Chapitre
Certains articles envoyez au roy de par Monseigneur
de Bourgongne, touchant Monseigneur
le Daulphin,
près que mondit seigneur le Daulphin eust demeuré durant certain espace de temps avec
I . Ms. de Rouen : « A tous ceulx et celles qui yroient, donrroient ou envoyeroient de leurs biens pour soustenir l'armée contre lesditz mescréans, desquelles bulles la teneur s*ensuyt. » Suivent deux pages blanches. Nous n*avons trouvé dans aucun exemplaire dé la chronique le texte de ces indulgencts. Mais ce texte est connu et même célèbre, notamment dans les annales de la typographie. Voy. Bernard, Crigines de l'imprimerie, 1853, in-8«, t. 2, à la ublc, au mot Indulgences,
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iceluy duc de Bourgongne, sans le congié et authorité du roy son père , et qu'il luy eut envoyé depuis certaines lettres contenans en soy requeste de quelques poincts et articles, se doutant bien d'estre en la malveuillance de sondit père, pour cause de ce c^u'il s'estoit ainsi retiré du royaume et absenté si soudainement de luy, sur lesquelles requestes ce dauphin n'avoit rien obtenu » , iceluy duc de Bourgongne, soubs ombre et prétexte d'un grand bien, envoya ses ambaxadeurs par devers le roy, sçavoir : Messire Jehan de Croy, Simon de Lalaing et aultres, qui présentèrent au roy icelles lettres touchant le faict du Daulphin , portans en outre créance ; lesquelles lettres estoient recduites et consistoient en quatre poincts , qui furent baillez depuis par escrit , pour plus grande mémoire et facilité, en la manière qui s'ensuit :
Le premier est de la remonstrance que Monseigneur le duc de Bourgongne fait au roy, portant qu'il ne doit point estre mal -content de la réception oui a esté faite à Monseigneur le Daulphin son fils en ses pays et seigneuries : car il a esté meu à faire icelle réception pour l'honneur du roy, duquel il est fils aisné ; outre qu'il est venu par devers luy de loingtain pays, et que, sans charge et reproche de son honneur envers
I. On trouvera des renseignements étendus sur les démêlés du roi et du Dauphin dans V Histoire de Louis XI de l'abbé Legrand, mise en œuvre et publiée par Duclos ; voir notamment le recueil de pièces originales qui terminent l'ouvrage. Ces pièces se trouvent pour la plupart , et d'autres encore , les unes dans les volumes manuscrits de la collection Legrand , les autres dans le manuscrit intitulé : Résidu de Saint-Germain des Prés, n* 143, Lettres originales.
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toutes nations chrestiennes, il ne Teust peu refuser en ses terres, pays et seigneuries , et ne iuy faire honneur et service tel qu'il luy appartient.
Le second est que ledit duc de Bourgongne, quand il est arrivé à Bruxelles devers Monsei* gneur le Daulphin , en parlant ensemble , il le trouva fort espouventé ; et luy dit entre autres choses comment il avoit envoyé devers le roy, et luy avoit fait faire plusieurs offres et requestes, et que le roy avoit tien accepté les offres , mais au regard des requestes, il ne luy en avoit rien accordé ne appointé sur ce sujet.
Le tiers article porte comment mondit seigneur le Daulphin luy avoit dit la voulenté qu'il avoit de s'employer contre le Turc , et que quand il plairoit ^u roy luy donner charge de ce faire, et luy bailler gens pour l'accompagner, ainsi qu'à fils aisné de France appartient, iceluy duc s'offi"e de se mettre soubs luy, et de l'accompaigner et servir oudit voyaige.
Le quart poinct est Qu'il plaise au roy de recevoir mondit seigneur le Dauphin en sa bonne grâce, et le réduire et attirer à luy ; et à ce s'offre ledit duc, si c'est le bon plaisir du roy; et en tant que touche le pays de Dauphiné , de se vouloir tenir à tant , sans plus avant y procéder.
Sur lesquels quatre poincts il a esté respondu aux susdits ambaxadeurs en la manière qui s'ensuit :
Premièrement y quant à la réception de mondit seigneur le Daulphin, le roy a bien cognoissance qu'à luy est bien deub luy estre fait honneur et bon recueil par ledit duc de Bourgongne et au-
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très princes deceroyaulme, quand ils sçauroient et connoistroient que mondit seigneur le Daulphin se maintiendroit envers le roy son père comme bon et obéissant fils est tenu de faire. Mais autrement ne se doit faire par raison ; car l'honneur qui luy est deu deppend du roy son père.
Quant à ce que ledit duc de Bourgongne a trouvé mondit seigneur le Daulphin fort espouventé, désirant de tout son cueur estre etdemourer en la bonne grâce du roy, et qu'il luy octroyé et accorde ses humbles requestes, que le roy ne luy a voulu accorder, le roy est fort esmerveillé et esbahy de cet espouventement , et ne scait connoistre ny appercevoir la cause pourquoy; car il Pa tousjours trouvé et a esté enclin à le recevoir en sa bonne grâce. Mesme, l'année passée, que mondit seigneur le Daulphin a envoyé devers le roy par plusieurs fois, et encores dernièrement Gaonel Vemes et le prieur des Célestins d'Avignon , il leur a dit de bouche, en la présence du cardinal d'Avignon , envoyé et transmis par le pape, et de plusieurs autres seigneurs du sans royal , nobles et notables hommes en grand nombre, qu'il estoit content et vouloit que mondit seigneur le Daulphin vint par devers luy, et de le recevoir et traiter comme un bon seigneur et père doit recevoir et traiter ton bon et obéissant fils, luy pardonner et oublier toutes les choses passées, quelconques fussent.
Et pource que les dessus-dits Gabriel de Vernes et le prieur des Célestins d'Avignon, envoyez de par le pape, comme dessus a esté dit, di*
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soient que Monseigneur le Dauiphin avoit de grandes craintes , le roy leur respondit ou leur nst res^ndre que quand il luyferoit sçavoir d'où CCS craintes luy viennent, il luy fera sçavoir telle et si bonne response qu'il seroit bien content, et n'auroit cause de rien douter.
Ainsi n'a pas tenu au roy ny ne tient à luy que mondit seigneur ne soit en sa bonne grâce et hors de ses doutes et craintes. Mais au regard des requestes qu'il luy fit faire , c'est à sçavoir, de non venir devers luy, et de ce qui touche le faict de ses serviteurs, lesquelles ont tousjours esté de la part de mondit seigneur mises et couchées comme conditionnelles, en faisant les offres par luy advancées, jamais le roy ne pourroit estre meu ny conseillé de les luy accoraer ; car ce seroit directement aller contre le désir et la bonne voulenté de ceulx du royaume, mesmement contre le conseil et advis de Monseigneur le duc de Bourgongne et des autres seigneurs du sang, et des nobles hommes et notables seigneurs de ce royaume , qui tous luy ont donné conseil et l'ont requis ae réduire mondit seigneur le Dauphin à son devoir, et se servir de luy ; et avec ce, le pourvoir de serviteurs et conseillers prudens et notables hommes, qui ayent esgard à son honneur et à son bien , et le duyre à soy employer au service et bien du roy et de son royaume, ainsi qu'il est tenu et obligé de le faire par raison.
Et quand le roy lui auroit accordé lesdites requestes, les seigneurs de son sang, mesmement et généralement tous ceubcde son royaume, eussent eu grande cause et raison de penser que
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la longue absence de mondit seigneur le Daulphin seroit arrivée par le roy et de son vouloir ; ce <jui n'est pas : car, quand mondit seigneur partit de luy, il n'eut congé de demeurer que quatre mois, et il a demouré près de dix ans, au grand regrect et desplaisir du roy, qui eust esté moult joyeux que durant le temps . de son absence il se fust trouvé es victorieuses besongnes qui se sont faites et passées pour le recouvrement du royaume , prmcipalement des provinces de la Normandie et de la Guyenne : car la gloire du père est quand le fils fait œuvres vaillables et louables.
Et quant à ses serviteurs , le roy eust bien désiré au temps passé, et encores désireroit, que mondit seigneur se servist de gens de bien et de notables personnes, qui toujours le conseillassent et induissent à toutes choses qui fussent pour son bien et son honneur; de sorte qu'en luy laissant encor autour de luy des gens qui autrement le fissent et le conseillassent , ce ne seroit pas pour bien adresser cette matière , ainsi que le roy le désire , et que pour le bien et rhonneur de mondit seigneur il luy est expédient et neccessaire.
Sur le tiers article , touchant la voulenté que mondit seigneur dit avoir de s'employer au véage de Turquie , quand le roy a veu les lettres que ledit seigneur luy a rescrites , dattées du lieu de Sainct-Glaude , faisant mencion dudit voyage , il a esté fort esmerveillé qui a meu ledit seigneur si soudainement à prendre cette nouvelle ima^nation , de laquelle il ne luy avoit ^luparavant rien fait à sçavoir. Et semble bien
une ce soit une nouvelle couleur prise à dessein pour tousjours s'esloigner de se réduire , et de venir et approcher devers le roy son père , pour le servir et luy obéir ainsi qu'il doit : car, quand il auroit eu un véritable désir de faire ce véage, il devroit préalablement avoir mis peine et pris soin de se réduire envers le roy, et de luy obéir, ainsi que selon Dieu et rair son il doit désirer le faire, et qu'il y est tenu. Après quoy il luy auroit peu dire et remonstrer ^affection qu'il avoit audit véage , pour sçavoir et entendre sur ce et faire seulement le bon plaisir du roy, sans l'aucthorité et consentement Auquel il ne peut ny ne doit faire telles entreprinses, mesmement en si grande matière, sur tout actendu que les Anglois, anciens et invéterez «nnemis du royaulme de France, s'efforçoient et mectoient leur entente chacun jour, plus que famais , d'envahir et attirer à eux les pays , seii;neuries et subjets du roy, et que depuis aucun temps , par grands et subtils moyens ils ont pourchassé d'y avoir entrée, et ont fait de grandes entreprises à ce sujet, lesquelles, se elles eussent sorty à effect , il s'en fiist ensuivy d'aussi grans maux et périlleux inconvéniens en ce royaume qu'il y eust longtemps a '.
Considéré aussi que lesdits Anglois ont fait une response au légat que nostre Sainct-Père le pape avoit envoyé par devers eux, sçavoir, qu'ils ne veulent entendre à aucune paix, mais sont en continuelle voulenté de guerroyer contre le roy
I . Le roi paroît faire allusion particulièrement aux menées et intelligencei de Jean, duc d'Alençon. Voyez ci-après «hapitre 284.
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et son royaume ». Il apert bien que ledit seigneur n'a pas grandement pensé à i'estat et seureté de ce dit royaume; car ce seroit le mectre en trop évident péril , que d'en vuider et faire sortir la chevalerie et la noblesse, et de demeurer en guerre avec ses anciens ennemis, qui continuellement mettent leur entente à y avoir entrée par divers et subtils moyens, comme dit est. A quoy le roy a bien pourveu jusques icy, et a bien intention de tousjours pourvoir, à Payde de Dieu nostre seigneur.
Or, quand le roy, par paix, longues tresves, ou autrement, auroit veu et verroit seureté en son royaume , ainsi qu'il a fait dire et remonstrer à nostre Sainct-Père le pape , alors il n'y a roy ny prince chrestien qui plus avant se voulust employer pour le secours de la chrestienté qu'il auroit fait , et encores feroit.
Sur le quart poinct , portant qu'il pleust au roy retenir mondit seigneur en sa bonne grâce, et aussi touchant le pays du Dauphiné , se tenir à tant , sans plus avant procéder, le roy a tousjours esté prest , et encores est, de recevoir bénignement ledit seigneur, quant de sa part il se mectra en son devoir, ainsi que le roy a tousjours dit et fait dire aux gens diidit seigneur le Daulphin, quand ils sont venus par devers luy.
Et au regard du pays de Dauphiné , (juand le roy a veu la manière comment ledit seigneur a esté conseillé de se départir et absenter ainsi soudainement dudit pays, nonobstant les douces et gracieuces responses qu'il luy avoit faites,