‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 120 sur 131 · CHAPITRE ex · texte numérisé non relu

CHAPITRE ex

Chapelle sainte Madeleine, on Pénileneerie.

Outre la grande église ^ il y a encore à gauche de l'entrée du chœur cette chapelle Sainte-Madeleine , qu'on appelle encore la pénitencerie, parce qu'elle est consacrée aux confessions pendant la saison du pèlerinage. Elle avait été construite par les ordres de l'abbé Augustin If » vers l'an 1680 , sur l'emplacement d'un cimetière qui fut relégué dans la plaine derrière le monastère , comme on le voit aujourd'hui. Le luxe de la chapelle, qui dans sa première époque était remarquable, consistait suitoul dans les fresques de la voûte. Aujourd'hui la chapelle Sainte-Madeleine n'a plus guère qu'un intérêt historique : c'est un monument assez lourd dont la voûte peinte à fresque repose sur six colonnes de marbre : le chœur de cette petite église est entièrement séparé du reste par sa forme ; il se termine par une coupole très-élevée dont la concavité est décorée de fresques difficiles à distinguer : on n'y perd pas beaucoup. Celles de la nef au contraire devaient , dans leur jeune temps , offrir d'autant plus d'intérêt, qu'elles étaient et sont encore accompagnées chacune d'une inscription latine. La seule peinture vraiment recommandable dans la pénitencerie, c'est le tableau de l'autel : une Madeleine de Jean Gaspard Sing, de Munich : la sainte femme était, dit-on, d'une beauté grande avant son repentir; et là, sa douleur lui prête de jiouveaux charmes.

Quant aux autres peintures , le temps y a donné de si

furieux coups d'aile , que nous n'en parlerons que pourmémoire, et en ajoutant à chaque explication un mot qui résume le sentiment du peintre.

D'abord au centre de la nef» cinq sujets destinés à démontrer que tôt ou tard- il faut se repentir ou être puni : c'est 1** le festin de Balthazar^ troublé par l'apparition d'une main céleste qui grave sur le mur en lettres de feu l'arrêt de sa condamnation. 2® L'archange Michel , terrassant Lucifer en lui disant : « qui donc ose s'égaler à Dieu?» 5® Un emblème de la justice étemelle. 4® Adam et Eve chassés de TEden , moins pour avoir touché a la ponmie défendue , que pour avoir commis en cela une désobéissance; plus la cause de leur désobéissance est légère et moins ils devaient écouter la tentation. 5** L'Ange gardien , génie tutélaire donné à l'homme pour le guider d^ns le triste pèlerinage de la vie. Sur le double prolongement latéral de la voûte ^ seize tableaux; huit de chaque côté : 1° Jésus-Christ appelle Zachée monté sur un sycomore pour le voir passer : il veut donner au moi;ide ce gage de son empressement à aller au-devant de qui le cherche. 2** Jésus-Christ répondant à l'esprit des ténèbres : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. » 3® Le inalade guéri par Jésus près de la piscine où il ne pouvait descendre ; même idée que celle du précédent tableau; il suffit de vouloir guérir les infirmités de son cœur pour que Dieu aide à cette bonne volonté. ï° Le fils du Centurion ressuscité à cause de la foi et de l'humilité de son père. 5** Repentir du roi poète; le moindre verset du ilfwerere peint mieux ses larmes que les meilleurs tableaux , que celui-ci même. 6** Saint Pierre se souvient d'avoir renié le Christ à qui il avait dit , je veux mourir avec toi; Fleçit amarè, dit l'Evangile, expression rapide et pleine de confiance , car la grande

idoideur ne peut s'exprimer. 7^ L^ Samaritaine à qui Jésus révèle le mystère de la pénitence , sous l'image d'une source qui désaltère à jamais. 8** Conversion de saint Augustin; après avoir épuisé dans le monde toutes les jouissances de l'esprit et du cœur ; il s'écriait un jour : Mon Dieu, mon Dieu, pour aller à vous, jusques à quand remettrai-je à demain ?

Mur parallèle : l"" saint Mathieu abjurant la vie de financier matérialiste , pour suivre Jésus-Christ. 2"* Adam et Eve et toute leur race en eux condamnés au travail par suite du péché. S*" Les crimes du genre humain sont à leur comble , Dieu se venge par le déluge. Delebo ho*, minem, dit la Genèse, k"^ L'enfant prodigue. Le repentir lui ouvre de nouveau le foyer paternel ; on l'y reçoit mieux encore qu'avant sa faute et son repentir. 5"" La femme adultère : ce n'est pas en lapidant le coupable qu'on le fera se convertir ; il faut lui persuader qu'il a mal fait , et qu'il ne doit plus agir ainsi , et le renvoyer en paix comme fit alors Jésus, 6^ Saint Paul converti devint aussi zélé pour le salut du genre humain , qu'autrefois il était acharné à la perte des chrétiens, propagateurs de la doctrine du salut. 7° La parabole du Samaritain. II ne faut pas se borner à des vœux stériles pour la guérison morale d'un homme; il faut panser ses blessures et s'animer pour lui d'une sincère miséricorde. 8° L'empereur Théodose , par sa pénitence publique , reconnaît l'égalité de tous les hommes devant le tribunal de la confession.

Il y a des jours et des semaines entières où celle phapelle de sainte Madeleine qui peut contenir environ quinze cents personnes, est remplie de pèlerins depuis quatre heures du matin jusqu'à huit du soir ; et quand flous parlons de la chapelle , c'est surtout des confession^ (^ux qui la meublent. Il y en a seulement trente.

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