‹ Chronique de Grégoire de ToursChapitre 5 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOMMAIRE

Partage du royaume entre les quatre fils de Clovis. — Aitaque des Danois repoussée par Théodebert. — Guerre de Thuringe. — Sigismond fait tuer son fils Sigéric. — Ses remords. — Les fils de Clovis, à la prière de leur mère, attaquent la Bourgogne. — Sigismond, prisonnier de Glodomer, est tué par son ordre. — Clodomer est tué dans une seconde expédition en Bourgogne. — Clotilde recueille les enfants de Clodomer. — • Conquête de la Thuringe par Thierry et Clotaire. — Radegonde, femme de Clolaire, se retire dans un couvent à Poitiers. — Projet de Thierry contre la vie de son frère découvert. — Mort d'Hermanfried. — Expédition de Childebert en Espagne. — Défaite et mort d'Amalaric. — Expédition de Childebert et de Clolaire en Bourgogne. — Tentative de Monderic. — Childebert et Clolaire égorgent les enfants de Clodomer leur frère, et se partagent son royaume. — Description de Dijon. — Expédition de Théodebert. — Belle conduite de ce prince envers son ami Sigewald. — Mort de Thierry. — Théodebert lui succède malgré ses oncles. — Childebert fait alliance avec lui. — Guerre civile. — Guerre d'Espagne. — Siège de Sarragosse. — Guerre de Théodebert en Italie. — Ses lieutenants attaquent Bélisaire et Narsès. — Maladie et mort de Théodebert. — SédUion occasionnée par les malversations de Parthénius. — 11 est arraché d'une église et lapidé par ît* peuple. — Mort de la reine Clotilde.

Les quatre fils d« Clovis , Théodoric , plus connu sous le nom de Thierry, Clodomer, Childebert et Clotaire, héritèrent de son royaume, et le partagèrent entre eux également *. Théodoric

"^ Théodoric ou Thierry , régna à Metz ; Clodomer , à Orléans ; Childebert, à Paris; et Clolaire, à Soissons. Le royaume de Metz se nomma l'Ausirasie ; celui d'Orléans de-

5b CHRONIQUE

avait déjà un fils nomme Théodebert , remarquable par sa grâce et ses belles qualités. Tous ces princes se distin<^iiaient par leur courage , et par le nombre et la force de leurs armées.

Amalaric , fils d'Alaric , roi d'Espagne , désirant s'allier h des princes si puissants , recbercha leur sœur en mariage. Les quatre frères consentirent h cette union , et ils conduisirent eux-mêmes leur sœur en Espagne, avec une grande quantité de parures et d'ornements précieux.

Sur ces entrefaites , les Danois , sous la conduite d'un de leurs rois nommé Chochilach, abordèrent sur les côtes de la Gaule. Etant descendus h terre, ils ravagèrent un pays dépendant du royaume de Théodoric, et emmenèrent les habitants en esclavage. Déjà les navires étaient char2;és des captifs et du butin qu'ils avaient enlevé , et ils n'attendaient plus qu'un vent favorable pour retourner dans leur pays. Leur roi était resté à terre jusqu'à ce que sa flotte eut pris le lar;i;e, se préparant alors à la suivre. Théodoric, à la nouvelle qu'une partie de son torriloirc était ravagée par des étrangers , envoya de ce côté son fds Théodebert avec une puissante armée. Le roi Chochilach fut tué, et Théodebert poursuivant

\\n[ plus lard le rojamnc de Bourgogne ; celui de Soissons, la Neustric; celui de Paris ne changea pas de nom , d'où beauroup d'iiislorien* n'on( romplc!' comme rois de France que les rois de Paris.

la flotte ennemie la défit entièrement, et reprît lont le butin que les ennemis avaient enlevé.

Trois frères gouvernaient alors lesThurlngiens: Badéric, lïermanfîcd et Barlhaire. Ilermanfried tua son frère Barthaire , qui laissa à sa mort plusieurs fils et une fille nommée Piadegonde , dont nous parlerons dans la suite. Ce fut l'épouse d'Hermaufried , nommée Amalberge, femme injuste et cruelle , qui alluma la guerre civile entre les frères. Son mari, se rendant" un jour à la salle des festins , trouva la table à moitié couverte; et comme il en demandait la raison à sa femme : «Tu te plains , lui dit-elle, de n'avoir que la moitié d'une table, et tu ne te plains pas de n'avoir que la moitié d'un royaume. » C'était par de semblables reproches , sans cesse renouvelés , qu elle excitait son mari contre le seul frère qui lui restait. Il proposa secrètement à Tliéodoric une association pour se défaire de Badéric , lui promettant, en cas de succès, de partager son royaume avec lui. Tliéodoric accepta avec joie cette proposition. Il réunit son armée à celle dllcrmanfried, et tous deux attaquèrent de concert Badéric, qui fut battu et tué dans le combat. Tliéodoric revint dans son pays; mais Herinanfricd refusa de lui livrer la récompense promise; ce fut la cause de la haine qui s'éleva entre eux, et de la guerre qui en fut la suite.

Après la mort de Gondebaut, son fils Sigis-

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mond lui succéda. Ce prince avait épousé en premières noces une fille de Théodoric , roi d'Italie, dont il avait eu un fils nommé Sigeric. Il épousa après sa mort une autre femme, qui conçut une haine violente contre le fils de son mari, comme c'est l'ordinaire aux marâtres. Un jour de fête , Sigeric , la voyant revêtue des habits qui avaient appartenu à sa mère , ne put contenir son indignation , et il dit à haute voix : ^(Non, tu n'étais pas digne de porter ces vêtements qui appartenaient h ma mère, à ta maîtresse. » Ces paroles excitèrent au plus haut degré la fureur de cette femme ; elle porta ses plaintes a son mari, et, par des discours artificieux, elle chercha h lui rendre son fils odieux. « Ce méchant, lui disait-elle, veut s'emparer de votre royaume, vous faire périr et étendre sa domination jusqu'aux frontières de l'Italie , pour réunir vos états à ceux de son grand-père Théodoric. Mais il sait que ce projet ne peut s'accomplir de votre vivant, et qu'il ne devra son élévation qu à votre chute. » C'est par ces propos , et d'autres semblables , que cette femme perfide excita la colère de son mari. Pendant que son fils dormait après son repas , au milieu du jour , il le fit étrangler par deux de ses serviteurs affidés; mais à peine ce crime était-il accompli , qu'il se précipita sur le cadavre de son enfant, et poussa des cris et des gémissements lamentables. Tandis qu'il donnait ces marques d'une douleur amère.

un vieillard s'approcha de lui , et lui dit : « C'est sur loi-même que tu dois pleurer, toi qui, cédant à d'infâmes conseils , as eu la cruauté de commettre cet affreux parricide. L'innocent que tu as fait étrangler n'a pas besoin de tes larmes. » Après cet événement, Sigismond se retira dans le couvent d'Agaunum *, où, par ses larmes, ses prières et ses mortifications, il s'efforça d'apaiser la justice divine. 11 revint à Lyon , toujours en proie à ses remords. Sa fille épousa le roi Thierri.

La reine Clotilde , s'adressantà Clodomer et à ses autres enfants, leur dit : «Faites en sorte, mes très-chers fils, que je n'aie point à me repentir de la tendresse avec laquelle je vous ai élevés,* ressentez avec indignation l'injure que j'ai reçue, et vengez avec constance la mort de mon père et de ma mère. )) Les fils de Clotilde, s'empressant d'obéir aux désirs de leur mère, entrèrent en Bourgogne et attaquèrent Sigismond et son frère Godomar. L'armée des Bourguignons fut défaite, et Godomar parvint à s'échapper. Mais Sigismond, qui cherchait à gagner le couvent d'Agaunum, fut arrêté avec sa femme et ses enfants, et amené prisonnier h Orléans. Après le départ des fils de Clovis, Godomar rassembla les Bourguignons dispersés, et reprit son royaume. Clodomer se disposa k marcher de nouveau

* Sainl-Mauikc en Valais , dont il avait été le fondateur.

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contre lui, mais auparavant il résolut de se dél'aire deSigismond. Le bienheureux Avitus, abbé de Nuits , instruit du dessein de Glodomer , vint le trouver et lui dit : « Si par respect pour îes commandements de Dieu vous changez de résolution, et si vous ne laissez pas mettre à mort vos prisonniers , Dieu sera avec vous , et vous obtiendrez la victoire; mais si vous les faites périr, vous tomberez vous-même au pouvoir de vos ennemis, et vous subirez vous, votre i'emme et vos enfants , le même sort que vous aurez fait subir h Sigismond , à sa femme et a ses enfants. » Clodomer méprisa ce conseil, et répondit que ce serait une folie de laisser un ennemi derrière lui tandis qu'il en aurait un autre en tête , et qu'il serait bien plus sûr de la victoire quand il n'aurait à combattre qu'un seul adversaire. Il lit tuer aussitôt Sigismond , sa femme et ses enianls, et les fit jeter dans un puits, à Coulmiers, près d'Orléans. Ensuite il marcha de nouveau contre les Bourguignons , après avoir demandé des secours h son frère Thierry. Mais celui-ci , voulant ver.ger son beau-père immolé par Glodomer, promit de le seconder et n'en fit rien , sachant bien que seul son frère succomberait.

1/armée des Francs et celle des Bourguignons se rencontrèrent à Vésérone , auprès de Vienne. L'armée de Godomar prit la fuite; Glodomer, s'attachant avec ardeur h la poursuite de l'ennemi , s'écarta trop des siens. Il aperçoit à quel-

que distance une troupe de gens de guerre , qui lui crient dans la langue des Francs : « Par ici , par ici , nous sommes vos gens. >> Plein de confiance, il se précipite au milieu d'eux, et se trouve entouré d'ennemis. Les Bourguignons lui tranchèrent la tête et l'élevèrent au bout d'une pique pour la montrer aux Francs. A cette vue, les Francs veulent venger la mort de Clodomcr ; ils se rallient , mettent de nouveau Godomar en fuite, écrasent les Bourguignons, et soumettent une partie de leur territoire.

Peu de temps après cet événement, Clotairc épousa Gondioque , la veuve de son Irère Clodomer. Après les jours de deuil , la reine Clotilde recueillit les enfants de Clodomer , et les garda auprès d'elle. L'aîné se nommait Théodovald , le second Gonthaire , et le troisième Chlodovald.

Thierry n'avait pas oublié le manque de foi d'Hermanfried , roi de Thuringc. Il s'associa son frère (Notaire, lui promettant de partager avec lui le fruit de la victoire , si Dieu la leur accordait.

A l'approche des Francs , les Thuringiensleur préparèrent des embûches. Dans la plaine où devait se livrer la bataille , ils creusèrent de grandes fosses, couvertes de gazon, qui dissimuhient le piège. Au commencement du combat, un grand nombre de cavaliers francs tombèrent dans ces fosses; il en résulta d'abord quelque désordre , mais on prit des précautions et on

évita ces pièges. Bientôt les Thuringiens furent battus ; le roi Hermanfried s'enfuit , et le reste de l'armée se sauva jusqu'aux bords de l'Undstrut. Là, les Thuringiens furent taillés en pièces, et le massacre fut si grand , que le lit de la rivière fut rempli de cadavres, et que les Francs passaient d'une rive à l'autre sur ce pont de nouvelle espèce. Après cette victoire, les deux frères soumirent le pays à leur domination.

Radegonde, fille de Barlhaire , était tombée entre les mains de Clotaire; il l'emmena comme prisonnière , et l'épousa ensuite. Ce mariage n'empêcha pas Clotaire de faire assassiner dans la suite le frère de Radegonde. Pour elle , tournant toutes ses pensées vers Dieu, elle prit l'habit religieux , et se retira à Poitiers dans un monastère qu'elle avait fait construire. Là , elle se livra sans réserve à la prière, à la mortification, et à la pratique de l'aumône, ce qui lui attira la vénération des peuples.

Tandis que les deux rois étaient en Thuringe, Thierry avait formé le projet de se défaire de son frère Clotaire. Il le fit inviter en conséquence à une conférence secrète dans son pavillon. Lne partie de l'appartement, où il l'attendait, était remplie d'hommes armés qui devaient à un signal de Thierry égorger son frère. Cette partie de la salle était séparée de l'autre par une toile qui n'arrivait pas tout à fait jusqu'à terre. Clotaire,

en entrant, remarqua les pieds des soldats rassemblés dans l'antre moitié de la tente, et alors il fit entrer son escorte avec lui. Thierry voyant son dessein découvert , n'entretint son frère que de choses indifférentes; puis, ne sachant quel moyen employer pour masquer sa trahison , il lui parla de sa tendresse fraternelle, en signe de laquelle il lui fit don d'une magnifique coupe d'argent. Clotaire accepta ce présent en le remerciant, et prenant congé de son frère, il se retira dans son logement. Mais Thierry , se repentant de s'être privé sans motif d'un objet aussi précieux, envoya son fils Théodebert le redemander a son oncle. Celui-ci ne fît aucune difficulté de le rendre. De pareils traits de fourberie étaient familiers à Thierry.

De retour dans ses états, Thierry invita, sous la foi des serments qui devaient garantir sa sécurité, Hermanfried à venir le trouver pour traiter ensemble de leurs intérêts. Thierry faccueillit avec distinction, et le combla de présents. Il arriva qu'un jour, tandis qu'ils se promenaient sur les murailles de Tolbiac , en causant ensemble familièrement , quelqu'im poussa Hermanfried , et le précipita du haut en bas des murs, oii il expira aussitôt. Nous ignorons quel fut l'auteur de ce crime, mais on fattribue généralement h Thierry.

Dans le temps que Thierry était encore en

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Thuriiige, le bruit de sa mort se répandit en Auvergne. Arcadius, sénateur de cette province, invita Childebert h s'en emparer. Ce prince se rendit sur-le-champ en xVuvergne. Il faisait ces jours-là un brouillard si épais qu'à peine la vue pouvait-elle embrasser l'étendue d'un demi-arpent. Le roi ne cessait pourtant de répéter qu'il désirerait bien voir la Limagne d'Auvergne, dont la renommée lui avait tant vanté la beauté et l'agrément. Mais Dieu ne permit pas que ce désir lut satisfait. En arrivant aux portes de la ville, il les trouva fermées ; mais Arcadius brisa le verrou d'une porte, et le fit entrer ainsi dans Glerniont. Presque aussitôt on annonça que Thierry était vivant et de retour de la Thuringe.

Instruit positivement de cette nouvelle, Childebert s'empressa de quitter Clermont et de se i'endre en Espagne où l'appelaient les intérêts de sa sœur Clotilde. Cette princesse était exposée aux mauvais traitements de son mari Amalaric , à cause de son attachement à la foi catholique. Souvent, quand elle se rendait à l'église catholique, elle était, par ordre de son mari, insultée par le peuple , couverte de boue et d'ordures. Se portant aux dernières extrémités , il la frappa au point de faire couler son sang, dont son voile fut tout trempé. Elle envoya à son frère Childebert cette preuve de la brutalité et de la cruauté de son époux ; c'est ce qui le décida à se rendre en Espagne avec une armée. A cette nouvelle ,

Amalarîc se disposa h prendre la fuite sur ses vaisseaux. Mais, au moment de s'embarquer, il se rappela qu'il avait oublié dans son trésor une grande quantité de pierres précieuses. En voulant rentrer dans la ville, il la trouva cernée par l'armée des Francs qui lui en fermait l'entrée. \oyant qu'il ne pouvait échapper, il se sauva dans l'église catholique; mais, avant d'avoir pu en atteindre le seuil, il fut frappé d'un coup de lance par un soldat , et expira sur-le-champ. Alors Childebert , chargé de riches dépouilles , se mit en route en ramenant sa sœur avec lui ; mais elle mourut pendant ce voyage. Son corps fut apporté à Paris et enterré auprès de celui de son père Clovis.

Childebert choisit parmi ses trésors tout ce qu'il y avait de plus précieux pour le service du culte divin. Il fit don aux églises et aux basiliques des saints de soixante calices , quinze patènes, vingt coffres pour renfermer les évangiles, le tout orné d'or fin et de pierres précieuses.

(552) Quelque temps après , Clotaire et Childebert préparèrent une expédition contre la Bourgogne. Thierry, qu'ils invitèrent de se joindre à eux , s'y refusa ; mais les Francs de son armée lui déclarèrent qu'ils marcheraient sans lui avec ses frères à l'expédition de Bourgogne. Craignant d'être abandonné de ses soldats, Thierry leur dit , pour les retenir : « Suivez-moi en Au-

vergue, vous trouverez dans ce pays autant d'or et d'argent que vous pouvez en désirer; vous aurez en abondance des troupeaux, des esclaves, des vêtements et toutes sortes de richesses. » Engagés par ces paroles, ils promettent de lui obéir. Il se prépare en conséquence à son expédition , en répétant h son armée que tout le butin et tous les esclaves de ce pays leur appartiendraient.

Cependant Childebert et Clotaire avaient pénétré en Bourgogne ; ils s'emparèrent d'Autun , mirent en fuite Godomar , et soumirent tout le

pays-

Thierry, de son côté, s'avance en Auvergne, portant la désolation et le ravage dans toute cette contrée. Arcadius , auteur du fait qui attirait sur l'Auvergne tant de calamités , s'enfuit lâchement à Bourges', ville dépendant alors du royaume de Childebert. Sa mère, Placidine, et sa tante Alchimes, furent arrêtées dans la ville de Cahors, et, après avoir été dépouillées de tout ce qu'elles possédaient, elles furent envovéesen exil.

Le roi Thierry arriva bientôt à Clermont , et plaça son camp dans un faubourg de la ville.

. Le bienheureux Qaintianus en était alors évêque. Cependant l'armée parcourut tout ce malheureux pays , détruisant et ravageant tout. Quelques soldats, arrivant jusqu'à la basilique deSt.-

,- Julien , en brisèrent les portes et les verrous , pillèrent le bien des pauvres qu'on y avait ra-

massé , et s'y livrèrent à toutes sortes de désordres.

Thierry, après s'être emparé de Glermont et des châteaux de Vollore et de Merliac , se retira eu laissant la province sous le gouvernement de Sigewald son parent.

Vers ce temps , Monderic , qui se prétendait issu de race royale , voulut réclamer les droits que , selon lui , il avait au trône. Déjà il avait attiré à lui un grand nombre de partisans qui s'empressaient de le suivre, lui juraient fidélité, et l'honoraient comme an roi. Thierry , en apprenant cette nouvelle , lui fit dire de venir le trouver, et que s'il avait droit à quelque portion de son royaume , il la lui donnerait. Mais ce n'était qu'une embûche que Thierry lui tendait, pour l'attirer auprès de lui et le faire périr. Monderic , connaissant l'intention de Thierry, refusa son invitation et se contenta de répondre à ses envoyés : « Allez dire à votre maître que je suis roi comme lui. » Alors Thierry envoya une armée contre lui; mais, prévoyant qu'il ne pourrait résister en bataille rangée, Monderic s'enferma dans le château de \ itry , où il réunit tous ses partisans, et résolut de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Le siège durait déjà depuis sept jours , sans apparence de succès; alors Thierry , désespérant de triompher par la force , s'adressa à Arégisile un de ses confidents , et lui

dit : « Garde que ce perfide ne réussisse dans sa révolte; va auprès de lui et engage-toi par serment à le faire sortir avec sécurité ; mais dès qu'il sera sorti, tue-le, et détruis sa mémoire dans notre royaume. » En conséquence, Arégisile se rendit auprès de Monderic a qui il fit sentir que c'était folie à lui d'entreprendre de résister au roi; que bientôt, pressé par la famine, il se verrait forcé de se rendre à discrétion , et qu'alors il n'aurait à espérer aucune grâce; tandis que s'il se soumettait à présent, il obliendrait la vie sauve pour lui et ses enfants. Quoiquo ébranlé par ces discours, Monderic manifestait encore la crainte d'être massacré avec sa famille et ses compagnons , s'il se rendait au roi. Pour le rassurer, Arégisilc promit par serment sur l'autel qu'il ne lui serait fait aucun mal , et que le roi oublierait tout ce qui s'était passé.

Ce serment ayant banni de lui toute défiance, Monderic sortit de la forteresse en donnant la main à Arégisile. L'armée, placée à unecertainc distance, les regardait marcher ensemble; mais tout à coup , a un signal convenu , les troupes s'avancèrent pour massacrer Monderic. Celui-ci, apercevant le signal et le mouvement des soldats, s'écria : «Je vois que tu m'as trompé par un parjure; mais tu ne me survivras pas. >■> A ces mots, il le frappe de sa lance entre les deux épaules , et l'étend mort h. ses pieds; puis tirant son glaive, et secondé des siens qui limitent , il fait un grand

carnage des ennemis, et ne cesse de combattre^ jusqu'à ce qu'accablé par le nombre , il périt avec tous les siens. Après sa mort, tous scsbien^ devinrent la propriété du fisc.

Tbierry et Cbildebert firent entre eux un traité^ et s'engagèrent par serment de ne rien tenter l'un contre l'autre. Pour garantir celle alliance, ils se donnèrent l'un h l'autre des otages , pris pour la plupart parmi les fils des sénateurs ; mais les deux fi'cres s'étant brouillés de nouveau, ils réduisirent en esclavage tous les otages qu'ils» avaient reçus.

Pendant un voyage que la reine Clotilde avait fait à Paris où elle séjourna quelque temps , Cbildebert, voyant sa mère prodiguer tougc son affection aux fils de Clodomer , dont nous avons parlé , tourmenté par la jalousie et par la crainte qu'elle ne parvînt à leur conserver le trône de leur père, envoya secrètement un DXessage à son frère Clotaire , et lui fit dire • « Notre mère garde auprès d'elle les fils de notre frère, elle veut qu'ils soient rois ; viens promptement à Paris, afin que nous nous concertions ensemble sur ce qu'il convient de faire : nous déciderons s'il faut leur couper la chevelure, etje? réduire ainsi h la condition des personnes du peuple, ou bien s'il faut les tuer; en ce cas, nous' nous partagerons à portions égales le royaume de notre frère. » Très-content de celle proposi-

tion , Clotaire se rend à Paris. Childebert avait fait répandre le bruit parmi le peuple que son entrevue avec son frère n'avait pour objet que d'élever les enfants sur le trône de leur père.

Clotaire étant arrivé , ils envoyèrent de concert un message h. la reine, qui demeurait alors à Paris, pour lui demander ces enfants , afin de les faire reconnaître pour rois. Clotilde , ne soupçonnant guère le piège qu'on lui tendait , fut transportée de joie; elle fait boire et manger les enfants , les livre aux envoyés de leurs oncles , et leur dit en les quittant : « J'oublierai que j'ai perdu mon fils Clodomer , si vous êtes élevés au rang des rois. »

Aussitôt que ces enfants sont arrivés près de leurs oncles , on les saisit ; on saisit leurs serviteurs , et on les enferme dans des prisons séparées.

Arcadius, dont nous avons déjà parlé, fut alors envoyé par Childebert et Clotaire, auprès de leur mère Clotilde. Il se présenta devant la reine, tenant d'une main une paire de ciseaux et de l'autre un poignard nu. « 0 reine très-glorieuse, dit-il, vos fils, nos maîtres, attendent que vous manifestiez votre volonté , que vous prononciez sur le sort de vos petits-enfants. ^ oulcz-vous qu'ils vivent privés de leurs chevelures , ou bien voulez-vous qu'il soient égorgés ? n A ces mots , et à la vue des deux instruments de la dégradation ou de la mort de ses enfants , elle est tour

à tour agitée par des sentiments de terreur et de colère. DansFoxcès de sa douleur, ne sachant trop ce qu'elle disait, elle laisse échapper ces paroles : « J'aime mieux qu'ils soient égorgés. »

Arcadius , peu touché de la douleur de cette reine, sans vouloir en entendre davantage , sans chercher à pénétrer sa véritable pensée, se rendit promptemcnt auprès des rois ses maîtres , et leur dit : « Faites ce que vous avez projeté ; la la reine elle-même approuve votre résolution et veut qu'elle soit exécutée. »

Aussitôt Glotaire saisit par le bras l'aîné des enfants , le renverse à terre , et lui plongeant un poignard sous l'aissélle, il a la cruauté de le faire ainsi périr. L'enfant meurt en poussant des cris. Son frère, effrayé, se jette aux pieds de Childebert, embrasse ses genoux, et dit en pleurant : {( Secourez-moi, ô mon bon père, que je ne périsse pas comme mon frère î )> Childebert , touché jusqu'aux larmes, dit à Glotaire : « Mon cher frère, je t'en prie, laisse la vie à cet enfant; accorde-moi cette grâce , et je te donnerai tout ce que tu désireras , si tu ne le tues pas. »

Ces prières mettent Clotaire en fureur : «Repousse cet enfant de tes bras , s'écria-t-il , ou tu vas mourir pour lui ; c'est toi qui as formé ce complot, et tu manques si promptement à ta parole ! » Childebert repousse son neveu et le rejette à son frère qui le saisit, lui enfonce son poignard dans le côté, et le lue comme il avait tué l'aîné.

52 CHEONIQUE

Les serviteurs et les nourriciers de ces enfants furent égorgés à leur tour ; après cela , Clotaire monte à cheval, et s'éloigne sans s'inquiéter des meurtres qu'il venait de commettre. Cihildebert se retire dans une maison de campagne voisine de Paris.

La reine fit ensevelir les corps de ces deux enfants ; leur convoi funèbre fut célébré avec magnificence, et la reine faccompagna en versant d'abondantes larmes jusqu'à l'église de Saint- Pierre, où ils furent inhumés. L'aîné de ces enfants avait dix ans, le plus jeune n'en avait que sept.

Quant au troisième enfant , nommé Chlodovald, des hommes puissants (desLeudes) l'enle Yèrent et le ravirent à la mort. Mais dans la suite, renonçant h une royauté terrestre , il se tourna vers le Seigneur, coupa de ses mains sa chevelure, et reçut les ordres sacrés. Devenu prêtre, il passa le reste de sa vie dans la pratique des bonnes œuvres, et mourut en odeur de sainteté. (Saint Cloud.)

Les deux rois partagèrent ensuite, et à parts égales , le royaume de C4lodomer.

Saint Grégoire était alors évoque de Langres. Ce grand prélat était célèbre par ses vertus et par ses miracles. Puisque je suis venu h parler de lui, je crois qu'on lira avec plaisir la description du château de Dijon , où il faisait sa résidence habituelle.

Ce château , situé au milieu d'une plaine assez agréable, est entouré de très- fortes murailles. La terre y est si fertile , qu'après un seul labour, la semence qu'on y jette produit une abondante moisson. Au midi coule la rivière d'Ouche, extrêmement poissonneuse; au nord, il y a une autre petite rivière qui, entrant par une porte , passe sous un pont , sort par la porte opposée, et entoure toute la forteresse de son onde pure et tranquille. A sa sortie, elle fait tourner des moulins avec une rapidité étonnante. Les quatre portes sont placées aux quatre points cardinaux; tout l'édifice est garni de trente-trois tours; les murs d'enceinte sont construits en pierres de taille carrées jusqu'à une hauteur de vingt pieds ; le surplus est en moellons ; ces murs ont trente pieds de haut , et quinze d'épaisseur; je ne sais pourquoi cette forteresse n'a pas reçu le nom de ville. Elle est entourée de ibntaines remarquables ; au couchant s'élèvent des montagnes très-fertiles , dont les vignobles produisent un vin délicieux. Quelques-uns prétendent que ce château a été construit par l'empereur Aurélien.

Après la mort de Clovis, lesGoths avaient repris une partie des conquêtes que ce roi avait faites sur eux. Thierry envoya contre eux Théodebert; Clotaire envoya son fds aîné Gonthier. Les deux princes marchèrent ensemble jusqu'à

Hhodez ; mais arrivés là, ils se séparèrent, je ne sais pourquoi, et Clotaire revint sur ses pas. Théodebert poursuivit son expédition ; il alla vers Béziers s'emparer de Dion, où il fit un grand butin. Il envoya sommer Cabrières; etDeuthérie, belle et noble dame gauloise, lui abandonna le château. Théodebert vint en personne prendre possession de la forteresse , et , charmé des grâces de Deuthérie , il l'épousa. Il eut d'elle un fils nommé Théodebald qui lui succéda.

Pendant que Théodebert poursuivait ses conquêtes, Thierry lit tuer son parent Sygcwald, à qui il avait confié le gouvernement de l'Auvergne. Il écrivit secrètement à Théodebert de faire subir le même sort h Giwald , fds de Sygewald , qui se trouvait alors auprès de lui. Mais Théodebert avait présenté lui-même Giwald au baptême , et il ne put se résoudre à faire périr celui à qui il était attaché par un lien aussi sacré. Il va le trouver, lui fait lire la lettre de son père , et lui dit ensuite : « Hâte-toi de fuir , car tu le vois , j'ai reçu l'ordre de te tuer; mais dès que tu apprendras la mort de mon père et mon avènement au trône, reviens en toute sûreté me trouver. Giivald , plein de reconnaissance , lui dit adieu et partit. Les Goths occupaient alors la ville d'Arles, qui avait donné des otages à Théodebert; Giawald se réfugia d'abord dans cette ville ; mais s'y croyant peu en sûreté, il alla en Italie où il resta caché.

Bientôt après Théodebert fut averti que son père était dangereusement malade, et que, s'il ne se hâtait d'accourir, il ne le trouverait plus vivant, et qu'il serait privé de son héritage par ses oncles. A cette nouvelle, il abandonne le soin de toute autre affaire et vole auprès de son père, après avoir laissé en Auvergne Deuthérie et sa fdle qu'elle avait eue de son premier mariage. Quelques jours après son départ, son père mourut après avoir régné vingt-trois ans.

Cependant Childebert et Clotaire tentèrent d'enlever à Théodebert le royaume de son père. Il fut obligé d'apaiser ses oncles par des présents ; puis ayant été reconnu par ses Leudes, il se trouva affermi sur le trône. Il fît alors venir d'Auvergne Deuthérie , et la reconnut publique-ment pour son épouse.

Childebert abandonna bientôt les dispositions malveillantes qu'il avait manifestées contre son neveu. Touché de ses brillantes qualités , il lui envoya une députation pour l'engager h. venir auprès de lui , l'assurant que , puisqu'il n'avait pas d'enfant, il le traiterait comme son fds. Théodebert répondit à cette invitation , et Childebert l'enrichit de tant de présents qu'il excita l'admiration de tout le monde. De tous les biens, armes, habits et autres ornements qui conviennent h un roi, il lui en donna trois paires, et tout autant de paires de chevaux et de coupes.

Giwuld apprenant que Théodebert avait recueilli l'héritage de son père, s'empressa de quitter l'Italie pour venir le trouver. En le voyant Théodebert fut ravi de joie; il serra soji ami «lans ses bras, il lui fit don du tiers de tous les |)résents qu'il avait reçus de son oncle; il lui fit ïrendre aussi tous les biens qui avaient appartenu h. son père Sigewald, et que Thierry avait confisqués.

En s'afFermissant sur le trône, Théodebert se montra grand, et se rendit éminent dans toutes sortes de vertus. Il gouverna son royaume selon la justice; plein de vénération pour la religion et ses ministres , soulageant les pauvres , et en comblant quelques-uns des plus grands bienfaits, il montra un zèle tout plein de piété et de douceur.

Une guerre civile s'éleva entre les rois Francs, dûidcbert, de concert avec son neveu Théodevbert, résolut d'attaquer C4lotuire. Craignant de succomber contrôleurs forces réunies, Clolaire se jeta dans une forêt, et s'y retrancha. Il se fit «n rempart des arbres qu'il abattit en grand nombre, mais il plaça son espérance en Dieu plutôt que dans ce faible secours.

Cependant la reine Clotilde, consternée, était accourue au tombeau de saint Martin. Là, prosternée au pied des autels , elle passa la nuit en in-ièrcs, conjurant le ciel d'arrêter la guerre civile qui venait d'éclater entre ses enfants.

Les rois coalisés cernaient la forêt où s'était réfugié Clotaire. L'attaque était résolue pour le lendemain, etla perte de Clotaire paraissait inévitable. Mais au point du jour il s'éleva une tempête horrible sur le camp des assiégeants. In vent furieux renverse les tentes et bouleverse tout; le tonnerre gronde, les éclairs brillent sans interruption; une guêle énorme et des pierres même tombent des nuages amoncelés. Les soldats, couchés la face contre terre, n'ont d'autre abri contre la grêle qui les frappe , que leurs boucliers, et dans cette posture ils tremblent encore d'être brûlés par le feu du ciel. Les chevaux sont dispersés au loin, et un grand nombre même ne purent être retrouvés.. Les deux rois , étendus à terre comme les autres , touchés de iTpentir d'avoir entrepris cette guerre impie, en demandent pardon h Dieu, qui manifestait sa colère d'une manière si éclatante. Il n était pas tombé une goutte de pluie sur le camp de Clotaire ; on n'y avait pas même senti le moindre souille de vent, ni entendu le tonnerre. Les rois alliés lui envoyèrent aussitôt offrir la paix; elle fut conclue , et ils revinrent chacun sur leur territoire. L'heureuse issue de cette guerre ne laissa douter à personne que ce succès inespéré ne fût dû h l'elTicacité des prières de Clotildc et h la puissante intercession de saint Martin.

Cette guerre terminée, Childebert et Clotaire

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attaquèrent l'Espagne , et vinrent avec leur armée mettre le siège devant Sarragosse. Les habitants de cette ville, réduits au secours du ciel, se couvrirent de cilices , jeûnèrent et parcoururent processionnellement les remparts , en portant devant eux la tunique de saint Vincent martyr, et en chantant religieusement les psaumes. Les femmes elles-mêmes , enveloppées de longs voiles noirs, les cheveux épars, la tête couverte de cendres, suivaient en poussant des gémissements, comme si elles avaient assisté aux funérailles de leurs maris. Ce peuple n'avait plus d'espoir qu'en Dieu , et il mettait toute sa confiance en sa miséricorde qui se laisserait fléchir parleurs prières. Les Francs , étonnés h ce spectacle , ne savaient que penser de voir les remparts garnis de pénitents au lieu de soldats; ils prirent même ces pieuses cérémonies pour des maléfices. Ils arrêtèrent un paysan qui était sorti de la ville, et lui demandèrent ce que signifiait cette conduite des assiégés. « Ils portent, répondit-il, la tunique de saint Vincent, et ils le prient d'invoquer pour eux la miséricorde divine. » Les assiégeants, effrayés, s'éloignèrent de la ville, et, après avoir fait la conquête d'une grande partie de l'Espagne , ils rentrèrent dans les Gaules chargés de butin.

Théodobert fit aussi la guerre en Italie , et y eut de grands succès. Mais comme celte contrée

est, dît-on, malsaine, son armée fut en proie h. plusiem^s maladies qui en firent périr un grand nombre. Théodebert se vit ainsi forcé de rétrograder ; mais il rentra dans son pays chargé de nombreuses dépouilles. Ses lieutenants restèrent en Italie , et combattirent avec avantage Béiisaire et Narsès. L'un d'eux, nommé Buccelin, pénétra même en Sicile , et envoya de grandes sommes d'argent à Théodebert. Sur ces entrefaites, ce prince tomba malade. Les médecins s'appliquèrent avec zèle h. sa guérison, mais leurs efforts furent impuissants, car son heure marquée par la volonté de Dieu était arrivée. Après qu'il eut longtemps souffert, le mal fmit par triompher y et il expira. Théodebald , fiîs de Deuthérie, succéda sans difficulté au roi son père.

Une sédition passagère agita seulement les commencements de ce règne. Parthénius, trésorier de l'épargne du roi défunt, était tombé dans la haine du peuple , pour quelques tributs levés arbitrairement. Ce fut le sujet du soulèvement. Parthénius , voyant le danger qui le menaçait , sortit de la ville , et alla prier deux évêques de tâcher par leurs discours d'apaiser la fureur du peuple. Les évêques se rendirent à Trêves pour remplir cette mission; pendant leur absence , Parthénius passa une nuit fort agitée. Tandis qu'il reposait dans son lit, il se réveilla tout à coup en criant d'une voix forte ; a Hélas ! hélas!

4jo chronique

a mon secours , h mon secours , je péris ! » Ces cris ayant réveillé les personnes qui se trouvaient le , on lui demanda ce qu'il avait. « C'est mon ami Ausanius et sa femme Papianilla, que j'ai fait mourir autrefois, qui m'appclleut au jugement de Dieu. Je les entends qui me disent : Viens 4'épondrc a l'accusalion que nous avons portée contre toi devant le Seigneur. » Effectivement, <}uelques années auparavant, il avait tué par jalousie, son ami et sa femme innocente.

* Les évéques étant arrivés à Trêves firent d'inutiles efforts pour apaiser le peuple; alors ils firent cacher Parthénius dans une église, et le placèrent au fond d'un coffre sous un amas d'oriîements sacrés. Bientôt le peuple entra , parcourut tous les recoins de l'église , et ne trouvant rien il se retirait en grondant de colère, quand wn homme s'avisa de dire : « Voilà un coffre dans lequel nous n'avons pas cherché. » Les gardiens ^« l'église protestèrent qu'il n'y avait que des ornements. « C'est égal, répondit la foule; ouvrez ce coffre a l'instant, ou nous allons l'enfoncer. )> Enfin le coffre est ouvert, les ornements enlevés, et le malheureux est trouvé au fond et livré à ses ennemis. La joie féroce de la foule éclata par des hurlements ; et prolongeant à plaisir le supplice >de cet infortuné, elle l'accabla d'outrages, le mutila , puis enfin le lia mourant h une colonne et le lapida.

Celte année-là (547) l'hiver fut cxtraordinai-

rement rigoureux. Les rivières, durcies par la gelée , olïVaicnt des routes aussi solides que la terre ferme. Les oiseaux , pressés par le froid et par la faim , se laissaient prendre à la main , et sans qu'il fût besoin de leur tendre aucun piège. En ce même temps , mourut aussi à Tours la reine Clotilde, pleine de jours et distinguée par ses bonnes œuvres. Un clergé nombreux accompagna son convoi jusqu'à Paris, oîi elle fat enterrée dans l'église de Saint-Pierre, à côté du roi son mari, parles soins des rois Childebert et Clotaire, ses fils. C'est elle qui avait fait construire cette église où était aussi enterrée sainte Geneviève.

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