CHAPITRE CXL
Le Trédor.
Au-dessus de la pénitencerie se trouve le Trésor ; îl se composait jadis d'ex-voto superbes , de reliques artistement enchâssées par les Cellini de toutes les époques. Ces collections d'objets d'art existent encore de nos jours dans les muses publics ou particuliers. Les trésors ou musées religieux avaient sur ceux du gouvernement l'avantage de n'être pas seulement l'objet d'une stérile curiosité, mais de servir aux besoins et à l'éclat du culte, ici ce qui a échappé aux pillards révolutionnaires a payé quelques réparations et les dettes premières de la société religieuse et scientifique d'Einsidlen.
Il reste encore à l'abbaye beaucoup de reliquaires précieux par ce qu'ils renferment; mais il n'y faut plus cher» cher les ornements ni les richesses de l'art. Autrefois le nombre de ces reliquaires était assez considérable à Ein-* sidlen pour qu'on formât un véritable calendrier avec le nom des saints personnages dont ils provenaient., et qu'en les vénérant aux jours (le leur fête, on en eût presque pour chaque jour de la semaine.
Quant au contenu des reliquaires , il est bon d'éclairer les voyageurs pieux ou simplement curieux et amateurs de la vérité partout où elle se rencontre.
On comprend sous cette dénomination de reliques, les restes des personnages que l'Eglise a déclarés morts dans son sein , et sur lesquels elle a pris assez de renseigne-' ments pour proclamer leurs vertus supérieures» leur vt^
(errestrci digne de servir de modèle ; eniSn leur âme eii possession de cette vie heureuse et impérissable que le Christ assure à ses élus.
Voici en faveur du respect des catholiques pour les reliques de leurs frères canonisés, c'est-à-dire déclarés saints par TEglise , le témoignage de quelques Pères des premiers siècles.
Saint Hilaire. — « Le sang des martyrs est accueilfi partout avec vénération; leurs ossements rendent chaque jour témoignage à la vérité chrétienne. » Ltb. cont. Const.
Saint Ephrem. — « La grâce de l'Esprit saint réside toujours dans les reliques des saints, et opère par elles des prodiges. » In encom, omn. martyr.
Saint Ghrysostôme. — ce Après la puissance de la parole, les tombeaux des saints sont ce qu'il y a de plus propre à nous exciter à l'imitation de leurs vertus. Lorsqu'on s'en approche, on est saisi d'une secrète force, A la vue même de la châsse on est ému comme si celui qui est là étendu intercédait pour nous en notre présence. Pénétré d'une joie mystérieuse , on se retire changé en un autre homme. C'est pour cette raison sans doute que Dieu nous a laissé les reliques de ses saints. »— Xf6. conl. gent.—Infrà : « Ce que ne peuvent ni l'or ni les richesses d'ici-bas, les reliques de nos saints le produisent. L'or, hélas ! ne guérit pas des maux de cette vie^ çt ne défend pas de la mort. La dépouille des martyrs a feit l'un et l'autre : nos pères ont vu le premier de ces miracles; nous sommes témoins du second. » Homilia 67. De S. Drosid. marte
Saint Ambroise dans son cinquième sermon, et saint Augustin dans ses neuvième et vingfr-deuxième livres de ses Confessions, parient d'un aveugle qui a recouvré la
vue le jour de la translation des saints Gervaiset Protais. Saint Augustin rapporte encore en son livre de la Cité de Dieu s plusieurs miracles opérés le jour de la translation des reliques de saint Etienne.
Ainsi pourrions-nous citer le témoignage des Jérôme » des Cyrille et des Grégoire de Nazianze : tous attestent^ avec cette autorité que donnent la foi et rexpérience, que les reliques des martyrs et autres personnages sacrés héritent de la vertu de saints contre les maux de ce monde et contre les terribles assauts livrés à la terre par l'esprit de l'abime.
Le moindre de Ces témoignages fera voir aux hommes de bonne foi que la vénération des reliques n'est pas une création des temps modernes, mais qu'elle nous est trans^ mise par les héritiers immédiats des apôtres. C'est tout ce que nous ayons voulu prouver.
Maintenant faisons abstraction des préceptes catholiques, et des preuves de l'histoire de l'Eglise. N'interrogeons que le bon sens , dépouillé de toute espèce d'autorité.
Quel est celui d'entre vous, quel est l'homme du peuple, non pas même d'un peuple civile, mais lourdement barbare, groënlandais ou esquimau, devant qui on placerait le squelette de son père , ou de son ami , de celui enfin qui lui aurait donné la vie , ou la lui aurait sauvée en perdant la sienne, sans qu'à cette vue il éprouvât quelque chose de profondément triste et aimant?
— Eh bien les martyrs sont plus que vos parents : ils sont morts comme le Christ, pour vous assurer une vie incorruptible et infiniment belle. Cette vie n'a point sa source comme celle que vous donna votre mère , dans le plaisir de la chair ou le hasard; non, avec cette vie-ci vous pouvez mourir , et certainement vous mourrez ;
tnais avec celle-là » avec la vie que vous recevez comme toute l'Eglise , par le sang des martyrs immolés pour sa gloire , vous ne mourrez pas ; vous ne pouvez par elle
\ que renaître; c'est d'elle que le mattre disait : « si vous
ne renaissez de ma seconde vie , vous ne verrez pas mon
f royaume. »
Il me semble que ceux qui, selon toute apparence» habitent ce royaume si désiré» et qui nous en ont ouvert la
f porte par leur exemple» comme par leurs vœux actuels»
méritent bien nos respects. La cendre des grands hommes est sacrée, dit-on : celle des hommes à demi-diviniséspar le martyre doit avoir un degré de plus;
Autrefois le nombre des reliques était assez considérable à Ëinsidlen» pour qu'on put répartir presque sur chaque jour de l'année » les hommages dus à chacune d'elles : on eut vraiment fait un nouveau calendrier avec le nom des personnages dont elles provenaient;
Et bien» c'est sur d'aussi précieuses dépouilles que le vandalisme s'est jeté dès les premiers jours de la révolution : mais en vérité , pour s'attaquer ainsi à des choses qu'on n'est pas capable d'apprécier» et qui d'ailleurs ne sauraient présenter la moindre résistance » on ne mérite pas même le nom de vandale qui exprime encore une idée de force ; plutôt celui de crétine