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autres. Des publications, des placards incendiaires paraissent partout et entretiennent l'inquiétude dans la parlie sage de la nation, surtout dans les classes supérieures. Il serait temps que cela finît, car si cela devait se prolonger, la situation se compliquerait. Pour le moment, cependant, l'état des choses est bien meilleur ici que dans la capitale et la Monarchie prussienne, mais comment répondre de l'avenir? »
Sagan, 30 avril 1848. — Nous finissons aujourd'hui le second mois d'un tremblement de terre, dont les frémissements sont loin encore, je le crains, d'être terminés. Pour le quart d'heure, l'Europe est partagée entre les fièvres électorales et les flammes de la guerre civile. Les passions humaines se dévoilent dans toute leur laideur au milieu de la concurrence des élections; les fureurs aveugles dans les combats de citoyens, armés les uns contre les autres, l'anarchie, le désordre, l'impunité, la misère, le découragement, le désespoir, voilà le tableau qui, à quelques nuances près, se retrouve partout. Trop heureux ceux qui ne reçoivent qu'un contre-coup amorti, et qui traversent les vingt-quatre heures, si ce n'est sans anxiété, du moins sans danger matériel. Nous verrons ici ce que les élections, qui commencent demain, produiront comme résultat, et quelle sera la figure du pays pendant les votes et les scrutins. En attendant, la presse et les clubs s'exercent à l'envi; chaque petite ville a son journal, chaque hameau son orateur; la plupart des auditeurs ne comprennent pas ce qu'on leur prêche, mais ils
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obéissent, comme des moutons de Paiiiir<|e. Les ouvriers industriels veulent faire la loi aux chefs d'ateliers, qui, ne vendant plus rien, ne peuvent ni augmenter, ni même maintenir leur fabrication, ni améliorer la condition des ouvriers. Quant aux pauvres gens qui travaillent à la terre, et à la classe plus gâtée qui a travaillé aux chemins de fer et qui les a terminés, on n'en sait réellement que faire; on partage avec eux le dernier sou et le blé des granges, car on les plaint, et on les craint.
Sagan, 5 mai 1848. — Le Grand-Duché de Posen est en ce moment le théâtre des plus grandes atrocités ; c'est la guerre civile avec des raffinements de cruauté inouïs. Les journaux français les ignorent ou veulent les ignorer, mais les détails que je reçois de première main font dresser les cheveux sur la tète. Le 1" mai, les Prussiens ont été terriblement battus par les insurgés, qui, armés de faux, éventrent les chevaux (1). Plusieurs seigneurs polonais ont été massacrés par leurs paysans. Us ne peuvent se garantir personnellement qu'en les excitant contre l'armée prussienne.
Sagan, 8 mai 1848. — C'est aujourd'hui que les élec-
(1) Les troupes prussiennes, commandées par le général Blum, s'étaient dirigées sur Miloslaw, qu'elles prirent après un combat opiniâtre; mais une avant-garde, qui poursuivait les Polonais, fut reçue, en approchant d'un bois, par un feu bien nourri qui la repoussa si vigoureusement que les Prussiens tournèrent le dos, se jetèrent, dans leur fuite précipitée, sur leur propre infanterie qui les suivait, rompirent ses rangs et l'entraînèrent dans la déroute. Les Polonais, poursuivant à leur tour les Prussiens, les chassèrent de Miloslaw et leur prirent deux canons.
teurs élus, il y a litiit jours, doivent nomnlel- les électeurs prussiens. Je crois qu'on fonde trop d'espoir sur les assemblées constitutionnelles ; je crains qu'elles ne nous préparent de grandes déceptions. A Vienne, la déchéance du comte de Ficquelmont est une scène des plus déplaisantes du drame universel (1). Des étudiants sont entrés chez lui, lui déclarant qu'ils ne voulaient plus de lui pour Ministre. Il a obéi, et il aurait couru de grands dangers si, en se rendant à pied chez son gendre, le prince Clary et deux étudiants ne lui avaient servi de défenseurs.
Sagan, 21 mai 1848. — Les scènes du 15, à Paris, ont été hideuses (2). Dieu fasse que le parti modéré sache user énergiquement de son triomphe, et que surtout il ne soit pas trop souvent appelé à fêter de pareilles victoires.
C'est demain que s'ouvre l'Assemblée constituante à BerHn. Elle est si étrangement composée que ce sera miracle si elle fait de la bonne besogne.
Sagan, 25 mai 1848. — Je suis préoccupée de Rome et du Pape (3). J'y pense sans cesse. Je crois que si
(1) Le 4 mai, le comte de Ficquelmont, Ministre des Affaires étrangères k Vienne, dut donner sa démission, à la suite d'un charivari des étudiants, qui le considéraient comme un disciple de Mettcrnich.
(2) Depuis plusieurs jours, les manifestations en faveur de la Pologne se multipliaient à Paris. Le 15 mai, une bande d'insurgés se porta sur l'Assemblée nationale et l'envahit, mais l'ordre fut assez vite rétabli.
(3) Le 1" mai, un mouvement révolutionnaire avait éclaté à Rome, par suite du refus du Pape de déclarer la guerre à l'Autriche. Le Ministère donna sa démission. Le Pape, menacé d'un gouvernement provisoire,
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j*avais été le Sainl-Pèrc, j'aurais été avec quelques Cardinaux fidèles, avec ces pauvres religieux et religieuses persécutés, et le plus d'argent et de vases sacrés possible, ui'embarquer pour l'Amérique. J'y aurais fait un établissement à l'instar de celui du Paraguay, et, de là, j'aurais en pleine indépendance gouverné la catholicité européenne, comme, de Rome, il gouverne depuis si longtemps les catholiques d'Amérique. Je crois que les Romains n'auraient pas tardé à le rappeler à grands cris, et en cas contraire, il aurait été du moins à l'abri des indignités actuelles et ne serait pas obligé de sacrifier les innocents et les biens de l'Eglise. Ce que je dis là n'a peutêtre pas le sens commun, mais du moins, cela n'aurait pas été sans une certaine grandeur, au lieu que je ne vois partout qu'humiliation et abrutissement.
J'ai lu avec intérêt et horreur les récits des scènes de Paris le 15 mai, et mon opinion est que la besogne des assemblées délibérantes est mauvaise. Je crains fort que celle de Berlin ne fasse rien qui vaille, et à Francfort, c'est la tour de Babel. Les gazettes prussiennes contiennent déjà des cris jacobins contre la nouvelle Constitution, et je doute que le Roi puisse faire prévaloir le système de deux Chambres, surtout avec le petit bout d'hérédité qu'il cherche à sauver. Breslau est un abominable foyer de communisme.
affirma, dans une allocution, ne pouvoir déclarer la guerre comme Souverain Pontife, mais laissant le pouvoir de le faire, comme Prince temporel, à son Ministère. Pie IX dut accepter, le 5 mai, un Ministère exclusivement laïque, qui fut en opposition constante avec lui.
On me mande d'Angleterre qu'à Claremont les amertumes intérieures ajoutent aux douleurs de la situation. Les fils, qui s'ennuient de leur inaction forcée, reprochent au père la perte de la partie ; celui-ci s'inquiète du jugement de la postérité; tout cela est fort amer pour cette pauvre Reine Amélie, dont l'orgueil et la joie ont été si longtemps puisés dans l'union touchante de toute sa famille. Elle est, en outre, en mauvais état de santé. Leur état financier approche de la misère (1).
Sagan, 28 mai 1848. — Mme la Duchesse d'Orléans est établie au château d'Eisenach même. Elle y vil fort simplement, avec sa belle-mère et le précepteur (2) de ses enfants pour tout entourage. Sa position pécuniaire est des plus gênées. Le château d'Eisenach appartient à l'oncle de la Duchesse d'Orléans, le Duc de Saxe-Weimar; il l'a mis à la disposition de sa nièce.
On m'écrit, de Vienne, que tous les Hongrois y rompent leurs établissements, pour se retirer soit à la campagne, soit à Bude, soit à Presbourg. Les Bohèmes vont à Prague. Bref, ce joli Vienne, si gai, si animé, si aristocratique, devient un désert, et triste comme un grand village. La princesse Sapieha et Mme deColloredo sont fort compromises dans les derniers troubles ; elles ont été obligées de s'enfuir et de se cacher. L'Archiduc François-
(1) La petite Cour exilée vivait très retirée au château de Claremont, en Angleterre, que le Roi Léopold, à qui il appartenait alors, avait obligeamment mis à sa disposition.
(2) M. de Boismilon.
Charles a écrit d'Inspriick à lord Ponsonby, doyen du Corps diplomatique à Vienne, pour l'engager, au nom de l'Empereur, à venir avec tous ses collègues rejoindre la Cour en Tyrol.
Voilà M. Bulwer renvoyé d'Espagne. Il avait fomenté à Séville une révolte contre les Montpensier qui ont dû fuir à Cadix. 11 faut convenir qu'on peut dire de Palmerston et de Bulwer : Tel maître, tel valet. ^ .
Il y a toujours beaucoup d'émotion dans les rues de , ^c-^^^^^ Berlin, et le prochain retour du Prince de Prusse, qui est 5}*V?T^ attendu ces jours-ci à Potsdam, amènera probablement /! -- — ' une explosion (I). En attendant, Berlin est à peu près ;^; (^, cerné par un corps de seize mille hommes qu'on compte employer à l'occasion. unytC^
On m'écrit de Paris que Mme Dosne se meurt de colère (h^i,^^^ qu'une révolution ait pu avoir lieu, sans qu'elle eût son f gendre pour objet, et ceci peut se prendre à la lettre, puisqu'elle en était à son troisième accès de fièvre pernicieuse ; que M. Mole et M. Thiers se présentent tous deux pour la députation et que M. de Lamartine parait beau- fT coup redouter le succès de ce dernier. 'Aji^h<yi.
Les atroces scènes de Naples (2) ont eu un mauvais \0ur i
(1) On avait cru que le libéralisme de M. de Gamphausen avait assez apaisé les esprits pour permettre au Prince de Prusse, que la colère du peuple avait, dès le commencement des troubles, forcé à se réfugier en Angleterre, de revenir à BerUn. Cependant, le Prince y était à peine arrivé que le ministère Gamphausen fut renversé le 20 juin, après la prise et le pillage de l'arsenal, et remplacé par le ministère Auerswald.
(2) Lne insurrection avait éclaté à Naples. Après six heures d'un combat acharné, les troupes royales étaient restées maîtresses de la ville, tout
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retentissement à Berlin, où l'émotion des rues a repris, dit-on, un mauvais caractère. Les bourgeois s'y sont emparés du poste de l'Arsenal.
Sagan, 1 juin 1848. — L'équilibre moral dépend de mille petites circonstances accessoires pour chacun, car il faut être bien jeune et d'une grande ignorance des peines de l'esprit, pour ne pas subir les mille et une influences des choses, des lieux, du temps, et même de détails encore plus puérils en apparence. C'est Saint- Evremond, je crois, qui dit que moins on reste vif pour ce qui plaît, et plus on est sensible à ce qui dérange.
Il paraît que Paris est tranquille, mais à quel prix ? Il s'y est commis des atrocités raffinées, terribles.
Sagan, 12 juin 1848. — L'état de Berlin et de Breslau empire toujours; celui des provinces s'en ressent, et je m'attends à voir la guerre civile éclater au premier jour; car les campagnes, tout en subissant l'action révolutionnaire contre leurs seigneurs et leurs curés, détestent les villes; les paysans n'aiment pas les bourgeois et sont royalistes et militaires, tout en étant anti-nobles et antiprêtres. Cela fait une étrange confusion que Dieu seul pourra éclaircir. L'Assemblée constituante réunie, à Berlin, n'a jusqu'à présent aucun cachet marqué, que celui de l'ignorance et de la confusion.
en perdant trois ou quatre cents hommes tués. La Chambre et la Garde nationale furent dissoutes et un nouveau Ministère fut formé sous la présidence de M. Cariati.
Sagan, 18 juin 1848. — Les journaux et mes lettres me disent que l'Allemagne reprend ses velléités républicaines. Voilà Hecker élu pour Francfort. Tout cela est d'une confusion inimaginable, surtout quand on voit le dégoût, de plus en plus marqué, que la France témoigne pour le déplorable gouvernement qu'elle s'est donné il y a quatre mois. Il faut bien qu'elle soit aux abois pour se tourner vers le drapeau bonapartiste, si piteusement représenté par Louis-Napoléon que chacun connaît être un bien triste sire. Que dire des affreuses scènes de Prague et de l'assassinat de la pauvre princesse Windisch- Graetz (1)? J'ai été aussi fort agitée pour Berlin, où le pillage de l'Arsenal et les échecs du Ministère à la Chambre ont fait encore diminuer les bonnes chances. Trois ministres, Arnim, Schwerin et Kanitz, ont donné leur démission.
Potsdamy 23 Juin 1848. — Je suis arrivée ici hier, après m'ètre arrêtée une demi-journée à Berlin. Medem écrit de Vienne à son collègue, M. de Meyendorff, des doléances sur les directions faibles et incertaines qui se manifestent à Inspruck depuis que le baron de Wessenberg y gouverne. Je ne m'en étonne pas : Wessenberg est aimable, bon, spirituel, instruit, laborieux, mais dès Londres, je l'ai jugé brouillon^ et pour conduire les affaires, c'est un inconvénient immense.
(1) Après un bombardement et des combats de rues qui avaient duré du 12 au 17 juin, le prince W'indisch-Graetz était parvenu à terrasser l'insurrection de Prague. Pendant ces combats, la Princesse sa femme fut tuée traitreusement près de la fenêtre de son salon, entre ses deux sœurs, par un coup de feu tiré de l'autre côté de la rue.
J'ai des nouvelles de M. de Metternich . Il met ses fils dans un collège catholique, en Angleterre, ne trouvant personne qui veuille s'associer à son sort comme précepteur. Il est aussi tourmenté par le manque d'argent.
Le Grand-Duc régnant de Mecklembourg-Schuerin a augmenté le douaire de sa belle-mère, afin que Mme la Duchesse d'Orléans et ses enfants puissent ainsi avoir, indirectement, un peu plus de confort; c'est noble et délicat.
La crise ministérielle dure encore ici ; elle fait succéder, au tumulte des rues, celui, plus politique et non moins dangereux, d'une Chambre aussi mal composée que celle de Berlin. On disait, hier au soir, qu'une dépêche télégraphique avait apporté de Francfort la nouvelle que l'Assemblée, réunie dans cette ville, avait élu un Dictateur pour l'Allemagne dans la personne de l'Archiduc Jean(l), Ici, on voulait un Triumvirat. On disait, en conséquence, qu'on avait répondu à cette nouvelle par une protestation de la Prusse.
Sagan, 28 juin 1848. — Je suis rentrée dans mes
(1) A l'Assemblée nationale de Francfort, le Comité des Cinquante avait plusieurs fois tenté de créer un triumvirat ou pouvoir central. Dans ce but, une Commission de onze députés fut élue au mois de juin. Elle désigna l'Arcbiduc Jean pour l'Autriche, le vieux Prince Guillaume pour la Prusse, le Prince Charles pour la Bavière. On les appelait, ironiquement, le Directoire des trois oncles, ces Princes étant les oncles des monarques de ces pays. Ce projet fut vivement combattu, et on finit, dans la séance du 23 juin, par élire un seul Dictateur, l'Archiduc Jean. Une députation porta l'offre de cette dignité à l'Archiduc, qui l'accepta, et le 12 juillet suivant, se présenta à l'Assemblée nationale.
foyers. Quoique je n'aie pas trop, jusqu'ici, à me plaindre de mon coin de céans, je sens, cependant, le terrain miné et mouvant sous mes pieds. Celui que je viens de quitter l'est, à mon sens, d'une manière effrayante. A Paris, le sang coule (1); depuis quelques jours, on ne sait que fort mal ce qui s'y passe par des dépêches télégraphiques venant de Bruxelles ; j'ai seulement la certitude que mes enfants ne s'y trouvent pas.
Sagan, Q juillet 1848. — Les combats de Paris m'ont tenue dans une grande alarme; heureusement que personne me touchant un peu particulièrement n'a été atteint autrement que par la terreur et le saisissement. A présent, ce sont les campagnes qui deviennent dangereuses; aussi ma fille Pauline est-elle rentrée en ville avec son fils.
Nous ne sommes guère moins malades ici qu'en France, et quand je regarde tous les foyers de communisme dont cette partie de l'Europe abonde, je ne puis fermer les yeux aux dangers qui nous menacent, d'autant plus que je suis fort loin de croire qu'on saurait les combattre, comme le prince Windisch-Graetz à Prague et le général Cavaignac à Paris.
Je pense me rendre dans quelques jours à Téplitz; j'attends d'abord d'être assurée que cette partie de la Bohême est pacifiée.
(1) A la suite du licenciement de cent sept mille ouvriers des ateliers nationaux, une émeute avait de nouveau ensanglanté Paris pendant quatre jours. C'est alors que fut tué T Archevêque, Mgr Aflre, sur les barricades où il était allé porter au peuple des paroles de paix,