‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 5 sur 191 · De Lescornay, p · texte numérisé non relu

De Lescornay, p

2, Un fragment de marbre transparent comme de l'albâtre et portant des canne^

A quelque distance^ dans la commune de Ponthévrard, près la ferme des Chdtelliers^ au chantier des Castilles, — noms caractéristiques, — il existe du carrelage en mosaïque à fleur de terre^ et le savant Duchâlais eq a ramassé lui-même quelques cubes avec des fragments de poterie rouge et noire (i).

Si nous nous arrêtons^ à une petite lieue de Dourdan^ aux ruines galloromaines de Sainte-Mesme, c'est que la tradition, et après elle de Lescornay, veulent trouver là le berceau de Dourdan, le point de départ de ses origines et de son nom. Nous entrons ici dans le domaine des légendes; que ce soit avec la circonspection impartiale avec laquelle la science aborde ces témoins obscurs^ naïvement invraisemblables, mais quelquefois plus confus qu*inexacts.

c Anciennement; dit de Lescornay , un seigneur du pays qui estoit qua- « lifié Rex Dordanus^ homme payen, demeuroit au lieu dict Sainctea Mesme^ demie lieuë au dessus de Dourdan^ et avoit une fille nommée « Mesme, laquelle fit profession du christianisme à son desceu : à cause « de quoy (et pour n'estre descouverte) elle se retiroit ordinairement « prez d*une fontaine où elle faisoit ses secrettes prières; mais en fin « ayant esté descouverte, et n'ayant peu estre divertie (2), il luy fit trana cher la teste par la main propre de Mesmin son frère, lequel (ad- « jouste le vulgaire), ayant recogneu sa faute, fut baptisé et se relégua a quelque temps dans la forest prez d'une fontaine où il fit péni- « tence (3). »

Une seule chose embarrasse de Lescornay : a pour ce que ces termes a sont équivoques signifiants roy Dourdain et roy de Dourdan^ » il ne peut dire « s'il a fait bastir Dourdan et lui aye donné son nom, ou « si Dourdan estant auparavant luy, il en aye porté le nom pour ce « qu'il en estoit seigneur. » Là effectivement est la difficulté. Quant à la date^ nulle donnée même approximative.

Autre légende tirée de l'histoire de Saint- Rémy des Landes :

Environ vers l'an 555 , saint Arnoul, filleul et disciple de saint

lures et le bout d'une griffe d'animal finement sculptée, nous a été gracieusement offert par M. Dubois, agent voyer en chef du département de Seine-ct-Oise, et fera partie du petit musée de la ville.

1. Mém, de la Soc, arch. de VOrléanais, tom. I, i852, p. 198.

2. Malgré l'offre de son père de la marier au fils du roi de Castiîîe : Magnati Castiliœ régis filio, — {Acta sanctorum, de sancta Maxima, etc., 23 août.) — Serait-ce le seigneur des Châtclliers t

3. D'autres versions ajoutent qu'il devint ensuite évêque d'Orléans. — Les BoIIandistes ne veulent pas reconnaître ce personnage et sont sévères pour les incertitudes et les confusions de cette légende. (V. Acta sanctorum; GalUa christiana; Martyrol. de CasteU,; Martyrol. de Paris, éd. deNoailles; Brév, de Vers., etc.). Les fontaines de Sainte-Mcsme et de Saint-Mesmin sont encore en vénération. L'église de Sainte- Mesme est l'objet d'un pèlerinage. (Voir à la fin du volume la Promenade dans le canton sud,)

Rémy et mari de la pieuse Scariberge, nièce de Clovis, ayant quitté sa femme pour entrer dans les ordres, et ayant été un instant évéque de Tours, fut tué à Reims. Son corps fut transporté sur un chariot et accompagné par Scari berge, pour être enterré à Tours. Le cortège passant par un endroit dit Yveline, le comte Dordingus^ grand seigneur dans la province, poussait alors vivement un cerf qui se retira sous le chariot comme dans un asile. Dordingus^ instruit des mérites du saint, passe la nuit en prières, et veut accompagner le corps jusqu'à Tours. Mais on ne peut faire avancer le chariot miraculeusement arrêté, et le comte donne à Scariberge le lieu oîi il chassait pour y bâtir une église. Le village d'Yveline prit le nom de Saint- Arnoul et existe encore à deux lieues de Dourdan , et Scariberge fonda le monastère voisin de Saint-Rémy des Landes. <r II « est aisé de juger, dit sans embarras le facile annaliste de ce monastère, « le P. Jean-Marie Cernot, qui rapporte cette histoire d'après un ancien « registre de l'abbaye dont les lettres sont gothiques^ que le comte « Dordingus estoit un grand seigneur de la contrée, et qu'il avoit pour « titre de sa famille celuy de sa principale seigneurie, scavoir, de Dour- « dan, qui est un de nos anciens comtez de France et l'un des plus (c remarquables endroits voisins de la petite ville de Saint-Arnoul. Il y a « aussi bien de l'apparence que Dordingus estendoit son domaine aux « environs, et qu'il avoit droit de chasse dans la forêt oîi les merveilles « que nous avons décrites sont arrivées (i). »

Que conclure de tout cela ? L'identité des deux personnages est chose probable, et la double tradition n'aurait sans doute fait que consacrer le souvenir d'un ancien seigneur important de la contrée. Qu'il habite le palais gallo-romain de Sainte-Mesme, la chose est possible; qu'il en soit le fondateur, rien ne le prouve. Qu'il soit païen, que plus tard il se convertisse et fonde une église, et que tout celé se passe au vi« siècle, il n'y a rien là d'étonnant; on sait qu'au vr et même au \iv siècle le paganisme n'était pas encore totalement -détruit dans les campagnes reculées et les vieilles forêts des Carnutes; des documents incontestables en font foi. Qu'une portion de la forêt d'Yveline soit la propriété d'un seigneur de cette époque, l'histoire, fort obscure d'ailleurs à ce sujet, ne le contredit pas. La forêt d'Yveline, mentionnée par Grégoire de Tours (2), avait été d'abord donnée par Clovis à l'église de Reims ; elle rentra plus tard dans le domaine royal. Pépin s'en dessaisit de nouveau pour en faire donation à l'église de Saint-Denis (798) (3) ; mais déjà des écarts de cette immense forêt avaient été aliénés par les rois ses prédécesseurs, en faveur de quelques-uns de leurs barons (4). '

1. Vie de saint Amoul et de sainte Scariberge, son épouse, etc., par le P. I. M. Paris, 1676, in-32. — Cf. D. Bouquet, in Greg. Turon.j II, 3%y.

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