‹ Chronique de Du GuesclinChapitre 6 sur 17 · G CHRONIQUE · texte numérisé non relu

G CHRONIQUE

paignons erabucliîcr, et luy et le reste se tindrcnt en manière de poiivres boucherons , et, leurs colz chargiez de bois , vindrent près du chastel. Adoncques vindrent Angloîs qui cuyderent que ce fussent boucherons et avalèrent le pont hastivement; et lors Bertrand et ses compaignons entrèrent dedens et laissèrent leur bois sur le pont et crièrent : Guesclin. Adonc saillit l'embûche de Bertrand, et pour le chastel deffendre assemblèrent Anglois moult asprement contre Bertrand et ses compaignons, illec eust assault fier et merveilleux, et moult y fut Bertrand blecié; mais furent Anglois desconfitz et le chastel prins, qui moult fut fort et bien garny de vivres et richesses. Au jour que Bertrand print le chastel, entre Robert Brambroh en l'ost de Charles ; mais il fut desconfit et print son chemin vers Forgeray po ur soy garantir : et tantost luy fust ung varlet au devant qui luy compta l'avanture; si se mist a fiiyr aultrc part.

Dt DU GUESGLIN. Sy

Adonc en vindrent nouvelles a Bertrand f[ui tantost yssit de Forgeray et poursuivit Brambroch, et tant fit Bertrand qu'il attalgnit Brambroch. Là se mirent les Anglois en grant deffcnce , car plus fouyr ne povoyent ; mais en la fin furent deffalz , et Brambroch mort sur le champ. Après celle desconfiture, retourna Bertrand a Forgeray et de là en avant en fut nommé sires. De ce sceut Charles nouvelles, qui moult désira veoir Bertrand, pour la grant renommée qui de luy couroit par toute la duchié.

Comme Charles de Blois fut prins en t raison.

Durand ces guerres avoit Charles mis le siège devant La Roche Darien. En sa compaignie estoit le vicomte de Rohen et la plus grant partie des barons de Brelaigne. Pour le siège lever, vindrent Anglois qui en Bretaigne estoyent , et entre.

monseigneur Charles et eulx furent prinses trêves de quinze jours en espérance de paix. Si advint que durant les trêves , messireTliomas deGrouay, chevalier anglois, passa la mer a grant effort d'Angloys , et , de nuit, sans ce que le duc Charles sceut riens de sa venue, vint en l'ost des Anglois qui les trêves avoient accordées, et le lendemain matin crièrent Anglois a l'armée sur l'ost du duc Charles qui de ce ne se donnoit garde. Quant le duc apparceut la trahyson, il s'arma luy et ses gens et assembla contre les Anglois. Là eut bataille fiere et merveilleuse; mais en la fin le duc Charles fut desconfit , et son corps navré de xviij plaies mortelles. Et y raorut le viscomte de Rohan et moult d'autres barons et seigneurs. Puis, après la bataille , vindrent les varies Anglois cerchier les champs et les occis despoiller. Là fut ung varlet nommé Cousin qui trouva Charles le duc et le voulut despoiller. A celluy donna le duc foy et serment et luy pria que a sa femme alast dire qu'il estoil

encores en vie et qu'il le feroil riche homme. Pour trouver Charles le duc fit Dangorre * Anglois après la bataille le champ cerchier. Adonc fut le duc trouvé en vie et fut amené a Dangorre, lequel se mist en La Roche Darien et luy dist qu'il se rendist a luy. De ce fut le duc reffusant et pour ce le mist en un g cellier tout nud sur ung pou de fein ; puis fit venir quatre archiers et contre le duc les voulut faire traire , se a luy ne se rendoit. Charles respondit que gentil homme estoit et que sa foy ne bailleroit a aultruy que a celluy a qui l'avoit promise. Là estoient plusieurs chevaliers qui de Charles eurent pitié et dirent a Dangorre qu'il ne fust tant hardy de le faire occire. Adonc Dangorre se reffraignit. Ainsi fut Charles prins par la desloyaulté des Anglois qui en Angleterre le menèrent , et fut rendu au roy Edoard. Despuis que Charles fut prins les trêves des François et des Anglois faillirent, et ,

' Thomas d'Aigwort.

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les trêves faillies, fit le roy très grant armée que conduisoit le prince de Gales son ainsné filz , lequel passa la mer et entra en Picardie en gastant le païs de Picardie et de Champaigne , et puis print sa voye droic en Gascoigne.

La bataille de Poictiers.

Pour le prince guerroyer, assembla le roy Jehan de France très grant armée et les princes pour luy. Et luy manda le roy bataille, mais moult se doubta le prince qui toujours chevaucha vers Guienne.

Pourtant le poursuit le roy tant que entre Poitiers et Chauvigny l'aconceust. Quant le prince apparceust que la bataille ne povoit eschever, il envoya devers le roy pour traictier et se partir sans bataille ; et fit offrir rendre au roy tous les chasteaux qui de par les Anglois estoyent tenus ou royauime de France et cent mille francs. Ces offres conseilla de prendre

DE DÛ CUESCLIN. 6t

au roy le mareschal d'Aiitrehan ' qui du conseil du roy estoit ; mais là fut le mareschal de Clcrmont qui au roi le desloigna et dist au maresclial d'Antrehan que , pour ce que peiu' avoit , donnoit le conseil. Des parolles se couroussa Entrehan , et dit au mareschal de Clermont : Clermont, affin que sachiez , se bataille y a , que je n'ai pas peur , je veuil que vous sachiez que l'arrest de ma lance y sera plus avant que la pointe de la vostre ne sera. Finablement toutes les offres du prince reffusa le roy , et entrèrent lendemain au matin en la bataille. Là furent les deux mareschaux de France qui la première bataille avoient; et pour les parolles qu'ilz avoyent euez furent l'ung sur l'autre moult envieux. Si desreement entrèrent en la bataille du prince qui au front de sa bataille avoit rais grant nombres d'archiers pour lesquelz fut la bataille des raareschaulx desconfite. De l'ost du

' D'Andicghen. 6-

roy s'en partirent aucuns princes qui plus de quatre mille hommes emmenèrent. Et en la bataille demoura le roi Jehan qui pour ce ne voult partir , ains assembla aussi pou de gens que demouré luy furent. Quant Anglois apperceurent que la chevalerie de France estoit desemparée apertement , se assembla la bataille du roy qui grandement le receut , et a la fin fut pris et son mainsné filz Phelippes avecques luy, au moys de septembre mil ccc. Ivj. Bien sçavoit le roy Edouard que le roy Jehan poursuivoit son fils le prince , et pour luy secourir envoya le duc de Lanchastre son filz, qui la mer de Bretaigne passa avec grans gens. Et tant se hasta pour estre en la bataille , que trois jours devant arriva au Pont de See sur Loyre; mais les François luy gardèrent le passaige et lui convint illec arrester où on luy apporta les nouvelles de la desconfiture , dont grant deul démena , pour ce qu'il n'y avoit esté.

Du Siège de Rennez.

Le siège de Règnes jura le duc deLancastre , et dist que d'illec ne partiroit jusques dedens auroit esté. En Règnes estoit de par le duc Charles Le Boiteux de Paveoit* qui chevalierfut de grant prouesse. Dedens désira moult estre Bertrand qui partie de son lignaige y avoit; mais tant avoit le duc assiégée la ville de toutes pars , que de gens et vivres ne povoient avoir secours. Durant ledit temps dudit siège se tint Bertrand es grans foreslz ^ près de Règnes, et souvent de jour et de nuyt couroit sur Tost du duc en criant : Guesclin. De ce s'esmerveilla le duc de Lancastre et moult se enquist qui estoit celluy qui si souvent reveilloit son host. Là avoit ung chevalier de Bretaîgne qui dist au duc : Je vous jure, monseigneur, que c'est ung jeunes hons qui jà en son eage a fait

' Penhouët, — ^ La forêt de Paimpont.

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