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pêle-mêle, abominable, surtout pour un malade : c'est une maison en bois; on y est dévoré de puces et de souris ; rien ne ferme, les courants d'air y régnent librement, et le bruit est odieux. On est à six lieues d'une pharmacie, on manque de tout; c'est inimaginable ! Je suis désolée qu'on bâtisse dans un pareil pays. U y a tout à créer, même le terrain plat sur lequel on pourra bâtir la maison. Elle ne sera finie que dans des années; les Castellane espèrent pouvoir en habiter le quart, l'année prochaine !
Auhijou, 23 juin 1842. — Mon gendre est beaucoup plus calme. U fait un temps hideux : hier, il a tonné et plu à verse pendant toute la journée. C'est un chien de pays, je n'en rabats rien, et je suis tout à fait désespérée de voir qu'on y bâtisse. On peut bien y vivre pour rien, quand on veut exister comme les naturels du pays, mais dès qu'on veut y introduire la moindre civilisation, cela devient très cher, et je crains qu'en définitive, sous le rapport de la santé et de la bourse, mon gendre n'ait à se repentir de s'y être enraciné. Il est impossible d'être plus raisonnable, plus douce, plus résignée, plus dévouée, plus méritante à tous égards que ne l'est Pauline, dans toute cette maladie, et dans les mille et une peines, tribulations, contrariétés qu'elle entraîne, elle se conduit avec autant de cœur que de bon sens; aussi est-elle l'objet de l'estime générale. Tous leurs domestiques les servent avec un véritable dévouement. On est à moitié enveloppé dans les nuages ici. Les habitants sont très sauvages : ils cuisent
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du pain au mois de septembre pour six mois. Au mois d'octobre, ils s'enferment avec leurs bestiaux et ne communiquent plus entre eux : ils restent, ainsi, ensevelis dans des neiges qui ne sont pas toujours fondues au mois de mai. Il y a des parties très pittoresques en Auvergne, mais ce n'est pas de ce côté-ci ; les montagnes sont trop rondes, leurs cimes trop plates et trop nues; aucune belle masse d'eau; bref, c'est monotone à l'excès. Les ruines du vieux cbàteau d'Aubijou sont le seul accident qui donne un peu de caractère au paysage : on les couvre de plantes grimpantes, et on fait bien; puis, mon gendre fait énormément planter, pour garnir et meubler le pourtour de la maison et la vue des fenêtres, mais il faudra bien du temps avant que tout cela pousse; en attendant, c'est bien triste, et je crois ce climat très éprouvant.
Aftbijou, 24 juin 1842. — Alon gendre, qui repoussait toute idée de déplacement, vient, après une nuit très agitée, de déclarer tout à coup qu'il ne voulait plus rester ici ; nous avons bien vite saisi ce désir au vol : les chevaux sont commandés, nous faisons nos paquets, mais on ne peut partir que demain. Henri partira couché, et ira à très petites journées. Les médecins déclarent que ce qu'il y aurait de pire, pour lui, serait de rester ici ; j'en suis intimement convaincue : c'est le lieu le plus fatal pour être malade. 11 se reposera quelques jours à Clermont, après quoi, il ira aux eaux de Néris qui lui sont ordonnées et que je crois les premières du monde pour les rhumatismes nerveux. J'irai un peu avec eux voir comment il sup-
portera la route, après quoi, je prendrai les devants ; je ferai le détour de Néris pour leur trouver un bon logement, puis je continuerai vers Rocliecotte, où je serai fort aise de me retrouver, car je suis horriblement fatiguée; je sens que si je vivais plus longtemps ici, j'y tomberais malade. Ma pauvre fille n'y tient plus. Au moins, soit à Clermont, soit à Néris, elle sera en pays civilisé, près des secours, et tirée du terrible isolement dans lequel elle se trouve ici.
Pour complaire à mon gendre, j'ai fait une promenade assez longue et curieuse, hier, dans le vallon dominé par ses nouvelles constructions. J'y ai trouvé de belles eaux et des arbres superbes, mais c'est encore inabordable, il faut se frayer des passages, la hache à la main.
Longueplaine, près Tours, 29ywml842. Chez M. delà Besnardière. — Nous sommes partis d'Aubijou le 25 au matin : ce n'était pas chose aisée ; on a couché mon gendre sur un matelas, qu'on a établi dans leur grande voiture de voyage qui, heureusement, est fort commode ; puis, il a fallu sortir des montagnes. Outre la voiture des Castellane, qui les contenait avec le médecin, la fenmie de chambre, l'enfant et deux laquais sur le siège, il y avait la mienne, où j'étais avec une femme de chambre, M. Vestier, et Jacques sur le siège, puis un petit tilbury traîné par des chevaux corses, dans lequel se trouvaient le cuisinier et un jockey auvergnat; à cheval, l'homme d'affaires, un garde et un nègre que mon gendre a ramené du Midi, qui se nomme Zéphir, et qui sonnait du cor : le tout était fort