‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 125 sur 131 · CHAPITRE CXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXV

Suite de la règle des moines. — Les offices.

Celui des capltulaires commence en même temps qae la première messe de la Chapelle , à quatre heures sonnant.

Les matines durent une heure et se terminent par le Te Deum et Landes^ accompagnés de Torgue les jours de fête; ces jours là sont si nombreux que les moines semblent, comme les saints, dans une fête perpétuelle. Les messes à la Chapelle et à tous les autels de VégUse, se succédant sans interruption jusqu'à dix heures, celle de six est chantée à voix simple , ou avec l'orgue , ou même à grand orchestre ; c'est selon le vœu des personnes qui la fondent, parce qu'on la réserve spécialement à des fondations solennelles. Depuis Pâques à la fête -Dieu elle appartient ordinairement aux paroisses qui viennent là » de quinze lieues à la ronde , acquitter des vœux annuels. Ces processions ont toujours à leur tête les magistrats de chaque commune , qui ne veulent pas être les premiers au service des hommes et les derniers au service de Dieu.

A sept heures le chant de prime.

A huit, mais seulement les dimanches et grandes fêtes, sermon , pendant lequel cesse toute célébration d'office et de messe particulière. Il va sans dire que la prédication se fait toujours en allemand; il y a eu pourtant de^ époques où le nombre et le choix des pèlerins français a permis de prêcher dans leur langue.

A neuf heureSi on chante ou psalmodie tierce, sexte et none; immédiatement après» grand'messe au maitreautel. Elle est chantée à grand orchestre , ou simplement par un chœur de quatre voix, accompagné de l'orgue; ce dernier genre nous a paru plus religieux, parce qu'il est plus intime et plus harmonieux aussi. Les Pères sont assez bien secondés par les jeunes élèves du collège, qui tous assistent aux grands offices en uniforme, c'est-à-dire en soutane : appartenant la plupart aux deux nations le mieux douées de facultés musicales, l'Allemagne et l'Italie ; ces artistes imberbes apportent là une voix assouplie par la nature, et une méthode modeste et sûre comme leur éducation catholique,

A trois heures vêpres, après quoi les religieux d'office en habit de chœur, précédés de quelques pensionnaires en surplis, descendent'processionnellement à la Chapelle, et y chantent à genoux sur le pavé de marbre ]un Salçe Regina en faux bourdon. Lorsqu'il est exécuté convenablement, c'est-à-dire que ce mélange de voix perçantes et profondes se prolonge comme ferait l'orgue sans couper les phrases par des soupirs nécessairement inégaux; lorsque les phrases ne sont tranchées que par le rithme et surtout par l'expression; lorsqu'enfin on ne l'écoute pas de trop près, ce Salçe est vraiment une des plus belles et plus simples pensées musicales adaptées à l'une des odes les plus belles et plus sentimentales de l'Eglise romaine.

Les religieux regagnent en silence la porte du cloître, et les pèlerins les remplacent dans la chapelle qui reste ouverte assez long-temps pour leur permettreM'invoquer la maîtresse du lieu devant son image privilégiée , et le fondateur de l'ermitage devant sa tête de martyr.

Après les complies qui se chantent à sept heures , les

pèlisriiis commenceat à dealer TégUse, à moins que ce ne poit Ja yeiUe de quelque solennel-majeur : dans ce cas ils çpfiûnencent presque seulement alors à envahir le lieu sajnU. Certes il y a des invasions moins rationnelles que ^^lles-plà:^ et.i),est^^ queJiSi prière, conique la

poésie, sa sœur r cadette, ait à^ temps en temps ses licences. ^

Il fiuit compter à Notre-Dame«-des-Ermites au moins . trente fêtes de preqaière classe, et cinquante de deuxième, .outre les^ diniapckes* Presque toutes celles de première classe sont abbatiales , c'est-à-dire que l'abbé d'ÊinsidIen y; officie pontjJGicalement; il porte la nîitre, la crosse, assisté d'un maître des cérémonies , d'un archiprètre , quatre diacres, quatre acolytes» deux lévites pour re- ^voir et rendre la crosse et la mitre, deux autres pour porter le candélabre et le missel; puis "deux officiers civils qui, placés à ses côtés, représentent l'union des deux pouvoirs, comme à Rome, où te saint Père est toujours assisté de quelque grand seigneur laïc , en manière de connétable.

. Dans toute célébration , les religieux suivent le rit romain. Nous avons remarqué que le baiser de faix n'est point là, comme ailleurs, une simple cérémonie; on ne se passe point, de l'un à l'autre une jolie plaque dorée où chacun rait seinbtant de poser sa lèvre ; mais on s'embrasse sérieusement.

Lorsque l'abbé officie, il n'arrive pas en grand costume, mais en rochet, camail et barrette. Une fois sa piîère feite , il attend sur son trône qu'on lui fasse la toilette; elle se compose d'une aube à jabot, de. deux ou troi^.dalmatiques de soie légère, la lourde chasuble de brocard , et les gants dont la garde longue comme pour ceux d'un homme de guerre, est, ainsi que la chasuble

et la chaussure, brodée d'or. Après l'office, même cérémonie en sens inversa , et le révérendissime échange la ' mitre d'or pour la modeste barrette en soie noire ; la chasuble pour le camail , sur lequel se balance étincelante la croix*.., puisqu'il faut toujours en ce monde en revenir à -la porter, .

L'arrivée et le départ du prélat sont toujours marqués par un bruit de glorieuses &n&res ', pour rappeler sans doute que la veùue du Christ, dont l'officiant est l'image, sera précédée de l'éclat des trompettes et de la foudre, et* que sa rentrée dans le céleste empire sera auivie d'un concert éterneL

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