CHAPITRE LXXXI
(Autres religieux remarquables du même règne.) Religieux postulés d*EiDsidlcn sous Augustin II.
DoM Boniface Tschupp , originaire de Sursée , fit ses vœux en 16Ï5, professa les hautes sciences, fut économe de Pfefficone et d'Ittendorf , deux fois sous-prieur, et enfin doyen d'Einsidlen , jusqu'en 1677, qu'il fut demandé pour Vabbaye ruinée de Favîère. Il la remonta sur un pied si respectable qu'on lui envoya des professeurs pour en faire une école complète de philosophie et de théologie. — Le doyen qui l'administre aujourd'hui, ajoute le Bisontin Jacquet, dont la chronique date de 1686, est le Père Eustache Rutti, naguère trésorier d'EinsidIen. — Ce qu'on sait de cet Eustache , c'est qu'il (ut un saint et habile homme, deux qualités qui s'allient parfaitement*.
Dom Severin Schœn de Menzigen , fut si fort mathématicien que l'université de Salzbourg le voulut posséder malgré son âge avancé ; mais il refiisa pour raison de caducité, et mourut en 1679. On a de lui le traité de StnibtLs secantibus. — Dom Anselme Bisling , de Lucerne , curé de cette ville, et commissaire de l'évêque avant d'entrer au couvent. En 1656 il ne craignit pas de se montrer sur le champ de bataille à Yielmehr, et sans doute il y aida, ou tout au moins ne nuisit pas au succès remporté par l'armée catholique. Mais cet acte de comparution lui valut par la suite bien des petites guerres de
la part des protestants, grands prédicateurs de tolérance, comme chacun sait. Dom Anselme se réfugia au noviciat d'Einsidlen, en 1661. On l'envoya à Rome soigner les intérêts des bénédictins de Suisse , et il s'en acquitta à la louange universelle. Il fut quelque temps prévôt à Bellin-r zona, où il enseigna le droit canon. Il publia à l'imprimerie d'Einsidlen un ouvrage ascétique, intitulé : Mons-Thabor. Ce Kvre a fait fortune. Après vingt et un an de cloître, dom Anselme mourut en 1681. Dom M. Symian en fait le plus grand éloge. — Dom Paul Betschart de Schwitz, çous-prieur d'Einsidlen et prévôt à Fahr, fit en latin fort élégant la relation des miracles obtenus de Dieu par l'intercession de la vierge Marie , invoquée à Einsidlen. Il était poète , à en juger par ses hymnes sur les saints patrons du monastère. Il mourut en 1687. — Dom Pénis Hartmann de Lucerne , habile diplomate , directeur des archives, secrétaire du chapitre et de l'abbé, mourut le 24 mai 1689. — Dom Conrad Schindler de Lucerne, professeur de théologie et de philosophie à Einsidlen, à Favière, à Beinwil et à Ëbersmûnster où il mourut, en 1690, après avoir publié quelques thèses assez profondes. — Dom Bede Schwaller, issu d'une famille noble de Soleure, publia, en 1681, la cella Meginradi, l'ermitage de Meinrad, sorte d'histoire de l'abbaye. C'était un savant chrétien, un orateur inspiré par l'Esprit saint. li est mort en 1691. — Dom Placide Reding, frère de l'abbé Augustin II; plein de jeunesse et d'enthousiasme pour la vie contemplative ; professeur de philosophie à Favière et de Théologie à Einsidlen; ami du célèbre Mabillon qui lui écrivit des lettres pleines d'admiration pour son caractère; on les conserve à l'abbaye; ami surtout de son frère l'abbc , qui le chérissait après Dieu plus que tout au monde. Placide écrivit une logique complète dont Chry-
sostôme Stadler , son disciple distingué , faisait la plus grande estime. Ce précoce génie de la solitude s'éteignit à la fleur de son âge, le 51 mai i692, non sans avoir signalé à son passage en ce monde l'influence du clergé catholique en faveur de la liberté suisse ; car on a de lui *une apologie de cette liberté contre Goldast et Kieffer. — Dom Bernard Weibel de Constance , moine en 1638, alla terminer ses études à Lyon; revint présider à la cure d'Einsidlen, professa la théologie au couvent, puis à Saltzbourgy où il devint recteur de l'université et conseiller d'état de l'archevêque de Saltzbourg ; envoyé à Rome comme procureur de la congrégation bénédictine suisse, en revint pour diriger la maison de Notre- Dame/ in Plain; enfin nommé pénitencier dans un couvent de filles à IVonnenberg, où il mourut en 1699, à lage de quatre-vingt-deux ans, pauvre religieux, n'ayant d'autres biens que ses mérites devant Dieu et devant les hommes. C'est en effet le seul bien que nous emportions dans l'autre monde. Il est l'auteur des ouvrages suivants : Selectœ difficultates de jure et justitiâj, in-8° , 1660; — Tractatus de sacratissimo missœ Sacrificio, in-8** , 1662; — De naturâ theologiœ et de Existentiâ et Essentiâ Dei, in-12, 1664; — Disputatio de Jurisdictione pœnitentiali, in-8® ,1669. — Dom Joseph Dietrich de Rapperswîl, trésorier, directeur des archives, etc..,mortàFahr le 5 avril 1704; rédigea un journal d'Einsidlen, un autre de Pfefficone et un troisième de Freudenfels; fit aux archives des extraits et des tables chronologiques : toutes choses utiles comme renseignements. Il travailla aussi aux actes capitulaires. — Dom Basile Meyer de Baldegg , noble de Lucerne , écrivit plusieurs poèmes , et une prosodie en allemand ; puis une grammaire de la langue des Grau- ^unten (Grisons), la première de. toutes celles qui aient
paru. Il reste de lui à l'abbaye un manuscrit intitulé OEconomia hominis religiosi, que dom Calmet juge digne des honneurs de l'impression. Basile* Meyer est mort à Bellinzona , frappé d'apoplexie en 1704, à l'âge de trentedeux ans. — Dom Grégoire Hûsser de Rapperswil géra l'emploi de sous-prieur à Einsidlen , et celui de prévôt à Fahr. Il écrivit les annales de l'abbaye dans un style latin et un ordre parfait; plus une chronique allemande imprimée à Einsidlen en 1674, et divers poèmes gardés en manuscrit. Mort en 1704» enseveli dans l'ile d'UIhau,