Alias 27 (Godefroy). Ms. de Rouen : le
2. Les Anglois furent contraints de dirt le mot, réduits i merci.
145 î] Chronique de Charles VII. ij
Pointhièvre; Monseigneur de la Hunaudaye, Monseigneur de Montauban, et plusieurs autres grands seigneurs et cappitaines, jusques au nombre de quinze à seize cent lances, avec les gens de traict, bien garnis d'artillerie; de laquelle estoit gouverneur Maistre Jehan Bureau, trésorier de France , lequel continua de s'y rendre bien recommandable pour les louables actions et grandes diligences; et aussi Jaspait Bureau, son frère, maistre de l'artillerie; comme encore Messire Tristan Lermite, prévost des mareschaux, lequel estoit grand et bon justicier sur le faict des gens de guerre. Lesquels trois ensemble conduisoient et gouvernoient en bonne partie le faict del'ost, pour le soin des vivres, nourritures, et subsistance, et pour le faict de la justice audit lieu. Auprès d'icelle bastille estoient les vaisseaux de l'armée du roy par mer; c'est à sçavoir, de Bretaigne, de Poictou, d'Espagne, de Hollande, de Zélande, et de Flandres, armez, bien esquipez et avitaillez. Lesquels vaisseaux furent et se tinrent dedans la rivière de Geronde jusques à ce qu'icelle ville de Bourdeaulx fust réduite et remise en l'obéissance du roy.
Les Anglois avoient pareillement leurs bateaux navires qui leur estoient venus du pays d'Angleterre. Desquels vaisseaux , incontinent qu'ils leur furent arrivez, le sire ou seigneur de Camus ou Cannis fist mettre et serrer tous les cordaiges dedens la ville de Bourdeaulx , afin que ses gens ne s'en peusseht du tout fouyr né reculer nospite insalutato, qui veut dire, sans prendre congié de son hoste , mais fussent par là contraints et obligez de tenir pié-ferme. Iceulx Anglois fi-
i6 Jean Chartier. [Aout-oct. 17
rent semblablement eslever une bastille au-dessus de leursdits vaisseaulx et bateaulx, pour contre-
ÎDointer celle des François, combien que cela eur proufita bien peu , et néantmoins qu'ils fussent grant quantité de gens dedens ladite ville venus d'Angleterre, c'est à sçavoir, le susdit sire de Camus ou le Camus , le sire de Cliton 1 , le bastard deSombrecet, le sire de Lesparre, gascon, le sire de Resan, le sire du Sa ou du Sale, le sire de l'Isle, le bastard de Salisbury, et Chelu ou Chalu , Gascon.
Ils avoient de plus en leur corapaignie trois à quatre mille Anglois naturels du pais d'Angleterre, et autant ou plus des gens du pays, des seigneurs de Gascongne , dont Tune des parties estoit dedens icelle ville , et l'autre fut enfermée dedens leurdite bastille, afin de garder leurs navires.
Là furent ces deux puissances les ungs devant les autres, chacun en sa bastille, pour garder leurs navires et vaisseaux, depuis le premier jour d'aoust jusques au dix-septiesme jour d'octobre, tousjours en endommageant et grevant chacun jour Pung l'autre, en toutes les manières qu'ils pouvoient. Mais enfin, quand lesdits Anglois et Gascons se veirent ainsi oppressez et accablez , ^t avoir faultes de vivres, si furent bien esbahis, et aussi le cas le requéroit bien ; car ils véoient toutes les fortes places et forteresses d'iceluy pals des environs redduites par forces d'armes et remises en la pleine et entière obéissance du roy de France. Si requisdrent qu'on leur fist
j. Cliscon ouClifton,
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amiable composition. A quoy le roy eut esgard, pour deux causes : la première, qu'il estoit prest de faire et rendre le bien pour le mal ; la seconde raison fut qu'il considéra la mortalité qui estoit grande en son camp , ce qui estoit une chose fort à redoubter : de sorte qu'afin de changer air, fut content de composer avec lesdits Anglois , en la manière briefve qui s'ensuit.
C'est à sçavoir, que ladite ville et cité de Bourdeaulx seroit réduite et rendue au roy de France, et demoureroient tous les habitans d'icelle ses vrays et obéissans subgectz, et feroient le serment de non jamais plus eulx rebeller ne souslever contre la couronne de France , recognoissans et affermans le roy de France estre leur souverain seigneur. Puis les Anglois eurent congié d'eulx en aller par le moyen de leurs navires en Angleterre, ou à Calaix, ainsi que bon leur semb/eroit.
Et pour ce que aulcuns des seigneurs dudit pays et de ladite cité avoient esté traistreusement , malicieusement et frauduleusement quérir en Angleterre les susdits Anglois, en rompant la foy, la promesse et le serment qu'ils avoient fait l'année précédente au roy, lequel de force , à grant peine, frais et despens, avoit reconquis cette ville comme à luy appartenant, furent bannis du pays de Bourdelois , au nombre de vinçt personnes, telles qu'il plairoit au roy de choisir du nombre de ceulx qui avoient esté quérir iceulx Anglois en Angleterre, entre lesquels estoient des principaux les sires de l'Esparre, de Duras, et plusieurs autres seigneurs.
Icelle composicion tut ainsi faite le dix-sep-
Jejin Chartier. III. *
18 Jean Quartier. [Oct. 17 et mai 28
tiesme jour d'octobre audit an mille quatre cent cinquante-trois.
Et si 1 le roy à cet exploit et cette conqueste de conséquence se peina et traveilla grandement de corps et de biens, avec bon sens et moult grant diligence, de sorte qu'après l'aide et la grâce de Dieu , la bonne et la prudente con- Suite qui a esté en luy, le doulx aqueuil qu'il avoit coustume de faire à ses gens, et le reconfortement et l'assistance qu'il leur donnoit avec soin en allant de place en aultre, l'ont fait enfin estre et devenir seigneur de tout ce grant pays de Bourdeloys, et cela fort paisiblement.
Tous ses vassaulx pareillement, subgectz et alliez cy-dessus nommez, l'ont tousjours servy bien et loyaument de toute leur puissance , comme [si] c'eust esté de leur propre fait et intérest : en quoy ils en ont esté et sont encore grandement à louer, et, pour le regard et l'amour d'eulx, leurs enfans et successeurs en sont fort honorez.
Messire Pierre de Beauvau , seigneur de la Bessière, mourut environ trois jours après la bastaille de Castillon. Aussi fit Messire Jacques de Chabannes, grant maistre d'hostel du roy, qui fut fort plaint , car il estoit vaillant chevalier. De la perte desquels deux personnages ce fut grant dommaige.
Iceluy pays estant ainsi mis à délivre, se délibéra le roy de s'en retourner en sa cité de Tours. A ce sujet il laissa pour la provision et la garde de ce pays de Guyenne Monseigneur le conte de Clennont, son lieutenant général, et avec iuy