‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 61 sur 131 · CHAPITRE LVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIII

Qistoire des sœurs dites du Pré (in der au ), et de leurs couvents bous rinvocation de tous les saints, à Einsidleu.

Vers le commencement du XIII« siècle, quelques pieuses femmes s'étaient choisi une retraite dans les bois qui entourent Ëinsidlen, et d'autres encore avaient ob-. tenu un abri au milieu de la ForétrSombre , et dans quatre maisons séparées appartenant à l'abbaye. Le lieu de leur habitation » qui n'était pas encore défriché , leur avait fait donner le nom de sorore9 sylçestres, sœur du bois. {Voir le document épiscopal de l'an 1304.) Elles se tenaient ainsi SQus l'obéissance et dans la régularité de mœurs la plus parfaite 9 vivaient comme aujourd'hui encore de leur travail 9 et. s'habillaient d'un uniforme monastique , sans pour cela faire aucun y:Qsn* Il est écrit que l'une d'elles, nommée Anne Amin, qui en 1277 dirigeait leurs quatre maisons , avait le don de prophétie. C'est elle qui dit à l'abbé d'EinsidIen, Pierre I ®' , qu'il serait frappé du tonnerre. Cette fille» dont les méditations portaient.plua particulièrement sur les douleurs suprêmes de Jésus» avait découvert dans la forêt une racine dont la forme imite assez correctement celle d'un crucifix. On montre encore cette racine aux pèlerins pour qui elle n'est pas une simple curiosité. Cela rappelle l'arbre qui croissait et croit peut? être encore sur la colline deVelars en Bourgogne» au pied d'une chapelle dédiée à la Vierge : un morceau de ce bois scié aux deux bouts, et formant par conséquent un cylindre parfait, portait au centre de ses deux bases la figure assez

distincte d'une madone : on scia de nouveau le morceau devant plusieurs jeunes étudiants dont faisait partie celui qui le raconte en ce moment , et la figure se retrouva toujours au centre de la nouvelle circonférence. C'est im fait dont la même personne ne prétend rien conclure , sinon que la foi d'un homme ne doit pas tenir à si peu de chose.

En 1559 » Othon de Reinegge , vicaire de Jean , évéque de Constance , ayant engagé les dames du Pré à quitter leur uniforme pour un autre qui fut approuvé par l'Eglise, elles obtinrent de l'ahbé d'EinsidIen, Nicolas I«r, celui de bénédictines. Elles s'en dégoûtèrent assez vite. L'habit qu'elles portaient d'abord était moins sévère , de couleur grisâtre , avec scapulaire noir , guimpe et coiffe blanches. Il fallut que l'évéque de Constance leur permit de le reprendre. C'est un caprice bien innocent» mais c'en est un , un même au milieu des déserts ! ! !

Lorsqu'au conmiencement du XVI siècle les vierges cloitrées furent expulsées de partout, celles-^ci furent heureuses de se ranger sous la protection de Hugues , abbé d'Einsidlen, et par conséquent seigneur de tout le pays. Elles lui prêtèrent serment de fidélité tant à lui qu'à ses successeurs, comme visiteur ordinaire de leurs mai-^ sons, qui bientôt se réduisirent à une seule. {La formule de ce serment se retrouçe encore dans les arehiçes.) La plupart des religieuses avaient quitté une à une leur solitude. laborieuse pour courir après les promesses de bonheur que distribuait largement alors Ulrich Zuingle , ce grand réformateur .. . de la virginité.

En i528 ou 1530, on a des bulletins de profession datés de cette époque; et à partir de 1572, la succession des re^ Bgieuses supérieures se trouve exactement indiquée. Les cinq religieuses qui restaient se remirent dans la maison

sittiëe au-dessus des trois autres, et nommée pour cela fnaison du Haut-Pré (in der vorder au). Ce n'était » à vrai dire, qu'une pauvre masure , une manière de chalet dont l'aspect au-dehors et la misère intérieure devaient décourager les jeunes filles catholiques tentées de venir s'y former à la vie régulière. Il fallut près de 60 ans pour que les dames du Pré pussent mettre à fin une grande entreprise, la construction d'un véritable monastère.. Enfin vers 1599, leur personnel se trouvait augmenté ainsi que leurs revenus; elles étaient logées d'une manière presque commode ; l'abbé Ulric III consacrait un nouvel oratoire qu'il venait de leur faire bâtir : et trois ans après, en 1602, l'abbé-prince Augustin I^'^ leur donnait solennellement la règle de saint Benoit.

Les bénédictines du Pré dépouillent alors leur costume de fantaisie et se couvrent de noir, depuis la robe et le scapulaire jusqu'au voile inclusivement; elles ne gardent que la guimpe blanche , comme un dernier symbole de leur immuable vertu ; enfin elles abjurent à jamais leur

titre de dames pour ne s'appeler à l'avenir que les sœurs» les pauvres sœurs du Pré.

Pendant près d'un siècle tout semblait prospérer au couvent^ lorsque,, le 1®' février 1684, la chapelle et la maison furent la proie d'un incendie. La supérieure d'alors, Gertrude Merckin de Wallistadt, puissamment secondée par l'abbé d'Einsidlen et par la charité publique , parvint à remettre sur pied la chapelle ; ce fut le premier dé ses soins, parce que le véritable asile d'une femme vouée au célibat chrétien lui semblait devoir être l'asile de la prière. L'abbé Augustin II consacra cet oratoire le 31 août 1687. Mais le monastère ne fut vraiment restauré que vers le milieu du 18® siècle. La première pièce de l'édifice actuel fut posée le 29 mai 1732..

Dès l'épcxpie où les religieii^s du Pré s'étaient réunies en une seule communauté « la direction spirituelle de la maison était confiée à un des capitulair es de Notre-Dame des ermites, qui se rendait là une ou deux fois par semaine; on leur permit bientpt d'avoir un chapelain à demeure , pour célébrer tousies jours dans leur chapelle les saints mystères; mais C'est là 3a seule mission. Le tribunal de la pénitence est toujours occupé par un moine de Tabbaye; il leur rend sa visite 4es veilles de jours fériés ; assiste aux chapitres » aux prises de voile et à toutes les cérémonies importantes.

Quand la révolution française fit le tour de l'Europe, la d^tinée des sœurs du Pré dut suivre celle des pères d'Einsidlen leurs soutiens immédiats. Il leur fallut se disperser et fuir la plupart en pays étrangers. Elles n'emportaient qu'un petit nombre d'objets sacrés, laissant leur maison livrée au pillage comme l'était l'abbaye. La supérieure d'alors , femme d'un caractère élevé, parvint après d'incroyables fatigues jusqu'en Hongrie..., d'où elle ne devait plus revenir. On a su depuis qu'elle était morte l'année 1828. ,

L'amnistie générale de 1802 rappela à l'Eglise les sœurs du Pré. On leur rendit les parcelles de leur bien qui n'avaient pas été aliénées. L'abbé Béat songea à remplacer la supérieure qu'on ne voyait pas revenir de Hongrie , et son choix tomba sur une femme dont le cœur et la physionomie sont également nobles : sœur Jeanne Népomucène Eterlin , qui depuis plus dç trente ans dirige la maison du Pré , de manière à lui faire reconquérir son heureuse médiocrité. Les supérieures de cette maison en administrent le temporel à leur gré et sans l'aide de leur direçteiu* intellectuel. Les conditions de l'admission ont ceci de remarquable pour une maison dont la

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