‹ Chronique de Du GuesclinChapitre 9 sur 17 · S CHRONIQUE · texte numérisé non relu

S CHRONIQUE

liaulte près d'ung mur se furent retraiz Bertrand , le mareschal d'Entrehan , Le Bègue de Villennes , Olivier de Manny , Alain de Beaumont et la chevalerie de France , qui tant asprement se deffendirent que en leur bataille ne pouvoient Anglois entrer ne pour eulx assembler que environ Ix hommes de front. Et sur le front de la bataille se tenoit toujours messire Bertrand, le mareschal, Le Bègue, Olivier de Manny, Alain de Beaumont, qui tant combatirent que bien près tout le long du jour furent que oncques Anglois ne peurent en leur bataille entrer , et tant en occirent que merveilles fut : dont le prince le sceut, qui toutes ses batailles assembla et ses bannières desploia et contre Bertrand vint et de grant vertu fit François assaillir. De grant deffence furent François et moult d' Anglois occirent; mais en la fin furent François desconfiz. Quant Bertrand apparceut la desconfiture , contre le mur se retrait et une hache tenoit

DE DU GUESCLIN, 1f^g

dont tellement se combatit que devant luy avoit plusieurs Anglois occiz, ne devant luy n'estolt nul qui plus osast approucher, ains ne faisoient que jecter dagues et espées encontre luy. Les nouvelles furent rapportées au prince qui moult désira veoir Bertrand. Adonc s'adressa sa bataille vers Bertrand qui tantost le cogneust et envers luy s'inclina a ung genoil et dit : A vous , monseigneur le prince de Galles , me rens et non a aullre , car de Piètre ne seroye point prisonnier ; ainçois mourroye en moy deffendant. Debonnairement receut le prince la foy de Bertrand et le bailla a garder au captai de Buz qui sur sa foy luy fit jurer prison et que de luy ne partiroit sans la volenté du prince. Et la nuyt après la bataille finée , se tindrent le prince et Piètre sur le champ , en signe de victoire , et moult furent doulens de Henry qui escbappé leur estoit*.

* On peut consulter sur la bafaillc de Navar«tte les historiens espagnole , Âyala , Zurita,

aSo CHRONIQUE

Pour le roy Henry poursuir et prendre furent a conseil le prince, Piètre et plusieurs aultres Anglois et Gascons. Et rapporté fut que par Arragon s'en estoit aie Henry au duc d'Anjou qui Languedoc commandoit de par le roy Charles de France, son frère. A ce conseil fut Le Bourg de Comininges. Ce Bourg estoit hardy chevalier et grant acoinlance en Languedoc avoit et mesmement en Tolosain dont il estoit nez ; et traicterent a luy le prince et le roy Piètre : que Henry promist poursuir, et jura que, se xv iours sejoumoit en Lenguedoc, il le prendroit et a Piètre le rendroit. Pour ceste chose , promist Piètre payer au Bourg de Comminges c. mille doubles d'or et pièges en furent. Le conte d'Armignac ,1e sire d'Alebret, le captai et plusieurs barons promirent tenir et bailler

Cascalès, Ferreras, Mariana et Garibay, notre Froissard , liv. i , Arthur CoUins et Kippis, les biographes anglais du Prince-Noir,

Î)T. DU CUESCLIN. îSl

lîedeiis XV jours, où il vouldroit, après sa queste , se son fait poursuivoit, au cas que payé ne seroit contcns. Et a celle Lcure se partit de l'ost Le Bourg prenant son chemin par Arragon.

Après la bataille se rendirent au prince et au roy Piètre ceulx de Nadres , et lendemain y entrèrent. Là furent apportées au prince les clefz de plusieurs villes et chasleaulx plus poiu- crainte que pour amour; mais atant se taist a parler du prince et de Piètre Tistoire qui bien sera ramentvé, quant temps et lieu sera et parle de Henry, qui par l'ordonnance de Bertrand estoit party.

En ceste partie dit l'istoyre que après ce que le roy Henry fnt party oultre son gré de la bataille en démenant grant dueil et de la chevalerie de France , si luy souvint de la royne sa femme et de ses enfans qui en Espaigne estoient et pensa bien que pour le pouvoir de prince , la royne se rcndroit bien tost. Pour ce , envoya Henry

a sa femme ung de ses clievaliers et la desconfiture luy fit sçavoir : dont grant dueil démena la royne , avec elle estoit l'arcevesque de Tolecte ^ qui prendons estoit saige, et par son conseil se retrait la royne et ses enfans en Arragon au chastel Blanc. Par le royaulme de Navarre passa le roy Henry et son chemin y print pour ce que bien pensoit que plus tost poursuy seroit par Arragon que par Navarre, qui contraire luy estoit, et tant ala par ses journées et sans estre congneu et destorné, qu'il arriva a Toulouse, et failliz luy estoient ses deniers et ses chevaulx las et travaillez. En l'ostel des Ballences descendit le roy Henry. Et illec avoit envoyé le Bourg de Comminges une espie qui le roy Henry bien congneut ; mais semblant ne fist. Dedens Toulouse estoit demourant ung chevalier nommé messire Guillaume Gaillart , qui en Espaigne avoit esté avec le conte

' Don Pèdre Tcnorio.

HT. DU CUKSCMN. 9.5*^

tic I.a Marche ot le roy Honry avoît servi, qui de grans biens hiy a voit fait. El en l'ostcl (lu clievalier se fit le roy Henry mener. A eelle heure estoit assis messire Guillaume Gaillart avec sa femme a disner. Quant le roy fut leans entré , tantost le eongneut le chevalier qui de la table se leva contre luy et s'agenoilla. l^e roy leva messire Gaillart et en l'oreille luy dit que de luy ne fit semblant, affin que congneu ne fut de nul homme. Tantost mena messire Gaillart le roy en une chambre ; et demoura Teste dehors , qui a mer\'eilles fvl esbahy que son hoste pouvoitestre devenu. Tantost retourna messire Gaillart qui a Toste dit : Amis , en vostre hoslel alez et les gens de ce gentilhomme amenés cy, qui céans disneront, avec leur maistre. Après s'en retourna messire Gaillart au roy Henry qui la desconfilure et la bataille de Nardres ^ luy compta : dont il fut moult doii -

' La bataille (Hinniie sons le nom df- bulaitlc Je Navareitc,

lent et debonnairement reconforta le roy Henry. Pour accompaigner le roy Henry vint messire Gaillart quérir sa femme , et merveilles estoit du grant honneur que a Henry portoit le chevalier. Messire Gaillart dit a sa femme : Dame , a la chambre vous en aies et le chevalier honnourés de tout ce que vous pourrés : car bien en est digne, et sçaichez que c'est ung des grans seigneurs de ce monde et est roy couronné ; mais gardés que de révéler ne soyez si hardye. Saige fut la dame qui bien la chose sela et dedens la chambre entra , et puis , quant elle apparceut le roy Henry , le genoil mist a terre contre luy. Et leans vindrent les chevaliers qui au roy estoient , qui bien tost congneurent messire Gaillart, lequel a son pouvoir les honnoura. Et après disner parlèrent le roy et ses chevaliers et messire Gaillart pour eulx conseiller que faire pourroient. Au roy respondit messire Gaillart : Sire, au duc d'Anjou, qui a Villeneufve est , qui est près

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d'icy , vous en iréi» et moy , en vostre corapaignie. Ne de chevaulx ne de finance ne vous doublez que jà default en a\e/; car assés ay des biens qui de Dieu et de vous sont venuz. Et en droit , moy, j'ay fiance que envers mon seigneur le duc trouvères voye de recouvrer vostre royaubne. ^Vu lendemain , au point du jour , se partirent le roy Henry , messire Gaillart et les aultres chevaliers qui leiu- chemin prindrent droit a Carcassonne. Et ne furent que six en tout , sans page mener. Et compta le roy Henri du fait de la journée , et comme Espaignolz n'avoient point voulu croyre messire Bertrand.

Par my Arragon avoyt fort chevaulché Le Bourg de Comminges , ne du roy Henry n'avoit peu avoir nouvelles : pour ce, se doubta que pour Navarre fut passé et dedens Comminges fut retrait; mais a Toulouse estoit son espie qui le roy Henry congneut , a sa venue , et sçavoir le fit par lectres qu'il envoya a Comminges; ne de

Toulouse se paitit l'espie jusque^» a ce qu'il eut veu le roy partir. Tantost que Le Bourg sceut nouvelles du roy Henry , hastivenient s'en vint a Montguysart qui a trois lieuez de Toulouse fut. lUec assembla c. hommes d'armes et, le jour que se partit le roy Henry de Toulouse, s'en partit l'espie du Bourg , qui devers luy ala a Montguisart , et le partement du roy Henry luy dit et que a Carcassonne s'en aloit, et en secret luy dit. Lors vint Le Bourg aux chevaliers et escuiers que assemblé avoit , et leur dit que hastivement leur convenoit aler a Carcassonne, en leur priant qu'il n'y eut faulte qu'ilz ne fussent devers luy, le soir; car devant alloit. Ainsi se partit Le Bourg de Montguisart ; mais tant chevaucha le roy Henry qu'il vint , sans repaître , dedens le bourc , en l'ostel de la pomme d'or.

Dedens la cité de Carcassonne fut adonc Marie de Bretaigne , femme du bon duc d'Anjou , et fille de monseigneur Charles

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de Blois. Et pour l'aler veoir, y fusl aie le roy Henry; mais dans ce temps estoit coustume que nulle princesse ne veoit seigneur estrange sans lectres ou mandement de son seigneur. Pour soy recommander a la duchesse, le roy Henry envoya devers olle messire Gaillart et deux de ses chevaliers, qui de la desconfiture de Nadres luy print a compter , et comme le roy Henry s'en aloit par devers son seigneur, le duc , a reffuy. Pour le roy Henry honnourer, envoya la duchesse messire Henry de Bretaigne, son frère, accompaigné des deux filz au conte de Granpré et plusieurs chevaliers d'onneur,qui le roy Henry moult réconfortèrent et avec luy mengerent. De grans dons luy fit faire la duchesse. Et après mengier , envoya le roy messire Gaillart , pour convoyer la duchesse.

Au retour que fit messire Gaillart de convoyer , le frère de la duchesse apparceut Le Bourg de Comminges qui en Carcas-

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sonne estoit arrivé et par les iiosteieries scretement enqueroit du roy Henry. De la pomme d'or vit yssir messire Gaillart Le Bourg, qui bien sceut que a la desconfiture de Nadres avoit esté avecques le prince; pour ce, fut en doubtance du roy Henry, et tant s'avança que Le Bourg rencontra et rigoreusement luy demanda qui l'avoit là amené. A messire Gaillart respondit lors Le Bourg que de nouvel son frère, le conte de Comminges luy avoit donné terre que on luy empeschoit et que devant le seneschal de Carcassone luy en failloit plaidoier, et, pour son droit garder, luy devoit venir du conseil de Toulouse et , pour ce , par les hosteleries enqueroit se encores estoit venu. En doubte fut messire Gaillart que Le Bourg ne assembla gens pour le roy Henry prendre. Pour ce, vint a la porte de Carcassonne, du cousté devers Toulouse , sçavoir se au Bourg estoit de nouvel entré gens de cheval. A messire Gaillart respondirent les portiers

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lue n'a gueres estoient entrez bienc. hommes a cheval , armez, qui par les hosteleries se logoient. Tant fit messire Gaillart que aucuns en trouva et leur demanda quelle part ilz aloient. Hz luy respondirent que , a la prière du Bourg de Comminges , estoient vcnuz et ne savoient pour quoy faire. Adonc se pensa messire Gaillart la mauvaistié de Bourg, et au roy Henry vint et luy dit : vSire, en vostre chambre vous retraiez : car en doubte suis que poursuy soiez. Vray est que en ce bourc de Carcassonne sont gens logiez que bien congnois et assemblé les a Le Bourg de Con}minges qui avec eulx est , et pour ce , a la duchesse de ceste chose vueil parler. Par devers la duchesse alla messire Gaillart et l'affaire et l'entrée du Bourg de Comminges luy compta et de ses gens , et bien luy dit que le roy Henry poursuivoit, pour le prendre. Au bourg envoya hastivement la duchesse messire Hernoulx d'Espaigne , seneschal de Carcassonne quérir et luy

'à6o chronique

commanda que retenu fut Le Bourg et tous ceulx qui avec luy estoient. Dedens le bourg de Carcassonne entra le seneschal qui les portes fit fermer ; puis assembla les bourgois en armes et tant fit que Le Bourg de Comminges et tous ceulx qui avec luy furent venuz il print et arresta ; et a la duchesse les mena qui emprisonner les fit. Pour ce que de l'emprinse riens % ceulx qui avec luy estoient venu furent délivrez ; mais gardé fut Le Bourg estroictement et pendre le voult faire la duchesse , se par son seigneur n'eust esté pour frère le conte de Comminges qui luy en fit requérir moult humblement.

Le soir que fut prins Le Bourg de Comminges , se partit le roy Henry environ my nuit de Carcassonne et tant chevaucha que en deux jours vint à Villeneufve. De luy se partit messire Gaillart qui sa venue ala dire au duc et la desconfiture de Nadres

' Sous-entendez : ne sçavoicnt.

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liiy compta el le graiit deuil ((ue demenoif le loy Henry de la chevalerie de France. De ce l'ut moult doulent le duc et au devant du loy Henry envoya son cousin le conte d'Estampes et tous les chevaliers de sa court, qui le roy Henry encontrerenl et moult le réconfortèrent, puis vindrent au chastel en sa compaignie. Adonc issit le duc qui au devant du roy Henry vint. Et tantost qu'il le vit devant luy, s'agenoilla le roy Henri d'un genoil et son chapperon osta contre luy et bien humblement luy dit : Ha ! monseigneiu" , a vous m'en viens a reffuy : car le plus pouvre chevalier suis qui soit en vie. Et roy souloie estre ; mais or puis bien dire de si hault si bas. Appertement se leva le duc en soy descouvrant contre luy et son chapperon luy remist ; et dit le duc : Sire, grandement mesprenés, qui contre moy tant vous humiliez, qui roy estes coronné. Humblement respondit le roy Henry : Sire , bien vous puis appeller monseigneur : car par vous recouvreray

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ma terre et mon royaulme d'Espaigne, que perdu ay par ma simplesse et par fol conseil croyre oultre le vouloir de Bertrand et la chevalerie de France. Grant pitié print au duc d'Anjou du roy Henri qui envers luy tant se humilia , et , en le reconfortant , luy dit de grant couraige : Sire , par vostre faulte n'avés pas perdu vostre royaulme d'Espaigne; bien croy que par la cruaulté et faulte des gens du païs et de la chevalerie de vostre roiaulme avez perdu la journée et sur vous est tournée la desconfiture de la bataille que avés eue a Nadres contre le prince qui a grant tort vous a guerroyé , et bien deut faire le contraire ; mais je vueil bien que chascun saiche que en brief temps baudray ^ au prince tant a besoingnerque grant peine aura.Ensurque' tout , saiche le prince veulle , son père et tout ses alliez , serez restitué de la coronne

' Futur du verbe bailler.

* Lisez : en sus.

DE DU GTJERCLIN. ïGS

d'Espaigne. De ce incrcya le roy Henri le duc d'Anjou moult humblement, puis Iny dit : Je plains plus Bertrand et la clievalerle de PVancc que je ne fais la perte que j'ay faicte : car je ne sçay comment d'eux en est aie de la bataille qui tout estoit habandonnéedemes gens, quand Bertrand m'en fit partir a force du dit Bertrand et des Françoys qui le champ maintenoient si vigoureusement que merveilles estoit a veoir. Et plus seroie digne d'estre là où ilz sont, ou mors ou vifz , qu'ils ne sont et, en espécial, Bertrand qui bien me advertit de tout ce. Et se creu l'eusse, seigneur, fusse de mon royaulme et Piètre et le Prince en eusse déchassé. Moult doulcementle reconforta le duc et bien luy dit qu'il ne se soussiast de riens. Puis le mena en une tour où logié estoit et ses paremens luy donna à l'entrée de la tour. A l'eure que arriva le roy Henri, avoit le duc d'Anjou, pour le recevoir , fait faire grant appareil au disner. Après disner, donna le duc d'Anjou au

roy Henri toute la vaisselle en quoy il avoit été servi au disner, et tout estât royal, tant chambellains que aultres officiers, Dedens Villeneufve festoya le duc d'Anjou le roy Henri longuement , puis le men;«. par devers le pape en Avignon, qui de grans dons et biens luy donna.

Après ce que le duc eut festoyé le roy Henry, luy bailla deux mille hommes qui avec luy entrèrent en Guienne et le pais du prince prindrent a guerroyer et villes et chasteaulx ilz conquirent. Dedens Nndres se tint le prince avec ses ostz, en la saincte sepmaine. Et ung jour vint Piètre que Bertrand du Guesclin et le mareschal d'Antrehan luy requist et pour Bertrand offrit son pesant d'or. De ce fut le prince reffusant : et après la pasque fit le prince chevaucher ses ostz droit a Burgues. De sa venue sceurent tost ceux de Burgues nouvelles, qui, pour l'evesque, envoierent quérir sauf conduit devers le prince qui vonlentiers leur envoya. Par devers le prince do

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Galles \int l'evesque qui au princo monstra les griefz que Piètre leur a voit fait , pour quoy rendus s'estoicnt au roy Henry; et au prince se offrirent rendre, en luy suppliant que sauf fussent de leur corps et de leurs chevances, et que de sa grâce a Piètre les fit accorder. Et le prince leur promist, qui a Piètre fit jurer l'accord. Adonc parla l'evesque au prince : Mon seigneur, bien sçavons que de ceulx de Burgues prendra Piètre grant vengence ; ne, pour serment qu'il face , jà ne lerra , se par vous n'est. Mieulx le croiroye de jurer parMahom que par sa foy : pour quoy humblement vous requérons que en seureté nous vueillez maintenir. De ce se com mença le prince a sourrire et le roy Piètre envoya quérir ^ auquel il compta les offres de ceulx de Burgues, auquel il fut accordant. Tant chevauchèrent le prince et le roy Piètre que devant Burgues arrivèrent, qui rendue leur fut. Là fut Piètre receu. En brieftemps luy furent apportées le>clefz de

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Civile, de Tolecte et de plusieurs aultres villes et chasteaulx. Et tant fit le prince que de la plus grant partie du royaulme mist Piètre en possession.

Le prince estant a Burgues, vint a luy ung messagier qui de Henry le roy d'Espaigne luy porta nouvelles : que dedens Guienne estoit entré a grans gens et le pays gastoit moult. Bien sembla au prince que le roy Henry ne faisoit pas guerre de soy , qui destruit estoit. Et en son couraige pensa que du duc d'Anjou luy estoit menée ceste guerre ; car moult s'entreheoient le duc et le prince. Et nuyt et jour ne faisoit le duc que quérir tiltre pour le prince guerroier, qui estoit a paix envers le roy de France. Si print le prince voyepar laquelle honnourableraent du royaulme d'Espaigne * et au roy Piètre vint et dit : Sire , quant de mon païs partis , hommaige me promistes faire du royaulme

' Ajoutez : yslroit.

d'Espaigne, se recouvrer le pouvoye ; et les gens que je y ay amenez , qui a vos souldoyes sont, promistes satisfaire entièrement. Bien savez que du royauJme avés saisine et bien le pouvez tenir paisiblement , se par droit voulés vostre peuple maintenir. Pour ce que en mon pais me vueil retraire, ceste raison vous vueil requerre que de ce qu'estes tenuz de faire faciez envers nous. Quant Piètre se vist a Burgues et plusieurs aultres villes et chasteaulx estre en son obéissance , bien voulsit le prince et toute sa chevalerie estre en Angleterre ; et tant traicta que accord fit avec le prince qui a Cordelle ^ luy et sa chevalerie se retrahirent. Là yroit devers luy Piètre pour faire envers luy ses devoirs, dedens quinsaine. Tant désira le prince retourner en son pais que a Cordelle se retrahit, actendant Piètre qui, au jour que promis avoit, ne vint ne envoya : dont a deceu se

' Cordoue.

tint le prince et bien congneust desloyaulté. Longuement ne pouvoit le prince séjourner dedens Cordelle pour les vivres qui abaissoient , et de jour en jour luy venoit nouvelles du roy Henry qui sa terre gastoit. Pour ce, se partit d'Espaigne et a Bourdeaux arriva en pouvre estât. Là donna congié a sa chevalerie qui par son ordonnance, sans adveu de luy, s'assemblèrent et la' grant compaignie se nommèrent.

De celle assemblée fut chef messire Jehan Chandoz qui au païs du roy de France les fit entrer. Et le païs mectoient à-destruction j mais sur eulx jecta le pape sentence, dont après chascun se retrahit en sa contrée.

Pour la venue du prince , escript le duc d'Anjou au roy Henri et qui a luy vint a Villeneufve, lequel y vint. Là ordonna le duc que dedens Espaigne retourneroit le roy Henry; et, en ce contemple, fut délivré Le Bègue de Vilîennes qui par devers le roy se retraist. Et par l'aide du duc d'Anjou , assembla le roy Henry grans gens pour

DE DV Gur.sr.LiN. 269

Piètre guerroier ; mais tant dcsira Henry veoir messire Bertrand, que au Bègue bailla ses gens a conduire , en tenant le chemin d'Arragon , et en estât de pèlerin se mist le roy Henry. Et tant chemina que a Bourdeaulx vint et tant fist que a Bertrand parla a privé , et lui compta les secours que luy faisoit le duc d'Anjou; dont Bertrand moult s'esjouit. Puis se partit de Bourdeaulx Henry, sans estre apparceu, et en Arragon vint où Le Bègue aconceust. Et tant chevaucha le roy Henry que a Parpignan vint devers le roy d'Arragon qui secours luy fist de deux mile hommes , payez pour trois moys.

Depuis le despartement du prince, le roy Piètre ala en la cité de Tolecte et en plusieurs aultres de ses villes etchasteaulx, chevauchant parmy son royaulme. Au partir de Burgues , vint a Tolecte ou receu fut honnourablement et d'illec a Cordelle et a Civile , auquel lieu fit plusieurs chevaliers et bourgois decoler : dont moult

aïO CHRONIQUE

fut le peuple en grant douleur. Mais en brief temps chevaucha tant le roy Henry que en Espaigne entra et guerre print a mener. Devant Saquemente ^ fit adressier ses ostz et la cité fit assaillir; mais tantost se rendist a sa merci. Au partir de Saquemente , vint devant Madrie ' qui briefvevement luy fut rendue , puis vint devant Tolecte qui l'entrée luy refusèrent. Et illecques jura le roy Henri le siège. Du cousté devers la mer tint le siège Le Bègue de Villennes , oultre la rivière ^ , devant Tolecte , qui son siège fit clorre de bois. En sa compaignie furent le bastard de Bergues , Regnault le Limosin , et Thomas Pineul a grans gens ; et de l'autre cousté de la rivière fut le roy Henry qui avec luy avoit le conte d'Ausseure , de Lisle Gascon , Piètre Consaille, Piètre Ferrant , l'arcevesque de Toulette. Et au mi-

' Salamanque.

> Madrid.

' Le Tage.

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lieu du siège le roy Henry fist mectre la royne , sa femme , qui du Chastel-Iilanc d'Arragon l'avoit fait amener. Longuement dura le siège devant ïoulette , et tant a destroit les tint le roy Henry que par famine moururent en la cité plus de xxx mille hommes tant chrestiens, sarrazins que juifz , ne de Piètre ne povoient avoir secours ; ains affoiblissoient de jour en jour et leurs chevaulx mengeoyent. Mais cy endroit laisse du siège de Toulette a parler où bien saura retourner , quant temps et lieu sera; et vient a parler de messire Bertrand qui es prisons est détenu , ne de le mectre a ranson ne vouloit le prince avoir paroUes.

Comment le prince de Galles tint conseil à Boideaulx , pour délivrer Bertrand.

En Bourdeaulx tint longuement le prince Bertrand en ses prisons : dont a la che-

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