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Sagan, l" mai 1850. — La réponse attendue de Londres, dans la question danoise, est arrivée samedi soir à Berlin. On y approuve entièrement les propositions simultanées et identiques de Meyendorff et de Westmorland, et on autorise ce dernier à les exprimer fortement; c'est ce qu'il a fait ; mais il paraît que les paroles les plus fermes restent sans effet et qu'il faudra des actes pour faire changer les allures du Cabinet de Berlin. Reedtz et Pechlin, les deux plénipotentiaires danois, sont à bout de patience et se plaignent des pièges qu'on leur tend; tout s'aigrit, s'envenime, et je vois les plus sages croire à quelque embrasement violent.
Sagan, 3 mai 1850. — Le Congrès des Princes (1), qui devait s'assembler à Gotha, doit maintenant se réunir à Berhn le 8 de ce mois. Parce motif, le mariage de la Princesse Charlotte de Prusse avec le Prince de Meiningen est remis au 18, ce qui ne lui plaira guère; quoique jeune, elle est éprise et pressée (2). C'est une charmante personne que j'aime particulièrement, et qui a pour moi un goût très marqué, mais je crains que Meiningen ne soit un trop petit théâtre pour son extrême activité, et son futur, un peu trop carafe d'orgeat pour une vivacité électrique,
(1) Ce Congrès avait été convoqué par la Prusse à la suite de la dissolution de l'alliance des trois Rois, dont le Hanovre, puis la Saxe s'étaient retirés. Le Roi de Prusse, déclarant vouloir travailler de tout son pouvoir à l'unité de la nation allemande, convoquait ce Congrès pour s'opposer aux menées ambitieuses de l'Autriche. Les Princes se rendirent à cet appel, et le Congrès s'ouvrit à Berlin le 12 mai.
(2) Ce mariage fut, en effet, célébré à Berlin le 18 mai 1850.
hciitce de sa mère, contenue cependant par une excellente éducation.
Sagan, "i mai 1850. — Humboldl nie mande que l'Angleterre ayant délégué tous ses pouvoirs à la Russie dans la question danoise, et le langage de Meyendorff étant menaçant et des plus fermes, on se décide à Berlin à des mesures pacifiques. Dieu le veuille! 11 dit aussi qu'il ne croit pas que le Congrès princier de Berlin soit au complet, qu'en tout cas, il n'en sortira pas grand'chose, et que la convocation, par l'Autriche, d'une réunion de l'ancienne Diète à Francfort, devient de jour en jour un danger plus formidable.
Mme de Chabannes m'écrit qu'elle est très mécontente du parti orléaniste, plus encore que de celui qui lui est opposé. Elle dit qu'on fait, de la part du Comte de Chambord, les propositions les plus acceptables ; que les jeunes Princes d'Orléans sont tous pour un pacte de famille ; que Louis-Philippe, fort affaibli, vacille ; que la Reine des Belges, se trouvant sous l'influence anglaise, est hostile; que Mme la Duchesse d'Orléans, mal renseignée de Paris, reste dans des réponses dilatoires.
Sagan, 8 mai 1850. — Lady Westmorland m'écrit de Berlin, d'hier : « On prépare le château de Berlin pour la demeure des Princes invités au Congrès. On a pu y arranger dix-sept appartements séparés; si cela ne suffit pas, on logera les Princes de surplus dans des maisons particulières, toujours aux frais du Roi, mais on doute que
le nombre de dix-sept soit atteint. Il n'y a, jusqu'ici, de certain que le Duc de Cobourg, le Duc de Brunswick, le Grand-Duc de Saxe-Weimar, le Grand-Duc de Bade, les deux Grands-Ducs de Mecklembourg. Quant à l'Electeur de Hesse-Cassel, il a fait dire qu'il l'iendrait pour expliquer lui-même au Roi pourquoi il ne pouvait entrer dans l'union restreinte. Le général de Biilow part aujourd'hui pour Copenhague, chargé de traiter une paix séparée entre la Prusse et le Danemark, sans s'occuper ni des Duchés, ni de l'Allemagne, et sans médiation. Quand je dis traiter j je veux dire proposer de traiter, car les négociations devront avoir lieu ici. On a décidé d'envoyer un plénipotentiaire à Francfort, et on suppose que ce sera M. de ManteufFel, le Ministre de l'Intérieur. La grande question est de savoir s'il se présentera comme plénipotentiaire de la Prusse, ou bien comme représentant à lui seul l'Union restreinte. Au premier cas, grande reculade prussienne, au second, non-admission de la part de l'Autriche. «
Sagan, 12 mai 1850. — J'ai reçu hier une lettre de Berlin dont voici l'extrait : « Vous verrez la liste des Princes arrivés, elle est dans la gazette. Ils y sont tous, excepté Nassau et Hesse-Darmstadt, mais il ne faut pas croire qu'ils sont d'accord. Le Duc de Cobourg a voulu avoir une conférence préalable chez lui, entre eux, avant la séance d'aujourd'hui au Château, où le Roi les a réunis pour leur faire un discours, puis leur donner à dîner. Le Duc de Cobourg a été étonné et fâché de trouver que
chacun a sa façon particulière de juger la question, et qu'ils ne veulent pas se laisser diriger par lui. Mecklembourg-Strelitz, Hesse, Oldenburg, se sont déclarés tout à fait opposés à la tactique prussienne, et le Duc de Brunswick, quoique favorable au Bund (1), l'est à sa manière, qui n'est pas celle des Cobourg. Manteuffel ne va pas à Francfort, cette question reste en suspens.
« M. de Persigny, qui est revenu de Paris, déclare que tous les partis se sont réunis au Président; que l'on va prendre les mesures les plus énergiques, que tout danger est passé. Prokesch est nommé à Constantinople ; on dit que c'est le général Thun qui le remplace ici. »
Berlin, 13 mai 1850. — Voici deux lettres que j'ai reçues de Berlin, l'une en allemand, dont voici la traduction : « Le Congrès des Princes est daas le meilleur train du monde. On s'occupe peu des affaires, mais en revanche on fait de grands exercices ; il n'y a pas de fin aux spectacles militaires; après cela, des dîners monstres, et, le soir, l'opéra du Prophète, des soirées ou des bals. Aujourd'hui c'est chez Meyendorff, demain chez Redern, lundi chez le Prince et la Princesse de Prusse, mardi chez les Westmorland, mercredi chez Leurs Majestés, et puis, plaise à Dieu, la clôture! La Régente de Waldeck est arrivée ici depuis jeudi pour le grand dîner dans la salle Blanche. Nouvelle jubilation pour les spectateurs. On lui a donné, comme Régente, le premier rang, avant tous les Princes.
(1) On appelait Bund l'alliance de tous les Souverains allemands contre l'ennemi extérieur. Il a existé jusqu'après la guerre de 18G6.
Le Roi exagère la politesse envers ses hôtes : au lieu de donner le bras à la Reine et de se faire suivre par les autres Princes, il a offert son bras à la Princesse de Waldeck, et la Reine au Grand-Duc de Bade, La Princesse a très bonne mine, s'habille bien, tout en noir, à cause de son veuvage, mais elle a le malheur de ne le céder en rien pour la taille élevée au général de Neumann ; elle lui a même emprunté son impertinente affabilité. Je crains que ce soir elle ne s'amuse pas trop chez Mme de Meyendorff, où le soutien de la Cour lui manquera ; les dames oublieront certainement la Régente, et ne verront en elle que la Princesse de Waldeck. LeDuc de Brunswick n'a pas assisté au dîner du Château, à cause d'une prétention de préséance sur le Duc de Cobourg. Hier, il y a eu des dîners chez les Princes Charles et Albert de Prusse, afin que le Roi et la Reine puissent reprendre haleine. Le soir, la salle de l'Opéra était magnifique, et le grand salon qui touche la loge Royale féeriquement décoré et illuminé. On avait joint les loges des étrangers à la grande loge, et cependant, les Princes, avec leur suite, y ont à peine trouvé place. Le public était tellement absorbé par leur aspect qu'il ne montrait guère que son dos au Prophète, et portait toute son attention sur VUnion allemande, attention qui s'accrut, naturellement, à l'apparition du Roi dans la grande loge, où il prit la troisième place à côté de la Régente de Waldeck. La Reine resta seule dans sa petite loge, où elle n'était pas même en toilette. Après le premier acte, le Roi conduisit pour quelques moments la Régente chez la Reine.
« Le discours adressé par le Roi aux Princes a été, dit-on, plein de dignité. Il les a invités à examiner s'ils voulaient loyalement et fidèlement suivre le même chemin que lui, ajoutant que, s'il leur était venu un autre avis, ils n'avaient qu'à suivre une autre route, en se séparant de lui, dont le cœur resterait sans rancune, mais qu'en le suivant, il fallait marcher fidèlement partout où il porterait la bannière . Hier soir, dans la séance des Ministres, des différends, des disputes, des querelles, se sont déjà hautement manifestés. Le Conseil administratif ^'^ était présenté comme auditeur; Hassenpflug a tout de suite protesté contre sa présence, et, finalement, on a été obligé de clore cette séance à peine commencée. Il s'en est suivi aujourd'hui un échange de lettres, rien moins que polies, entre Brandebourg et Hassenpflug, maiis point de séance ; bref, V Union a déjà disparu, dès l'essai de cette première séance. »
L'autre lettre est de laly VV^estmorland : « Les Princes ont eu d'abord une réunion entre eux chez le Duc de Cobourg, qui se donne beaucoup de mouvement, et qui voudrait être le chef des autres, ce qui offense déjà, et surtout, le Duc de Brunswick. Le Grand-Duc de Mecklembourg-Strelitz, représenté par son fils aîné, et l'Electeur de Hesse-Cassel, parlant pour lui-même et pour le Grand- Duc de Hesse-Darmstadt, ont déclaré ne pouvoir consentir à aucun acte tendant à former V Union prussienne, avant que l'Assemblée réunie à Francfort n'eût décidé sur la grande question qui doit se traiter là. Tous les autres Princes se sont déclarés voués à V Union et à la politique
prussienne, mais, même parmi ceux-ci, il n'y a rien moins qu'unité, chacun, en faisant la même profession de foi, voulant l'interpréter d'une façon différente. Les uns voulaient d'abord aborder la question politique dans la réponse qu'on devait faire au discours du Roi le lendemain matin, mais il a été décidé qu'on n'y répondrait que par des phrases de politesse. Hier, les Ministres des Princes ont eu leur première réunion pour discuter la marche à suivre. A leur grand étonnement, ils virent arriver M. de Radowitz et tous les membres du Verwaltungsrat (1). Là-dessus, le Ministre de Hesse, qui est, comme vous savez, violemment opposé à toute tactique prussienne, s'est levé et a déclaré que ces Messieurs n'avaient aucun droit de se mêler aux discussions des Ministres des Princes, et qu'il serait impossible pour eux de discuter franchement en présence de ceux dont ils auraient probablement à blâmer les actes, et surtout de M. de Radowitz. Celui-ci doit alors avoir déclaré que c'était pour soutenir les amis de V Union qu'il se trouvait là, et que, sans lui, il serait très possible que le Gouvernement prussien fléchît sous les attaques des Princes hostiles (beau comphmcnt, comme vous voyez, pour M. de Brandebourg et son Cabinet). Là-dessus, grande confusion et interruption de la séance sans rien décider. Voilà le commencement du Congrès. Il y a quelques épisodes piquants. Le Duc d'Oldenbourg, et surtout son fils, sont d'une violence si exagérée dans le sens Radowitz, Gagern, etc., que le père a fait une sortie à la réunion
(1) Conseil d'adrainistralion dr l'Ktat fédératif.
iii. 28
des Princes, que tous les autres ont trouvée par trop forte, et, le lendemain, le fils, se trouvant chez M. deMeyendorff, a débordé contre l'Autriche d'une manière si inconvenante que Meyendorff a dû lui faire une scène. Le Roi a été seul chez chacun des Princes à leur arrivée ; il a écouté très patiemment tout ce que le Grand-Duc de Mecklembourg- Strelitz lui a dit, et, au grand étonnement de ce dernier, a répondu qu'il partageait complètement sa manière de voir, surtout en ce qu'on ne devait rien faire ici avant de connaître le résultat de l'Assemblée de Francfort. J'ai bien peur qu'il n'ait dit à chacun des autres Princes qu'il partageait leurs opinions. Au fond, ce n'est pas son opinion, quelle qu'elle puisse être, qui décidera de rien. »
Sagan, 15 ?wae 1850. — Des détails qu'on m'écrit sur Claremont coïncident identiquement avec ce que je savais déjà. Il n'y a rien de bon, ni A^ à-propos à attendre d'une famille qui ne pardonnera jamais à la branche aînée d'avoir été sa victime, lorsque la cadette a usurpé les droits de l'orphelin légitime. La branche aînée, n'ayant rien à se reprocher à l'égard des d'Orléans, est bien plus conciHante, et plutôt prête à lui tendre la main que l'autre à lui présenter le petit doigt. Il n'y a que les grandes âmes ou les esprits d'une trempe vraiment supérieure, qui savent pardonner à ceux qu'ils ont offensés.
La fête de l'Opéra, à Berlin, paraît avoir été magnifique, mais, par un oubli inconcevable, au souper, on ne s'était pas souvenu de M. de Persigny. Il a quitté, en fureur, la salle de spectacle où les iavitations ayaient .eir-
culé. Le lendemain, on lui a envoyé un aide de camp avec des excuses.
Le Prince de Prusse sera, avec le duc de Wellington, parrain du dernier fils de la Reine Victoria (1), il s'appellera Arthur- William-Patrick ; ce dernier nom est une coquetterie irlandaise.
Il paraît que les deux Mecklembourg, les deux Hesse, le Grand-Duché de Bade elles trois Villes libres se retirent de l'Union. Il n'y avait rien de positivement déclaré, puisque la Conférence durait encore, mais ce bruit avait grande vraisemblance. Le Duc de Cobourg est, à ce sujet, dans une telle rage, qu'il disait tout haut qu'il voudrait étrangler de ses propres mains les récalcitrants. La question de la présence de Radowitz aux réunions a été terminée par le désir formel exprimé par le Roi de le voir assister aux Conférences, afin qu'il pût prêter à tous les Princes réunis l'avantage de ses talents.
Sagan, 16 mai 1850. — Voici ce qu'on m'écrit de Berlin à la date d'hier : « A une longue conférence, hier, les Princes ont plâtré une espèce de réconciliation, et les récalcitrants ont consenti à retirer leur sortie de V Union, vu que tous ont résolu d'envoyer leurs Plénipotentiaires à Francfort sous certaines conditions. Ils ont aussi décidé de former un Gouvernement provisoire pour deux mois. Le parti de la majorité paraît très content d'avoir, de cette manière, évité une rupture qui lui aurait enlevé tant de
(1) Le^duc de Connatrght, né à Windsor le i" mal iSSiOk.
membres de l'Union. De l'autre côte, Prokesch est dans un état violent et déclare que l'Autriche ne consentira jamais aux conditions des Princes, Des esprits plus calmes croient, au contraire, que l'Autriche ferait bien de les laisser tous venir à Francfort, et de ne pas forcer une dissolution que la nature des choses doit amener d'ellemême. Les Princes, ayant donc à peu près termine leur mission, partiront demain et après-demain, excepte le Duc de Meiningen qui reste pour les noces de son fils. Sir Henry VVym, le Ministre d'Angleterre à Copenhague, est arrivé ici pour se consulter avec lord Westmorland et MeyendorfF sur les affaires de Danemark. Je ne doute pas qu'elles vont se terminer, w
Sagan, 23 mai 1850. — M. de Meyendorff m'écrit de Berlin, à la date d' avant-hier : « J'apprends à l'instant l'attentat commis sur le Roi, hier, et dont vous verrez les détails dans tous les journaux (1), mais voici un fait curieux, qui, comme de raison, ne sera dans aucun : le Roi a dit à quelqu'un de présent qui me le mande textuellement : « J'ai été prévenu de cette tentative ; c'est une u trame qui menace encore d'autres Souverains. «
Sagan, 25 mai 1850. — D'après les lettres que je reçois en masse de Berlin, je n'ai aucun doute (malgré le
(1) Le 22 mai 1850, Sefeloyc, ancien sergent d'artillerie, tira sur le Roi au moment où celui-ci se disposait à se rendre à Potsdam pour y passer l'été. Le Roi, s'étant embarrassé dans un de ses éperons, fit un faux pas qui empêcha la balle de l'atteindre à la tête ; elle ne fit que labourer la chair du bras droit entre le poignet et le coude.
soin iiiex|)licablc que met le Gouvcrneiiient, jusqu'ici, à reprcsontor l'assassin comme un fou isolé), qu'il n'est, ni plus ni moins, qu'un émissaire de cette affreuse association de régicides, qui a son siège à Londres, et qui cherche des cerveaux brûlés qu'on arme en aveugles, et qu'on appelle the Blinds (1). Le Gouvernement était prévenu. On dit qu'il y avait cinq de ces émissaires à Berlin. Aleyendorff et Prokesch se sont précipités chez M. de Brandebourg et chez Manteuffel, les suppliant de proCter du miracle opéré par la Providence et de l'avertissement donné par elle, pour faire fermer les clubs, prendre des mesures d'urgence et jeter l'effroi dans les conciliabules; mais la faiblesse, la lâcheté sont à leur comble, et on ne songe qu'à sauver le criminel. On est justement alarmé pour Vienne et Varsovie (2) .
Sagan, 29 mai 1850. — Le Roi va mieux, quoique son bras le fasse souffrir, mais on dit qu'il faut cela pour la guérison. La Reine est pâle comme une morte, douce connne un ange, et courageuse comme un lion. 11 parait que les indices sur les affiliations de l'assassin avec les sociétés démocratiques sont si nombreux et si évidents qu'on renonce, peu à peu, à le déclarer fou, et qu'on cherche à pénétrer plus sérieusement dans ces sanglantes ténèbres. La trame se manifeste de plus en plus. On croit en tenir plus d'un fil, mais nous ne sommes pas énergi-
(1^ Les aveugles,
(2) Le Tsar venait de s'y rendre.
m CHRONlQtË
ques, et lioiis h avons pas le bonheur de l^à-propos. C'est bien Dieu, à hii seul, qui nous sauve, car assurément, nous ne l'aidons pas.
Les deux correspondants s'étant rencontrés ensuite à Baden-Baden, leurs lettres se trouvèrent interrompues jusqu'au mois d'août, où ils se séparèrent de nouveau. La Duchesse avait auprès d'elle, en revenant de ce voyage, sa dame de compagnie, Mlle de Bodelschwing, une Courlandaise qui lui était très dévouée et resta auprès d'elle jusqu'à sa mort.
Stuttgart, 4 août 1850. — Après avoir quitte le débarcadère de Carlsruhe ce matin, j'ai dormi dans ma voiture jusqu'à Pforzheim, entr'ouvrant quelquefois le coin de l'œil pour admirer ce gracieux pays, mais les refermant aussitôt. Je suis arrivée ici, à cinq heures, par de fraîches et riantes vallées. Je suis allée, en voiture découverte, visiter le monument de Schiller, qui m'a plu, et, par le superbe parc attenant au Château, nous sommes montées au petit palais de Rosenstein dont la situation, la vue sont charmantes, mais le Palais est bien peu de chose, les tableaux, les statues sont médiocres, les proportions mesquines. Nous sommes revenues par Canstadt, où nous avons été à la fontaine minérale goûter une eau qui m'a semblé détestable. Tous ces environs sont très jolis, et bien au-dessus, ce me semble, du modeste Carlsruhe. On ne nous a pas permis de voir la U/ilhelma, jardin et palais mauresque, créés par le Roi actuel. En longeant le mur de clôture, j'ai pu saisir des glimpses (1) qui m'ont consolée de n'en point franchir le seuil.
(1) Des petits aperçus.
ÀOtT 1850 43^
Vlm, 5 août 1850. — Ce matid, avant de quitter la capitale de Wurlembei'ifj, j'ai visité l'éj^lise chapitrale, intéressante par les tombeaux des premiers comtes de WUrtemberg, puis le château, dont on ne montre que la partie destinée aux réceptions. Nous avons visité les écuries, le manège royal, où on dressait des chevaux arabes charmants, arrivés dernièrement de leur brûlante patrie ; ils pouvaient s'y croire encore, tant il fait chaud. Je suis arrivée toute rôtie à la villa du Prince Royal ; c'est inachevé, mais cela sera charmant, dans le plus beau style de la Renaissance, situé à merveille, des vues admirables, mais aucun ombrage, un jardin mal planté, et, tout autour, une aridité désolante. Nous avons vu arriver un piqueur du Roi nous apportant une permission écrite, non sollicitée, pour voir la Wilhelnm. Nous nous y sommes rendues. Il y a un bain mauresque et des seiTes pour les plantes des Tropiques qui m'ont plu. Le jardin laisse à désirer. En tout, les jardiniers de Stuttgart ne me paraissent pas très habiles. Le chemin de fer nous a ensuite conduites ici par un pays fécond, accidenté, arrosé, boisé, charmant, plein de ruines, d'églises et de villages. Nous sommes tombées ici dans le Sànger-Verein (1), composé de treize cents chanteurs qui encombraient le chemin de fer, ainsi que les petites rues tortueuses de la vieille cité d'Ulm. Nous avons visité ici la Cathédrale, qui est très imposante, l'Hôtel de ville et une fontaine gothique, qui ont de rintérêt.
(1) Les Sanger-Vereine sont deux associations de chant fondées depuis bien des siècles en Allemagne.
440 CHIIONIQLE
Augshourg, 7 aoûl 1850. — En arrivant ici, hier, je n'ai vu de la ville que ce qu'on en traverse ; elle m'a semblé assez curieuse, par son ancien cachet de vieille ville impériale : des fontaines en bronze fort belles, des vestiges romains, la prison, la chapelle, le lieu du supplice de saint Affre. Dans l'auberge où je suis, les trois Maures, la plus ancienne de toute l'Allemagne, on est sur terrain historique. La chapelle dans laquelle Charles-Quint a entendu la messe, la cheminée dans laquelle le riche tisserand Fugger a brûlé les quittances impériales, enfin, tout ce que ma tête, abîmée par la chaleur, a pu saisir, je l'ai vu.
Munich, 8 aoûl 1850. — Je suis arrivée hier aprèsmidi. J'ai visité l'église Saint-Louis, qui m'a rappelé une des chapelles latérales de Saint-Pierre de Rome. La place avec les statues de Tilly et de Wrède, la rue Saint-Louis avec tous ses édifices, le jardin du Château entouré d'arcades peintes à fresques, ont employé le reste de la journée. Aujourd'hui, dès neuf heures du malin, nous nous sommes mises en campagne, et pour début, nous avons été à la Frauenkirche oii nous avons entendu la messe, dont le son était venu dans ma chambre, et que l'orgue, avec ses beaux accords, rendait irrésistible. De là, vite à la galerie Leuchtenberg, qui ne s'ouvre qu'à de certaines heures et à de certains jours. Je n'y ai été séduite que par un portrait plein d'expression de laLaure de Pétrarque peint par le Bronzino. Elle est représentée sur le retour, en costume austère de veuve, avec les traits nobles, un peu pointus, des yeux intelligents, ouverts, limpides.
Puis, m'est apparu un admirable tableau de Murillo, représentant un moine à genoux devant un ange, qui lui ordonne de recevoir la mitre d'Evêque. C'est d'une composition, d'une couleur, d'un dessin merveilleux, et pour moi, qui ai toujours eu une grande préférence pour Murillo, j'ai joui de cette nouvelle confirmation de mon goût. Du palais Leuchtenberg, j'ai été ensuite à la Basilique; j'ai été frappée de la beauté des fresques, de la richesse des marbres, de la perfection des matériaux et du travail. Cette Basilique n'est point encore consacrée; le couvent destiné aux Bénédictins, que le Roi Louis a fait construire, et qui se joint par la crypte à la Basilique, est tout prêt à recevoir les religieux, mais n'est point encore habité. Les fonds ont tous été emportés par l'indigne Lola Montes. En revenant, j'ai voulu revoir l'église de Saint- Louis, le charmant Chemin de la Croix avec ses quatorze stations, marquées chacune par une fresque pleine de sentiments religieux. Ce Chemin de la Croix en plein air meplait; je le préfère beaucoup à ceux qu'on applique dans l'intérieur des églises, et par lesquels on rompt désagréablement pilastres et colonnes. J'ai été charmée de retrouver ici des églises (les nouveUes du moins) sans chaises comme en France, sans bancs comme en Prusse. Les églises d'Italie voient les fidèles prosternés sur les dalles nues, ce qui est plus humble, plus pittoresque, et infiniment plus favorable à l'effet architectutural. Avant de rentrer, j'ai vu l'Église des Théatins, paroisse de la Cour, dont le rococo est si riche qu'il atteint une certaine beauté; puis l'église de Saint-Michel,
iAÛ dHÏiONIQUË
très Iai(ïc et ofnce^ ou déshonorée par d'horribles friperies, mais oii le monument funèbre du Prince Eugène de Leuchtenberg (I) par Thorwaldsen m'a intéressée. Voilà ce qui s'appelle avoir bien rempli sa journée.
Munich, 10 août 1850. — J'ai continué hier à explorer les curiosités de Miinich. J'.ii été visiter le Trésor, les grands appartements du Château, la Salle des Beautés qui ne sont guère belles et qui ont surtout l'air d'être tirées du Journal des Modes. Les belles statues de Schwanthaler dans la Salle du Trône m'ont fait grand plaisir. J'ai été, du Chcâteau, visiter la Taverne des Artistes; ils s'y réunissent tous les soirs, pour y trinquer et y deviser ensemble sur l'art et les inspirations de leur génie ; cette taverne, ils se la sont arrangée dans un style à part, qui rappelle les corporations du quinzième siècle; chaque artiste a contribué, par son talent, à la décoration de ce local, qui est dans de petites proportions, mais dont l'aspect est fort original ; les gobelets, avec les noms et les signes de chacun, y sont rangés en bon ordre avec des ornements moulés et modelés sur leurs dessins ; les noms de Cornélius, Kaulbach, Schwanthaler, etc., se lisent sur plus d'un objet. C'est vraiment fort intéressant. J'ai été aussi visiter le potier et le ferblantier qui fabriquent les cruches et gobelets à bière fameux en Bavière ; les formes les plus originales s'y rencontrent, il y en a de gracieuses, il y en a de burlesques. La Chapelle dédiée à
(1) Ce monument fut élevé à Eugène de Beauharnais, créé duc de Leuchtenberg, par le Roi Louis de Bavière, son beau-père.
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tous les Saînts, îittenante au Château, n'a pas passe inaperçue; elle est belle, riche, noble, un peu orientale, et semble avoir été construite et ornée sous l'inspiration de Saint-Marc de Venise. Nous nous sommes ensuite fait conduire en calèche hors la ville, sur la October-Wiesej au milieu de laquelle s'élève le grand monument de la Bavaria, statue colossale en bronze par Schwanthaler, entourée de trois côtés par une magnifique colonnade en marbre, que la statue domine de trente pieds. Les échafaudages ne sont pas encore enlevés, mais ce qu'on en voit est gigantesque. Le temps étant beau, nous avons poussé deux lieues plus loin, du côté oîi l'Isar s'échappe des montagnes pour arroser la plaine de MUnicb. Un joli bois nous a conduites au pied d'un castel gothique, que Schwanthaler venait d'achever quand la mort est venue l'abriter mieux encore.
Aujourd'hui la Glyptothèque, la Bibliothèque et le charmant palais des Wittelsbach (1) (résidence d'hiver du Roi Louis et de la Reine Thérèse, qui n'a été étrennée que l'hiver dernier) ont eu notre visite. Xous voulons encore aller à la Pynacothèque, à l'atelier de Schwanthaler que son cousin conserve avec scrupule, et qu'on dit intéressant. Ce soir, j'irai entendre un bout de la Norma, puis Miinich sera clos pour moi. Mon attente a été surpassée, ma curiosité satisfaite, et ma personne fatiguée.
Salzhurg, 16 août 1850. — Je suis arrivée avant-hier
(1) Nom de la Famille Royale de Bavière.
ici, en traversant le plus beau pays, le plus Ibrtile, le plus pittoresque, par un temps cliarinant. Je vais m'enfoncer davantage dans les montagnes qui renferment Ischl. J'ai vu la Cathédrale, le Nonnenberg, avec sa vieille église et son noble couvent, la forteresse sur son inaccessible rocher, les salles qu'on y restaure. J'ai été visiter Aigen, où le cardinal Schwarzenberg aimait à se reposer^ et dont il ne s'est séparé qu'il y a dix jours, non sans d'amers regrets. J'ai vu le château de Mirabelle, celui de Heilbrunn, l'élégant et curieux Anif, et enfin le cimetière de Saint-Pierre, qui a un caractère si original.
Ischl, 17 août 1850. — La station que je fais ici ne me plaît pas trop. Ce n'est pas que le lieu ne m'ait paru joli en arrivant, que l'air de ses montagnes élevées et abritées si bien du nord ne doit être excellent, mais Ischl est plein de monde, et malheureusement du monde de connaissance, de ce genre de monde qui oblige.
On me mande de Paris qu'il y a un flot de légitimistes qui se rendent à Wiesbaden pour y voir le Comte de Chambord, et entre autres M. de La Ferté, gendre de M. Mole, qui y aurait été spécialement mandé par le Prince.
J'ai vu Louise Schœnbourg, beaucoup plus calme sur la politique, plus équitable pour son frère Félix Schwarzenberg, mais craignant que le Ministre Bach ne soit un traître qui creuse un précipice sous les pieds de son frère. Ce Ministre Bach est du reste l'objet de l'exécration, d'abord des grands seigneurs autrichiens, mais aussi de tous les
propriétaires, à quelque catégorie qu'ils appartiennent. La comtesse Schœnbourg, grande-maîtresse de l'Archiduchesse Sophie, est venue m'apporter l'invitation de dîner demain chez Son Altesse bnpériale. Comme c'est le jour de naissance de l'Empereur, il y aura dîner de famille, et je les verrai tous, ou à peu près tous réunis.
Ischl, X^août 1850. — On m'écrit de Berlin qu'on a eu à Potsdam les attentions les plus flatteuses, les égards les plus marqués pour M. le Duc de Bordeaux, dont chacun aussi est resté très enchanté (1). Le général Haynau a partagé avec Mlle Rachel la curiosité du public (2) ; le général enviait les applaudissements de l'actrice ; on dit que cette concurrence a offert des scènes assez comiques. On s'est, du reste, lassé bien plus vite de la vanité militaire que de celle dos coulisses.
Au dîner, hier, chez l'Archiduchesse, excepté la Famille Impériale et le service obligé, il n'y avait que moi. Le
(1) En se rendant à Wiesbaden. où la question de la fusion entre les deux branches de la maison de Bourbon devait se traiter, M. le Duc de Bordeaux passa par Berlin, où sa présence fit grande sensation. Le Roi de Prusse, alors à Potsdam. le reçut avec beaucoup d'honneurs. Le Prince y arriva le 6 août et y habita le \ouveau Palais. .Monseigneur était accompagné du duc de Levis. du marquis de La Ferté, de M. Berryer, et de plusieurs autres Français de distinction. Pendant ce séjour, on donna la représentation de Polyeucte, jouée par Mlle Rachel alors à Berlin.
(2) Le général autrichien Haynau s'était rendu célèbre par ses répressions sévères en Italie pendant le bombardement de Peschiera, comme par ses représailles exercées sur les habitants de Bergame et de Ferrare, le sac de Brescia, le massacre des insurgés. Plus tard, pendant la guerre de Hongrie, il avait montré les mêmes rigueurs aux exécutions dont Pesth et Arad furent le théâtre en octobre 1849. On disait même qu'il y avait fait fouetter des femmes. Le général était alors de passage à Berlin.
jeune Empereur a une tournure très élégante ; son frère Max, mon voisin à table, est très causant, spirituel et agréable ; tous les vieux Archiducs très polis ; l'Archiduchesse Sophie, comme toujours, extrêmement attrayante et agréable. On a bu à la santé de l'Empereur, on a tiré le canon, la musique militaire a joué l'air national, qui a été aussitôt entonné par la population assemblée sous le balcon. A la nuit, la cime des montagnes et la ville se sont illuminées des feux de réjouissance ; c'était d'un effet charmant.
Ischl, 21 août 1850. — Je reviens d'Aussée où l'établissement de la famille de Binzer et de Zedlitz est une véritable idylle; beau site, fraîches prairies, lac pittoresque, ombrages touffus, maison élégante, simple, commode sous forme rustique. La mère, les filles conduisent un petit domaine rural que le père cultive lui-même, tandis que Zedlitz fait des vers, que l'armée d'Italie et celle de Hongrie lui envoient des adresses et des vases d'or. Un fils dessine à ravir, deux de ses amis sculptent et peignent, le tout pour embellir cette agreste demeure, sur les murs de laquelle des fresques fort gracieuses rappellent les scènes principales des poèmes de Zedlitz. Le soir, jeunes et vieux naviguent sur le lac en chantant des tyroliennes, des ballades allemandes, des romances françaises, des boléros espagnols. Tout cela est enfermé dans une vallée d'un accès difficile où les échos du monde arrivent fort affaiblis. C'est un rêve, ou pour mieux dire, une fiction dans le domaine de la réalité.
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Vienne, 23 août 1850. — Je suis arrivée il y a deux heures ici, à la lettre rôtie et accablée par douze heures de bateau à vapeur, par une chaleur africaine. Il y avait foule sur le petit navire ; c'était à ne pas y tenir, et quoique par moments les bords du Danube soient pittoresques et bien meublés, je ne leur trouve pas l'intérêt des bords du Rhin entre Mayence et Cologne.
Vienne, 25 août 1850. — Le chapitre des folies humaines est interminable. Voici le Roi de Danemark qui y ajoute un drôle d'alinéa par son ignoble mariage morganatique ; hier, le télégraphe a apporté ici la nouvelle de son abdication (1).
J'ai reçu force lettres aujourd'hui de tous les côtés : de Mme de La Redorte, des Pyrénées, où elle me semble prendre l'ennui pour de la tristesse; c'est cependant bien différent. Mme Mollien m'écrit de Claremont qu'elle va bientôt retourner en France ; elle me paraît croire à une assez prompte fin de Louis-Phihppe ; il est à bout de luimême. On voulait le faire aller à Richmond; la Duchesse d'Aumale a fait une fausse couche, ce qui a retardé le déplacement. Il paraît que déjà chaque membre de la famille se demande ce qu'il aura à faire ; quelle route on aura à suivre, quel parti à prendre lors de la disparition
(1) Frédéric VII, Roi de Danemark, avait épousé, le 7 août, une marchande de modes, Lola Bosmussen, surnommée la Lola danoise, qui fut créée Comtesse à cette occasion. Une correspondance de Hambourg avait alors répandu le bruit de l'abdication du Roi en faveur de son héritier naturel, le Duc d'Oldenbourg, afin de simplifier la question de succession, mais cette nouvelle était dénuée de fondement.
de ce vieux chef, devenu, dit-on, d'une irritabilité que sa faiblesse physique seule égale. Triste fin d'une carrière pleine de contrastes, sur l'ensemble de laquelle l'histoire prononcera probablement un arrêt sévère. Quand on prend la place d'un orphelin, encore faut-il savoir s'y maintenir, ou périr en la défendant. La Reine Marie- Amélie est, dit-on, plus sainte, plus forte, plus résignée, plus admirable que jamais.
Ici, on parle peu politique. La révolution même n'y a pas tué un certain commérage frivole, qui ne manque pas d'une certaine grâce quand on n'en use pas trop longtemps. Cependant, on est assez satisfait de la vigueur inusitée que le Cabinet de Dresde déploie depuis quelques semaines, et qu'on reporte au Ministre comte de Beust, qui procède fort énergiquement, et qui vient d'un coup d'expulser vingt professeurs gangrenés de l'université de Leipzig (1).
J'ai visité hier le palais Liclitenstein, si fabuleux pour sa magnificence. Je trouve cependant que, quels que soient les revenus, mettre 80000 florins à un seul lustre est impardonnable. Il y a cependant bien plus à admirer qu'à blâmer dans cette belle création du luxe moderne.
Vienne, 31 août 1850. — Il se répand ici que le Roi Louis-Philippe est mort. Je n'ai point appris encore si
(I) M. de Beust avait repris en 1849, dans le Cabinet de Dresde, le portefeuille des Affaires étranjjèrcs qu'il avait déjà eu en 1841, et y ajouta celui des Cultes. Il avait pris une part active à l'alliance des trois Rois, puis, avec le concours de l'Autriche, il rechercha l'alliance des quatre Souverains.
SEPTEUHRE 18.-.0 440
cette nouvelle est fondée ou non (1). Vienne, malgré les catastrophes des dernières années, est sinjjulièrement peu entrée dans la vie politique, et le Praler, et le spectacle et le commérage y dominent, à peu près comme par le passé. J'ai été revoir Saint-Etienne, qui me fait toujours une grande impression; j'ai été aussi faire une petite station à la gracieuse et singulière église de Maria-Stoif|, attenante au couvent des Ligoriens, dont la Révolution de 1848 les a chassas.
Safjan, h sepfemhrc 1850. — J'ai fait une tournée par Dornbach, qui appartient à la princesse Lory Schwarzenberg, Felsberg et Eisgrub aux Lichtenstein, La princesse Lory Schwarzenbcrg fait fort agréablement les honneurs de son élégante villa, dont la situation et la vue sont charmantes. Felsberg est un établissement d'hiver, clos, chaud, abrité, un peu triste; il y a beaucoup de place, mais les proportions des pièces ne sont pas bonnes, le jardin insignifiant; il y a une belle chapelle, une jolie salle de spectacle, beaucoup de portraits de famille, quelques vieux meubles de formes et de dates curieuses. L'appartement surtout du Prince Eugène de Savoie, qu'il habitait lorsqu'il venait chasser chez son ami, le prince Lichtenstein, voilîi ce qui m'a le plus frappée. Eisgrub est élégant, soigné, gai, avec un grand parc qui se perd dans les bois, dans une contrée couverte d'étangs, peuplée de gibier de toute espèce. Les haras, les écuries, le manège, tout est soigné à l'anglaise.
(1) Lonis-Philippe était mort le 2G août.