‹ Chronique de Du GuesclinChapitre 7 sur 17 · G4 CHRONIQUE · texte numérisé non relu

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plus d'armes que chevalier de ce païs ne fit oncques ; et lui conta puis la prinse de Forgeray, et que sire s'en faisoit nommer. Lors dit le duc que , puis qu'il tenoit le chastel que sire s'en povoit bien clamer, mais bien voulsist qu'il fust aultre part. Devant Règnes fit le duc de grans assaulx ; mais plus y perdit qu'il n'y guaigna. Lors fit la cité miner; mais Le Boiteux de Pavehoit qui de la mine se doubla , ordonna que, pour avoir cognoissance , chascun tenist en son hostel bassins ou paelles d'arain et unes forcettes dedans. Pour ce , furent ceulx de R egnes cognoissans de la mine et contreminerent. De la mine sceut Bertrand nouvelles qui moult en fut doulent, et une nuyt clievaucha Bertrand secrètement a tout ses compaignons et en l'ost du duc bouta le feu. Si commença le cry merveilleux cpie Anglois cuidoyent que François pour le duc Charles fussent là venuz. Et celle voye print Bertrand quatre chevaliers de l'ost, çt luy fiancèrent tenir prison , puis se

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retrait Èertiaïul en la forest. Pour le cry furent ordoinicz Anglois en bataille toute nuyt , jusquos que l'espie du jour vint qui dist que ce n'estoit riens. Lors se pensa le duc et dist que c'estoit Bertrand qui dormir ne les laissoit. Adonc vint un chevalier Anglois prisonnier que Bertrand envoya au duc et lui dit : Monseigneur , avons m' envoyé Bertrand, a qui prisonnier suys , pour vous dire que ceste nuyt vous a reveillé ; mais pour ce que doresnavant il vous laisse dormir , il vous requiert de dedens * Règnes il vous plaise le laisser entrer lui et ses compaignons : car moult désire voir ses parens qui leans sont. Le duc qui fut moult courroussé respondit que jà trêves ne lui donroit, ainçois fei'oit plus fort miner la cité. Tant contraignerent ceulx de Règnes que la mine fut percée. Là furent Anglois esjpuiz qui longuement combatircnt , et en

- Lisez ; que ilcdens liegnes , tic.

la fin les Anglois de la mine furent mors et desconfis et la mine fondue. Quant le duc sceut la desconfiture, en luy n'eust que courrousser. Si fit de plus en plus gueclier que vivres et secours n'eussent ceulx de Règnes, et bien savoit le duc qu'a bien grant povreté de chair estoit ; mais point ne hyssoyent. Lors se pensa d'une grant soubtiveté pour les cuider faire yssir. II fit assembler bien deux mille pors et les fit mectre en pasture prez de Règnes au maretz. Lors cuiderent hyssir ; mais le capitaine ne voult souffrir , ainçois trouva une subtilité contre celle du duc. Il manda ung bouchier et fit amener une truye et puis fist abaissier la planche du pont, et fit lancer icelle truye soubz la porte au dedens, qui moult fort ce print a crier et a braire. Et tantost que les pors ouyrent le cry, ils accoururent criant , ne oncques on ne les peut garder que dedens la cité ils n'entrassent tous et en telle presse , que oncques Anglois n'y ousa approcher.

Ainsi conquirent les gens de Règnes les

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pors du duc qui moult marrye en fut , et de ce furent ceulx de Règnes moult aises ; car longuement avoycnt jeusné de chair et longuement furent ainsi, pour ce que le duc avoit le siège juré , et que de jour en jour abaissoyent de vivres et secours n'avoyent de nulle part. Le Boiteux de Paveoit assembla ceux de Règnes pour avoir advis de quelle part ils pourroyent avoir secours du duc Charles qui dedens JVantesestoit, mais encore prisonnier estoit eslargy sur sa foy , ne armer ne se povoit. Là estoit ung bourgois de Règnes, qui six enfans avoit et n'avoit que mengier; lequel dist : Seigneurs , s'il vous plaist ainsi comme je vous diray, c'est assavoir : je m'en iray au duc de Lancia stre et luy diray que banny m'avez et tollu le mien , et lui diray aussi que secours vous vient de France bien prochainement, et que secrètement doivent entrer en l'ost , puys luy diray que de Nantes doivent partir François pour vous secourir , et luy

diray le clicmiii qu'ilz doivent tenli , et, en ce faisant, pourray eschapper , puys m'en iray a Nantes vers le duc , et luy diray la misère où vous estes ; mais de mes enfans vous prie. Ad ce furent les Regnoiz accordans et firent une saillie sur l'ost du duc , et en celle saillie se détourna le bourgois et tant fit qu'il vint au duc de Lancastre et luy dist : Ha! monseigneur, comme dure chose sera, se ainsi Règnes demeure. Monseigneur, vray est que je suis de Règnes; mais ceulx qui y sont m'en, ont banny et m'ont osté six enfans et tollu le mien , pour ce m'estoye retrait à. Nantes, cuydant trouver pitié devers le duc qui compte n'en a tenu. Monseigneur, vous estes cy de longue main ; mais si garde vous n'y prenés , longuement vous, n'y serés si car , par ma foi , vous aurés demain Françoys qui secrettement sont partis de Nantes pour vous combattre et vivement par deux chemins pour vous surprendre en deux lieux. Pour ces nou -

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vclles, fit le duc ordonner ses batailles, et ceulx de Règnes firent faire feux de joie, et sur les murs de la citô, firent corner les menestriers et nionslrer grant semblant de joie.

Du bonrgoîs qui alla parler au duc de Lencastre devant Ueuuez.

Tant fit le bourgois qu'il eschappa de l'ost et print son chemin droit à Nantes , et le lendemain trouva en son chemin Bertrand du Guesclin et ses compaignons, qui Fost du duc aloyent espiant. Tantost cognent Bertrand le bourgois qui luy compta comment il estoit a ceulx de Règnes, et comme il a\ oit parlé au duc et s'en aloit a Nantes.

A ce matin chevaucha le duc de Lancastre sur le chemin de Nantes , en espérance de rencontrer Françoys, et en son siège laissa tentes, pavillons et chanoys, vivres , et gens d'armes pour le siège garder. Bertrand , qui par le bourgois sceut le

département du duc , vint ferir sur le siège en criant : Guesclin , et illec se deffendirent Anglois. Quant ceulx de Règnes, qui le département savoyent du duc et aussi que Bertrand se combatoit aux Anglois , ilz yssirent de Règnes et entrèrent au siège. La furent Anglois surprins , et les tentes du duc , vivres, charrois et pavillons guaignés et mis dans la cité de Règnes avec leurs prisonniers. Ainsi entra Bertrand dedens Règnes, dont ceulx de son lignage et de la ville se resjouirent moult. De ce sceut tost nouvelles le duc de Lancastre, qui moult en fut doulent et vit bien qu'il fut deceu. Lors retourna en son siège et de plus en plus le tint a destroit. Quant Bertrand fut en Règnes, a tout les vivres, charroys et prisonniers , il délivra sans ranson paier tous marchans estrangiers qui avoyent amené vivres en Tost, et des vivres qu'ilz avoyent amenez au jour de la prinse les fit payer par ceulx de Règnes ; mais ancois leur fit promectre que jamais

en l'ost du duc n'ameneroyent vivres. Ce fait, les envoya au duc et les charga de dire au duc qu'il se recomraandoit a luy , et que, pour son corps, les biens de la ville estoyent a son commandement. Les marchans vindrent au duc, puis luy comptèrent de Bertrand, et ce que par eulx luy manda. Moult le prisa le duc , et dist que jamais cueur de telle largesse ne pourroit mauvaisement finer, et que encores passeroit Bertrand tous les chevaliers du monde, et fort se dementa de le veoir. Avec luy fut le comte de Panebroh % qui luy die : Sire duc, je loue que vous envoyez a Bertrand sauconduit et que vous le mandez , et je le cognois tant qu'il viendra a vous. Il envoya son herault a Règnes , et par sauconduit manda luy quatriesme. Dedens Règnes entra le herault, et se adressa au capitaine et luy dist ce pour quoy il estoit là envoyé. A celle heure s'en venoit Ber-

• Pembroke.

trand le long d'une rue, vestu d'un noir Jacques *, qui n*estoit pas de grant monstre, et a son col portoit une hache. Le capitaine monstra Bertrand au herault, et quant le herault l'aparceut si noir et en tel arroy, il dit au capitaine : Saincte Marié! sire, comment? il semble bien estre brigant en tel estât. Beaulx amis , dist le capitaine, je vous conseille que vous parlés a luy courtoisement; car par maistrise on ne auroit riens de luy. Adonc fist le capitaine appeller Bertrand. Là fut le herault qui courtoisement le salua de par le duc et luy dit : Sire , a vous m'anvoye le duc de Lancastre qui, pour les biens que de vous à ouyr acompter, désire moult vous veoir, et, pour ce, vous dis debonnaircment que vous quatriesme le veuillez venir veoir a sonhost , et, pour ce faire, voyés issy son sauconduit que par moy vous envoyé.

* Espèce de surtout dont le nom s'est cou serve dans le motjacquctie.

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Appertement partit Bertrand pour aler vers le duc, mais avant donna au herault cent frans , qui moult le mercya. Plusieurs de l'ost hyssirent des tantes pour veoir Bertrand, et tant ala qu'il vint a la tante du duc, et devant luy s'agenoilla humblement , lequel tantost le releva et le mercya de ce qu'il estoit venu a son mandement.

Le bon duc de Lencastre.

Longuement tint le duc Bertrand et parolles, et bien aparceut le duc a son parler, que en luy avoit grant liardement et tendit moult le retraire a sa part; et luy demanda qui son seigneur estoit : Sire, dit Bertrand , jà le sçavés assé>. Vous sçavés que c'est monseigneur Charles, qui tient la ducliié de par madame sa femme. A ce respondit le duc : Beaulx amis , encores ne tient pas Charles la duchié de Bretaigno; ainçois tient que cent mille personnes eu

mourront : dont dommaige sera. Et Bertrand en s'esbattant luy dist : Monseigneur, je croy bien qu'on en tuera assez ; mais demourera la voix * a ceulx qui demeureront. De ce se print le duc a sourrire et dit a Bertrand : Se servir me voulés, je vous ferai chevalier et vous donray ung tel tenement , que vous en devra souffire a vostre estât mener. Quand Bertrand entendit le duc, se songea ung petit et dit : Sire, pleut a Dieu que bonne paix fust entre vous deux princes : car , en vérité , se paix y estoit et par especial envers monseigneur Charles le duc a qui je suis, je feroye voulentiers vostre gré ; mais, monseigneur, vous savés que, ce^ présent vous aloye servir, et puis vous laissoye pour aler servir ung aultre qui vous fust contraire, vous me tiendriés pour traitre et desloyal.

Ml y a ici, selon moi, une faute d'impression. Il faudrait l'avoir.

* Lisez : se.

DK DU GUESCLlIf. 7S

ce que jà n'aviengue ! De ceste response prisa moult le duc Bertrand , et puis fil venir vin et espices, dont les chevaliers qui là furent servirent. Lors estoit en l'est du duc messire Guillaume Branbroht, frère de messire Robert Branbroht, chevalier anglois qui jadiz tint Forgeray.

Messire Guillaume Branbroht se trahyt devers Bertrand , et luy requist joustes de troys fers de glaive. Cesle requeste luy octroya Bertrand, ou de six, se de troys n'estoit content , dont le duc se print a sourrire , et dit que de fiere response estoit Bertrand, puis leur dit : Beaulx seigneurs, puis qu'en ma présence vous plaist ainsi faire, veuil que ce soit a demain. En ce point vint le herault du duc et lui dist : Sire, de la courtoisie et largesse que Bertrand me fit a Règnes, je vous mercye : car pour l'amour de vous me donna trèsgrant présent. De ce sceut bon gré le duc a Bertrand et l'en mercya; puis fit venir

le meilleur courcier ^ qu'il eust, et a Bertrand le donna : et adonc luy dit Bertrand : Sire , vous estes le prince qui oncques mais riens me donnast. Je suis povre homs et ne vous puis faire service; mais je vous jure que en tous cas vous servir^iy voulentiers,mon honneur sauf. Le courcier est bel, dont je vous mercye, et demain par devant vous l'esprouveray. En ce point print congié Bertrand du duc, et rentra a Règnes. Lendemain il confessa et fit chanter messe; puis s'arma et vint en l'ost du duc. Là estoit apresté le duc de Lanclastre et le conte de Panebroh pour faire le champ garder. Briefvement y entra messire

' Cheval. Comme en roman le nom qu'on donnait à un cheval indiquait l'usage qu'on en faisait , nous allons apprendre l'un et l'autre par la citation euivante:

« ...et pour ce que il i a cevaus de plusieurs 0 manières, li un sont destrier graut pour comnbatre, liautre sont palefroi pour cevalierà l'aise »de cors, li autre sont roucin pour sommes por- »tcr. » ( Brunetto Latini en son Trésor, lit. i.j

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Guillaume Branbroht, et puis y entra Bertrand; sur les destriers montèrent, et de grand vertu coururent leurs destriers et enferrèrent l'ung l'aultre es bacinez de la première entrée, et fut Branbroh ung pou navré et Bertrand non; mais du coup fut bien estonné. Après commencèrent a faire les deux aultres coups, et ne fut blessé nul ne d'ung costé ne d'aultre. Adonc fut Bertrand doulent, de ce que aultrement n'avoient l'ung l'aultre enferré. Si dit au chevalier Branbroht : Vostre requeste vous ay acomplie et par l'amour de monseigneur le duc, qui là est, vous ay espargnié. Ces parolles print Branbroht atrès grantdesdaing et dit a Bertrand que d'autant le requeroit. Si luy accorda Bertrand. Là recommença la j ouste. Si advint que de la première lance Bertrand frappa Branbroht de telle vertu, qu'il luy persa tout son harnoys, en telle manière que le fer du glaive luy trespersa oultre le corps, dont il chayt tout pasmé sur le champ. Quand Bertrand eust

/S CÛRONlQtE

le chevalier abatu , il saisist son destrier, et tout monté vint mercyer le duc et luy dist : Sire, je vins cy a ung destrier et je m'en voys a deux. Vostre raercy. Là vint le herault du duc. Quant Bertrand l'apparceust, tantost luy donna le destrier qu'il avoit conquis: dont luy et sa chevalerie le tindrent a grant honneur.

Gomme messire Bertrand entra en la cité de Rennez.

Dedans Règnes entra messire Bertrand qui honnorablement y fut receu et festoyé celle journée; mais environ la vesprée, fit assaillir le duc la cité et en celluy assault firent tant Anglois que ilz misrent ungbalfroy bien près des murs de la cité. A la nuytée , cessa l'assault et mist gens d'armes et arbalestriers au dit balfroy, en espérance de recommencer le lendemain l'assault par le balfroy; mais lendemain, au point du

jour, par le conseil * Bertrand et Le Boiteux de Paveoit, ledit Bertrand en grant nombre de gens d'armes assaillirent le dit balfroy et occirent les gardes et boutèrent le feu gregois tant que ledit balfroy brûla : dont l'ost fut tout esmeu. Et assaillirent Anglois bien asprement ceulx de Règnes qui yssus estoient. Là se deffendirent Regnois tant longuement et tant firent que sans perte s'en retournèrent dedens Règnes.

A ce temps approuchoit le temps d'iver et moult estoient le duc et les Anglois travaillez de siège tenir qui longuement avoit duré; et voulentiers eust le duc levé le siège; mais il avoit jure que jamais n'en partiroit tant que son penon fut assiz devant la porte de la cité. En la cité estoyent en grant douleur de vivres et bien savoit

» Il faut ajouter de. Ce qu'oc prend ici pour une faute d'impression n'est qu'une locution qui dura jusqu'au xvi* siècle.

8o CHRONIQUE

Bertrand le serment que le' duc avoit faif. Si fit assembler les chevaliers, escuyers qui dedens Règnes estoyent, et, par le conseil Bertrand , fut avisé que, se le duc de Lanclastre vouloit, luy dixième seullement , entrer en Règnes , on luy ouvreroit les portes, et, par" son serment acquiter, on luy mectroit son penon sur les portes ; mais que son siège levast. Geste chose fit signifier Bertrand au duc qui debonnairement l'accorda, et demanda respit de troys jours pour avoir sur ce conseil. Pour l'ordonnance de Bertrand fust crié en Règnes que le lendemain fust chasçun armé au point du jour, et tous vivres, chairs , poissons et aultres vivres fussent mis sur les esthaulx et fenestres de la cité. Tout ainsi que Bertrand le devisa , il fut fait. Aulcuns chevaliers Anglois conseillèrent au duc que de ce il ne fist riens , se plainement la cité n'estoit mise ason commandement etqu'ilz

' Lisez : pour.

DE DU GUESCLIN. 8l

savoyent bien que la cité estoit affamée. Toutes fois celle journée, que le duc devoit entrer, il y entra comme accordé l'avoit, etyssirent dehors le capitalue et Bertrand. Et y entra , luy dixiesme de chevaliers , et le menèrent luy et sa compaignie chevauchant tout parmy la cité et par la ville pour veoir Testai.

Quant le duc vit la grant planté des vivres qui en Begnes estoyent sur les estaux et les gens qui y estoyent armés, il envoya ung herault en l'ost quérir ses bannières et pennons. Et tantost furent apportées et mises sur les portes où monta le duc , puis les y assist , puis descendit et luy fut le vin aporté dont il beut. Après boire, dit Bertrand au duc: Sire, je vous supplie qu'il vous plaise moy dire où sera la guerre doresnavant : car là me vouldroye retraire. Le duc luy respondit :

Beaux amis, vous le sçaurés tantost.

Comme le bon duc de Lancastre entra en Rennez.

De la cité de Règnes yssit le duc de Lanclastre et tantost qu'il fut sur le pont, si gecterent ceulx de Règnes ses banieres a ses talions : dont le duc fut doulentdont il avoit fait oncques traicfié; toutes-voies, pour sa loyaulté tenir, leva son siège et s'en ala au chastel d'Auvoy. Puis de là s'en partit, tirant a Rains là où il cuyda se faire coronner roy de France où droit n'avoit; mais Dieu, de qui tous biens viennent, luy retailla de son propos si comme Tystoire racontera cy-après; et devant Kains vint Edouard et si manda a luy venir le duc de Lancastre son filz et tous les Anglois de sa compaignie. Quant Anglois les trêves avoient de quarente jours pour Dinan recepvoir , se secours n'avoient , sceurent le mandement de Edouard, ilz mandèrent les chevaliers et escuyers et

DE DU GUESCLIN. Îi3

prindient conseil entre eulx qui bon seroit de prendre unes longues trêves, en espérance de paix. Lors levèrent Anglois le siège de devant Dinan, puis entrèrent en mer pour passer droit a Calais; mais une maladie print au duc de Lancastre que mesel devint et demoura et retourna en Angleterre , qui guyeres ne vesquit.

De la pestilence des Anglois.

De devant Rains s'en partit Edouard , ardant et excillant le païs de Champaigne, Picardie et France * ; et si chevaucha jusques environ Noël. Et en Beaulce chaist sur Anglois une tempeste merveilleuse et maintenoit on que sur eulx chairent pierres du ciel qui tous mors les gectoyent. Et tous mors les trouvoit on entre Paris et Chartres. Moult fut le roy Edouard endommagié a celle heure et riens n'y con-

' L'Ile-de-France.

Su CHRONIQUE

quist; ains pour traictié de paix manda au roy de France qui pour luy fut envoyé le duc de Normandie , régent de France , et Charles filz ainsné du roy de France , au moys de may mil ccc. Ixiiij a deux lieues de Chartres et illec fut fait accord et paix des deux roys , puis s'en ala le roy Edouard en povre estât en son pais.

Du siège de Betherel.

En ce temps fut en Bretaigne Charles de Blois qui délivré fut de prison ; mais armer ne se povoit contre le conte de Monfort qui chalengoit la duchié de Bretaigne. Et pour la partie du duc Charles le bon Bertrand guerreoit. Près de Dinan cy est ung chastel appelle Bestherel, qui de par Charles le duc estoit tenu.

Devant Bestherel mist le siège le conte de Montfort acompaigné de messire Jehan Chandos, connestable d'Angleterre, Ro-

bert Cavole ' et d'aultres grans chevaliers d'Angleterre. Et plusieurs fois le chastel fist assaillir; mais moult ce tint: car moult fort fut et bien garny de gens d'armes qui bien se deffendoyent. Et tant furent assiégiez que vivres abaissoient au chastel. Le capitaine de Bcstherel print avec le conte de Monfort respit du chastel rendre, se du duc Charles n'avoient secours. Tantost fit sçavoir au duc Charles le capitaine le respit qu'il avoit prins avec le comte de Monfort, et, en brief temps, le duc Charles assembla grant chevalerie et briefvement vint- devant le chastel pour le siège lever et Anglois combatre. Là vindrent les evesques de Bretaigne qui moult furent desirans de mettre paix entre les parties , et tant firent que entre eux fut traictié en paix, faisant que le duc Charles et le conte de Monfort assembleroyent leur conseil, et a chascun feroit bailler tel nombre de

' KnoUes

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