‹ Chronique d'Isaac de PérèsChapitre 12 sur 16 · INTERLOCUTEURS · texte numérisé non relu

INTERLOCUTEURS

L'église da dit ]\érac. — L'ombre du dit IIIermel.1

STANCE d'excuse, EN VERS MASCULINS.

Les argentins acccns tu n'orras, ô Lecteur,

D'Hésiode, d'Orphé, de Line, d'Amphion.

Je ne fredonne ycy sur le luth d'Arion

La cignéenne voix et los ^ de ce pasteur.

Je t'offre, quoy que tard, ce peu, voire ce rien;

L'homme faist asse'{ tost, s'il peut /ère assés bien.^

Naguère, estant de corps débile, et mal dispos, De jour, de nuit, privé de repas et repos, Et na/ant peu fermer de longtemps ma paupière Sur l'aube sommeillant, je vis une lumière

« Ce dialogue a été déjà publié par M. J.-P. Samazeuilh, dans la Biographie de l'arrondissement de Nérac, à l'article Merinet, p. 6oj, 6ii.

' Los ou lo:{ signifiait autrefois louange (du latin laud), et, par extension, gloire. Tout le monde connaît les jolis vers de Clément Marot à François I*'.

Si vous voulez, à payer ee sera Quand vostre loz et reiom cessera.

• C'est ce que du Bartas avait dit déjà : « Car ce qui se fait bien, se fait prou vistement. »

O prodige !... esclairer en la chambre où j'estais.

Et me semblait ouyr d'une dame la voix.

Curieux donc de voir ceste nouvelle hostesse

Je tire le rideau; comblée de tristesse,

Alors elle s'approche et me saisit la main,

Disant : « Ne me crois point quelque phanstosme vain

(( Des riues d'Achéron, qui donne l'espouvante

« Aux fragiles humains. Je suis Re/ne puissante.

« Riche en divins trésors, d'illustre extraction. « Mais j'ai le cœur pressé d'amère affliction ; « N'aye, toutes fois, crainte, ame religieuse, « Ains, scaches que je suis la Princesse pieuse, « L'Église de Nérac, qui vien te conjurer « Par le devoir chrestien, de vouloir peinturer « Des couleurs d'Appolon,, l'ardeur et la doctrine, « L'intégrité, l'amour, et la grâce divine « Du vigillant Mermet, mon fidelle pasteur, « Mermet , du droit divin le \élé protecteur, « Mermet, puissant Alcide ennemy de malice; « Mermet, vaillant César en la saincte milice ; « Mermet, juste Minos, arcboutant d'équité ;

« Mermet * chrestien célèbre en piété;

« Mermet, plus que Nestor illustre de prudence, « Qui, vivant, nourrissait d'une saincte éloquence « La famille de Christ. Ha!... le voyci venir; « D'un rare presche encor il veut m' entretenir. »

l'ombre du dit mermet.

Jusqu'à quand feras-tu, Princesse vénérable, Dans les deux esclater cette voix lamentable h.. Jusqu'à quand feras-tu, de tes astres jumeaux A grands flat:{ ondoyer deux cristalins ruysseaux, Et, jusqu'à quand encor esperdue, esplorée, Désastreuse, auras-tu la face colorée D'un teint pasle et blesmy}... Chasse cette douleur Qui brusle ta froydure et glace ta chaleur :

M. Samazeuilh avait lu : Aimé.

Pourquoy sont tes enfans accablés de détresse)... Ton Consistoire pleure, et Thémis, la Déesse, Ne garentit de deuil tes sacrés Sénateurs. Tes Consul:{ m/-pourprés,^ juridiques tuteurs De police ciuille, ont l'ame gémissante. Le grave [Sénéchal et la troupe sçavante Des pénibles régens "^ ont le cœur oppressé. Nérac doit-elle ainsi pleurer un trépassé ï

l'église.

O Père débonnaire et chère géniture , Viens-tu reprendre encor ta première nature ) Dois-tu, Las! échappé du ciseau d'Atropos, Repaistre encor les miens d'un sacré sainct propos).,. Eh! ne me quitte point; je quittray ces alarmes, Mais, sans toi, mon triste œuil ne peut être sans larmes.

l'ombre.

Chère église, qu as-tu) Que veulent tes enfants)... Puisque je t'ay servy par quarante deux ans. N'est-il, n'est-il pas temps d'avoir quelque relasche) Le forçat s'esjouyt ayant parfait sa tasche ; Les rompus buscherons se soulagent la nuict. Les courbés vignerons prennent quelque desduict ; Si j'ay senty l'espine, auray-je point la rose)... Cil qui travaille enlerre , au Ciel il se repose.

l'église.

A jamais donc seray-je et mon temple sacré Privé des doux accents de ton discours sucré)...

Allusion aux robes et aux chaperons consulaires, qui étaient moitié de couleur rouge, moitié de couleur noire.

■ C'est-à-dire des régens laborieux, qui prennent de la peine. On trouve cette expresstoa, avec le même sens, dans les poésies d'Eustache Deschamps.

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