, de Rapperswil ; homme prodigieux ! Il avait écrit un volume in-folio de Mémoires sur la Suisse , quand le flot de la révolution balaya les trésors de l'abbaye sans oublier l'in-folio du Père Ghrysostôme : alors, par le simple effort de sa mémoire, il transcrivit ce volume en entier... Mais comme les Allemands sont difficiles en fait d'histoire, on trouva un défaut à cette seconde éditon ; elle n'indiquait pas comme la première les sources où l'auteur avait puisé.

6° Dom Frédéric Vager, Corpore et Spiritu svhlimis , dit son épitaphe, datée de 1809,

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