‹ Chronique de Du GuesclinChapitre 12 sur 17 · A4<^ CHRONIQUE · texte numérisé non relu

A4<^ CHRONIQUE

contant pour chascun jour qu'il avoit prison tenue cinquante florins pour sa despence avec les gaiges de ses gardes.

En ce temps fut prins le sire de Durai * dedens son chastel de Furet , qui françois promist estre. Pour ce luy quicta sa rançon ; mais guières ne demoura qu'il se rendit anglois , et tourné luy fut a grant reprouche. Depuis la prinse de Furet , chevauchèrent devant Castillon et tantost leur fut rendu , et le chastel lit garnir. De Castillon partirent et tant chevauchèrent que devant Sainct Maquaire vindrent et siège y tindrent. Là vindrent au secours du duc le sire de Toursi * et le sire de Partenay a très grans gens. Là furent apportées au duc plusieurs clefz de plusieurs villes et chasteaulx, qui au roy se rendirent. Et par accord se rendirent ceulx de Sainct Maquaire , puis donna le duc congié a tous

Duras.

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ses ost:* et en ïouralne retourna. Et messire Bertrand s'en ala a Paris devers le roy qui grant joye eust de sa venue , et moult le honnoura et fit lionnourer par tous ceulx de son sang.

Longuement ne séjourna messire Bertrand a Paris ; mais par raccord du roy assembla messire Bertrand très grant armée et dedens la duchié de Guienne entra et tant chevaucha en conquérant villes et chasteaulx ([ue devant Chastclneuf de Randon arriva. Là furent Anglois qui le chastel gardèrent, et grandement garnis furent de vivres et d'artillerie. Fort fut le chastel et bien séant. Et assiéger le fit messire Bertrand et assault y livra par plusieurs foys ; mais pou y exploicta. lUec jura messire Bertrand le siège et tant tint Anglois a destroit que de nulle part n'avoient vivres. Pour ce, requirent Anglois ung jour de trêves et par devers messire Bertrand envoyèrent leur capitaine qui traicta que a ung certain jour rendroieni la place,

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si du roy anglois n'avoient secours; et ce promist et bailla ostage a messire Bertrand : dont trêves leur furent données jusques au jour que le chastel dévoient rendre.

Durans les trêves prinses par les Anglois du Chastel-Neuf de Randon rendre , messire Bertrand, qui siège y tenoit, accoucha au lit de la mort. Et quant de la mort se vit si approucher , dévotement récent les sacremens et par devers luy fit venir le raareschal de Sancerre, lequel il tenoit moult bon chevalier , Messire Olivier deManny et la chevalerie de son siège, ausquelzdit : ^Seigneurs, de vostre compaignie me fauldra briefvement partir pour la mort, qui est a tous commun. Par voz vaillances et non par moym'a tenu fortune en grant honneur en toute France, enmon vivant , et a vous en est deu l'onneur, qui mon ame a vous recommande. Certes, seigneurs, bien avoie intencion de briefvement par voz vaillances achever les guerres

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de France, et au roy Charles rendre tout sou royaulnie en obéissance; mais compaignie a vous ne puis plus tenir doresnavant. Et non pourtant je requiers Dieu, mon créateur, que couraige vous doint toujours envers le roy, que par vous, sire maresclial, et par voz vaillances et de toute la chevalerie, qui tant loyaulment et vaillamment se sont tousjours portez envers luy, ses guerres soient affinées. Monseigneur le niareschal et vous aultres messeigncurs, qui cy estes, d'une chose vous vueil requerre, dont m'ame finera en grant repoz, se faire se povoit. Et diray quelle : vous sçavez , seigneurs , que Auglois ont prins envers moy journée de leur chastel rendre: dont en mon cueur je désire moult que, avant ma mort, Auglois rendissent le chastel. Des parolles de messire Bertand eurent toute la chevalerie grant pitié que nul ne le sçauroit dire. L'ung regardoit l'autre en plourant , en faisant le non pareil dueil que l'on veist

oncques et disoient : Helas ! orperdons nous nostre bon père et capitaine , nosti e bon pasteur qui tant doulceraent nous nourrissoit et seurement nous conduisoit, et, se bien et honneur avons, c'est par luy. O honneur et chevalerie, tant perdras quant cestuy deffinera ! Et plusieurs aultrès regretz faisoient ceulx de Tost tellement que ceulx du chastel aucunement l'apparceurent ; mais pourquoy c'estoit ne sçavoient riens. Ainsi passa la journée, ne du roy anglois n'eurent aulcun secours ceulx du chastel. Et lendemain vint le mareschal de Sancerre devant le chastel et le capitaine du chastel manda, lequel tantost vint a luy ; et moult doulcement luy dit le mareschal de Sancerre : capitaine et amis, de par monseigneur le connestable, vous viens requerre que le chastel et les clefz rendez et voz hostaiges aquictez, selon voz promesses. Courtoisement respondit le capitaine: Sire, vray est que a inessire Bertrand avons corçi^enances , les-

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quelles nous tiendrons, quant nous le verrons et non a aultre. Amis, dit le mareschal,sede par luy ne venisse, je ne le vous disse point. Certes , sire, je vous tiens a bien leur messagier et aux compaignons de la garnison me conseilleray sur vozparoUes ; puis vous en feray response , s'il vous plaist après disner'. A ce s'accorda le mareschalLoys de Sancerre, qui devers messire Bertrand * et ce qu'il trouva aux Anglois luy racompta. Adonc approucha messire Bertrand de sa fin et bien lecongneust. Pour ce , manda que l'on luy apportast l'espée royalle , laquelle luy fut apportée. Et en sa main la print et puis dit, par devant tous, ces parollcs : Sei-

• On dînait alors à dix heures, et l'on soupait a cinq ou six , comme l'atteste le proverbe suivant :

Lrvcr 5 six , dinci à dix, Souper à ^is , coucImt n dix , Fait TÏvit- riioiume dix fois dix.

' Suppléer : ala.

gneufs, entre qui j'ay en honneur des mondaines vaillances , dont pou suis digne, payer me fault le truaige de la mort, que nul n'espargne. Premièrement vous prie que envers Dieu vueillez avoir pour recommander mon ame. Et vous Loys de Sancerre, qui de France estes mareschal, plusgrant honneur avez bien deservi, vous recommande mon ame, ma femme *, et tout mon parenté. Au roy Charles de France, mon souverain seigneur, me recomnianderés , et ceste espée , soubz qui est le gouvernement de France, de par moy luy rendrés : car en main de plus loyal ne la puis mectre en garde. Et après celle parolle fit le signe de la croix sur luy. Et ainsi trespassa de ce siècle le vaillant messire Bertrand du Guesclin, qui tant valut en ses jours, dont par le regnon

' Jeanne de Laval Tintiniac. Sa première femme Tipliaine Ragueuel étant morte sans cnlans en 1072 , du Guesclin épousa à Rennes, en janvier 1574, la fille de Jean de Laval Tintiniac, qui ne lui donna point de postérité.

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de sa Icjfyaulté est nommé le x* des preux. Et pour sa mort démenèrent grant dueil la chevalerie de France et d'Angleterre. Et jaçoit ce que aux Anglois il fut contraire, si l'airaoient-ilz pour sa loyaulté et droicture et pour ce que araiablcment et sans dure prison et rançons les traictolt et gouvernoit , quant ils les avoit.

Cy Uiiisl le livre des faiz de messire Berliaud du Guesclin , chevalier, jady3 connestablc de France et seigneur de Longueville'.

' C'est ici que finit l'iniprinié du xv siècle. Ce qui suit appartient au manuscrit de Lance lot, n» 48. ( Fol. 102, verso. ) Cette suite , in

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