‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 62 sur 131 · ISI · texte numérisé non relu

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fortune est si restreinte, ^'elles ne stipulent ni dot, ni trousseau. Les postulantes n'ont à payer que les frais de pension, lesquels cessent à partir de la prise d'habit. Le nombre des sœurs est aujourd'hui de vingt et une ( qui toutes sont dignes de l'estime publique )i Leur profession de pauvreté n'est à charge à personne ; leur travail pare à tous leurs besoins. Elles n'ont aucune propriété individuelle dans la maison même : si l'une d'elles reçoit un cadeau , elle le remet à la supérieure qui en dispose au profit de la communauté. Ce sont elles-mêmes qui soignent leur verger, et qui, tout en récitant quelques prières, assainissent, engraissent et fauchent le pré dont elles portent le nom. A les voir ainsi dans la plaine, on pourrait croire (ju'elles ne sont pas cloîtrées; cependant elles ne franchissent que deux fois par an les étroites frontières de leurs propriétés. C'est dans l'octave de la fête de saint Meinrad, au mois de janvier, qu'elles viennent recevoir la communion et vénérer les reliques du patron d'Einsidlen dans la chapelle de Notre-Dame. Leur seconde sortie a lieu à l'époque de la fête de saint Joseph : elles vont implorer sa médiation particulière en faveur de leur communauté virginale.

A l'intérieur, leurs occupations consistent d'abord à réciter chaque jour en commun le bréviaire bénédictin, et à le chanter les jours de fête ; ce qu'elles font en allemand : on le leur a permis quelques années avant la Révolution. L'office ne durant que fort peu d'heures, elles emploient le reste à faire de la toile et des services de table. Les sœurs du Pré ont une assez grande réputation comme brodeuses en tout genre; on leur confie l'exécution des vêtements sacerdotaux , de ces magnifiques dessins en or^sur velours , de ces ornements princiers du moyen î)ge , qui recouvrent les corps des martyrs , selon l'usage

de certains pays d'Europe , et d'EinsidIen même. EHes reçoivent à cet effet une sorte de squelette en bois, dans lequel il faut incruster d'abord les reliques du saint personnage selon leur nombre et leur place naturelle. Chaque partie des reliques étant ainsi fixée à la partie correspondante du squelette , on lui applique à l'endroit du visage un masque fort triste, sous lequel la mort n'imite point la vie , mais porte au contraire l'expression du néant, afin qu'en voyant tout l'or et la pourpre dont ce corps humain fait parade , on voie aussi le masque mortuaire qui vous dit : Tout cela me suit au tombeau. C'est dommage pour ce beau costume qui , dans le temps où il fut à la mode, a pu faire travailler plus d'une jeune imagination : il consiste en une tunique et une dalmatiquc brodée , et se termine d'un côté par des chausses mobiles et cousues d'or, comme les portent encore les Orientaux. Sur la tète une couronne ou quelque jouet semblable : dans les mains on place quelquefois une épée. Celui qui le premier en eut l'idée voulut sans doute faire une épigramme contre la force' brutale, en mettant son emblème entre les mains d'un squelette. En effet, la force meurt; l'esprit seul est durable sur ierre, partout ailleurs immorteU

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