‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 109 sur 131 · CHAPITRE cm · texte numérisé non relu

CHAPITRE cm

Ce qja» defvint Tlmage de Notre-Dame-des-Crmites pendant et après

la révolution de 1798.

Le 50 avril 1798, les troupes françaises cernaient le canton de Schwilz, et dès ce jour les Pères firent déplacer l'image de la Vierge. Le 2 mai , jour de l'arrivée des Français à Einsidlen , on la transportait , enfermée dans une caisse , jusqu'à la vallée voisine nommée Alp-Thal, seul lieu qui échappât encore à l'occupation étrangère.

Au bout de huit jours, le curé du lieu , Michel Herzog , depuis chanoine de Beromûnster au canton de Lucerne, lut sommé de livrer la statue sous peine de voir arriver un détachement de troupes en garnisaires. Le curé fit réponse que cette menace était contraire à la capitulation du général Schauenbourg avec les trois cantons d'Uri , Underwald et Schwitz : le commissaire se rendit à cette raison. La cachette de la statue étant trop facile à découvrir, le curé la fit porter secrètement par un montagnard en son chalet de Holzegg. Elle y resta cachée jusqu'au 15 juillet qu'elle fut transportée par les soins de l'abbé-prince Béat au monastère des religieuses de Saint- Pierre , à Bludenz au Vorarlberg. Un ancien fidèle serviteur du couvent, Placide Keller, la portait sur son dos dans un coffre dont la première ouverture ne laissait voir que de la mercerie , quelques mouchoirs et. autres objets de colportage. Il fit ainsi son voyage par terre et par eau, au travers même des lignes ennemies; plus d'une fois on l'arrêta pour voir sa marchandise , et Placide en

CCS moments critiques avait l'air de prbfiter i^une excellente occasion de commerce.

On dit que pendant le séjour de l'image au Vorarlberg, la ville de Feikich fiit délivrée d'un siège qui pouvait amener l'occupation du pays entier : mais au moment du passage de la statue » on y apprit la mori du général ennemi qui commandait le siège.

Les Pères Bénédictins» qui n'avaient qu'à se louer de la population» consentirent à exposer l'image à la vénération publique : on obtint d^abord l'autorisation de l'évéque de Coire» du nonce apostolique Gravina» et celle même du prince Charles» L'inauguration première fotÊiite à Saint-Gèrold le 15 août 1799; elle dura quatre jours, avec toute espèce de solennités religieuses : delà une procession immense la conduisit en triomphe àBIudenz, où elle fut exposée sur la place publique devant le monastère : puis on la mit dans une chapelle particulière où chaque jour» après la célébration de la messe » il y avoit conférence religieuse. Les paroisses étrangères» même celles du Tyrol» y arrivaient en processions solennelles pour profiter de l'indulgence particulière que venait d'accorder le nonce apostolique. Malgré un froid assez vif et la pluie battante» la ville était traversée nuit et jour par une foule de peuple et de détachements de la garnison qui se succédaient au pied de cet autel.

Au bout des treize jours que dura cette ovation» on ferma les portes du couvent; mais l'image demeura chez les mêmes religieuses qui purent à loisir prier devant elle dans le secret du cloître : puis le 22 octobre on la transporta dans le Tyrol » et l'on eut soin de l'y faire changer encore deux fois de résidence, de peur que les habitants des divers endroits où elle passait » ne finissent par in* voquer la prescription et confisquer l'image à leur profit.

271 — Son premier séjbur fut Imst, et le second Hall, d'où elle fui expédiée à Drieste. Dans ces différents voyages elle était fidèlement accompagnée par un Père d'Ëinsidlen , Conrad Tanner, qui depuis devint abbé sous le nom de Conrad IV. Ce père composa deux ouvrages ecclésiastiques sur la caisse même de l'image , n'ayant pas et ne voulant pas avoir d'autre pupitre. Il la ramena enfin ou la renvoya dans sa première retraite à Bludenz où elle demeura jusqu'en 1803 , époque de son retour solennel à Einsidlen.

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