CHAPITRE CXIV
Suite de la règle. — Confessionnal..
Les soins du sacerdoce absorbent une grande partie de la journée ; le plus fatigant de tous y mais aussi le phis important, c'est la confession, qui vous tient un homme emprisonné du matin au soir, dans un espace où l'air, déjà rare, est souvent vicié par la foule qui se succède au tribunal sacré. Et puis quels récits faut-il y entendrel....
Cependant, au dire de tous les médecins de la con« science humaine, ce n est ym le récit des plus lourdes erreurs , la vue des grandes plaies , qui répagne ; il y a plutôt là de quoi exercer les trois facultés que TEsprit saint donne à l'honune dont il fait son prêtre, la commisération , la sagacité et la force. Mais qu'on lui prenne son temps, ce temps irréparable dont il compte les moindres espaces au profit de l'humanité ; qu'on le Im' vole pour lui raconter mystérieusement je ne sais quelles puérilités, Taccabler de questions vides, oiseuses; comme lorsque le pénitent ou plutôt la pénitente est une pécheresse imaginaire; et j*en connais qui vont trouver leur confesseur aussi facilement qu'une petite coquette de Paris appellerait en consultation Récamier, Kappeller ou Larrey . Voilà le comble de l'impertinence , voilà ce qui n'exerce dans le prêtre qu'un seul don de TEsprit saint, la patience, mais sans but, mais sans utilité aucune : certes ce serait plutôt le cas de bondir sur son siège , et s'élancer dehors pour suivre ce conseil du psalmiste : Irascimini et nolite peccare.
Plus d une fois , le croiralt-on, les confesseurs du couvent se sont trouvés dupes de leur patience : oui, ils ont eu affaire à des hypocrites, à des escrocs, qui, sous prétexte de remplir le vide de leur âme , comme ils disaient, venaient remplir celui de leur gousset.
Néanmoins ce petit déboire n'a fait que leur donner plus de tact dans leurs divers traitements spirituels ; et par suite ils ont rendu à la religion et à la société ou plur tôt à la sociabilité, des sujets qu'en éloignait une sorte de peines qui n'a rien de commun avec la folie, et qui pourtant se trouve rangée dans un ordre d^idées à part, presque indéfinissables , et surtout inaccessibles au commun des hommes
Le nombre des confessions varie selon les époques de Tannée : l'affluence dure depuis Pâques jusqu'à la fin d*octobre. Les jours où Ton petit juger du nombre des pèlerins par leur rassemblement dans l'église, sont les dimanches et les fêtes : à chaque fois il s'en trouve deux mille au moins , dont la moitié ont été confessés la veille : on compte ordinairement de mille à quinze cents confessions par jour : il faut pour cela les forces combinées de tous les prêtres disponibles; encore n'y suffisent-elles pas : et plus d'un pèlerin, qui n'avait pas pris ses mesurés avant de quitter son pays , s'en retourna comme il était venu. L'afHuence diminue un peu aux mois de juillet et d'août, à cause des récoltes. Elle reprend à l'Assomption jusqu'en novembre exclusivement. En hiver il y a recrudescence à l'époque de Noël et de l'Epiphanie. On estime le nombre des pèlerins à cent vingt mille âmes , année conmiune : l'année 1856 en a compté cent quatrevingt mille. Ils viennent de toute la Suisse, de la Bavière, du Wurtemberg, duché de Bade, Vorarlberg et Tyrol; dix départements de France, Haut et Bas-Rhin, Vosges,
et
g^se, Meurlhe et Moselle ^ Côle-d*Or, Ha\lt^
'^ ^ AAôné. C'est .oii^nairement par familles ei
iJâde^' qju ils. Jfont, invasion dans la pénitencerie j là,
^1^ la pressé , la loi de Thospîtaiité s'exerce , et Ton
'4^ède ta pWce à ceux qui ont fait et à faire le phis Idisg
(>ii^mui ;- il est facile de les reconruiitre au eostuHié.
Jtfes en^nts, dit uh jour Tun des confesseurs à la troupe
allemande ,, inipassibleniènt agenouillée sur le pavé -de la
chapelle, il faut vous retirer , voici les' Français ( citait
peu de temps après les affaires de juillet)/ Une pauvre
femme crut qu'on parlait de IVrmée fi*ançaise, et se n^ii à
pleurer hautement : Mon Dieu , Seigneur Mes vdicî donc
encore, Ies«iécréahts...! etc.^ etc. Pôunant éiiiq mmuies
après elle voulut bien changer d'opitti^n sur nous.
Les moines administrant là paroisse délèguent Fun d'entre eux pour la cure d'Eansidtéif , et deu:c autres peur lui servir de vicaires. Puis , les , mëmbires de la communauté se dévpu'ent à tour de ||61e pour évangéliser tout le Cercle d'£insidlen / dont le^ habitants , au nombre de sept mille , ont leurs habitations disséminées à de grands espaces et sur des terrains as^e2 difficiles à aborder.
L'été, pour faire ces missions, six catéchistes montent à cheval, et pendant ITiiver qiii dure huit mois/ ils courent sur la neige eh traineiau t arrivés aii centre de -ces communes éparses, le catéchiste Êiit sonner la clochette de la chapelle qui sert de succursale à Téglise, je dirais presque à la métropole d'Einsidlen. Alors grand* messe et sermon en allemand. De là les enfants et les adultes se rendent à la maison du sacristain , et l'on y explique le code chrétien,, vulgairement appelé catéchisme. Rieû de tout cela n*a lieu les jours de solenneUmajeur, où les habitants des campagnes environnantesse font un honneur de venir adorer dans l'église de Notre-Dame.
ai.
\ ffa\j Ce grand'et superbe, édifice n'est pas l'église paroisaaffisîale; il a été jbàtî {^ar et pour 4W mèMAes de l'abbaye. ttcerif Ceux-ci naturellement l'ouvrent aux pèlerins et aux gens ce,f du pays poiif Vhonhëui* du tulté dè^'te^^ L'église
\k ps^:irpi$$iale est un chétif oratoire de trente pieds de lonf? gufeur, placé à l'entrée de 1 esplanade du côté de la prairie; on Taperçoilà droite en ^sortant de l'église aâ^atialek Jjue jiombre des habitants a grossi sans qu'ils l'aient agraii§* jdie; et les moines , qui .vont toujours au dei^aht des be- ^ï soins de la paroisse , tolèrent dans leur grande ^lise lés v« baptêmes et les offices de mort, dont la célébrs^tion serait i: réduite sans cela à des proportions trop indignes : màË j; l'instruction religieuse dès enfants se fait dans ce petit ^ oratoire , sous les voûtes duquel gisent aussi les corps des ^ citoyens , ou du moins leurs ossements ; c'est ce qil'on iff, appelait jadis un charnier j mot assez peu digne du ,^ respect d'une chair appelée à l'honneur imn^ortel de la jj^ résurrection.
^ . iVb^a 6enè : l'administration de la paroisse qui occupe ^, régulièrement douze prétreis bénédictins , et qui par son extension ultérieure en occupera davantage encore y^ie , fddi sans rétribution. ^
-"'----rt-