CHAPITRE LXXX
Augustin II, quarante-unième abbé^ et trenfe^Murième prineè.
Augustin Reding de Biberegg > fils de Jfeftn Rodolphe» gouverneur de Tockenbourg , et colonel d'intunterie aii service d'Italie , naquit à Schwitz le 10 août i625. Il en-» tra tout jeune à Einsidlen» et en 1641, iy consetraau Sei* gneuré Cette manière de parler si usitée parmi les auteurs ascét΀[ues , veut dire tout simplement qu'Augustin em-* brassa la carrière monastique ; mais cela ne signifie ja«» mais qu'on ne puisse se consacrer à Dieu dans tout autre carrière. Le baptême, ce signe de régénération» nous consacre au Seigneur dès notre enfance : les vœux que nous prononçons plus tard ne nous lient pas plus étroite^ ment que ceux prononcés par nos parrains i et ratifiés par nous-mêmes aussitôt que nous sommes susceptibles de raison et de volonté.
Augustin fit ses études à Fribourg avec un succès tel qu'en 165Ï il y reçut le bonnet de docteur.
On le demanda ensuite à Falzbourg pour enseigner la théologie ^ et il revint au monastère en 1658 contre le vœu de ses élèves charmés de sa méthode. A Einsidlen il lut nommé doyen, puis abbé, à la mort de Placide» en 1670. Il y avait alors jusqu'à cinquante-six capitulaires » nombre remarquable , surtout en comparaison du passé.
Augustin se hâta de faire des ordonnances et des règle** ments pour rendre la discipline encore plus étroite , et la vie de couvent d'autant plus fertile en heureux résultats*
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Il augmenta le nombre de ses religieux jusqu'à cent ; et ce furent tous des hommes sur la science et la vigueur desquels l'Eglise, c'est-à-dire tout le peuple chrétien pouvait compter comme sur l'abbé lui-même. Il fonda avec eux les abbayes de Blons et de Freyenbach. Du fruit de ses économies il dota le trésor des reliques sacrées , 6t poser une statue de la vierge sur la fontaine de la place , après avoir réparé la fontaine elle-même ; fit bâtir le chœur ,de l'église, et enfin achever la chapelle de Sainte-Madeleine : sur le coffre de l'autel de cette chapelle se trouve encore un tableau de sainte Madeleine fort estimé ; il est de Sing, ancien peintre ordinaire de la Cour de Munich. Le chapitre d'Einsidlen s'étant embarqué dans je ne sais quelles difficultés avec celui de Constance , l'abbé Augustin pensa fort justement que le pape n'avait qu'un mot à dire > et qu'on saurait alors à qui donner raison. C'est là le triomphe du catholicisme ; quand les ténèbres extérieures s'élèvent et menacent d'intercepter les rangs de notre armée universelle, nous sommes surs de les dissiper par un mot venu d'en-haut et traduit dans notre langue par les organes de l'Esprit saint. Ainsi donc, après avoir distribué des pouvoirs à plusieurs de ses religieux, Augustin partit pour Rome et obtint de sa mission le résultat qu'il désirait.
Le pape Innocent XI faisait si grand cas d'Augustin, que dans un bref il l'appela Y Augustin de son temps, par allusion au Père de l'EgHscdont l'abbé d'Einsidlen portait le nom; cet éloge lui était du pour ses nombreux travaux théologiques, qui tous étaient d'une justesse et d'une fécondité vraiment admirables dans une aussi rude matière. Il écrivit sur l'observance de la règle de saint Benoit trois volumes in-folio que l'abbaye possède en manuscrit. H publia contre Heidegger, docteur de Zurich :
i^ OEcumenici concilii Trident, veritas inexsHncta^ 5 vol. in-folio; — 2® Dissertationes Polemicœ, un vol. in-4**;
— 5® Propugnatio seu apologia contra Heideggerum... peregrinationem nostrorum çid loca sacra exsibilantem , in-4**. Contre d'autres hérétiques , il écrivit encore: Ve-^ ritas Annalium Baroniij vindex contra Ottium, in-folio ;
— Dissertationes Poleniicœ contra Vedrosium ministrum curiensem, in-4®. — Et tant d'opuscules de ce genre, dont Tintérét fut tout local et momentané, mais qui , imprimés à Einsidlen et à Salzbourg, eurent un succès d'à-propos. L'un de ses meilleurs ouvrages fut son Traité sur l'inépuisable matière de la conception de Marie, choisie entre toutes les femmes pour être mère du Christ, et pour cela même affranchie de la tache con^mune aux filles d'Eve, Outre ce traité, il en fît encore un pour éclairer la dévo-^tion des peuples sur la dédicace merveilleuse de la charpelle d'Einéidlen. En 1675 les trois cantons d'Uri , Schwitz et Unterwald reprirent aux jésuites le collège de Bellinzona;et, préférant l'esprit de paix des bénédictins et leur méthode d'enseigner, forcèrent Augustin à y envoyer ses religieux. En 1678 l'abbé acheta la seigneurie de Sonnenberg , acquisition fort onéreuse au couvent ; mais Augustin préférait avant tout les intérêts de la foi, qui, sans l'acquisition de cette seigneurie par le couvent, eût disparu d'au milieu des vassaux de Sonnenberg.
En 1683, Mabillon vint visiter le désert sacré d'Einsidlen, et, touché d'admiration pour Augustin, il l'a éternisé par ces mots extraits de son itinerarium Germahiœ : Locus est fidelium concursu percelebris ac religione monachorum, qui ibi numéro centum degunt. His prœest reperendissimus et illustrissimus abbas Augustinus Redingus congregationis helçet. Primus Visitator^ modestiâ et reli^ cjione non minus quam litteris editis clarus.
Dieu avait donne à son serviteur quelque cliose Ae cette vertu toute-puissante que le Qirist promet aux hommes de foi et de charité : on raconte qu'ayant imposé les mains a l'un de ses religieux prêt à expirer, celui-ci guérit subitement et revint à la vie avec des forces qu'il n'avait jamais ressenties.
En 1681 , le feu ayant pris au bourg d'Einsidlen , Augustin alla se prosterner devant le sacrement eucharistique, et prit pour médiation entre le ciel et lui la vierge Marie, la vierge d'Einsidlen. Et le feu s'éteignit.
Le 15 mars 1692 , la 22^ année de son règne et la 67* de son âge , Augustin mourut non sans avoir supporté des douleurs inouies , dont il avait eu toute sa vie l'avant-goût; car, ainsi que Placide, il était de cette santé toujours mour^te qui n'attend de résurrection qu'au ciel,
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