‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 69 sur 191 · I. Archives de l'Empire, Xia, 8670, f · texte numérisé non relu

I. Archives de l'Empire, Xia, 8670, f

DOURDAN SOUS LES DUCS d'oRLÉANS. 123

années laborieuses, agitées, bientôt troublées du x vin* siècle, poindre et luire les jours sinistres de l'orage révolutionnaire qui clôt notre histoire et ouvre l'avenir en brisant le passé.

La période à laquelle nous sommes arrivés peut, à un point de vue général, être envisagée comme la période normale de Texistence historique de Dourdan. Ce n*est pas que l'intérêt qui s'y attache soit plus puis* sant, ni que des faits nouveaux la remplissent. Tout au contraire, le silence, presque l'oubli, signalent seuls cette dernière ère de plus d'un siècle. Il n'y a plus de place pour un récit, et, faute d'événements à enregistrer, la tâche de Thistorien peut paraître finie. Mais précisément, si ce n'est plus l'époque des luttes belliqueuses, c'est l'âge vraiment instructif d'une ville qui a le loisir de suivre régulièrement ses destinées. Dourdan, sous les ducs d'Orléans, peut donc nous offrir, non pas un émouvant chapitre, mais le tableau modeste d'une cité paisible et ordonnée, administrée suivant un régime qui n'est plus et pourtant nous touche de près, puisque le nôtre en est sorti.

C'est pourquoi nous avons réservé pour cette place l'étude des divers éléments qui constituaient la vie civile, religieuse, municipale de Dourdan, et nous présenterons successivement au lecteur, dans une suite de paragraphes spéciaux, les détails les plus intéressants que nous avons pu recueillir sur :

La seigneurie de Dourdan, la forêt, le domaine, sa consistance, ses mouvances et ses censives;

Les juridictions diverses qui y étaient établies et les offices publics qui s'y exerçaient ;

La ville sous ses différents aspects ;

Les monuments affectés aux services généraux ;

Les églises ;

Le château ;

L'Hôtel-Dieu;

La maison de la communauté;

Les châteaux de Grillon et du Parterre ;

Les prisons ;

Le marché aux grains ;

L'industrie et le commerce.

Le plus souvent notre description se rapportera à un ordre de choses particulièrement en vigueur à l'époque à laquelle nous sommes parvenus, c'est-à-dire aux xvn« et xvin* siècles; néanmoins, beaucoup de traits nous reporteront à des périodes plus anciennes ; ce sera un complément de ce que nous avons déjà pu dire, un supplément à ce que nous avons négligé ou différé d'aborder jusqu'ici. Souvent aussi, l'enchaînement des faits nous amènera jusqu'aux temps actuels, et le tableau du présent se trouvera naturellement faire suite au tableau du passé.

Un mot d'abord sur l'ordre de succession des divers personnages

124 CHAPITRE Xn.

qui, sous le nom de ducs d*Orléans, ont possédé Dourdan pendant cent vingt ans.

1 672-1 701 . Philippe I^^ d'Orléans, frère unique de Louis XI V^ né en 1 640,veuf de Henriette d'Angleterre, qui fut si inopinément enlevée, reçut Dourdan en apanage Tannée même où il poursuivait sa brillante campagne de Hollande (1672), et donnait par sa valeur quelque ombrage au grand roi. Dourdan éprouva les effets de sa bienveillance et c'e sa charité. Le chapitre de T Hôtel-Dieu rappelle les aumônes obtenues de lui et distribuées en son nom par sa cousine Marguerite-Louise d'Orléans, grande duchesse de Toscane, que les hasards d'une vie singulière ont conduite et régulièrement ramenée à Dourdan pendant de longues années.

1 701 -1723. Philippe II, dit le Régent^ fils du précédent, né en 1674, célèbre par ses brillants talents et ses mœurs scandaleuses, maître de la France pendant toute la minorité de Louis XV, ne songea guère à Dourdan parmi les affaires et les plaisirs de sa vie agitée. Toutefois, le domaine fut géré avec soin, et le marquis d'Argenson, qui était à la tête de la maison du prince, eut plus d'une fois l'occasion de venir, au nom de son maître, dans un des chefs-lieux de l'apanage. Durant des années de crise pour le marché de Dourdan, la caisse du Régent dut s'ouvrir pour des subventions et des réparations urgentes.

1723-1752. Le duc LouiSy né en 1703, si peu semblable à son père, adonné aux sciences et aux sérieuses études, désabusé du monde, dont il se retira complètement après la mort prématurée de sa jeune femme et la fin subite du Régent, ne quitta plus, à partir de 1742, l'abbaye de Sainte-Qeneviève, oti il mourut dans les sentiments de la plus austère dévotion. Les fermiers de son domaine voulurent parfois abuser de leur puissance, sous prétexte de défendre ses droits, mais les intéressés allèrent chercher et trouvèrent, auprès de lui, justice et réparation. L'église de Dourdan, pour l'importante question de son droit de mesurage, en fit l'expérience, comme on le verra.

175 2- 1785. LouiS'Philippe, né en 1725, qui aimait le monde comme son père l'avait fui ; homme d'esprit qui avait laissé le métier des armes et les grandes charges de TÉtat pour la société des gens de lettres ; homme de cœur qui donnait, dit on, jusqu'à 240,000 fr. aux pauvres chaque année; n'eut garde d'oublier les indigents de Dourdan. Il continua la rente charitable que son bisaïeul avait faite aux sœurs de l'Hôtel-Dîeu, et qui avait toujours été fidèlement servie. Des sommes considérables furent dépensées pour le percement de routes dans la forêt, et la création de chemins de grande communication autour de Dourdan constitua un véritable bienfait.

1785-1793. Louis-Philippe- Josephy né en 1747, ne posséda Dourdan que pendant peu d'années ; c'est lui qui en fut, à vrai dire, le dernier seigneur. Dourdan n'eut qu'à se louer, eut presqueà se défendredesinten-

lions libérales qu'il lit exprimer ënergiquement aux électeurs du comté, lors des États de 1789; ce qui n'empêcha pas Philippe d'Orléans, devenu PAi7ipj3C-f^iï/(f^, de perdre son domaine de Dourdan avec le reste de son apanage, et de porter sa tète sur l'échafaud, en dépit de ses efforts pour gagner et retenir une popularité qui lui échappait.

En un mot, cinq ducs d'Orléans possédèrent tour à tour Dourdan, mais Dourdan ne les posséda pas. L'administration, la justice fonctionnèrent en leur nom, le domaine s'exploita à leur profit, mais la petite ville, avec son château austère et sa population modeste, eut peu d'attraits pour des hommes de politique, de cour ou de plaisir. La chasse seule put les engager à venir passer quelques heures dans la contrée. Abandonné aux grands personnages qui furent tour à tour honorés du gouvernement de Dourdan, consacré aux différents services publics, attristé par la présence de nombreux prisonniers, le manoir que les rois avaient aimé ne connut guère ses nouveaux maîtres. La population ne les connut pas davantage. Elle se montra toutefois respectueusement dévouée pour ses seigneurs, dont les noms figuraient, avec celui du roi, dans tous les actes de sa vie municipale et civile, et n'oublia jamais de chanter des Te Deum ou de dresser des catafalques aux jours de naissance, de mariage et de décès des princes et princesses de la maison d'Orléans.

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