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d'Alleiliagiie qui vn ait imposé à Napoléon; elle a sauvé au Duc son époux sa souveraineté par son courage et sa fermeté. M. de Talleyrand racontait souvent, avec plaisir, les scènes où cette Princesse s'est trouvée en regard du conquérant, La belle-fille de la Grande-Duchesse actuelle, la princesse des Pays-Bas, a aussi de l'esprit, de l'instruction, un son de voix ravissant, un grand savoir-vivre et une simplicité qui ajoute un grand prix à ses mérites. Elle sera digne, tout l'annonce, de continuer la tradition des Princesses remarquables de la Cour de Weimar. On peut presque mettre Mme la Duchesse d'Orléans du nombre des Princesses de Weimar, puisque sa mère était sœur du Grand-Duc régnant.
Berlin, 2S février 1848. — Avant-hier, j'étais loin de penser tout ce que cet intervalle de quarante-huit heures amènerait de changements dans la face des choses. Le télégraphe a successivement, mais sans détails, apporté une série de faits dont aucun cependant n'avait préparé au coup de foudre de l'abdication de Louis- Philippe et de la Régence de Mme la Duchesse d'Orléans (1). Nous ne connaissons ni les motifs, ni les nécessités ; nous ne savons ce qu'il faut rapporter à la
(1) Le Roi Louis-Philippe, qui s'était décidé trop tard à la réforme électorale et à la retraite de ses Ministres, fut surpris par le massacre du boulevard des Capucines, le 23 février. Le 24, tout Paris était debout, la révolution était triomphante, le Roi se résigna à abdiquer. Il quitta les Tuileries et se réfugia d'abord au château d'Eu, emportant avec lui l'illusion que son petit-fds, le Comte de Paris, pourrait lui succéder; mais, le 25, il apprit la proclamation de la République et fut forcé de s'expatrier en Angleterre.
prudence ou à la l'aiblesse ; mais sans s'arrêter à Thislorique de la cliose, que nous apprendrons plus tard, le gros fait est assez écrasant pour jeter dans une consternation qui, ici, est générale, et qui, du premier au dernier, est égale chez tous. Les réflexions se pressent dans la pensée, elles sont les mêmes pour chacun ; il n'y a pas deux manières d'envisager la question et ses résultats probables. Us refléteront, non seulement sur tous les gouvernements, mais encore sur toutes les existences privées. Mme la Princesse de Prusse en est atterrée, par suite de la sympathie vive qui l'unit à sa cousine. Elle croit que ma présence peut l'aider à porter le poids de son anxiété, il s'ensuit que je passe bien des heures auprès d'elle à supputer tous ces horribles événements, et à nous désoler de l'obscurité qui règne encore sur la majeure partie de ce drame ou plutôt de cette tragédie. Ces tristes échos retentiront plus promptement et plus activement en Italie que partout ailleurs ; le reste de l'Europe viendra après, car le répit qui lui est accordé pour le moment ne saurait être long. Le fait est qu'il est impossible de mesurer le coin d'Europe où on peut solidement compter sur un repos durable. L'Amérique même ne me paraît point à l'abri des dissolvants. C'est la condition générale du siècle, et il faut savoir la subir là où la Providence nous a naturellement placés. Je la bénis, cependant, d'avoir porté Pauline à quitter Paris le 23 février pour se rendre à la Délivrande (1). Je blâmais cette course dans une saison si
(4) La marquise de Castellane s'élait rendue, avec ses enfants, à la Délivrande, village près de Caen, qui doit son origine à un célèbre pèle-
froide ; je suis tentée maintenant d'y voir un fait providentiel. Les nerfs déjà si ébranlés de cette pauvre enfant auraient trop été éprouvés par l'aspect et le bruit de cette ville en tumulte.
La pauvre Madame Adélaïde est morte à temps et Dieu a récompensé sa tendresse fraternelle en lui évitant cette amère douleur! Et M. de Talleyrand! Je ne dis pas la même chose pour Mgr le Duc d'Orléans, qui, vivant, aurait donné une tout autre direction à ces terribles journées.
La Russie commence à se remuer beaucoup, mais il est vrai de dire que la santé de l'Empereur Nicolas est très mauvaise ; il a une éruption à l'articulation des genoux qui lui rend difficile de marcher ; de là, manque d'exercice, ce qui augmente l'état hépatique dont il est atteint, bref, on n'est pas sans anxiété.
Berlin, 2 mars 1848. — Depuis le 28 février, les plus effrayantes nouvelles se sont succédé d'heure en heure, avec une fâcheuse rapidité. Il en circule, aujourd'hui, qui semblent indiquer un mouvement contre-révolutionnaire à Paris ; j'avoue que je n'y crois pas. Mes dernières nouvelles directes sont du 24, écrites pendant le quart d'heure qu'a duré la Régence de Mme la Duchesse d'Orléans. Il est arrivé quelques lettres de même date à Berlin, et le Moniteur du 25, rien de plus ; le tout sans délais; aussi faut-il s'abstenir de juger les choses et les personnes qui
rinage de la Sainte Vierge. Mgr de Quélen y avait adressé d'ardentes prières pour obtenir à M. de Talleyrand de finir chrétiennement.
ont figuré dans cette tragédie, jusqu'à ce que l'on connaisse l'enchaînement des faits qui a fait céder le Roi, et qui a comme paralysé son action et celle de sa famille. Le blàme et la critique se déversent déjà sur ces infortunés ; je trouve qu'il serait mieux de suspendre tout jugement absolu. A la vérité, les apparences sont étranges, et l'on serait disposé à croire que M. Guizot et Mme la Duchesse d'Orléans ont seuls, chacun dans leur sphère d'action, été intrépides et fermes. Le courrier d'Angleterre, arrivé hier au soir, n'apportait aucune nouvelle sur Louis- Philippe et sa famille ; on les disait tous à Londres, mais le fait est, qu'à cet égard, rien n'est officiel, rien n'est certain et qu'un vague extrême plane sur les individus. Le marquis de Dalmatie (1) joue ici un rôle singulier. Il y a déjà trente-six heures qu'il renvoie ses gens, qu'il vend mobilier et diamants, qu'il crie misère, et qu'il va de porte en porte dire qu'il est un pauvre émigré, pestant contre le souverain qu'il représentait il y a six jours encore. Cela ne le place pas bien dans le monde. On trouve qu'aussi longtemps que Mme la Duchesse d'Orléans et le Comte de Paris sont sur le territoire français, il devrait conserver sa position extérieure et le langage qui s'y rattache ; d'ailleurs, on sait fort bien que son père est très riche; de plus, on ne suppose pas qu'il y ait confiscation à moins d'émigrer réellement. Aussi, je ne donnerai pas à mes enfants le conseil d'émigrer, me souvenant de tout ce que M. de Talleyrand disait contre.
(1) Le marquis de Dalmatie était alors Alinislrr de France à Berlin.
On peut penser facilement dans quelles agitations on est ici sur les conséquences européennes des journées de février. Le Ministre de Belgique, M. de Nathomb, me disait hier qu'un mouvement prononcé anti-français se manifestait en Belgique. M. de Radowitz est parti cette nuit pour Vienne, le Prince Guillaume, oncle du Roi, pour Mayence (1)
Une dépêche télégraphique qui arrive à l'instant annonce officiellement l'arrivée de Mme la Duchesse d'Orléans et de ses deux enfants à Deutz, faubourg de Cologne (2). Le pays de Bade commence à remuer, on est inquiet de ce qui peut se passer. On dit aussi qu'il y a des troubles à Cassel (3). Que Dieu ait pitié de ce pauvre
(1) M. do Radowitz fut alors envoyé à Vienne, pour tâcher d'amener une entente d'attitude entre les deux Cours, afin de faire front à l'orage révolutionnaire qui semblait déjà gronder. Le Prince Guillaume, gouverneur de Mayence depuis 1844, vu les événements, regagnait son poste.
(2) Dans la confusion de la malheureuse journée du 24 février à Paris, où chacun avait fui comme il pouvait, la Duchesse d'Orléans et ses deux fils, échappés au péril qu'ils avaient couru à la Chambre des députés, étaient allés se réfugier, avec iM. Jules de Lasteyrie, à l'Hôtel des Invalides, qu'ils quittèrent secrètement pendant la nuit. De Paris à Aix-la- Chapelle, la Princesse voyagea dans une voiture publique, accompagnée par le marquis de Montesquiou et M. de Mornay. Elle prit ensuite le chemin de fer jusqu'à Cologne, et, après avoir passé la nuit à Deutz, elle se rendit à Ems et demanda asile au Grand-Duc de Weimar, qui mit le château de Eisnach à sa disposition. Ce ne fut qu'en juin 1849 qu'elle alla en Angleterre visiter la Famille Royale, à Saint-Léonard, près d'Hastings, où le Roi et la Reine étaient venus pour tâcher de rétablir leur santé.
(.3) L'ancienne Franconie, c'est-à-dire une partie de Bade, du Wurtemberg et de la Hesse, était alors le théâtre d'une espèce de Jacquerie. De déplorables excès étaient commis par les paysans soulevés en masse ; des châteaux furent brûlés et saccagés, plusieurs propriétaires périrent ou furent maltraités d'une manière barbare. Le 10 mars, sous le prétexte du
vieux monde, et en particulier de ceux qui me sont chers !
Berlin, 14 mars 1848. —Tout, entre le Rhin et l'Elbe, est en commotion; aujourd'hui même, ici, les troupes sont consignées, et l'on s'attend à quelques émotions populaires. Si le Roi avait voulu convoquer la Diète il y a quelques jours, il y aurait eu bien des difficultés de moins. La meilleure chance, pour ici, est à^euirer franchement et promptement dans la forme constitutionnelle ; si on tarde, si on hésite, si on finasse, on aura des crises incalculables. Tant il y a qu'on est ici dans une semaine bien critique. Les bourgmestres des grandes villes sont arrivés avec des pétitions qui effraient ; la révolution est plus ou moins avérée partout ; dire ce qu'on fera, ce qu'on pourra faire est impossible. En attendant, la misère et le typhus augmentent.
Mme la Duchesse d'Orléans est à Ems avec ses enfants, sous le nom de marquise de Mornay. Elle veut garder un incognito complet, ce qui fait que ses affidés nient le fait de sa présence à Ems ; il est cependant certain, j'ai vu des personnes qui lui ont parlé,
Sagan, 24 mars 1848. — De graves événements se sont passés à Berlin. On a perdu un temps précieux, on a
mécontentement éprouvé par la nomination de nouveaux Ministres, des troubles sérieux éclatèrent àCassel; l'Arsenal fut pris d'assaut, les armes enlevées; on se battit contre la troupe; les Gardes du corps firent retraite, mais la populace maintint les barricades jusqu'à ce que le réqiment fût licencié et les officiers mis en accusation.
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hésité, pris de mauvaise grâce des demi-mesures; tout ensuite est arrivé par peur, après deux journées (18 et 19 mars) dont je n'oublierai jamais l'horreur. Des symptômes de grande effervescence, provenant de Rreslau, ont gagné la Silésie. Ici, on s'est rué contre l'Hôtel de ville et la garnison; jusqu'à présent, le Château a été épargné, mes employés ont cru que ma présence pourrait être un calmant utile et je suis accourue. Je n'ai pas jusqu'ici à le regretter ; cependant, comme le voisinage toujours plus rapproché des Russes jette une aigreur extrême dans les esprits, mon beau-frère ne croit pas que je puisse me prolonger ici ; il me renvoie à Berlin, où tout cependant n'est pas encore en équilibre. Il veut rester à Sagan, tenir tête à l'orage et sauver ce que l'on pourra. En attendant, la crise financière est à son comble ; on n'a plus le sou, personne ne paye, les banqueroutes éclatent de toutes parts; agitation, terreur, tout est là. C'est la boîte à Pandore qui s'est ouverte sur l'Europe. J'apprends à l'instant que le Grand-Duché de Posen est en feu, et comme mes terres y touchent, j'en reçois des nouvelles alarmantes. A la grâce de Dieu! Je suis parfaitement calme, parfaitement résignée, parfaitement résolue à baisser la tète sans murmurer, devant les décrets de la Providence. Je ne demande au Ciel que la vie et la santé de ceux que j'aime. Les secousses de Vienne m'ont abasourdie. On marche d'abîme en abîme (1).
(I) Le 13 mars, une insurrection formidable avait éclaté à Vienne, la population s'était soulevée en masse. Les chemins de fer furent brisés et l'air retentissait des cris : » La Constitution et la liberté de la presse ! s
Berlin, 30 mars I8i8. — Me voici revenue ici, où Fagitatioa est loin d'être calmée. Le prince Adam Czartoryski y est arrivé hier de Paris; je n'ai pas besoin de signaler ce que c'est que cette nouvelle complication (1). Les complications, au reste, se succèdent, se pressent avec une effrayante rapidité. La situation des particuliers qui ont quelque chose à perdre n'est guère meilleure que celle des Rois chancelants qui ne tient plus qu'à un fil. Xous sommes tous, pour le moment du moins, sans le sou, et ce n'est pas la guerre à l'Est et le communisme à l'Ouest qui nous ouvriront de meilleures chances d'avenir, à nous qui sommes pressés entre ces deux colosses !
On dit que la Diète prussienne s'ouvrira le 2 avril ; c'est dans deux jours, etonnen est point encore certain!. . . En tout cas, elle sera fort courte, car elle ne s'occupera que de la loi électorale.
Berlin, 1" avril 1848. — La Diète qui s'ouvre demain sera un nouvel acte du drame (2) . Il est impossible d'en
(1) Le Prince Adam Czartoryski, conservant toujours ses illusions, avait vu ses espérances se relever par les troubles qui régnaient partout et dont les Polonais tâchaient de profiter pour leur cause. Le Prince arriva à Berlin, où régnait le plus complet désarroi, et il crut imposer en déclarant, avec une certaine hardiesse, que lord Palmcrston et M. de Lamartine avaient promis de l'appuyer sur terre et sur mer, dans le cas où la Prusse se prononcerait ponr le rétablissement de la Pologne. La présence à Berlin du Prince Czartoryski fut si mal vue par l'Empereur de Russie, qu'il fit signifier à son Ministre, AL le baron de Meycndorff, qu'il devait quitter Berlin si le Prince y prolongeait son séjour.
(2) Le 2 avril 1840, à midi, eut lieu à Berlin l'ouverture de la deuxième Diète générale, Diète réunie en une seule Chambre, et sans distinction d'ordres ni de curies. Le commissaire de cette Diète, Président du (Conseil, M. de Camphausen, accompagné de tous les Ministres, fit, au nom du
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apprécier les effets, et je suis d'ailleurs fort dégoûtée des prévisions, ainsi que je le suis, depuis assez longtemps, des projets. Paul Medem, qui est encore ici, reste fort incertain au sujet de son avenir ; les nouvelles de Vienne ne lui paraissent pas plus rassurantes qu'il ne faut. En tout, il n'est guère possible de reposer ses yeux sur un point tranquille du globe : il faut les porter sur les affections sûres et éprouvées qui bravent les révolutions, l'absence, et tout ce qui se promène ostensiblement dans cette vallée de larmes.
Berlin, 8 avril 1848. — On a subi ici le contre-coup de Paris ; il a été violent, profond, irrémédiable ; on en est encore tout palpitant ; le char n'est Ipoint encore arrêté, il roule, ce n'est point dans une direction ascendante. La Jacquerie des provinces est une condition lamentable ; elle me retient en ville, où cependant il y a en permanence une émotion populaire qui fait désagréablement diversion au morne profond de cette capitale. Les Metternich sont en Hollande, se préparant à passer en Angleterre (1).
I?oi, cette ouverture. Il prononça un discours, à la suite duquel il présenta un projet de loi sur les élections, afin de réaliser, sur une large base, la Constitution que le Roi avait donnée à son peuple, à la suite des événements du 18 mars,
(1) A la suite d'une collision entre la troupe et le peuple à Vienne, le 13 mars 1848, et débordé par l'insurrection de la Vénétie, M. de Metternicli, qui s'était trop imaginé représenter à lui seul le génie de la résistance, fut contraint, par une foule en fureur, de donner sa démission et de fuir l'Autriclie, avec sa femme. Ils gagnèrent d'abord Dresde, mais l'impopularité du Prince était telle, qu'ils durent gagner la Hollande et l'Angleterre. En 1849, ils vinrent s'établir à Bruxelles.
Berlin, 12 avril 1848. — La vie est fort triste, et tout à la fois très agitée. Les membres de la Diète ont tous quitté Berlin hier, pour s'occuper de leur réélection. Le sort du pays dépend de la façon dont l'assemblée constituante sera composée ; c'est donc un devoir pour les honnêtes gens de chercher à y entrer, et chacun le tient pour tel ; mais il peut se passer bien des choses encore, entre aujourd'hui et le 22 mai; et quand on songe au réseau de clubs qui, chaque jour, couvre plus étroitement la capitale et les provinces, quand on songe au désordre qui se manifeste partout, à l'esprit douteux de la landwehr, à l'audace des émissaires, aux complications extérieures, aux exemples contagieux qui viennent de l'occident et du midi et des points véreux au nord et au levant, on se sent pris d'un vertige, que les hésitations du gouvernement et l'absence complète de mesures répressives sont loin de dissiper. Les cinquante petits tyrans établis à Francfort ne laissent pas que de peser lourdement dans la balance. Personne ne leur a donné de mandat^ et cependant chacun leur obéit (1). Que tout est inexplicable dans le monde, tel qu'il se déploie à nos yeux ! Il n'y a plus de prophétie possible, il faut vivre au jour la journée, et se
(1) L'assemblée qui s'était convoquée spontanément à Francfort pour donner à la patrie un centre d'action dans le cas où les Princes n'auraient pas voulu s'associer au mouvement de fusion qui s'opérait alors entre les races germaniques, s'était dissoute le 2 avril, après avoir obtenu des Princes, à la Diète, la réunion d'un Parlement allemand. Toutefois, pour veiller à l'exécution de cette promesse, elle avait nommé une conmiission de cinquante membres, chargée de convoquer, dans le délai d'un mois, un Parlement national dans le cas où il ne serait pas déjà élu par les divers Etats.
tenir satisfait quand on a atteint le bout des vingt-quatre heures sans de trop grandes secousses. Nous voyons force bande de Polonais traverser la ville, soit pour Posen, soit pour Cracovie. Les gentilshommes polonais donnent toute liberté à leurs paysans, afin de ne pas être massacrés par eux. L'élément polonais est en bataille contre l'élément allemand. Lequel des deux triomphera si on ne parvient pas à les concilier? Nul ne le sait (1).
Sagan, 20 avril 1848. — L'état des esprit est toujours inquiétant. Si les émeutiers n'en voulaient qu'à l'argent, en vérité, ce qu'il y aurait de mieux à faire serait de le leur laisser prendre ; il y en a si peu dans les caisses qu'ils ne feraient pas une grosse récolte ; mais, dans leur frénésie, ils en veulent aussi aux archives, aux titres, aux contrats, enfin à tout ce qui détermine et fixe la propriété; puis, ils sont fort disposés à maltraiter les individus et à mettre le feu aux greniers et aux bâtiments, pour peu qu'on leur résiste. Ici, on est un peu plus calme, quoique des émissaires du club jacobin de Breslau se montrent depuis deux jours, et cherchent à s'affilier les mauvais petits avocats sans cause et ce qu'on nomme, en allemand, die ohskure Littérature. Nous avons su que ces émissaires, sous le prétexte d'une réunion électorale
(1) La nouvelle de la révolution de Paris avait produit une immense sensation dans le Grand-Duché de Posen. Une émeute éclata à Posen même oîi Mieroslawski, sorti de prison le 19 mars, forma une armée et organisa la guerre. — A Cracovie, à la nouvelle des troubles de Vienne, soixante-dix mille Polonais se rendirent chez le comte Deyne, commissaire civil, demandant la liberté de quatre cents de leurs compatriotes.
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pivpîiratoiro, veulent provoquer une assemblée du bas peuple et chercher à leur enseigner la manière la plus prompte et la plus habile de désarmer la garde civique. Heureusement, celle-ci est prévenue, et je ne doute pas que si la démonstration s'effectue, elle sera dissipée sans coup férir.
Les meneurs des clubs s'agitent à Berlin contre l'élection à deux degrés et provoquent aussi une grande démonstration populaire, pour aller porter au Château et au Ministère une pétition en faveur de l'élection directe. Je ne sais s'ils parviendront à réunir beaucoup d'ouvriers sur cette question politique; on peut le craindre, parce qu'ils sont déjà fort agités par la question du salaire ; on ne voit, à ce qui m'est mandé, que leurs promenades dans les rues. Il y a eu, l'autre jour, de graves désordres, chez les boulangers, qui fraudaient sur le poids du pain et qui, pour cela, méritaient bien une leçon, mais était-ce au peuple à la leur donner?... En attendant, on donne à celui-ci cette habitude de ne pas travailler et d'être sur la place publique; les ateliers, où les ouvriers veulent travailler, sont fermés par les meneurs; ainsi, les tailleurs, par exemple, sont en chômage forcé. Je ne crois pas encore à des dangers imminents de violence, mais on est en mauvaise direction, et en marche pour en venir là. Les Polonais ont envoyé leur ultimatum à Berlin (1). Ils
(1) Il n'y eut pas d'ultimatum proprement dit ; ce n'était qu'un bruit de journaux. Le Comiti' national polouais publia seulement un manifeste proclamant qu'aussi longtemps que toute la Pologne ne serait pas rétablie, les Polonais considéreraient toute séparation arbitraire des parties de leur
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ne veulent ni déposer les armes, ni se séparer, avant qutî leurs demandes soient accordées. On s'occupe à en délibérer, et on doit être fort embarrassé entre les deux populations, car les Polonais ne veulent pas tenir compte des demandes des Allemands, qui insistent pout- rester Allemands et pour qu'on tire une ligne de démarcation qui donnerait Posen comme capitale aux Allemands et Gnesen aux Polonais.
On ne sait que croire de l'Italie, dont les nouvelles sont si contradictoires. Les lettres de Vienne sont tristes et décourageantes. L'Angleterre ofTre un autre spectacle, bien différent et bien glorieux pour elle ; mais j'avoue que je m'indigne de voir lord Palmerston, qui a eu sa large part dans l'ébranlement de l'Europe, se pavaner dans le confort, la gloire et la richesse des Anglais, qui augmente en raison de la misère du Continent.
Sagan, 24 avril 1848. — Voici une lettre de Vienne, à moi adressée par le Ministre de Russie, mon cousin Medem : « Vienne est tout à fait morne ; les grandes réunions n'existent plus; le Prater est désert, l'Opéra est fermé, le public n'ayant pas permis aux Italiens de jouer, Wallmoden nous est arrivé d'Italie. On dit que c'est pour s'entendre avec le gouvernement, sur les moyens de
pays comme un nouveau partage de la Pologne, et menaçaient de protester devant les peuples de l'Europe de cette violation. Cette protestation devait se faire le 26 avril par deux lettres du Prince A. Czartoryski adressées, l'une à M. de| Lamartine, alors ministre des Affaires étrangères à Paris, l'autre au baron d'Arnim, qui occupait les mêmes fonctions à Berlin.
Avril isis sii
fcprendi'e, sinon l'offensive en Italie (() sui* une grande échelle, du moins, possession de Venise et de la partie insurgée du Frioul. Les communications avec l'armée active sont toujours réduites aux passages par le Tyrol. On est justement indigné de la conduite de F. Zichy, du comte Palfy à Venise et du comte Ludolf à Trévise, qui ont honteusement capitulé sans raisons valables (2). En somme, il y a mécontentement et incertitude sur l'avenir. On reconnaît tous les jours davantage l'impardonnable inertie de T ancienne administration, tant civile que militaire. C'est à ne pas y croire lorsqu'on n'en connaît que quelques détails seulement. La tranquillité de Vienne n'a pas été sérieusement troublée dans ces derniers temps, mais des manifestations inquiétantes ont eu lieu. Elles sont provoquées par des gens sans aveu, la plupart venus de l'étranger, lesquels adressent des harangues au public rassemblé dans des salles comme celle de l'Odéon et
(1) Le noble et chevaleresque Charles-Albert, qui avait, pour soustraire son pays à l'influence de l'Autriche, formé une armée fortement organisée et promulgué une Constitution, était devenu l'espoir de l'indépendance italienne. Profitant de l'insurrection qui avait éclaté le 18 mars à Milan, suivie de la défaite de l'armée autrichienne et de la fuite de l'Archiduc Reynier, le Roi avait déclaré la guerre à l'Autriche le 20 mars. Il enleva d'abord rapidement les positions de l'ennemi jusqu'à l'Adige, mais attaqué par des forces supérieures, il devait plus tard (en août) perdre la sanglante bataille de Custozza et être obligé d'évacuer Alilan.
(2) Après .\Iilan, V^enise s'ébranla à son tour. Le 20 mars, l'Arsenal fut pris par les insurgés. Le gouverneur civil comte Palfy remit tous ses pouvoirs au comte Zichy, gouverneur militaire, qui, hésitant devant une effusion de sang, abdiqua lui-même entre les mains de la Municipalité eu capitulaut le 22 mars avec le Gouvernement provisoire. Venise fut ainsi délivrée des .Autrichiens. Le 21 mars, Trévise avait également dû capituler et la garnison autrichienne avait quitté la ville.