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raconté de curieux détails, qui vous paraîtront peut-être un peu rétrospectifs, par les faits auxquels ils se rapportent, mais qui me semblent n'être pas sans intérêt. Lors de l'avènement de la Reine Victoria, avant même que les membres du Corps diplomatique aient eu le temps de recevoir leurs nouvelles lettres de créance, la Reine a voulu les voir au Palais de Kensington. Ils furent tous présentés individuellement, par lord Melbourne et lord Palmerston. Quand les trois premiers, c'est-à-dire le prince Esterhazy, le général Sébastiani et le baron de Biilow, eurent été présentés, lord Melbourne, les prenant à part, leur dit : « Eh bien ! Comment trouvez-vous ma i^ petite Reine? N'est-ce pas qu'Elle est très bien? Elle aies « meilleures dispositions pour tous les souverains étran- « gers, et je puis vous garantir qu'Elle vivra en paix avec « tous. Il y en a un, cependant, contre lequel Elle a une « haine étonnante. C'est de l'enfantillage, c'est foolish, et « j'espère que nous parviendrons à détruire cela ; ima- « ginez qu'elle a une haine violente contre le Roi desPays- « Bas. w Ce qu'on imagine encore moins, disait Dedel, c'est un pareil langage dans la bouche d'un premier Ministre d'Angleterre. En continuant il m'a dit: Depuis que sir Robert Peel est à la tête du gouvernement, la Reine ne se mêle plus de rien. Elle le laisse faire entièrement. Elle avait pris un vif intérêt dans le Ministère de lord Melbourne, parce qu'elle était dans un excitement continuel, par suite de la situation toujours chancelante de son Cabinet; maintenant qu'Elle sait que, de longtemps, rien ne peut ébranler sir Robert Peel, elle ne se soucie plus des
affaires d'Etat. Ce changement a eu de fàclieux résultats pour le prince Albert. Elle ne s'occupe plus que de lui. Elle le tient en laisse, ne lui acccorde pas un moment de relâche et exerce réellement sur lui une tyrannie, dont le jeune Prince dissimule mal, parfois, la fatigue et l'ennui qu'il en ressent. Au reste, la Reine a gardé de l'affection pour lord Melbourne, qui l'amusait, et qui a eu l'avantage d'être le premier à Tinitier aux affaires d'Etat. Sa haine contre le Roi des Pays-Bas s'explique par l'influence que le Roi des Belges a longtemps exercée sur Elle, mais qui parait s'être fort affiûblie dans ces derniers temps. Dedel dit que le Corps diplomatique à Londres fait maintenant la plus triste figure, qu'il n'a aucune considération dans la société, oii on le compte fort peu. Le Ministre de Russie, le baron de Brunnow, est un homme de beaucoup de talent, et qui a, au suprême degré, l'esprit des affaires. Il est faux jusqu'à la fourberie ; un véritable Gréco-Russe, très dangereux dans les relations qu'on a avec lui. Dedel reconnait que Brunnow a eu de grands succès diplomatiques à Londres. On témoigne en général, de la bienveillance à M. et Mme de Sainte-Aulaire. On trouve Madame polie, et Monsieur assez amusant. M. de Barante a plu aux personnes qui ont causé avec lui. A tout prendre, disait Dedel, le général Sébastiani est encore celui des trois Ambassadeurs de France ayant succédé à M. de Talleyrand, qui aie mieux réussi à Londres. Il avait le coup d'œil très juste. Sa première impression, dans toutes les affaires, était bonne ; son désavantage était de ne savoir pas développer clairement ses idées. II avait ti'ès
bien compris la question d'Orient et l'aurait convenablement arrangée, si on l'avait laissé à son poste. Quant à M. Guizot, il a fait faute sur faute à Londres, et a bien montré qu'il ne savait absolument rien de ce que c'est que la diplomatie. Il s'est cru à Paris, où tout se mène par des intrigues parlementaires, et il a voulu séparer lord Holland, lord Clarendon, lord John Russell de lord Palmerston, oubliant que celui-ci était le beau-frère de lord Melbourne, qui en définitive était le maître ; il a évidemment cherché à renverser le Cabinet, jeu fort imprudent et fort dangereux de la part d'un Ministre étranger. Il a aussi essayé d'ameuter quelques membres radicaux de la Chambre des Communes contre lord Palmerston, et a même poussé l'imprudence jusqu'à dîner avec eux en petit comité au Star and Garter, à Richmond. Lord Palmerston a dit une fois à Biilow : « M. Guizot doit me savoir gré de ne « pas faire usage des pièces que j'ai entre les mains, et « qui constatent de la manière la plus précise ses menées « et ses intrigues pour renverser le Cabinet. Elles sont « d'une nature telle qu'elles autoriseraient le gouverne- « ment de la Reine à lui envoyer ses passeports. « Le voyage de Mme Lieven en Angleterre a fait aussi le plus grand tort à M. Guizot. Lord Palmerston, qui connaissait la haine de Mme Lieven contre lui, a vu, dans son arrivée, un nouveau coup qu'on voulait lui porter et sa vengeance n'a plus connu démesure. En tout, la France, les Français et leur gouvernement sont très mal vus en Angleterre depuis deux ans, et on trouve que l'Ambassade de France actuelle n'est pas de force à changer ces dispositions. Le
Cabinet an«jlais actuel, qui blâme la conduite de lord Pabnerston, croit toutefois avoir lait, depuis qu'il est au pouvoir, tout ce qu'il lui était convenablement possible de faire pour ramener l'esprit public de la France. Il reconnaît avec peine qu'il n'a pas réussi ; mais il est bien décidé à ne rien faire de plus, et à attendre les événements en se tenant prêt à toutes les éventualités.
« Les choses marchent assez mal en Hollande, où la maison d'Orange devient de plus en plus impopulaire. On ne pardonne pas au vieux Roi sa rapacité, la manière dont il a exploité le pays pendant vingt-cinq ans, et encore moins son mariage avec une catholique belge, après avoir, durant deux années, condamné le pays à supporter un état aussi onéreux que la guerre, sans sa gloire et ses profits, tout cela pour l'agrandissement de sa famille. Le nouveau Roi est léger, inconsidéré, imprudent. On le blâme de se jeter dans les bras de la France, ce qui est une politique toute nouvelle et aventureuse pour la Hollande ; on blâme surtout son entêtement à maintenir l'armée sur un pied ruineux pour le pays ; le budget reste énorme : quatrevingts millions de florins pour une population de moins de trois millions d'âmes. La nomination du baron Heskern, comme Ministre des Pays-Bas à Vienne, a causé un grand scandale en Hollande et y a renouvelé des bruits fâcheux.
Rochecotte, Il septembre 1842. — J'ai reçu hier une lettre de M. de Salvandy, dont voici l'extrait : « Le plongeon de Thiers est fabuleux. L'amende honorable au Gouvernement a été complète; il lui a baisé la main. Je
l'aurais trouvé plus habile d'être plus digne. Cela arrive bien souvent. Je ne crois pas qu'il se soit, par là, rendu possible immédiatement, mais par cela seul, qu'il a l'air de l'être, le pouvoir est plus difficile à tout le monde. L'un des résultats de cette immense flatterie, c'est de rendre le Roi ingouvernable. M. de Lamartine n'a jamais été qu'un météore. Il écrit à M. Villemain qu'il va faire de la grande opposition ; il n'y aura de grand que son impuissance et sa chute, w
Je compte partir, dans quelques heures, pour Valençay et y passer un mois chez mon fils, auquel je l'avais promis depuis longtemps.
Valençay, 24 septembre 1842. — J'ai été fort affligée de la mort de ma pauvre et excellente cousine, la princesse Pierre d'Arenberg. Elle avait, pour moi, beaucoup de bienveillance, comme son mari, et tout ce côté de ma famille. Je leur suis, à tous, bien sincèrement attachée. La sœur de charité, qui a soigné Mme d'Arenberg, lui a entendu dire, tout de suite après l'Extrême-Onction : ce Mon Dieu ! que votre volonté soit faite ! « Je reste convaincue qu'elle a été éclairée sur son danger, dans les dernières quarante-huit heures de sa vie, et que c'est par force d'âme, et pour ne pas ôter à ses entours la consolation de la croire dans l'illusion, qu'elle n'a pas plus clairement parlé de sa fin. C'était une âme d'élite !
Valençay, 27 septembre 1842. — J'ignorais qu'il fût question du mariage du Prince de Joinville avec une
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Princesse du Brésil ; je croyais même que ces Princesses ne pouvaient quitter le Brésil, à moins que leur frère, l'Empereur, qui n'est pas encore marié, n'eût des enfants. Je m'étonne aussi que la Reine des Français ne redoute pas un peu le sang de ces Princesses de Bragance et leur éducation. Puis, pourquoi marier si tôt un jeune homme, marin de profession, qui a trois frères et déjà trois neveux? Cela prépare des quantités de branches collatérales, qui, grâce au partage des fortunes et à la lésinerie toujours croissante des Chambres, deviendront nécessiteuses, appauvries et bientôt une gêne pour le chef de la famille.
Valençay, 5 octobre 1842. — J'ai des raisons de croire au mariage de la Princesse Marie de Bade avec le marquis de Douglas : cependant, c'est moins fait que ne le disent les journaux.
Je partirai d'ici le 15; j'irai dîner à Tours, chez ces malheureux d'Entraigues, qui viennent de perdre une fille dans les circonstances les plus douloureuses, et j'arriverai pour coucher à Rochecotte. J'aime mieux une forte journée que la fatigue, le froid et les rhumes des auberges dans cette saison. M. Royer-CoUard, qu'il m'aurait été impossible d'aller voir à Châteauvieux, à cause des chemins trop raboteux qui y mènent, a bien voulu venir ici hier. Cet effort, à son âge, et avec une santé affaiblie, m'a vivement touchée. Il m'a parlé de son intérieur, de ses intérêts les plus proches et m'a paru fort détaché de tout le reste.
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Rochecotle, H) octobre 1842. — Je suis arrivée hier soir pour me coucher. Le home a toujours un mérite particulier, qu'on ne trouve nulle part ailleurs. J'ai cependant quitté Valençay avec regret : j'y ai été fort soignée ; tout le pays est resté bienveillant pour moi ; j'aime beaucoup mon fils, dont le commerce me plaît; puis, nulle part les souvenirs ne sont aussi nombreux et aussi puissants sur moi qu'à Valençay. . .
Il vient de se passer, à Nice, un fait écrasant de merveilleux, et dont je connais tous les acteurs : leur véracité, leur droiture, leur foi et leurs lumières sont incontestables. La fille aînée du comte de Maistre (1), depuis bien des mois percluse d'une jambe qui s'était tordue, souffrait des douleurs désespérantes, poussant les hauts cris jour et nuit, abandonnée par tous les médecins, qui parlaient de gangrène et d'amputation. En dix minutes d'une fervente invocation, elle vient d'être radicalement guérie, devant douze personnes qui étaient dans sa chambre (et toute la ville de Nice pour y prendre part), parles ardentes prières de Mlle Nathalie de Komar, qui, depuis quelques années, est dans la plus grande mysticité. La guérison est complète, et le mal était désespéré. La jeune malade est elle-même une sainte, se destinant à être sœur de charité : tout cela confond, anéantit; expliquer ne se peut pas, contester, dans la circonstance actuelle, pas davantage. Il n'y a qu'à se taire, s'humilier et adorer.
(1) Franccsca de Maistre.
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Hoc/iecotle, 17 octobre 1842. — Je suis un peu latiguée de ma journée d'hier. Le Curé était venu me prévenir qu'il avait attendu mon retour pour placer dans son église le Chemin de la Croix ; un des Grands-Vicaires de Tours venait d'arriver, pour faire cette cérémonie : il a donc fallu y assister. Elle était belle et touchante, mais fatigante, surtout à cause de la procession. Puis, il fallait gagner l'église qui est éloignée; le chemin, mauvais, dur en voiture, trop long à pied ; bref, le tout m'a surmenée.
J'ai des nouvelles de Pauline, du 8, de la villa Melzi, et du 10, de Milan : elle est dans un ravissement complet de tout ce qu'elle voit, émerveillée de la magnificence élégante des Melzi, et bien touchée de leur accueil, qui a été plein de grâce et de recherche. Je suis charmée que ma fille trouve de l'agrément à ce voyage, qui lui a bien coûté à entreprendre.
Rochecotte, 19 octobre 1842. — J'ai reçu hier une lettre de Berlin, qui me dit qu'il y est fort question du retour à la Haye de l'ex-Roi des Pays-Bas, le comte de Nassau. On dit qu'il y conduirait sa fille (1), comme moyen de la tirer, sans éclat, de la fausse position dans laquelle elle s'est mise, vis-à-vis de son mari et de toute la Cour. Elle avait eu la permission de paraître aux fêtes du mariage de la Princesse Marie de Prusse avec le Prince Royal de Bavière, mais son mari, le Prince Albert, s'est dit malade, n'a pas paru et ne revoit plus sa femme. Je sais bien que
(1) La Princesse Albert de Prusse, née princesse Marianne des Pays-Bas.
la Princesse Marianne passait pour légère, mais, à mon dernier voyage à Berlin, elle paraissait, ostensiblement, dans les meilleurs rapports avec son très peu agréable époux ; il faut donc qu'il se soit passé quelque chose de particulier dans ces derniers temps.
Rochecotte, 27 octobre 1842. — J'avais déjà entendu parler, à Berlin, non pas d'un chasseur du Prince Albert, mais d'un Stallmeister ou piqueur, qui suivait, seul, la Princesse dans ses cavalcades de Silésie, mais je ne pouvais pas croire à cette histoire, qui paraît, cependant, avoir pris plus de consistance.
Rochecotte, 3 novembre 1842. — L'aristocratie anglaise est dans un grand émoi, de l'histoire du Prince Georges de Cambridge avec lady Blanche Somerset. Que va-t-elle devenir? La fille d'un particulier, quoique grand seigneur, ne peut épouser un Prince qui peut être appelé à la Couronne (1).
On dit que lady Harriet d'Orsay a eu un tel chagrin de la mort de M. le Duc d'Orléans, qu'elle a tourné à la dévotion, et qu'elle veut se faire catholique. La princesse Belgiojoso est aussi dans une grande exaltation religieuse.
(1) Ce mariage, que tous les journaux anglais annonçaient comme devant avoir lieu, ne se fit pas, la Reine ayant absolument refusé son consentement, ainsi que le Conseil privé. Le prince Georges de Cambridge, par une lettre de son avocat an journal Y Observer, donna un démenti formel aux bruits calomnieux qui circulaient, et lady Blanche Somerset, fille du second mariage du duc de Beaufort, épousa plus tard, en 1848, lord Kinnoul.
et comme il faut toujours qu'elle imagine des choses étranges, elle porte un costume de nonne.
Le prince indien qui est à Paris (1), en ce moment, a été à l'Opéra : il a voulu aller dans les coulisses, oii on lui avait dit qu'il trouverait des danseuses de bonne volonté; il arrive, et se met aussitôt à embrasser, avec une telle rage, qu'il fallut vite le faire sortir de force, au rire général des assistants.
Rochecotte, 4 novembre 1842. — M. Bresson m'écrit, de Berlin, que la réunion des Etats et les chemins de fer qui aboutissent maintenant dans cette capitale lui donnent un grand mouvement, et qu'elle est devenue très animée. Il dit aussi que le comte Maltzan est devenu bien malade, que sa vie est en danger, et que M. de Biilow est le plus agréable Ministre des Affaires étrangères avec lequel il ait eu à traiter.
Rochecotte, 12 novembre 1842. — Mme de Lieven me mande que lord Melbourne a eu une attaque, qui le laisse faible, et le met hors des chances de la politique, ce qui est un draw'hack pour les Whigs (2). Le mariage de la Princesse Marie de Bade est officiellement annoncé : sa situation ne sera pas agréable à la Cour d'Angleterre, où on est décidé à ne la traiter que comme marquise de Dou-
(1) Ce prince indien était un riche banquier, Duwarkanout-Tayore, qui Faisait alors un loyage en Angleterre et en France.
(2) D'après l'anglais : un revers de médaille ou le mauvais côté des choses.
«jlas : ina pauvre Grandc-Diiclicssc a conduit tout cela avec sa légèreté habituelle.
On m'écrit de Vienne que M. de Metternich est assez souffrant, qu'il ne reçoit plus le Corps diplomatique le soir, afin de ne s'occuper d'affaires que le matin et d'éviter tout ce qui peut l'exciter avant de se coucher.
Rochecotte, 24 novembre 1842. — Il me semble que les Anglais sont en bien bonne veine : ils terminent leurs affaires glorieusement en Chine et aux Etats-Unis (l) ; gouvernent en Espagne et en Portugal; étouffent les émeutes intérieures et ont partout une prépondérance qui djoit nous faire grande honte : nous ne pouvons pas même faire un pauvre petit traité avec la Belgique, qui va passer à la Prusse.
(1) Après une expédition en Chine, les Anglais venaient de conclure le traité de Xankin, qui ouvrait de nouveaux ports au commerce européen et permettait aux étrangers de séjourner à Canton. Le traité avec les Etats-Unis était déjà signé depuis le 9 septembre et avait enfin réglé la question, si longtemps débattue, de la frontière entre le Canada et l'Ktat du Maine.
Rochecotte, 1\ février 1843. — Le courrier \dent de m'apporter une lettre de M. de Salvandy, rompant un long silence, qu'il motive sur ses perplexités politiques. Il dit qu'après avoir été indignement traité par M. Guizot, celui-ci, à la l'eille d'une bataille sérieuse, court après lui ; que, d'un autre côté, M. Mole se souiient qu'il peut lui être nécessaire et passe d'une indifférence dédaigneuse à des soins extrêmes; que lui, Salvandy, ne se soucie, ni de blesser le Roi, en votant et en parlant contre M. Guizot, ni de soutenir un Ministère impopulaire, incapable. Il croit que les vingt voix sur lesquelles il agit seront décisives, pour ou contre. Il me semble croire le Ministère fort compromis, et, lors même qu'il gagnerait la bataille des fonds secrets, il ne pense pas qu'il puisse voir la fin de la session. En attendant, M. Guizot donne, demain, un raout monstre, suivi d'un souper des Mille et une nuits, selon l'expression romanesque de Mme de Meulan (1). C'est la semaine prochaine qu'aura lieu, à la Chambre, l'action, qui s'annonce pour très vive. M. Mole
(1) Belle-mère de M. Guizot.
est plein d'ardeur, plein de confiance. Dans sa combinaison entreraient le maréchal Valée, MM. Passy et Dufaure, Dupin, Bignon (de Nantes), de Carné, Laplagne, Salvandy et l'amiral Mackau. M. Tliiers se déclare hors de cause y pour F instant. Voilà l'extrait de la lettre de M. de Salvandy qui est longue et très littéraire. Je l'ai rendue en prose vulgaire.
On m'écrit, de Vienne, que Mme de Reichenbach, épouse du vieux Electeur de Hesse-Cassel, vient de mourir et laisse un gros héritage à ses fdles, dont l'une est belle-sœur de la princesse de Metternich. Les Flahaul ont donné deux fort beaux bals, à l'un desquels, lui, ayant voulu valser avec la princesse Paul Esterhazy, l'élasticité leur ayant manqué à tous deux, ils sont tombés tout de leur long. Cela a semblé assez ridicule.
Rochecotte, ^'i février 1843. — Les leading articles du Journal des Débats deviennent très piquants. Je trouve cette façon de s'en prendre à l'intrigue comme à une personne, et de dire : Vintrigue fait, l'intrigue parle, l'intrigue veut, l'intrigue refuse, très drôle ; j'ai bien deviné que cela signifie : M. Mole veut, M. Mole refuse, M. Mole demande ! Tout cela fait pitié, au fond, tout en inspirant de véritables inquiétudes, car rien ne nuit autant à l'effet d'une représentation que les trop fréquentes entrées et sorties des couHsses.
M. d'Arenberg écrit un mot assez amusant de M.Thiers. A un concert, chez la duchesse de Galliera, la princesse de Lieven reprochait à M. Thiers qu'il la soignait peu ;
il lui a répondu qu'il la soignerait mieux, quand elle aurait quitté le Ministère. On cite de lui aussi un autre propos. Il aurait dit que sa rentrée aux Affaires ne pouvait être prochaine, et qu'avant cela, il désirait la Présidence de la Chambre.
Rochecotte^ 2o février 1843. — J'ai pris hier dans la bibliothèque des Mémoires intitulés : Mémoires de Gaston d'Orléans, attribués à un des officiers de sa maison, Aglay de Martignac. J'y ai trouvé ce mot drôle et spirituel de Gaston : « Pendant le petit voyage que le Roi vint faire à Paris, Monsieur ayant rencontré la Reine, une fois qu'elle venait de faire une neuvaine pour avoir des enfants, il lui dit en raillant : « Madame, vous venez de soUicitcr vos juges contre moi ; je consens que vous gagniez votre procès, si le Roi a assez de crédit pour cela. «
Barante m'écrit que l'Ambassadeur Pahlen, devant aller, cet été, en Allemagne, a envie d'en faire autant, pour tirer, dans cette rencontre, ses chances au clair. Il dit aussi que les chances de M. Guizot sont assez aventurées ; que les prodigieuses agitations de M. Mole l'ont déconsidéré et compromis; que Thiers manœuvre avec plus d'habileté ; que, du reste, les habitudes de mensonge sont telles, chez tout le monde, que le spectacle général est dégoûtant, et que tout fait pitié.
Rochecotle, \" mars 1843. — Le prince Pierre d'Arenberg, qui est ici depuis deux jours, a apporté le livre de
Mme de Ludre (1), dont il a lu, hier au soir, quelques chapitres au salon. La pauvre femme, perdue dans une métaphysique quintessenciée, a fait là le plus singulier et le plus incompréhensible fatras possible. La coupe même du livre, ses divisions, tout est d'une bizarrerie effrayante. Il n'y a pas même le mérite du style : ce n'est pas écrit. Il est impossible de comprendre le but de ce livre. Pour nous reposer de cette lecture, nous avons deviné des vers. Ce jeu, tout enfantin qu'il est, est infiniment plus raisonnable et plus spirituel que la théologie sublunaire de Mme de Ludre.
Rochecotte, 2 mars 1843. — Je rentre d'une longue promenade, par un temps incomparable ; un de ces temps qui aident à vivre, et dont on jouit si bien à la campagne, dont on ne se doute presque pas à Paris. On n'imagine pas le progrès de la végétation; tous les arbustes montrent leurs feuilles écloses, de ce joli vert vif et tendre du début ; puis les jonquilles, les narcisses en fleurs ; quant aux violettes, nous en faisons litière. Pourquoi faut-il changer tout cela pour la boue et la lourde atmosphère de Paris?
Paris, 12 mars 1843. — Me voici plongée dans Paris. On m'a déjà conté bien des choses depuis mon arrivée. En voici quelques-unes, qui ont, du moins, le mérite d'être assez amusantes. Une dame, rencontrant le duc de
(1) Etudes sur les idées et sur leur union au sein du catholicisme, 2 volumes in-S", chez Debécourt, 1842.