CHAPITRE CIX
Description de TEglise. ( Svttte. ) Première coupole à partir da chœur.
YôiGi un autre genre de peinture saerée. Plus d'éclat, plus de largeur et non moins de facilité : tel est le caractère des fresques de Gôme Asam , pemtre bavarois. On prétend que la figure du Père étemel, contemplant du haut de la petite coupolette le magnifique tableau de la Nativité, qui se déroule au-dessous de lui dans la 1'^ coupole, n'a pris à son auteur que le temps nécessaire au dîner de la communauté» A leur retour les moines agréablement surpris, ont vu le ciel ouvert et la lumière de la Trinité sainte briller là où ils n'avaient laissé une demi-heure auparavant qu'une voûte de pierres opaques.
La 2® coupole, celle du centre de l'Eglise, qui est encore du même auteur, représente la dernière cène. Il est impossible de mieux tirer parti de si peu d'espace. Le motif de ce tableau a été si souvent répété et par de si habiles maîtres, qu'il fallait pour le renouveler encore avec un certain bonheur, sentir en soi quelque chose de ce feu sacré de la foi, qui donnerait au sujet banal toute l'originalité d'un premier essai , à plus forte raison au sujet inépuisable de l'inépuisable amour eucharistique. Si l'on peut reprocher quelque chose à ce tableau , c'est sa beauté même , c'està-dire, le luxe d'ornements mondains dont l'italien Ghezzi donnait de si bonnes leçons à ses élèves ; et Gôme en était un. Mais le peintre avait à lutter contre le jour de son tableau qui se développe seulement sur les bords de la cou-' pôle , ie fond servant de voûte à la salle du festin ; l'éclat de
$é8 couleurs Ta bien servi, surtout dans la douce figure du Sauveur qui fait habilement pâlir tout ce qui l'entoure. Du reste on ne peut faire un crime au peintre d'avoir préparé au Fils de Dieu un si élégant banquet : pour un tel personnage , il n'y a pas de salon trop bien doré , pas de maître d'hôtel trop noble et de marmitons trop poupets : l'un d'eux, rappelé à temps par son maître ^ semble prêt à descendre dans l'église d'une hauteur de quatre-vingts pieds. C'est là un de ces menus détails , dont les plus habiles artistes ne dédaignent pas la connaissance; cela leur sert à remplir un coin du cadre sans diminuer ia part d'intérêt que réclame le sujet principal.
La coupole qui abrite la sainte chapelle étant plus Spacieuse que les autres , se divise en quatre pans dont le centre ou le point de jonction se résume en un double pendantif; et par une bizarre disposition de l'architecte, le double pendantif descend jusqu'à terre en manière de piliers : c'est comme une trombe de pierres qui semble se détacher de la voûte pour y rattacher les dalles du temple : c'est la chaîne qui joint le ciel à la sainte chapelle , dont le monument s'appuie contre ce double pilier.
' Asam, chargé de peindre cette troisième coupole, y a développé d'une manière brillante l'histoire de la fameuse dédicace. Pour en suivre toutes les phases, il faut pour ainsi dire partager son admiration en deux parties , parce qu'on ne peut voir tout le tableau sous un. seul asjpect^ d'un seul côtéi
1® Du côté du chœur : le fils de Dieu descend du sein immortel de son Père; il est entouré de sa gloire; les anges vont le revêtir d'habits sacerdotaux pour qu'il soit lui-même, dans la dédicace de la chapelle, pontife et victime à la fois : les uns les lui tiennent suspendus et ffottant au-dessus de sa tête j d'autres les lui présentent à
genoux ! à sa droite, à sa gauche» sur deux files ce tien« nent rangés les célestes sacristains. Tandis que Jésus traverse les airs , son manteau se détache de ses épaules et laisse briller son corps glorieux , diaphane , tel enfin que seront les ressuscites. L'extrémité inférieure de ce tableau forme à peu près la moitié de la circonférence entière. Celte circonférence imite une galerie de marbre sur laquelle s'alignent une bonne partie des neuf chœurs des anges. Ils y appuyent leurs instruments et mettent de l'harmonie jusque dans leurs difi^érentes poses. D'autres s'accoudent là comme à une table d'étude , et s'éten* dent comme sur un moelleux divan.; d'autres enfin, que la balustrade gène apparemment , l'enjambent , et sans tomber... les anges ne tombent plus.
Pour admirer la seconde partie du panorama , il faut tourner Iq Saint-Chapelle et se placer en face de sa grille. Dans ce court trajet on peut suivre à la voûte quelques détails de transition ; à gauche de la voûte , la cérémonie de la dédicace continue à se préparer : le trône du célébrant descend du ciel, porté par des séraphins; saint Pierre prêtera son bâton pastoral ; saint Etienne va faire encore une fois en ce monde l'office de diacre, il chantera l'Ëpitre, et saint Laurent l'Evangile. A leurs pieds continue le concert d'introduction; clairons et trompettes éclatantes, et timbales qui semblent retentir au signe du chef d'orchestre, l'archange Michel. Il est là dans sa gloire, en costume de triomphateur; il commande et oiesure l'harmonie avec son sceptre musical ; le génie de la musique le transfigure,
A droite , une autre suite des préparatifs : saint Ambroise dont le flambeau étincelle au miUeu de la nuit . saint Augustin portant le signe de l'amour étemel , un cœur de flammç^s , viennent se joindre aux officiants , et
assister le fils de Marie. Le pape saint Grégoire préluda à la cérémome en semant dans l'espace une rosée d'eau bénite; un ange le suit, portant l'urne où le pape plonge son éventail ( Flabellum). Et toujours à ses pieds le concert qui trace autour de cette vaste scène un cercle infranchiss2\ble d^harmonie, Arrivés en face de la Sainte- Chapelle, nous ne devons plus voir qu'une seule chose; il ne nous reste (pi'une pensée , celle qui a créé la chapelle même : la gloire de la Vierge. Le peintre la bien senti en plaçant le tableau de cette gloire immédiatement au-dessus des pèlerins agenouillés.
Donc au sommet de cette partie de la voûte, la Yierge, Reine des cieux , pour laquelle toute la dédicace a été si solennellement , si (iiçinement célébrée ( diçinitiis consecraf a). Elle porte le sceptre de son royaume ; mie myriade de ses sujets , les anges , l'entourent, et chacun d'eux veut ajouter un rayon à la gloire de leur Reine. Il parait cpi'il n'y a pas de danger de se familiariser avec de pareils courtisans , car elle les laisse s'abriter sous les plis de son manteau : et réciproquement les faveurs de cette cour-1^ i^e trompent jamais ceux qui les obtiennent : Be^ gina angelorum, ora pro nobis...
Aux pieds de la Vierge , saint Jean qui lui sert de fils chaque fois que Jésus est absent (autant qu'un Dieu peut l'être ) , lui récite les plus belles prophéties de son Apocalypse qu'un aigle porte ouvert sur ses ailes : enfin , aux quatre angles, les Evangélistes , ces premiers et immortels hommes de lettres créés par le christianisme. Eux aussi viennent officier en compagnie du Fils de Dieu; le cérémojiial veut qu'ils lui imposent la mitre et la lui enlèvent tour-à-tour. Ne serait-ce pas là quelque symbole; et ces evangélistes, ces organes primitifs de la pensée universelle, ces quatre hommes qui#.ont les premiers
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propagé la publicité aux quatre coins du monde , el qui s'en viennent ici jouer un rôle si remarquable, couronner etdécouronner leur maître» n'annoncenirils pas le powoir e£frayant de la presse.... donner et ôter le pouvoir à qui de diroit?
On voyait autrefois au-dessus de la ^ande porte une peinture colossale dont on distingue encore aujourd'hui quelques traits ; c'était encore une suite ou plutôt un comr mencement du même sujet. Sur la rampe à gauche mon?taient quelques seigneurs en costume des 13 et 13* siècles ; ils venaient assister à la cérémonie de la Pédicace que devait £adre l'évéque de Constance» lorsque leurs yeux sont firappés du divin spectacle. La figure du Christ » la seule qui soit bien conservée » ne manque pas de noblesse et d'une certaine transparence.
Encore au-dessus de cette peinture , une assez lourde représentation de la dédicace du temple de Salomon , où vient de pénétrer la gloire de Jéhovah» figurée par le nuage au travers duquel brille l'œil... qui voit tout.
O vous tous qui vous dites artistes , vous qui sentez votre cœur battre sous une forte poitrine au milieu de la froideur et de la stagnation européennes» ne ferez-vous pas un effort pour relever de leurs ruines les maisons de votre Dieu? Peintres et sculpteurs» qui allez si loin chercheriez chemin de la gloire » vous y êtes » si vous êtes dans la foi; il n'y a qu'à marcher droit devant vous ;répandezvous dans les églises ; et comme les anciens qui y appendaient leurs trophées» attachez à leurs murailles votre nom par d'immortelles images^ Ne fissiez-vous que r^ placer les lambeaux qui s'en échappent» ce serait déjà un service à vous rendre à vous-mêmes ; car enfin on a beau faire en ce monde» il n'y aura jamais de vrai génie que celui qui viendra d'en haut ; et si vous relevez les
ruioes âSb vos prédécesseurs , les peintres ou sculpteui^ sacrés, vous conservez vos titres de noblesse, membres que vous êtes de la même femille. Peut-être ne savez-, vous pas que le moindre trait de votre pinceau , pour décorer une pauvre église de campagne, servirait mieux vos intérêts à venir que la plus belle de vos créations panthéistiques. Combien j'en vois parmi vous, qui, à leur dernière heure, se prennent, mais un peu tard, à jeter les yeux sur le long chemin qu'ils viennent de Êdre sans avancer, et s'écrient : Seigneur, Seigneur, mes yeux se troublent , mais mon esprit devient d'une clair\'oyance effrayante , est-ce la mort qui la lui donne? je vois maintenant plus de poésie , plus d'infinie réalité dans le premier \emk de vos mystères que dans toutes les épopéesi de l'humanité. Seigneur, Seigneur, rendez-moi ma palette, chargée de si riantes couleurs, et ma jeunesse... un seul jour de ma belle jeunesse , afin que je vous en &sse hommage, au lieu de les prostituer encore à tout ce qu'il y a de vain, d'inutile, sinon d'immonde ! — Et le Seigneur ne répond pas; il est las d'aVoir lui-même parlé si long-, temps à des sourds.
Vite donc, à l'œuvre, vous qui êtes encore pleins de vie. Qui vous arrête? que vous manque- t-^il? n'osez-vous
pas le dire tout haut? dites-le tout bas. L'argent ?
Voilà le mot de bien des énigmes? Sachez donc qu'il y a de quoi en gagner p]us que vous ne pourrez le Caire. Et puis ce vous sera si facile , avec le moindre talent, d'écraser ceux qui ne viennent travailler là qu'avec un esprit de spéculation. Vous reste-t-il une inquiétude...? enfants que vous êtes , croyez-vous que d'ici à la fin de votre tache , vous mourrez de faim chez des prêtres de Jésus-Christ.
A un autre maintenant : quelle est sa dernière illun
iion. • • ? Un titre de chevalerie? dites-le donc et marchex i
il y a aujourd'hui parmi les princes chrétiens asses ^
d'hommes d'esprit pour vous préférer à la moitié de leurs
courtisans chez lesquels jls ne trouveraient pas le
moindre appui en cas de danger , et pas une pensée un
peu vivace en temps de paix.
En avant, en avant, toute cette armée de jeunes gentilshomaies oisifs , et déjeunes travailleurs qu'ennoblit mieux encore l'aristocratie du talent.
Oh ! mon Dieu , que ne peut-on donner un peu de IWdeur de sa pensée à ceux qui disent en avoir , et qui certes en ont menti ! Ou plutôt , pourquoi cette ardeur ne peut-elle se résumer en quelque vive influence administrative ! C'est que s'il y a du mérite à encourager le mouvement des intelligences au profit des arts et du culte universel f il y a encore plus de plaisir,
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