CHAPITRE III
Année 93&.
Eberhard premier abbé.
Eberdard , que Tempereur Othon I" appelait un grand homme y naquit en Souabe, d'une souche noble et ancienne. Il était allié , et même , selon quelques écrivains, père d'Hermann , duc d'Allemagne. Il débuta dans la carrière ecclésiastique par remplir avec distinction, pendant plusieurs années , la charge de grand prévôt de la cathédrale de Strasbourg.
Les exemples des grands solitaires , tels que Meînrad et Bennon , et plus encore la voix intime de l'Esprit qui lui parlait sans cesse, l'amenèrent à se séparer du monde, et il partit pour la Forét-Sombre , après avoir réalisé sa fortune qui était assez considérable. Arrivé en 95Ï à Einsidlen, il s'efforça en compagnie de saint Bennon et d'autres pieux ermites , de s'y frayer à lui et à ses frères , le chemin de cette perfection indéfinie, indiqué par l'Evangile. Il se livrait surtout à l'étude de soi-même, la plus grande de toutes; et le soin qu'il prit de construire dans cette solitude une école de civilisation religieuse , était pour lui un moyen de s'en appliquer les règles avec une exactitude sévère. L'exiguité et le peu d'aisance des cellules , l'engagea à bâtir un nouveau monastère à l'entour de la petite cellule de saint Meinrad ; il y mit une partie de ses fond3 : mais son meilleur secours lui vint encore d'Hermann, duc de Souabe, qui racheta la forêt de la juridiction des comtes de Rapperswil » et lui en fit cadeau ,
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Le duc ne borna pas là ses libéralités : en 9^0 il donna an nouveau monastère de la Forét-Sombre tout le village de GamSy situé dans le comté de Yerdenberg, au pays des Grisons. Sa noble épouse Régulinde, qui déjà marchait vers sa haute position de sainteté , se voyant laisser devancer par la générosité de son mari , fit bientôt donation au même monastère des villages de Kaltbrunncn dans le pays de Gastres , de Steven et de Lindenau dans le comté de Zurich , et engagea même le territoire d'Ut« viliers , qui faisait partie de sa dot ; enfin , l'impératrice Adélaïde, aussi grande par ses malheurs que par son rang» se donna le plaisir d'une générosité vraiment royale en« vers le monastère de la Forét-Sombre,
Toutes ces richesses jointes à ce que Eberhard possédait déjà lui-même, le mirent en état d'achever son monastère ti''aprfô un plan pres€[ue magnifique. On y enclava une belle église , et au centre de cette église la chapelle de Notre -Danip., qu'on y voit encore aujourd'hui. Puis l^erhard introduisit dans la communauté la règle de saint Benoit, et prit le titre d'abbé.
Voilà comment le monastère des ermites , qui devint bientôt une des plus célèbres abbayes de l'Europe , tire son origine du nom d'une petite cellule , située dans une forêt ignorée , et du séjour qu'y ont fait quelques pauvres ^ religieux.
Hermann , duc de Souabe , ce fidèle ami des nouveaux bénédictins, obtint encore de l'empereur Othon-le- Grand, en 9Ï6, des lettres patentes qui exemptaient le monastère de toute juridiction séculière, en lui assurant sa protection particulière et celle du Saint-Empire, avec tous les privilèges dont jouissaient les autres monastères, entr'autres, le privilège de la libre élection des abbés. Le titre de ces droits fut octroyé dans la ville de Francfort «
le 27 octobre 946. Deux ans après le même empereur , gagné par de nouvelles sollieitations d'Hermann , donnait à ce monastère le village de Quadrevèdes» et Tannée suivante les terres de Snevis , Slins , Meilen , Nuziders et Cise dans la vallée Trusienne » ainsi que le village de Lielach en Brisgau. Les diplômes de ces différentes cessions sont datés de Francfort, 24 janvier 948, et l** janvier 949.
Cette même année 948, déjà mémorable par les libéralités de l'empereur Othon à la société monastique d'Einsidlen, le devint encore bien davantage par un événement surnaturel, qui devait faire la réputation du pèlerin nage , celle des lieux qui en sont le théâtre , et bieii aussi la gloire des artistes qui ont pris cet événement pour sujet de leurs tableaux, après avoir allumé le flambeau de leur génie à celui de la foi. Certes lorsqu'on a étudié les peintres espagnols et une partie des écoles italienne et hollandaise, on peut chicaner avec raison sur le mérite des meilleurs tableaux modernes; mais si Ton veut bien £adre la part des différentes nationalités, on trouvera peu de sujets traités plus complètement, avec plus de poésie, que ne Ta été, par un artiste allemand du dernier. siècle» la Dédicace Merçeilleuse de la chapelle d'Einsidlen.