‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 9 sur 235 · Voy. ci-dessus, p. xvij · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p. xvij

2. Cette rubrique n'est point identique dans les deux exemplaires. L'une des deux rubriques est plus étendue que l'autre, c'est celle que nous avons transcrite; l'autre ne contient rien qui ne soit dans la première. Ces deux exemplaires appartiennent à une seule et même édition; seulement le caractère paroît avoir manqué ou déplu à la fin de l'impression. Dans le deuxième exemplaire, le dernier cahier

Notice. xxv

» Faict le xvi 6 jour de janvier l'an milcccclxx vj. » 1477 N. S.

Jean Chartier, comme on voit, n'est point positivement désigné comme ayant présidé de sa personne à l'édition de cet ouvrage.

1 1 . L'édition de Vérard (149?)» en trois vo- , lûmes in-folio , porte le même titre que la précédente : « le premier (a 0 et ?•) volumes des croniques de France, nouvellement imprimé , etc. » La chronique de Jean Chartier commence au t. III, f 5 135. Cette édition, supérieure à la précédente pour la beauté de l'exécution typographique , paroît avoir été revue sur des manuscrits; mais elle n'offre toutefois que peu de différence avec l'édition princeps.

1 3 . Une autre édition de Jean Chartier a paru dans la Merdes histoires etcroniques de France, etc. , Paris, Galliot-Dupré, 1 5 17 à 1 j 18, quatre volumes petit in-folio. Cet ouvrage est une sorte de compilation dont le fonds principal se compose encore des chroniques de Saint-Denis. Au delà de Charles VII , la Mer des histoires se continue par Gaguin et d'autres auteurs. La chronique de Jean Chartier commence au feuillet 1 1 1 , verso, du tome IV. Le texte paroît être une réimpression de Vérard.

a été composé , ou mieux, recomposé, avec un caractère neuf et plus beau que l'ancien. Il y a eu alors un second tirage, mais les deux rubriques portent la même date. Voyez, pour la description de cet ouvrage et des deux suivants , le Manuel du libraire de M. Brunet, édition de 1842, au mot Chroniques de France, t. 1, p. 659.

xxvj Notice.

Nous avons négligé à dessein une édition intermédiaire de 1 5 14 (ci-dessus, n° 1 2). Nous négligerons de même quelques autres réimpressions analogues, désignées ou décrites par M. Brunet, au mot indiqué ci-dessus. En général , depuis Vérard, ces éditions se copient entre elles et n'ajoutent guère les unes aux autres que de nouvelles fautes d'impression.

Nous arrivons ainsi à l'édition la plus moderne, comme aussi la plus importante.

14. En voici le titre exact : Histoire de Charles VII j par Jean Chartier, sous-chantre 1 de Saint- Denis , Jacques le Bouvier, . . . Mathieu de Coucy, et autres autheurs du temps;... mise en lumière... par Denys Godefroy, conseiller et historiographe ordinaire du roy ; Paris, imprimerie royale, 1661 ; in-folio.

Cette édition , bien supérieure sous beaucoup de rapports aux précédentes, est une œuvre digne de haute estime. Godefroy paroît avoir eu connoissance non-seulement des imprimés, mais des meilleurs et des plus anciens manuscrits. En accordant à Chartier le premier rang dans son recueil, Godefroy a témoigné du zèle et de l'intérêt que lui inspiroit cet auteur. Il n'a rien négligé de ce qui dépendoit de son goût, de ses connoissances historiques et de sa sagacité , pour mettre en lumière , avec un plein succès ,

! . Je ne sais pourquoi Godefroy ne lui donne pas le titre de chantre , que toutes les autorités attribuent à Jean Chartier.

Notice. xxvij

tomme il le dit très-justement , l'œuvre de ce chroniqueur. Toutefois sa belle édition présente trois graves inconvéniens ou imperfections , qu'il nous sera permis de signaler avec une égale impartialité.

Godefroy, en premier lieu , n'a indiqué nulle part aucune des sources où il a puisé.

En second lieu, l'historiographe du XVIÏe siècle a traité , on peut le dire , à merci , et comme sa chose propre , l'œuvre de son prédécesseur du XVe. Godefroy a, d'un bout à l'autre, rajeuni le texte de Jean Chartier, au point d'effacer, ou du moins d'altérer, d'une manière variable et inégale, mais constante, la physionomie propre de l'original 1 . Cette liberté sans scrupule, dont les éditeurs du XVIIe siècle ont usé à l'égard des textes anciens de la langue vulgaire, étoit, comme on sait, générale.

Le goût du public d'élite pour lequel , en cette circonstance , travailloit l'imprimerie, du Louvre, sous la direction de l'historiographe, et l'exemple des premiers maîtres de son temps, ne l'autorisoient pas seulement , mais lui commandoient en

i. Non content de rajeunir le texte, Godefroy l'a plus d'une fois modifié, édairci ou complété de son autorité privée. Il Ta même quelquefois augmenté d'additions à lui propres , et qu'il a mêlées à la chronique de Jean Chartier. Ainsi, p. 3 1 $ de son édition, sous la date de 1460, le texte parle d'Anne de Bretagne «morte en 15 13». Aucun manuscrit de Chartier ne porte et ne peut porter une telle mention , que Godefroy y a introduite sans en avertir le lecteur.

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quelque sorte d'en agir ainsi. La médiocrité infime, au point de vue littéraire, de Jean Charrier, dut en outre justifier tout spécialement, aux yeux de Godefroy, cette méthode. Toutefois il ne seroitplus moralement possible, aujourd'hui, d'adopter, en matière d'édition, de tels principes. Les textes du moyen âge, en effet, peuvent être comparés aux monumens de la même époque : tous ne sont point dignes d'admiration, ni même d'estime sous le rapport de Part ; mais tous peuvent offrir un intérêt propre à l'archéologue , et les défauts mêmes ou la structure quelconque d'un texte, au point de vue de la linguistique, ne sont pas moins instructifs que ses beautés.

Godefroy, en troisième lieu, par suite des mêmes principes, a supprimé les divisions par chapitres et les rubriques de l'original ; un millésime courant et des manchettes , ou sommaires placés en marge , remplacent arbitrairement ces divisions dans l'édition in-folio du Louvre. Ces divisions primitives, cependant, forment à nos yeux une portion intégrante de l'ouvrage. On ne peut les enlever, par conséquent , sans mutiler l'œuvre elle-même. Elles apportent d'ailleurs dans la lecture , déjà laborieuse , de cet écrivain, de précieux repos , et facilitent singulièrement les recherches.

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Observations historiques et critiques sur la Chronique de Charles VII par Jean Chartier.

Nous avons déjà dit qu'avant 1457 la Chronique de Chartier n'est point une narration originale, contemporaine, des faits qu'elle rapporte. C'est là un point de critique essentiel : afin de le mettre complètement hors de doute, nous ne nous tiendrons pas à l'affirmation de l'auteur, attendu l'apparente contradiction qui existe entre le préambule édité par Godefroy, d'une part, et, d'une seconde part, les deux autres versions (latine et françoise) de ce préambule. Aux indices déjà produits sur ce point, nous ajouterons un dernier argument ; nous indiquerons un nouveau genre de preuves. Jean Chartier mentionne, à mainte reprise, sous la date de 1429, parmi les seigneurs belligérants, un prince françois qu'il désigne constamment en lui donnant le titre de duc de Bourbon. Or, en 1429, il n'y avoit point en France de duc de Bourbon. Jean, duc de Bourbon , titulaire de cet apanage , étoit en Angleterre depuis 147 s ; il y conserva son titre jusqu'à sa mort, arrivée en 1434. Le prince qui combattait sous les murs d'Orléans, etc., en 1429, étoit le comte de Clermont, Charles, fils aîné de Jean, qui fut en effet duc de Bourbon après son

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père . Cet exemple est assez clair et assez probant pour suffire à lui seul, et me dispensera d'insister davantage- Jean Chartier ne commença donc à écrire qu'en 1457. Les sources où il a puisé , pour la période antérieure , paroissent être la chronique de Cousinot ou de la Pucelle l , et celle du héraut Berry *. A partir de 1437, Jean Chartier, bien loin d'être réduit forcément à ces emprunts, eut pour mission officielle de rédiger lui-même les annales authentiques du règne. On peut le dire cependant, sans manquer au respect de la vérité, la chronique de J ean Chartier n'est guère plus originale après 1457 qu'avant son entrée en fonctions comme chroniqueur juré. La manière dont cette chronique est écrite d'un bout à l'autre semble attester, de la part du titulaire, une négligence extrême, et comme le visible dégoût de ses fonctions. Jean Chartier, en effet, paroît avoir été naturellement dépourvu de toutes les qualités désirables chez un historien. La chronologie est, par lui, comme bouleversée à chaque pas, dans la compilation qui forme la première partie de sa chronique. A l'exception des détails intéressans qu'il emprunte aux deux Cousinot sur la Pucelle , les faits de cette

1. Voy. Essais critiques sur Us historiens originaux de Charles VII; premier essai : Chronique de Cousinot. Pans, Dumoulin, 1857, în-8.

2. Je me propose de montrer dans un essai ultérieur la part d'originalité qui appartient respectivement à chacun de ces deux auteurs, Cousinot de Montreuil et Berry.

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période que nous offre sa Chronique sont choisis, présentés ou tronqués d'une façon déplorable. La même incurie se manifeste dans la rédaction de la période ou des événemens postérieurs à 1437. Les années 1445 et 1 446 tout entières font absolument lacune dans ce registre officiel de la monarchie. Il place à 1452 l'arrestation de Jacques Cœur, qui eut lieu au mois de juillet 1451. Les années 1459 et I 4^° sont également en déficit; et le peu de faits que certains manuscrits présentent sous la rubrique de ces années ne sont qu'un tissu d'anachronismes 1 .

En général , et même pour la mémorable campagne de Normandie , qu'il suivit cependant de sa personne , Jean Chartier ne peint point ce qu'il a vu, n'exprime; point ses émotions. Rien ne l'émeut, que le froid 2 , ou les détails les plus terre à terre. Ses annales se composent, en majeure partie, de rapports et de mémoires de seconde main , qu'il insère souvent de verbo ad verbum y sans aucuns frais de rédaction de sa part. On chercherait difficilement dans cette chronique un éclair de sensibilité , une appréciation élevée, ou même une idée propre et indépendante. Les récits qu'il fait de la mort tragique de Gilles , frère du duc de Bretagne, de beaucoup d'autres victimes, et surtout de Jacques Cœur, dénotent , chez cet écrivain, une sorte de scepticisme glacial sur le

1 . Conférez sur ce point l'édition de Godefroy, p. J i S • -2. Voy. ci-dessus, p. x-xj.

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mal et sur le bien ; scepticisme pour lequel le succès ou la chose jugée remplace le cri de la conscience.

Sous le rapport du style , Jean Charrier s'en tient, à peu près, aux exigences de la grammaire de son temps. Mais aucun écrivain n'est plus dépourvu que lui de tout art et de toute espèce de talent pour exposer sa pensée. Jean le Laboureur, l'érudit du XVI le siècle, dans une préface où il rend compte de son travail et de ses sueurs pour traduire en françois Phistorien latin de Charles VI , dit, en parlant du Religieux, « qu'il s'exprime avec les mots ampoulés d'une » langue expirant dans les tourmens du barba- » risme 1 . » Traducteur de la Chronique ou fragment latin de Jean Cartier, j'oserai porter à mon tour sur ce dernier auteur un témoignage analogue 2 . Jean Chartier, lorsqu'il écrit en latin, est on ne peut plus affecté ou obscur. Quand il emploie la langue vulgaire, ces deux graves défauts disparoissent , il est vrai , de son style ; mais l'écrivain , tombant alors dans l'excès contraire, s'abandonne à la négligence la plus complète. Dans les manuscrits les plus anciens (et probablement les plus fidèles) , le discours de Jean Chartier ne présente aucun repos , aucune division possible , pendant le cours ou l'étendue de

1. Voy. Histoire de Charles VII, édition Bellaguet, avertissement du tome i, page i j.

2. Voy. Bulletin de la Société de V Histoire de France, mars 1858.

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pages entières. Ses phrases infinies se lient à perpétuité par la conjonction et, qui se répète avec une constante monotonie. Les termes de style, tels que ledit , susdit , icelle , et autres pléonasmes qui sentent le rouille littéraire du moyen âge , et que les bons écrivains de son temps commençoient à secouer, sont prodigués dans la prose de Jean Chartier jusqu'à l'abus le plus insipide.

Jean Chartier intéresse plus d'une fois , mais par l'intérêt du sujet et par la plume d'autrui. Quelquefois aussi il réussit de lui-même à provoquer le sourire du lecteur ; mais il y réussit alors au delà de son thème et à ses dépens; comme, par exemple , lorsque , dans un passage célèbre et que je n'ai pas besoin de citer, il entreprend de faire éclater la chasteté de Charles VII à l'égard d'Agnès Sorel. J'alléguerai, en vue du même ordre de considérations, un spécimen tout différent. Jean Chartier raconte qu'en 1454, le sire de Lesparre fut , par ordre du roi , jugé et condamné à mort. « A Peffect du quoy, dit-il , il fut délivré au bourreau, lequel lui trancha la moitié et le moule de son chaperon , c'est-à-dire la teste ; puis il fut escartelé , mis en pièces et pendu en divers lieux comme on a acoustumé de faire en tel cas. » Traître et ingrat, le sire de Lesparre méritoit les rigueurs de l'histoire ; mais une telle plaisanterie semblera pour le moins déplacée sur un pareil sujet, si l'on songe surtout à la robe que portoit l'écrivain qui se l'est permise.

La Chronique de Jean Chartier, bien loin

Jean Chartier. 1. c

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d'offrir au lecteur des pensées naïves, que Ton . recherche souvent dans les auteurs anciens , est le produit d'un esprit crédule , obscurci par tous les préjugés et par les plus basses superstitions de son siècle ». Son ouvrage, dépourvu de goût et de critique, nous montre comme le dernier terme d'un genre en décadence. Il clôt en effet le recueil des Grandes Chroniques de Saint-Denis t ce code de la doctrine historique du moyen âge. Après Jean Chartier, l'histoire, qui déjà s'élève bien loin de lui sous la plume de R. Gaguin et de Nicole Cilles, entre dans une voie nouvelle, pour aborder bientôt la carrière de la science et de la littérature modernes.

Je dois me garder à mon tour, en suivant la pente de ces observations , de manquer, vis-à-vis de l'auteur que j'apprécie en ce moment de mesure et de justice. Détestable chroniqueur, à mon sens, Jean Chartier demeure, pour le reste, l'homme débonnaire , honorable même et intelligent, que montrent en lui les annales intimes de son monastère. Sa Chronique , à laquelle je reviens , et lui-même pour sa gloire , eussent probablement gagné si la rédaction en eût été confiée à d'autres mains que les siennes. Cette Chronique, au surplus et en résumé, présente encore à nos yeux, malgré tous ses défauts , une très-grande valeur historique. Si l'on veut me

i. Les miracles non canoniques et les sorcelleries abondent dans cette chronique.

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pardonner une telle comparaison , ce recueil est le Moniteur 7 incomplet, mais authentique et officiel , de son époque. On voit non-seulement les faits choisis que le rédacteur fut autorisé à y enregistrer, mais encore le jour ou le point de vue sous lesquels cette espèce de publication étoit offerte aux contemporains et à la postérité. On y rencontre enfin un nombre imposant de pièces authentiques et précieuses pour l'historien, qui, pour la plupart, ne se retrouvent pas ailleurs.

Notre tâche, comme éditeur de Jean Chartier, avoit deux écueils. Nous avons cru devoir nous tenir à une égale distance et du texte rajeuni par Godefroy et de celui que nous offrent les manuscrits les plus anciens. Le premier constitue un véritable travestissement. Le seçond doit être considéré comme une œuvre enlevée à Fauteur dans un état encore imparfait. Imprimer ce texte dans cet état de primitive incorrection nous eût semblé un acte de véritable indélicatesse. Nous avons pris ces manuscrits pour base de notre édition -, mais , toutes les fois que les autres manuscrits ou les deux premières éditions imprimées nous ont offert quelque correction , quelque variante avantageuse , nous les avons adoptées avec empressement. Ces variantes, en effet, peuvent, aussi bien que les plus anciens manuscrits, remonter à une source authentique.

Nous nous sommes permis d'apporter ou même d'indiquer sur le texte quelques corrections , notamment en ce qui touche les plus

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grosses erreurs de chronologie. Chaque fois que ces erreurs n'étoient pas d'une évidence hors de toute contestation possible , nous avons produit les garans de notre opinion. Nous avons, dans tous les cas, exprimé la faute en elle-même, ou Pénonciation du chroniqueur, telle quelle. Seulement , nous y avons joint entre parenthèses la rectification , afin d'éclairer le lecteur, lorsque nous nous sommes cru autorisé à le faire.

Bien loin de supprimer les rubriques et chapitres, nous avons en quelque sorte multiplié autant que possible ces utiles divisions. Il existe à cet égard une grande variété dans les textes antérieurs à Godefroy. Les mêmes rubriques ne se retrouvent que dans les exemplaires similaires d'une même édition , soit manuscrite , soit imprimée. Nous avons reproduit tous les titres de ce genre que nous ont fournis les diverses sources où nous avons puisé.

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