‹ Chronique d'Einsidlen (Notre-Dame-des ermites) d'aprés d'AchéryChapitre 9 sur 131 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite de |a Biographie de saint Eberhard.

ApRis avoir réparé la chapeUe et Tavoir enclavée dans la grande église , Eberhard pria Conrad , évéqoe de Goih stsydce, de venir la bénir. Le prélat ne se fit pas attendre } le lï septembre 9ft8 il arrivait accompagné <ie l^évéque d'Augsbonrg, Ulric (le même qui depuis fat canonisé), et d'une foule de gentikhommes pieux et magnifiques. La vâQe du jour marqué pour faire la dédicace, Conrad et les religieux semirent en prières au milieu de la nuit Ils étaient absorbés dans une religieuse extase, lorsqu'fls virent tout à coup la chapelle s'éclairer d'une lumière céleste , et le Christ luirméme, assisté des quatre évangélistes, célébrer à l'autel l'ofiSce dédicatoire. Des anges fendant l'air de leurs ailes y répandaient mille parfams, conmie les arbres en fleurs quand le vent agite mollement leurs bngnches. A droite et à gauche du divin Pontife, l'^^tre Pierre et le saint abbé Grégoire tenaient les insignes du pontificat; et sur l'autel en fece de Jésus était l'image de sa mère, brillante comme l'éclair. Un diœur d'anges présidé par l'archange Michel fit retentir les voûtes ; les saints Etienne et Laurent premiers martyrs du diaconat en reptiplissaient tous les offices. Conrad rapporte lui-même, en son livre He secretis ^ecretorum, que le texte du Sanctu$ fat ainsi modifié par les voix angéliques : Sanctus Deuê in atUâ glorioscB Vir^nit, miserere nobis. Benedictui Marias fUiusinœternum regnaîurus qui venit. « Prenez pitié de nouSi^

ô Dieu dont la sainteté se révèle dans le sanctuaire de la Vierge pleine de gloire. Béni soit le fils de Marie qui vient ici établir à jamais son empire. » Conrad cite encore divers changements à Vagnus, ainsi qu'à ce dernier vœu du prêtre pour le bonheur des fidèles , vœu sublime dont nos oreilles perçoivent trop souvent les paroles sans que notre cœur les comprenne, c'est le Dominus vobiscum! c'est-à-dire « que tout le bonheur des cieux soit en vous; que les anges, que Dieu luirméme soit votre hôte ; que par une contemplation suprême votre âme se voie face à face avec lui , s'isolç de cette pénible vie et preime dès ici bas un avant-goût de la vie fiiture. ^>..

L'évéque étonné de cette apparition se garda bien d'une stérile frayeur, mais il continua de prier jusqu'à la onzième heure du jour • On l'attendait pourtant^ sans.oser percer le jsëeret de ses retarda. Enfin d'autres perdirent patieâoce'et allèrent l'avertir ; mais sans se déranger il ra- ODiita avec une simplicité, d'en&nt ce qu'il avait vu et entendu. Son récit fit supposer cp^il élait encore sous l'itlusion d'un songe , et l'on ne se géxià ïpas trop pour le lui dire. A la fin le saint évéque, sentaÊni; bien que les gens étrangsers à la^céne qu'il racontait n'étaient pas oblige de le croire sur parole , les ' suivit à Téglise et se mit en devoir de conmiencèr la dédicace* C'est alors qu'on en- <feehdit dans uneindicùble stupeur, une voix inconnue qui remplissait l'air et répétait ces mots dans la langue de r& -glise : Cessa, cessa f rater! Capella diçinitus consecraia est. «Arrêtez, arrêtez, le ciel lui-même s'est chargé de la dé£cace. ».

Seize ans après , Conrad , Ulric et d'autres témoins sacrés de l'événement, se trouvant réunis à Rome, en rendaient un témoignage solennel. Après toutes les informations juridiques, Léon y III donna une bulje pour étendre

h publicité des faits. En voici la partie principale. « Léon,

évéqae, serviteur des servitenrs de Dieu Il est de

notre sollicitude pastorale d'avoir des égards particuliers pour tous ceux qui s'intéressent spécialement au bien et et à Vextension dé la religion , comme de donner avec bonheur notre avis à ceux qui Timplorent. Nous croyons bien mériter de Dieu, l'auteur de toutes choses, en Êdsant rendre aux lieux saints, autant qu'il est en nous, l'honneur qui leur est dû.

» A ces causes, savoir faisons à tous fidèles présents et à venir que notre vénérable frère, l'évêque de Constance, nommé Conrad, nous a intimé en présence de notre très cher fils, l'empereur Othon, d'Adélaïde son épouse ché^ rie, et de plusieurs autres princes , qu'il était allé, l'an de Notre-Seigneur Jésus-Christ neuf cent quarante-huit, en un lieu de son diocèse, appelé Cellule ou Ermitage de Meinradj où il avait été invité à consacrer , le 14 septembre, jour de l'exaltation de la sainte Croix, une chapelle à l'honneur de la mère incomparable de Dieu, toujours Vierge ; mais que s'étant selon sa coutume levé vers minuit pour prier etc. . . »

Ici la bulle rend compte de la vision de Conrad, telle que nous l'avons rapportée. Vient ensuite la menace d'anathème contre quiconque oserait renouveler la consécration de la chapelle, ou entraver le service des religieux attachés à ce sanctuaire. Elle se termine ainsi :

« Nous rendons tous ceux qui visiteront ledit lieu après une confession sainte et un égal repentir, ahsoiis de coulpes et de peines,.» » ~

« Ecrit de la main de Pierre , notaire et gardien des archives du saint Siège de Rome, le dix du mois de novembre, et le lendemain onze du même mois; le seigneur Léon, pape, séant en son siège près l'autel de saint Pierre,

en présence de Fempereur Othon et de son fils Othon, de l'impératrice Adélaïde et des vénérables frères sus-: nommés. •• »

(C'étaient les archevêques de Mayence, ae Cologne, les évéques de Strasbourg, d'Ausbourg, de Worms, de Coire , etc. Voir le texte et les preuves à la fin du volume ).

« Et confirmé de la main du seigneur Léon \ÎIV- do

nom L'an de Notre- Seigneur neuf cent soixante^

quatre, indiction YIII*, heureusement.

» Ainsi soit-il. »

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