‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 103 sur 131 · CHAPITRE XCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVII

Quelques noms remarquables *au temps de Conrad»

DoM Maurice ( Brodliag» né en Alsace ), doyen de Tabtljatye pendant plus de trente ans. C'était l'hôte et Taini des catholiques de France qui ont préféré, en 95, la proscription et l'exîl à l'apostasie. Nous avons sur son caractère plein de force et de mansuétude à la fois , des détails que tout le monde n'a pas le droit d'apprécier : nous les tenons du reste d'un hopime qui se connaissait en piété comme en savoir vivre,

— Dom Isidore (Moler ), loqg-temps curé d'Eînsidlen. On peut le nommer l'apôtre dç la paroisse dont il avait çntiérement renouvelé l'esprit.

— Dom Marian, successeur du révérend Père Isidore : il savait l'histoire aussi-bien et souvent mieux que plusieurs qui l'écrivent.

— Dom Martin ( de la Vallaz , originaire du Valais ), d'abord ofiGcier des gardes-royaux suisses au service de France. Tous les pèlerins l'aimaient, comme autrefois ses soldats.

— Père Claude (Poujol , de Belfort), né pour jouer un grand rôle parmi les hommes du monde : il éleva plus liaut ses regards , et dirigea dans le sens des intérêts célestes sa fortune et son rang honorables. En 88, il prenait le grade de licencié en droit à l'université de Strasbourg, çt se faisait inscrire au tableau des avocats. Mais, à la surprise de ses confrères, il partit un beau jour pour Rome où il entra au collège des Allemands. Là il reçut la pré* trise , puis fut nommé professeur. Une lettre d'un de ses

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élèves, vlçaire^gçQéral dans un évéehé allemand, témoî* gnait naguère enoote à l'abbaye delà haute considération dont jouissait, le professeur.^ Mais e'ét^t là le moindre souci de Tabbé Poujol; la solitude! voilà Tambition d'un . travsûUeur tel que lui,, qui voulait par ses étude$- pouvoir rendre service* à l'humanité.

* Èa 9k il fit ses. vœux à Eiosidjen, et dés ce moment ce fut un modèle d'amour et de sin^plicité sublimes : il ré« duisit la fougue de son tempérament à une grande égaV * lité de caractère , et à une pureté extr,éine , si l'on peut se servir de ce mot à propos de cette vertu ; éloquent dans la chaire, angélique à l'autel, et plein de sagesse et ' de sensibilité au confessionnal. A l'époque dé la révolution suisse, il émigra en Autriche au couvent de Krems- Munster; là, son étude de prédilection était celle des mathématiques , pour lesquelles on éprouve ordinairement une négation absolue ou bien une véritable passion.

A son retour à Einsidlen, on le nomma maître des novices. Dès^Iors il lui fallut mener de front le confessionnal, les conférences de théologie, de mathématiques et de haute grammaire , puis la prière et la méditation : il ne s'en croyait pas pour cela plus d'importance ; seulement tous ses instants étaient comptés rigoureusement : il trouvait sa récréation dans la variété de ses travaux. Son visage n'était pas comme celui de certains travailleurs, assombri par la gravité de leurs occupations, c'était au contraire le visage le plus pur et le plus noblement affable. Il avait le regard pénétrant, la parole rare , mais toujours obligeante. Sévère pour lui-même , il faisait à l'esprit du mal celte guerre dont l'Evangile donne le çecret de victoire au moyen du jeûne et de la prière : dans ses dernières années, il avait l'habitude de ne manger qu'une fois les Jours déjeune.

Saisi par une maladie mortelle , il ne voulut recevoir aucun soin , et continua à se servir lui-même , ainsi qu a paraître au milieu de ses frères, et partager avec eux jusqu'à la fin plaisirs et peines. Son courage le soutint encore dix ans , pendant lesquels il ne cessa pas un jour de recevoir le sacrement trois fois saint : quelques moments avant d'expirer, il était encore au pied de l'autel.

Dom Claude Poujol est mort le 23 août 1818, d'une pulmonie aiguë. Il était âgé de cinquante-un ans. Ce n'est pas un homme dont on puisse dire, il a laissé tel ouvrage, conduit telle intrigue , conquis tels pouces de terre ; non : mais il nous semble d'autant plus admirable , qu'il s'est résigné au rôle fort simple et donné à tous les hommes de bonne volonté, d'être parfait en toute chose. Père Claude^ comme on l'appelle au couvent, est uq sainte ,

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