‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 114 sur 191 · B. 3. II · texte numérisé non relu

B. 3. II

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Ici, sans doute sous l'influence de la reine-mère Marie de Médicis, qui devient dame de Dourdan en 1612^ le régime de T Hôtel-Dieu change complètement, et les habitants, dépossédés de leur initiative, voient leur hospice confié à la direction d'une femme et converti en un bénéfice à la nomination du grand aumônier de France. Dès le 12 mai 16 14, sœur Estiennette Matharel, religieuse de Tordre de Cîteaux^ est commise par le cardinal du Perron « au régime et gouuernement de THostel-Dieu et à la charge de Mère et Maîtresse » avec son logis et la pension nécessaire (i).

Il ne faut pas que nos lecteurs aient une fausse idée de ce que pouvait être alors THôtel-Dieu de Dourdan et se figure::t un établissement régulier offrant de grandes ressources. Ils se méprendraient. Comme son nom rindique, un hospice n'était alors qu*un refuge, un asile, un gîte où les pauvres passants, les voyageurs malades, les mendiants tombés sur la route trouvaient une paillasse et un morceau de pain. Il était rare que les malades de la ville y fussent transportés, car la piété et la charité des voisins pourvoyaient aux besoins des plus pauvres. L*Hôtel-Dieu de Dourdan paraît avoir été très-anciennement installé sur l'emplacement de l'antique paroisse Saint-Jean^ rue Saint- Pierre, presque en face des halles(2). Un corps de logis sur la rue, une chapelle oQ a Teau tomboit sur « Tautel » en 1 6 1 8, une cour, un vieux bâtiment derrière et un petit terrain en formaient toute la contenance. De pieuses femmes s*y dévouaient au service des malheureux, elles y couchaient les passants sur de la paille, leur donnaient à manger et, avec les très-modiques revenus de la maison, avec les aumônes qu'elles recueillaient à domicile, elles préparaient des soupes et des bouillons qu'elles portaient « dans leurs pots » aux plus indigents de la ville. Dans des temps d'épidémie et de guerre, où de nombreux malades, des soldats blessés ou traînards, des paysans errants et ruinés encombraient Dourdan, on avait vu les pauvres gardes-malades obtenir Tentrée du château et convertir en ambulances les salles délabrées ou abandonnées.

La charge de mère et maîtresse de THôtel-Dieu de Dourdan n'avait rien de bien avantageux ; aussi voyons-nous la sœur Matharel s'en démettre dès 1618, et la sœur Marie du Moulin, religieuse professe de Saint-Augustin, recevoir à sa place un bénéfice qui, tout modeste qu'il est, est confirmé par lettres-patentes du souverain. C'est à cette occasion que Louis XIII déclare la royale origine de l'Hôtel-Dieu de Dourdan,. et, dans son conseil privée donne gain de cause au chapelain qui réclame ses 75 livres de traitement.

Après la sœur du Moulin et la sœur Elisabeth de Montorné, de l'ordre de Cîteaux, Jeanne de Buade de Frontenac, personne de qualité, est

■2, . On n'a aucune donnée sur cette paroisse.

pourvue du bénéfice par lettres -patentes du 3o juillet i635 et le possède pendant trente-huit années. Toutefois, un grand changement se prépare et s'opère. Saint Vincent de Paul, en i633, a fondé son admirable institut des servantes des pauvres. Dourdan sera une des premières villes à jouir du bienfait. Mademoiselle de Marill^c^ veuve de M. Legras, secrétaire de la reine Marie de Médicis, est la collaboratrice de saint Vincent de Paul et la première supérieure des filles de la Charité; elle connaît Dourdan^ oîi elle a sans doute accompagné sa royale maîtresse, et lorsque la reine Anne d'Autriche, devenue à son tour, en 1643, dame de Dourdan, sollicite pour l' Hôtel-Dieu de cette ville trois sœurs de monsieur Vincent^ elle les obtient sans difficulté, et, dans la liste des fondations de Tordre, Dourdan figure dès l'année 1648(1). L'occasion de déployer leur dévouement ne se fait pas attendre pour les sœurs de Dourdan. Quatre ans après, éclate la guerre de 16S2, Le siège d'Étampes, le pillage du territoire de Dourdan, la famine suivie d'une épouvantable peste, en réduisant la population à la dernière misère, encombrent l'hospice de malades et de mourants. Nous avons dit ailleurs le triste état de notre contrée à cette époque, la présence de saint Vincent de Paul, accouru pour organiser des secours, et conjurer à la fois deux fiéaux, la mort et la faim. C'est sans doute àTHôtel-Dieu de Dourdan qu'il séjourna, tandis qu'il disposait dans les environs ses charitables batteries, les marmites de Saint-Arnoult, de Villeconin, etc.

La reine Anne d'Autriche fut plus d'une fois témoin des vertus et des peines des pieuses filles de Dourdan. Elle leur donnait chaque année, sur sa cassette, 3oo livres. Les revenus de PHôtel-Dieu, encore réduits par ta misère des temps, étaient insuffisants et se trouvaient absorbés, en grande partie, par le bénéfice de sœur de Frontenac, qui n'avait pas cessé d'en jouir. Cette sœur mourut en 1678, et les collateurs eurent le bon esprit, sinon de supprimer le bénéfice, du moins de l'accorder à une sœur de la communauté des filles de la Charité. Sœur Louise Texier, pourvue en 1678, entra immédiatement en jouissance et fit faire un procès-verbal de Tétat des lieux et des réparations nécessaires au grand corps de logis, à la chapelle «c étayée et menaçant ruine, » à la maison de la rue Neuve, etc. Comme elle ne résidait pas à Dourdan, elle envoya une procuration à un honorable et charitable bourgeois de la ville^ M. André Le Camus, « conseiller du roi, substitut du procureur du roi « au bailliage du Louvre et arsenal de Paris, pouldres et salpestres par « tout le royaume, » qui fut, vers ce temps, prié de s'occuper de la

I. Vie de madame Legras, par M. Gobillon, curé de Saint-Laurent. — Pjris, Dehansy, lySc).

L'hospice de Dourdan garde, comme une sorte de relique, une belle lettre autographe de M. Vincent Depaul à la sœur Legras, datée de X6401 où il lui lui parle J'a * fiires de communauté, et surtout l'engage à soigner sa santé, avec une bienveillance et une simplicité charmantes. — Une lettre de madame Legras lui sert de pendant*

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gestion matérielle de l'Hôtel-Dieu. Durant quinze années ce zélé et intelligent administrateur, intitulé modestement a directeur de l'ancien domaine de THôtel-Dieu et fondé de procuration de sœur, etc., d fut exclusivement chargé de tous les comptes, de toutes les affaires de la maison, et eut le bonheur d'assister et de travailler à sa transformatien. —La sœur bénéficiaire, avec son titre a d'administratrice du revenu teroporel «^ était un rouage au moins inutile. Sa pension diminuait singulièrement les modiques revenus, et, en fait, celle des trois sœurs de Charité desservant la maison, qui avait le titre de supérieure des deux autres^ s'occupait seule de la direction quotidienne et rendait chaque mois ses comptes à M. Le Camus.

Une heureuse circonstance fit la fortune de THôtel-Dieu de Dourdan. Marguerite- Louise d'Orléans, fille de Gaston, frère de Louis XIII, et par conséquent cousine germaine du roi Louis XIV et de Philippe d'Orléans, le nouveau seigneur apanagiste de Dourdan, était devenue grande duchesse de Toscane par son mariage avec Côme de Médicis (1661). Femme aux sentiments généreux, aussi jolie que spirituelle, mais fantasque et emportée comme son père, cette princesse menait une vie singulière. Quittant son mari et l'Italie, qu'elle détestait également, elle était revenue en France (1675), et, logée au couvent de Montmartre, n'en fréquentait pas moins la cour avec la grande mademoiselle de Montpensier, sa sœur, bizarre et riche comme elle. La grande duchesse de Toscane venait, chaque année, passer trois ou quatre mois à Sainte-Mesme, chez son amie la comtesse de l'Hôpital. C'était en général d'août en novembre. Vers 1682, les officiers de Dourdan, apprenant son séjour, allèrent au château de Sainte-Mesme lui rendre leurs devoirs et lui faire Jeur cour. Elle s'informa avec bienveillance auprès d'eux des pauvres de Dourdan, de leurs ressources, et demanda s'il y avait un hôpital. On lui parla de THôtel-Dieu, destiné à loger les pauvres malades et les passants, de ses modiques revenus et de ses bonnes sœurs. Elle promit d'aller les visiter et tint parole. Il y avait alors pour supérieure une digne fille qu'on nommait Catherine Chevreau. La duchesse en fit son amie, et l'Hôtel-Dieu de Dourdan devint le but de toutes ses promenades et le théâtre de toutes ses bonnes œuvres. Avec le caractère enthousiaste et arJent que l'histoire donne à Louise d'Orléans, la chose s'explique sans peine.

La villégiature à Sainte Mesme, pendant l'automne de i683, fut tout entière employée à relever, soutenir, enrichir l'hospice, et il ne fut plus question que de cela dans l'entourage de la duchesse et dans tous les cercles des environs. C'est la duchesse qui décida M. Le Camus à devenir le comptable de la maison, et c'est aux détails des comptes annuels de M. Le Camus, lus et dépouillés attentivement, que nous empruntons ces curieux renseignements sur une princesse dont la vie est peu connue.

Le i'' octobre, la grande société paraît s'être donné rendez-vous dans

la pauvre chapelle de Dourdan, car la sœur Chevreau reçoit ce jour-là, de la main de la duchesse, 3o livres^ 1 2 livres de madame de ChâtignoDville, 6 livres du duc de Montausier, 1 14 sols du révérend père Bourdaloue. L'illustre prédicateur est venu de Bâville, où il demeure chez mademoiselle de Lamoignon, la providence du pays, qui l'a invité à faire, dans l'église de Saint-Chéron, le catéchisme aux petits enfants au milieu desquels elle s'assied. Le P. Bourdaloue a sans doute, avant de déposer son offrande, adressé une allocution dans la chapelle de THôtel-Dieu, pour stimuler la charité des nobles visiteurs. Mademoiselle de Lamoignon est là aussi, et elle revient souvent pour porter les aumônes de la grande duchesse. Chaque semaine, des sommes sont remises ou envoyées à sœur Chevreau. Les dames travaillent à lornementation de la chapelle, Louise d'Orléans brode de sa main un voile d'autel (i), ctle 92 décembre on baptise une cloche. Madeii)oiselle Lefébure, fille du procureur du roi^ est la marraine et donne, avec son nom de Geneviève- Thérèse, 114 sols d'aumône. Le parrain est M* Le Boistel, commissaire des guerres^ qui fait un don de 16 livres i sol (2). Les demoiselles riches de la ville quêtent elles-mêmes, aux fêtes, dans l'église Saint-Germain, où les marguilliers ont bien voulu faire mettre un tronc pour l'Hôtel-Dieu.

Ce qui est aussi édifiant que la charité de la grande duchesse, c*est sa persévérance dans l'œuvre qu'elle a entreprise. Pendant plus de vingt années, quand elle est à Sainte-Mesme, elle donne des aumônes de sa main à la supérieure, et toujours pour une destination spéciale : tantôt c'est 200 livres pour les pauvres honteux, tantôt 100 livres pour du pain, du bois pour faire les soupes^ de l'argent pour payer le loyer des « filles de la communauté » dans une maison appartenant à l'Hôtel-Dieu, ou des aumônes pour les petites orphelines « de la Providence. » Quand elle n'est pas à Dourdan, des sommes sont remises de sa part, presque chaw]ue mois, par le comte de l'Hôpital, mademoiselle de Lamoignon, mademoiselle de Mainviile, M. de Prée, M. de la Martinière, M. Deslandres, receveur de Sainte-Mesme, ou par Michel Morin, messager de Dourdan, qui va les chercher à Montmartre ou à Picpus. Ces sommes montent, en général, à 1,200 livres par an, quelquefois davantage ; dans la seule année 1696, elles atteignent 3,472 livres. Ce n'est pas tout: Louise d'Orléans s'est faite solliciteuse auprès du duc d'Orléans, son cousin, seigneur de Dourdan^ et elle a obtenu de lui d'abord 84 livres, puis 100 livres par mois, qui sont inscrites avec cette mention : « Données par la grande duchesse, provenant des charités de Monsieur pendant ce mois. »

1. Ce voile en satin blanc brodé de rinceaux de fil d*or, de fleurs en soie et d'une tête de la Vierge, est encore conservé à Thospice de Dourdan.

2. Les paillasses avaient été, à ce qu*il paraît, remplacées par des lits, car M. Le Boistei exprime le vœu que son ofirande serve à l'achat de tours de lit en moquette pour la salle des hommes.

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Aussi la Grande-duchesse est-elle regardée comme la directrice de la maison. Les comptes de M. Le Gamus sont, chaque année, à l'automne, rendus devant elle au château de Sainte-Mesme, et tous revêtus de son approbation et de sa signature. M . le comte de Sainte-Mesme y appose aussi la sienne (i). C'est à Montmartre que M. Le Camus se transporte pour faire approuver Tannée 1691, et en juillet 1692 on va prendre les ordres de la princesse à Saint-Mandé. C'est d'elle qu'émanent les règlements : le commandement de recevoir à' THôtel-Dieu tous les malades de la ville, soignés parles charités des paroisses, moyennant 5 sols par jour, de visiter les femmes en couches et les malades incurables à domicile, et de leur porter leur portion moyennant 4 sols (1686) (2) ; Tinstruction pour l'agrandissement de la chapelle, datée de Picpus, de la main du comte de Sainte-Mesme; la fondation à perpétuité d'un chapelain {1707) et les ordres donnés à ce sujet dans une lettre, quelque peu impérative, écrite de Picpus par Philbert, une des femmes d'honneur de la princesse, etc. (11 juin 1709) (3).

Vraiment dévouée à son œuvre, la Grande-duchesse ne manque pas de faire les affaires de l'hospice auprès des ministres ou des personnes influentes qu'elle rencontre à Saint-Cloud ou ailleurs; elle sait même y intéresser son royal cousin, et Louis XIV figure parmi les donateurs de THôtel-Dieu de Dourdan. La révocation de Téditde Nantes (i685)mettait aux mains du roi les biens des protestants fugitifs. Non loin de Dourdan s'élevait le temple du Plessis-Marly, oîi Philippe de Mornay avait érigé et doté un consistoire. Par brevet du 4 novembre 1 685, daté de Fontainebleau, Louis XIV accorde à l'hospice de Dourdan les matériaux de ce temple (4), et par brevet du 18 décembre de l'année suivante, les biens et revenus du consistoire (5).

En 1696, un nouvel arrêt du conseil (3o août) et de nouvelles lettres patentes royales accroissent l'Hôtel-Dieu de Dourdan; cette fois, il s'agit de l'annexion d'un établissement local, la maladrerie Saint-Laurent^ et

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