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qui consîste à réciter souvent telles prières données, à faire tels signes extérieurs, telles pieuses, démarches qui sentent quelque peu la minutie , et semblent indignes des larges proportions du catholicisme.
Vous verrez, par exemple, de bonnes gens dire trois fois dix fois, et quinze fois dix fois leur-^pe. Maria, les uns dans une immobilité complète, les autres avec un terrible accompagnement de gestes et d'œillades ; alors vous prendrez parti pour la Vierge Marie avec plus de bonne foi que certaines gens, premiers inventeurs de l'objection suivante ; vous viendrez vous plaindre et vous moquer ainsi : « A-t-on jamais vu pareille sottise, dire à la mère du Christ, Je vous salue, je vous salue, je vous salue , et cela pendant des heures entières • . . . ? » L'objection s'étendait aussi aux gestes, œillades et autres menues démonstrations.
Or, voici la réponse que j'ai entendue : « Sans doute, si je venais vous dire ; Madame, j'ai l'honneur de vous saluer, je vous offre tous mes respects, madame; votre très -humble serviteur, madame ; madame , etc. ; si j'épuisais enfin le dictionnaire des compliments d'usage pendant^une heure ou deux , en le variant avec un imperturbable sang-froid ; vous auriez le droit de me faire prendre par les épaules , et jeter avec les fous , les monomanes, les philosophes, les sectaires, les
charlatans politiques ou autres, tousgens qui n*ont qu'une idée, et qui en assomment le bon public, quel que soit d'ailleurs le charme et la variété de leur langage. Il n'en est pas de même ayec Dieu : îl y a cette différence entre lui et l'homme , son imperceptible image, que le même mot peut lui exprimer plusieurs idées, et c'est une faveur qu'il fait aux pauvres pèlerins, qui, riches de cœur, mais simples d'éloquence, n'ont pas comme nous, lettrés , des mots différents au service de nos dif-* férentes idées. • • • Quant aux gestes et aux postures , VOU3 paraissent-elles affectées , ridicules ? ne les imitez pas. La religion est la meilleure amie du bon ton et des bonnes manières. Mais n'allez pas vous scandaliser comme une ignorante, de ce que le commun des martyrs n'a pas reçu votre éducation. Essayez même, aussi rarement qu'il vous plaira, de cet Àçe, Maria, prononcé la première fois par un ange, et voyez si l'on peut parler longtemps à cette femme-modèle , sans se trouver ravi par l'imagination jusqu'au ciel qu'elle habite ; ne fit-on que lui dire longtemps, long-* temps, une seule et même parole ? » Cette réponse a suffi à une femme d'esprit, et de raison, qui mieux est.
C'est donc une chose bien convenue : en cas d'abus visible dans les formes de la piété populaire, l'intention des gens qui la commettent reste
pure, çt Dieu, moins difficile que les hommes, se contente de l'intention, c'est-à-dîyede la bonne volonté. Où en serait^on, si l'abus dune chose bonne et utile devait faire condamner cette chose? Savez-vous bien que ce qu'on appelle les Saints, c'est-à-.dire les plus grandes figures de l'histoire de la perfection sociale depuis Jésus-Christ, ont cominis par fois de ces écarts apparents d'aniour 4ivin , de ces bizarreries sublimes dont la forme vous paraîtrait ridicule ^ et dont l'esprit tenait au ciel même ?
Mais le modèle des croyants, hii. Notre Seigneu? JésusrChrist, avait l'esprit de pratiques à un degré remarquable^ Voyez comme il afiectionne en mille occasions les signes , les emblèmes , les chants adoptés par la piété publique : il ne se dispense d'aucun acte commandé par la loi ; il jeûne, et va souvent prier au temple , à genoux et prosterné; il fait la pâque, et pour user de mots populaires à propos d'un Dieu si populaire , il dit son Benedicite et ses Grâces. Il veut par toute sa conduite témoigner en faveur du culte extérieur, de ce culte de prçitique, qui doit rassembler les disciples du Christ sous un même drapeau , les forcer aux mêmes actes, et surtout à ces prières pu«* bliques dont il disait : « Quand vous ne seriez que deux à prier en mon nom, je serais au milieu de vous. » Après un pareil exemple , c'est à nous à
voir si ce culte extérieur n'est pas un véritable conducteur de Tunité , s'il n'est pas la meilleure réalisation de ce mot de la loi divine : « A l'avenir, l'homme adorera son Créateur en €y)rit et en vérité. »
On trouvait tout à l'heure dans un coin du cœur humain le principe des pèlerinages ; que dirat*on de l'esprit de pratiques ?
A voir la physionomie de tous les peuples passés ou présents, sauvages ou civilisés, nomades ou fixes, orientaux et exaltés, occidentaux et réfléchis, l'esprit de pratiques les déborde. Plutôt que d'y renoncer, ils réduiraient cet esprit aux proportions de la bizarrerie et de la grimace , comme font des Bonzes de la Chine et des Fakirs de l'Indoustan. Les uns se campent à un soleil de 52 degrés, la tète nue et rasée, et ils attendent que cette lente brûlure de l'astre divin les ait défigurés : coquetterie méritoire s'il en fut. Les autres se font attacher à un arbre par la main ou le pied , jusqu'à ce qu'ils se réveillent un beau matin, privés de ce membre par une sorte de rhu-* matisme inamovible ; et quand ils en sont là, cha-« cun vient les vénérer, leur apporter son petit présent : ils n'ont plus qu'à s'engraisser» en raison directe de leur sainteté.
Sans descendre aussi bas, voyez les peuples euiropéens détacjiés de l'unité catholique : le besoin
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de pratiques reste chez eux plus fort que le prins^ cîpe même qui les a séparés de nous. Pour le sa* tisfaire ils se séparent à leur tour de l'hérésie principale, et se subdivisent en sectes de quakers, anabaptistes, puritains, flagellants, trembleurs, saïUeurs, etc., etc. Voilà des gens qui, pour ne pas suivre la direction que l'Eglise assigne à l'esprit de pratiques, aiment mieux le faire consister en des vêtements ridicules et incommodes, en des austérités purement extérieures , qui ruinent les forces corporelles sans dompter leur caractère, enfin en des frayeurs ou des joies de commande, qui leur donnent l'air de corps sans âme , agités à temps donné par quelque pile de Volta !
Que choisir maintenant, ou Tesprit de pratique des églises dissidentes, ou celui de l'Ëglise universelle?
Pour bien résoudre la question il faut se repré* senter ces deux sortes d'espritsous des apparences humaines, formant chacun un corps d'armée avec la foule de chrétiens. D'un côté c'est une véritable cohue à la manière des peuples guerriers de l'Orient aujourd'hui. On y voit chaque homme dans sa tenue et son costume individuel : celui-ci dort sur sa monture, quand son voisin galope et voltige ; celui-là maugrée contre le ciel et la terre , quand son camarade récite en extase quelques versets du prophète, et tous se heurtent,
se ruent en désordre, se blessent , s'écrasent dans l'attaque et dans la retraite, et c'est un bourdonnement 9 un cliquetis effroyable, mais impuissant, comme celui des damnés en enfer.
De l'autre côté , cent millions d'âmes alignées sous l'étendard catholique, et marchant toutes d'un seul pas à la conquête de la yie spirituelle*
J'espère qu'il n'y a pas à hésiter entre les deux camps. Dans le premier se trouvent toutes les apparences de la liber té, sans doute, et dans le second toutes celles de l'esclavage. Mais il ne s'agit ni de liberté ni d'esclavage dans une armée , et l'Eglise est une armée. Il s'agit d'unité. C'est une règle tout entière à l'avantage des chefs, disent les hérésiarques ; mais depuis quand donc l'intérêt d'un grand capitaine ne dépend^il plus de celui de ses soldats?
Non , l'unité ne saurait être assez despotique , lorsque son despotisme n'atteint que ses disciples, et qu'elle laisse blasphémer en paix hors de son sein les gens qui ne veulent pas y entrer* Vous voulez vivre seul, individuellement? dit l'Eglise; soit: ridiculisez-vous à votre aise. Vous demandez au contraire à vivre avec les saints? Venez, mais ne comptez pas jouir de leurs avantages sans supporter leurs obligations. Vous n'aurez votre part de victoire qu'en prenant votre part de discipline militaire.