‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 99 sur 131 · CHAPITRE XCIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIII

( Même règae. ) Arrivée du général Schauenbourg..

Nous sommes en 98.

La maison dTmsidIen avait trop bien fait son devoir pour n'être pas signalée au chef de Tarmée d'occupation. De son coté le général Schauenbourg, fidèle à son mandat révolutionnaire 9 avait juré d'anéantir le couvent , dûtil n'exercer son courage que sur les pierres de l'édifice. Le général avait bonne souvenance y et gardait rancune aux soldats de Louis Reding pour leur vigoureuse résistance au passage de Schindelegie » ainsi qu'à Rothenthum et aux environs d'Artz » le 50 avril et les S et 5 mai de la même année 98.

Mais comme la voie des négociations et des promesses lui avait seule levé la barrière des petits cantons, il fit précéder son arrivée à Ëinsidlen d'une proclamation dans laquelle, déclarant le monastère propriété nationale» acquise désormais à la république helvétique, il promettait aux catholiques liberté illimitée , dans l'exercice de leur culte et le choix de ses ministres, poiirpu que ces ministres ne fiissent pas... ceux que sans doute les habitants auraient redemandés bien vite, s'ils avaient eu une liberté moins illimitée que celle de la république, La proclamation était gonflée d'injures contre les bénédictins , qui tous , bien entendu , avaient façorisé la récolté de la Fendée, et entretenu à grands frais en Europe l'ignorance et la superstition.

ije^ bëaédictms superstitieux! ignorants surtout (le premier des corps religieux pour L'érudition ) ! mais conspirateurs ! que dites^vous de la bou£fonnerie? Jusqu'ici les bénédictins avaient une réputation remarquable de neutralité polîticpie ; et lorsque deux partis les prenaient pour arbitres dans leur' querelle , ils savaient accorder Tamour^propre des uns avec l'intérêt des autres : c'est là , comme on sait , le grand problème de l'arbitrage.

Le ridicule de ces injures n'échappa donc à personne} mais les promesses qui terminaient la proclamation de Schauenb(Hirg, triomphèrent des dernières hésitations: aussitôt Tavant-garde du général occupa le couvent et le bourg.

Et ce fut au couvent un désordre , un pillage dont le plus grand tort n'appartient pas à l'armée : là , comme dans tous les forfaits politiques , où les meneurs devraient être seuls responsables, l'armée républicaine s'occupa surtout de sa consigne ordinaire : « laisser faire le peuple, » c'est-à-dire la populace; car le peuple c'est aussi l'armée, c'est vous, c'est nous.

On vit alors d'étranges figures mêlées aux groupes des pillards , et se ruant dans l'église comme des démons à qui Dieu permettrait pour un instant de se venger de lui. On n'a vraiment pas d'idée de la rapidité avec la<* quelle fut démolie la chapelle de la Vierge, et il n'en resta pas deux pierres l'une sur l'autre ; puis on rompit les chasses et autres reliquaires, pour en fondre le métal; les corps sacrés qu'ils renfermaient, furent dépouillés de leurs riches broderies , et jetés pèle mêle sur le parvis en attendant qu'on les balayât dans une fosse commune/ On conserve encore à l'abbaye des caisses pleines de ces ossements, mêlés de la sorte et liés en faisceau, sans qu'on ait pu en reconnaître d'autres que ceux qui portaient

encore une étiquette , et puis le crâne de saint Meinrad , dont la fracture est^particulière. La statue de la Vierge, c'est4-dire celle que le peuple ( le vrai peuple ) avait eu l'esprit de mettre à sa place ^ fut enlevée bien poliment dans ses habits de clinquant, couverts de pierres fausses : elle fit le voyage de Paris et obtint, diW>n , une place au musée national.

Restait la grande église avec ses ba»Teliefs et ses peintures magnifiques; la populace voulait en finir avec cet asile de la superstition : déjà les tuyaux des orgues étaient arrachés par les barbares; quelques-unes des belles statues de Garloni tombaient avec fracas du haut de leurs <;orniches, où de jolis séraphins leur tenaient compagnie. Mais c'était assez de désordres : quelques paroles d'admiration ou de noble pitié pour tant de ehefs-^d'œuvre , échappées aux officiers de Schauenbourg,* su£Srent pour «lettre, les holà! Qn fit évacuer l'église et fermer ses portes. .

Et le couvent, cet immense monument du despor fismfi monacal, fallait-il doné le respecter aussi? Braques* moi deux pièces de siège là contre, et qu'en un quart d'heure c'en soit fait de cette tanière^ Tanière soit, mais elle est admirable, et peut servir au besoin d'assez belle caserne, de lycée» que sais-je encore? Le fait est que la majorité des opinions de l'armée empêcha de tirer le canon, déjà braqué sur l'abbaye*.

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