INTERLOCUTEURS
L'église da dit ]\érac. — L'ombre du dit IIIermel.1
STANCE d'excuse, EN VERS MASCULINS.
Les argentins acccns tu n'orras, ô Lecteur,
D'Hésiode, d'Orphé, de Line, d'Amphion.
Je ne fredonne ycy sur le luth d'Arion
La cignéenne voix et los ^ de ce pasteur.
Je t'offre, quoy que tard, ce peu, voire ce rien;
L'homme faist asse'{ tost, s'il peut /ère assés bien.^
Naguère, estant de corps débile, et mal dispos, De jour, de nuit, privé de repas et repos, Et na/ant peu fermer de longtemps ma paupière Sur l'aube sommeillant, je vis une lumière
« Ce dialogue a été déjà publié par M. J.-P. Samazeuilh, dans la Biographie de l'arrondissement de Nérac, à l'article Merinet, p. 6oj, 6ii.
' Los ou lo:{ signifiait autrefois louange (du latin laud), et, par extension, gloire. Tout le monde connaît les jolis vers de Clément Marot à François I*'.
Si vous voulez, à payer ee sera Quand vostre loz et reiom cessera.
• C'est ce que du Bartas avait dit déjà : « Car ce qui se fait bien, se fait prou vistement. »
O prodige !... esclairer en la chambre où j'estais.
Et me semblait ouyr d'une dame la voix.
Curieux donc de voir ceste nouvelle hostesse
Je tire le rideau; comblée de tristesse,
Alors elle s'approche et me saisit la main,
Disant : « Ne me crois point quelque phanstosme vain
(( Des riues d'Achéron, qui donne l'espouvante
« Aux fragiles humains. Je suis Re/ne puissante.
« Riche en divins trésors, d'illustre extraction. « Mais j'ai le cœur pressé d'amère affliction ; « N'aye, toutes fois, crainte, ame religieuse, « Ains, scaches que je suis la Princesse pieuse, « L'Église de Nérac, qui vien te conjurer « Par le devoir chrestien, de vouloir peinturer « Des couleurs d'Appolon,, l'ardeur et la doctrine, « L'intégrité, l'amour, et la grâce divine « Du vigillant Mermet, mon fidelle pasteur, « Mermet , du droit divin le \élé protecteur, « Mermet, puissant Alcide ennemy de malice; « Mermet, vaillant César en la saincte milice ; « Mermet, juste Minos, arcboutant d'équité ;
« Mermet * chrestien célèbre en piété;
« Mermet, plus que Nestor illustre de prudence, « Qui, vivant, nourrissait d'une saincte éloquence « La famille de Christ. Ha!... le voyci venir; « D'un rare presche encor il veut m' entretenir. »
l'ombre du dit mermet.
Jusqu'à quand feras-tu, Princesse vénérable, Dans les deux esclater cette voix lamentable h.. Jusqu'à quand feras-tu, de tes astres jumeaux A grands flat:{ ondoyer deux cristalins ruysseaux, Et, jusqu'à quand encor esperdue, esplorée, Désastreuse, auras-tu la face colorée D'un teint pasle et blesmy}... Chasse cette douleur Qui brusle ta froydure et glace ta chaleur :
M. Samazeuilh avait lu : Aimé.
Pourquoy sont tes enfans accablés de détresse)... Ton Consistoire pleure, et Thémis, la Déesse, Ne garentit de deuil tes sacrés Sénateurs. Tes Consul:{ m/-pourprés,^ juridiques tuteurs De police ciuille, ont l'ame gémissante. Le grave [Sénéchal et la troupe sçavante Des pénibles régens "^ ont le cœur oppressé. Nérac doit-elle ainsi pleurer un trépassé ï
l'église.
O Père débonnaire et chère géniture , Viens-tu reprendre encor ta première nature ) Dois-tu, Las! échappé du ciseau d'Atropos, Repaistre encor les miens d'un sacré sainct propos).,. Eh! ne me quitte point; je quittray ces alarmes, Mais, sans toi, mon triste œuil ne peut être sans larmes.
l'ombre.
Chère église, qu as-tu) Que veulent tes enfants)... Puisque je t'ay servy par quarante deux ans. N'est-il, n'est-il pas temps d'avoir quelque relasche) Le forçat s'esjouyt ayant parfait sa tasche ; Les rompus buscherons se soulagent la nuict. Les courbés vignerons prennent quelque desduict ; Si j'ay senty l'espine, auray-je point la rose)... Cil qui travaille enlerre , au Ciel il se repose.
l'église.
A jamais donc seray-je et mon temple sacré Privé des doux accents de ton discours sucré)...
Allusion aux robes et aux chaperons consulaires, qui étaient moitié de couleur rouge, moitié de couleur noire.
■ C'est-à-dire des régens laborieux, qui prennent de la peine. On trouve cette expresstoa, avec le même sens, dans les poésies d'Eustache Deschamps.