CHAPITRE III
SOMMAIRE
Enfants du roi Clolaire. — Morl de Théodebald. — Glotaire s'empare de son royaume. — Piévolte des Saxons. — Mauvaise conduite de Cliramn en Auvergne. — Nouvelle révolte des Saxons. — Chramn se révolte contre son père.
— Il s'empare de Chàlons, eî vient à Dijon. —Il s'allie à Childebert son oncle , pour faire la guerre à son père. — Mort de Childebert. — Chramn se réconcilie avec son père.
— Il se prépare à une seconde révolte. — Son projet est découvert. — Il se relire en Bretagne. — Clolaire marche contre lui. — Défaite de l'armée bretonne. — Mort de Chramn. — Voyage de Clotaire à Tours. — Sa maladie ; sa mort. — Nouveau partage du royaume entre les quatre fils de Clotaire. — Attaque des Huiis repoussée par Sigebert.
— Sigebert épouse Brunehault , fille du roi des Visigoths.
— Chilpéric épouse Galswinthe , sœur de Brunehault. — Il la fait assassiner pour épouser Frédégonde. — Les Huns , ou Avares, attaquent les Gaules. — Expédition de Sigebert.
— Peste en Auvergne. — Expédition des Lombards en Italie et dans les Gaules. — Guerre civile entre les rois francs.
— Contran s'allie alternativement avec Chilpéric et avec Sigebert. — Défaite et mort de Théodebert. — Succès de Sigebert. — Il est assassiné par deux pages de Frédégonde.
Le roi Clotaire eut de différentes femmes sept fils, Charibert, Gonthaire, Chramn, Childéric, Gunthramn, ou Contran, Chilpéric et Sigebert, et une fille nommée Clotsinde. Gonthaire, Chramn et Childéric moururent du vivant de leur père. Nous raconterons bientôt les circonstances de la mort de Chramn. Clotsinde épousa Alboin , roi des Lombards.
Théodebald n'avait que treize ans quand il succéda a son père Théodebert. Parvenu h l'âge de se marier, il épousa Vultrade. Il était, dit-on, d'une humeur fâcheuse et méchante. Un jour, irrité contre un homme qu'il soupçonnait d'avoir commis quelques déprédations , il lui raconta cette fahle : « Un serpent s'était introduit dans une bouteille pleine devin; il en prit si abondamment qu'il enfla , au point qu'il lui fut impossible de sortir par l'ouverture. Le maître vint , qui lui dit, en voyant ses efforts infructueux : Commence par rendre ce que tu as pris , et tu pourras sortir ensuite. » Cet apologue n'eut d'autre effet que d'exciter la crainte, et la haine de celui à qui il fut raconté.
Sous son règne, Buccelin, l'un des lieutenants de Théodebert , fut défait et tué par Narsès; l'Italie retourna au pouvoir de l'empereur, et elle y est restée depuis jusqu'à nos jours.
Cependant Théodebald était attaqué d'une maladie incurable; son corps était paralysé de la ceinture en bas. S'affaiblissantpeuàpeu, il mourut la septième année de son règne. Son oncle Clotaire sempara aussitôt de son royaume, et épousa sa veuve Vultrade. Mais il fut vivement réprimandé par les prêtres ; alors il quitta Vultrade , et la donna en mariage à un chef nommé Garivald. Il envoya ensuite son fils Chramn en Auvergne.
Cette année, les Saxons se révoltèrent, CIo-
taire marcha contre eux avec une armée, les défit complètement , et vint ensuite châtier les Thuringiens parce qu'ils avaient secouru les Saxons,
Chramn avait été envoyé en Auvergne où il faisait sa résidence. Mais ses violentes passions et ses infâmes débordements lui attirèrent bientôt les malédictions du peuple, et sans doute aussi la colère de Dieu, qui l'enleva promptement de ce monde. Il ne s'attachait aucun homme capable de lui donner un bon et utile conseil. Ses confidents et ses favoris étaient des jeunes gens frivoles et débauchés, qui l'entraînaient dans toutes sortes de désordres. Firmin , qui était comte de Clermont, fut dépouillé outrageusement de son titre, qui fut conféré à Saluste , fds d'Evodius. Firmin se sauva dans féglise avec Gésaria sa belle-mère; mais Chramn ne respecta point cet asile , les en fit arracher, et les condamna h fexil; ils parvinrent 5 se dérober h. leurs gardes, et échappèrent ainsi à fexil; mais Chramn confisqua leurs biens.
Peu de temps après la mort de Théodebald , Clotaire parcourait la partie de la France qui venait de lui échoir, lorsqu'il apprit que les Saxons s'étaient de nouveau révoltés et refusaient de payer le tribut qu'ils devaient annuellement. Il marcha aussitôt contre eux. Quand il fut arrivé sur leurs frontières, les Saxons, effrayés, lui envoyèrent des députés qui lui dirent » : Ne crois point que nous t'ayons en mépris, ou que nous
prétendions te refuser le tribut. Nous te le paierons comme nous l'avons payé à ton frère et ^ ton neveu; mais garde la paix , et ne force pas notre peuple à en venir aux mains avec toi. » Clotaire, apaisé par ces paroles , dit aux siens : « Ils parlent avec sagesse , n'allons pas contre eux , de peur d'offenser Dieu. Les Francs murmurèrent, les traitant de fourbes , et leur reprochant de violer toutes leurs promesses. Les Saxons , de plus en plus effrayés , revinrent de nouveau , et offrirent la moitié de leurs richesses. Malgré le désir , et les prières du roi, son armée refusa d'entendre aucune proposition. Une troisième fois ils revinrent encore, en offrant leursvêtements, leurs troupeaux, tout ce qu'ils possédaient : « Emportez tout cela , dirent-ils , et prenez encore la moitié de notre territoire ; laissez-nous seulement nos femmes et nos enfants , et qu'il n'y ait pas de guerre entre nous. »
Les Francs ne furent point apaisés par tant de soumission. Clotaire leur dit : « Quittez ^ je vous en prie, quittez cette funeste résolution. Nous n'avons plus de motifs d'entreprendre une guerre qui ne peut que nous être fatale ; si vous persistez, je vous déclare que je ne vous accompagnerai pas, a moins d'y être forcé. » Aussitôt il s'élève dans le camp une effroyable sédition. Les Francs se précipitent sur Clotaire , mettent sa tente en lambeaux; l'accablent de reproches et d'outrages , et l'entraînant par force
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ils menacent de le tuer s'il ne veut à l'instant même les conduire h l'ennemi. Clotaire, alors contraint de les suivre, marche malgré lui au combat. Cependant les Francs éprouvent une résistance inattendue ; car les Saxons se battant en désespérés firent un grand carnage de leurs adversaires. Du reste, l'acharnement fut égal de part et d'autre, et il serait difficile d'évaluer le nombre des morts de chaque armée. Clotaire fut réduit h la honte de demander la paix, tandis qu'il pouvait l'imposer avant le combat ; sa seule consolation était de pouvoir dire qu'il n'avait attaqué les Saxons que malgré lui. La paix conclue, il revint dans ses états.
Tandis que Clotaire était occupé de sa malheureuse expédition contre les Saxons, Chramn continuait à exercer ses vexations sur les habitants de l'Auvergne. Il fut atteint vers ce temps -là d'une maladie fort grave qui lui fit tomber les cheveux. Il avait alors auprès de lui un personnage recommandable , et d'une éminente vertu. C'était un citoyen de Clermont, nommé Ascovinde, qui cherchait par tons les moyens possibles à arracher Chramn à ses mauvais penchants. Vains efforts ! Un autre conseiller, nommé Léon, natif de Poitiers, homme impie et cruel, avait toute sa confiance, et l'entraînait sans peine h commettre le mal.
Chramn quitta Clermont, et transporta sa ré-
sidence li Poitiers, où il vécut quelque temps avec beaucoup de magnificence. Entraîné par de mauvais conseils, il voulut se liguer avec son oncle Childebert, pour attenter à l'autorité de son père. ChildeLert, qui aurait dû blâmer de pareils projets, les encouragea au contraire. Alors une correspondance secrète s'établit entre eux^ et ils convinrent de tous les moyens qu'ils emploieraient pour exécuter leur conjuration. Childebert oubliait alors que toutes les fois qu'il avait formé quelque entreprise contre son frère, il avait toujours honteusement échoué.
Après cette alliance faite avec son oncle , Chramn , de Poitiers , se rend à Limoges et soumet à sa domination tout ce pays qui appartenait h. son père. Glotaire envoya contre lui deux autres de ses fds, Charibertet Contran. Ceux-ci apprirent en passant a Clermont que Chramn était du côté de Limoges ,• ils marchèrent aussitôt à sa rencontre, et le joignirent au pied de la Montagne-Noire , dans le Limousin. Ils dressent leur camp en face du sien , et pour éviter , s'il était possible , d'en venir aux mains avec lui , ils fenvoient sommer de rendre tous les pays dont il s'était emparé, sinon qu'il se préparât au combat. Il répondit « qu'il n'entendait point méconnaître l'autorité de soa père; qu'il lui était impossible d'abandonner ce qu'il occupait; mais qu'il le voulait posséder avec le consentement de son père. »
On se prépara h combattre , et les deux armées sorties déjà de leurs camps prenaient à l'envi les postes qui leur étaient assignés. Mais en ce moment une tempête horrible éclata, qui répandit d'une et d'autre part une égale crainte, et empêcha de commencer l'attaque. Chramn regagna son camp, et les hostihtés furent ainsi suspendues.
Chramn imagina une ruse pour éloigner ses frères. Il envoya dans leur camp un étranger qui apportait la nouvelle de la mort de leur père. C'était dans ce temps-là effectivement que Clotaire faisait aux Saxons cette guerre malheureuse, comme nous l'avons dit plus haut. Charibert et Contran , effrayés , levèrent leur camp à la hâte , et se retirèrent précipitamment en Bourgogne. Chramn suivit leur mouvement avec son armée, marcha sur Châlons , en fit le siège, et le prit. De là, il vint jusqu'au château de Dijon. Il fut reçu dans la cathédrale par l'évêque Tétrines , qui voulut , selon la superstition de ce temps , consulter le sort des saints. Les prêtres apportèrent sur l'autel les livres des Prophètes , des Apôtres et des Lvangiles. Quand on eut ouvert le premier , on y lut ces mots : « J'arracherai ma vigne , et elle sera dans la désolation, parce qu'au heu de raisin elle n'a produit que des fruits sauvages.» * Quand on ouvrit le second, on trouva
' Isaic, chap. 5 , v. 4 et 5.
ceci : a Ils diront : Nous voici en paix et en sûreté. Mais au même instant , ils seront surpris d'une ruine imprévue , sans qu'il leur reste aucun moyen de se préserver. » * On ouvrit enfin l'Evangile, et voici quelle réponse on y recueillit : (( Celui qui n'écoute pas mes paroles est semblable h un insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est arrivée, les fleuves se sont débordés, les vents ont soufilé, et sont venus fondre sur cette maison ; elle a été renversée et la ruine a été grande. » **Lcs portes de la forteresse lui furent fermées , et il ne put y pénétrer.
A cette époque Clotaire était engagé , comme nous l'avons dit, dans la guerre contre les Saxons. C'était, ainsi qu'on l'apprit des Saxons eux-mêmes, à l'instigation et aux manœuvres de Childebert , qu'ils avaient pris les armes contre les Francs.
Chramn, après avoir épousé la fille de ^\ illiacbaire, puissant seigneur d'Aquitaine , vint à Paris, afin de renouveler son alliance avec Childebert; il jura même à son oncle qu'il serait l'ennemi le plus acharné de son pore. Alors le roi Childebcrt , profitant de l'occupation que donnaient les Saxons à Clotaire, pour attaquer les états de son frère, entra dans la Champagne Rémoise , et la ravagea en incendiant tout le pays
* Première cpître de saint Paula ux Tlieisaloniciens , chap. 5, V. 2, 3.
*' Évangile saint Maltliieii, chap. 7, v. 2(>, 27.
jusqu'il Pieims. Le bruit de la défaite et de la mort de son frère lui avait fait naître l'espoir de s'emparer de tout son royaume.
De retour de cette expédition , Childebert tomba malade, et après avoir langui longtemps , il mourut à Paris (en 558). Il fut enseveli dans la basilique de Saint- Vincent (aujourd'liui Saint- Germain- des -Prés ) qu'il avait fondée. Son royaume et ses trésors passèrent entre les mains de Glotaire qui réunit ainsi tous les Francs sous une seule domination. Litrogote, veuve de Cbildebert, et ses deux filles furent envoyées en exil. Gbramn se présenta à son père, et ils se réconcilièrent ; mais il ne tarda pas à préparer une seconde révolte. Ses desseins ayant été découverts , il se retira en Bretagne , accompagné de sa femme et de ses enfants , et alla demander un asile à Gonobre , comte de Bretagne. Williacbaire, son beau-père, prit aussi la fuite et se réfugia dans la basilique de Saint-Martin. On dit qu'il y mit le feu, peut-être pour se dérober plus i'acilement à ceux qui le poursuivaient.
Glotaire, irrité, marcha bientôt contre la Bretagne avec son armée. Ghramn ne craignit pas d'aller à sa rencontre avec l'armée des Bretons. Ils se joignirent dans une plaine , et l'action commença; mais la nuit qui survint suspendit les hostilités. Pendant cet instant de repos , Gonobre alla trouver Ghramn et lui dit : « Ge n'est pas une chose que je te crois permise de sortir du camp
pour attaquer ton père. Demeure donc , et consens que cette nuit même, je tente de le prévenir et de l'accabler. » Cliramn rejeta ce conseil.
Le jour venu , les armées étaient déjà en présence ; Clo taire étendant ses mains vers le ciel : « Jette les yeux s;:r nous. Dieu puissant, s'écrie-t-il; vois que je souffre injustement par la trahison de mon fils; juge entre nous, et prononce l'arrêt que tu prononças autrefois entre Absalon et David. »
On en vint aux mains. Le combat fut long ; mais enfin les Bretons cédèrent , et le comte Gonobre fut tué. Alors Ghramn prit de nouveau la fuite. Il avait des vaisseaux préparés sur mer; mais en voulant mettre en sûreté sa femme et ses filles, il fut atteint par les soldats de son père, arrêté et chargé de liens. Lorsqu'on vint porter cette nouvelle au roi Clotaire , celui-ci ordonna qu'il fût brûlé par le feu avec sa femme et ses filles. Ainsi donc on les enferma dans la chaumière d'une pauvre femme; Ghramn fut lié surun banc, et étranglé avec un mouchoir; puis on mit le feu à la maison , dans laquelle ils furent tous brûlés.
Le roi Glotaire , parvenu à la cinquante-unième année de son règne , se rendit avec de grands présents à l'église de Saint-Martin. Arrivé à Tours , auprès du tombeau de ce saint évêque , il confessa toutes les actions que sa conscience lui reprochait; et priant avec de grands gémisse-
ments, il demanda au saint confesseur d'obtenir la miséricorde du Seigneur pour ses fautes , et d'effacer par son intervention tout ce qu'il avait pu commettre de mal. *
Lorsqu'il fut de retour , un jour qu'il chassait dans la forêt do Guise, il fut surpris de la fièvre , et il revint à son palais de Compiègne. Comme il était cruellement tourmenté de la fièvre , il s'écria : «Uwa! Lwa! ** Qu'en pensez-vous, quelle doit être la puissance de ce roi dos cicux qui abat ainsi les grands rois de la terre? » Ainsi en mourant, il ne mesurait encore la grandeur de Dieu qu'à la sienne. Il expira au milieu de ces souffrances. Ses quatre fils le portèrent avec beaucoup d'honneur h Soissons, et l'ensevelirent dans la basilique de Saint-Médard. Il mourut un jour après celui qui complétait Tannée depuis que son fils Chramn avait été mis à mort.
Les funérailles de Clotaire étaient à peine terminées, que Chilpéric , le troisième de ses fils, s'empara des trésors de son père réunis au palais de Braine. Aussitôt il distribua ces richesses en présents aux Francs les plus braves, et les gagna à sa cause. Avec eux il marcha vers Paris,
* Réparation imparfaite comme toutes celles qu'essaient les hommes, mais salutaire pourtant par les erreurs qu'elle prévenait. I.c crime au moins restait crime, et les exemples du prince cessaient d'en faire douter. ( Le comte de Feyronnet , Histoire des Francs. )
'* Exclamation de surprise et d'élonncmenl. C'est le mot ouais, que l'on retrouve dans Molière , et qui est encore en usage dans quelques provinces.
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et s'y établit dans le château qu'avait habité le roi Ghildebert; mais on ne lui permit pas longtemps d'y rester; en effet, ses frères se réunirent tous trois contre lui, le contraignirent à diviser l'empire en quatre parts, et ii les tirer au sort.
Le sort donna h Charibert le royaume de son oncle Ghildebert, dont la capitale était Paris; à Contran, celui de Clodomer, capitale Orléans; à Chilpéric , le royaume de son père Clotaire , capitale Soissons, et à Sigebcrt, le royaume de Reims qui avait appartenu a son oncle Thierry.
Après la mort de Clotaire, les Huns attaquèrent la Caule. Sigebert marcha contre eux et les défit. Mais ensuite il consentit à faire alliance avec leur roi. Chilpéric, roi de Soissons, profita de l'absence de son frère pour lui enlever Reims et d'autres villes de ses états. Une guerre civile s'éleva alors entre eux, mais elle fut promptement terminée à l'avantage de Sigebert.
Contran , roi d'Orléans , eut un fils nommé Condebaud, d'une esclave qu'il avait prise pour concubine. Il contracta ensuite plusieurs autres mariages avec des personnes d'un rang inférieur.
Charibert poussa encore plus loin l'inconvenance, en allant chercher ses épouses dans les derniers rangs de la société ; il fit plus, il épousa la sœur d'une de ses femmes, qui était religieuse.
Pour cette cause tous deux furent excommuniés par saint Germain, évèque de Paris. Quelque temps après l'un et l'autre moururent.
Sigebert, voyant ses frères contracter des mariages indignes d'eux, et s'avilir même jusqu'à épouser des fdles du peuple ou des esclaves , résolut de ne point les imiter. Il envoya en Espagne une députation chargée de riches présents, pour demander Brunehault, fille d'Athanagilde, roi des Yisigoths. C'était une jeune fille élégante dans ses manières, belle de visage, honnête et décente dans ses mœurs, douée de prudence dans les conseils , et agréable dans la conversation. Son père ne la refusa point ; il l'envoya au roi Sigebert avec des trésors considérables. Celui-ci, ayant rassemblé auprès de lui les seigneurs de son royaume , et préparé des festins et des fêtes , la reçut pour femme avec une joie et une allésrresse infinies. Elle était alors soumise à la loi des Ariens; mais, par la prédication des prêtres et les exhortations du roi Ini-même, elle s'est convertie , et elle persévère jusqu'à ce jour dans la foi catholique du Christ. *
Le roi Chilpéric, apprenant le mariage de Sigebert , eut honte de ne s'être associé , comme 3es autres frères, qu'à des femmes d'un rang in- /érieur. Quoiqu'il eût déjà plusieurs femmes, il fit demander Galswinthe, sœur aînée de Brune-
* Grégoire de Tours mourut longtemps avant Brunehault.
hault , promettant par ses députés qu'il laisserait toutes les autres dès qu'il aurait obtenii une compagne fdle de roi et digne de lui. Athanagilde, ayant reçu ces promesses , lui envoya en effet sa fîlle avec de grandes richesses, comme il avait envoyé l'autre. A l'arrivée de Galswinthe , elle fut reçue avec de grands honneurs; elle lui fut associée en mariage, et il l'aima avec d'autant plus de tendresse, qu'elle lui avait apporté de grands trésors.
Mais bientôt son amour pour Frédégonde , qu'il avait eue auparavant pour concubine, ex cita entre elles un grand scandale. Déjà Galswinthe était convertie à la foi catholique^ et avait reçu le saint chrême ^ lorsqu'elle se plaignit au roi des injures journalières qu'elle recevait, déclarant qu'on ne lui montrait aucun respect; elle demanda donc à retourner dans sa patrie , en abandonnant tous les trésors qu'elle avait apportés. Chilpéric essaya d'abord de dissimuler avec elle , et de l'apaiser , en lui parlant avec douceur ; mais ensuite il la lit étrangler par un de ses pages, en sorte qu'on la trouva morte dans son lit. Après avoir feint de pleurer sa mort, Chilpéric, au bout de peu de jours, épousa Frédégonde. Ses frères, jugeant alors que c'était par l'instigation de cette femme qu'il avait fait périr Galswinthe , déclarèrent* Chilpéric déchu du trône. * Il avait alors trois fils de la première
* Celle délerminr.lion occasionna une guerre qui s'apaisa par l'inlcrvenlion de Contran.
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de ses femmes, nommée AudoYère; c'étaient Théodebert, Mérovée et Clovis. Mais poursuivons notre récit.
LesHuns * menaçaient de nouveau les Gaules; Sigebcrt marcha contre eux avec une armée où se trouvait un grand nombre de ses plus braves guerriers. Au moment d'en venir aux mains, ces païens instruits dans la magie , présentèrent aux Francs dilïerentes apparitions fantastiques qui les remplirent de terreur ; ce qui fit remporter aux Huns une victoire complète. Pendant que l'armée de Sigebert prenait la fuite, lui seul essayait de résister; enfin, enveloppé par l'armée ennemie , il fut obligé de se rendre. Mais la noblesse de sa conduite et son habileté, surent lui faire remporter une victoire que le sort des armes lui avait refusée. Il fit des présents au roi, et conclut avec lui un traité par lequel ils s'engai^eaicnt mutuellement h ne pas se faire la guerre pendant toute leur vie. De son côté le roi des Huns combla Sigebert de présents, et le renvoya libre. Ce roi des Huns se nommait Chagan (Khan), nom commun à tous les rois de cette nation.
Sigebert de retour dans ses états , mécontent du partage qui s'était lait de la succession de
" Grégoire de Tours donne ce. nom aux Avares , ou plutôt aux Ogors venus du fond de l'Asie, sous l'empereur Jusiinien, elqui, delaPannonie, eherchèrent àpénélrcr dans lestiaules.
DE GRÉGOIRE DE TOURS. 'j'J
son frère Cliaribcrt, voulut joindre à son lot la ville d'Arles qui appartenait à Contran. Ses lieutenants y entrèrent en effet par surprise ; mais le patrice de Bourgogne , Celsus, s'empara d'Avignon, qui appartenait à Sigebert, et, après avoir livré une bataille à ceux qui avaient pris Arles, il les défit complètement, et recouvra cette ville. Contran termina promptement cette courte guerre en rendant h son frère Avignon qu'il lui avait enlevé.
Peu de temps après il survint en Auvergne une peste terrible, qui fit de tels ravages qu'il est impossible de dire le nombre des personnes qui en furent victimes. Les cercueils ne pouvaient suffire , et l'on jetait dix morts dans la même fosse. On compta un dimanche seulement, dans la basilique de Clermont, trois cents cadavres qui attendaient la sépulture. La mort frappait avec une rapidité effrayante. Une tumeur, ou charbon, tel que l'aurait causé la morsure d'un serpent , se formait à l'aîne ou aux aisselles ; l'effet de ce venin était si rapide, que tous ceux qui en étaient atteintsexpiraient dès le second ou le troisième jour. Tout le temps que durait cette maladie, ceux qu'elle attaquait semblaient avoir perdu le sens. Dans le même temps Lyon, Bourges, Chàlons-sur-Saône et Dijon furent égalelement maltraités par ce fléau. (
Alboin , roi des Lombards , qui avait épousé
Clotsinde, fille de Clotaire, quitta son pays, et envahit l'Italie avec quatre mille hommes , suivis de leurs femmes et de leurs enfants, car ils avaient intention de se fixer dans ce pays. Pendant sept ans ils parcoururent toute la contrée, pillant les églises , égorgeant les prêtres , et commettant toutes sortes d'excès. Après la mort de Clotsinde , Alboin épousa une femme dont il avait tué le père. Celle-ci, pour venger la mort de son père , fit périr Alboin. Les Lombards choisirent no autre roi, nommé Cliphès. Après la mort d'Alboin, les Lombards firent une irruption dans les Gaules; Amé, successeur de Gelsus, patricc de Bourîi;o<j:ne, s'avança contre eux; mais il fut vaincu , et les Lombards firent un eifroyable massacre des Bourguignons. Après cette victoire ils regagnèrent ritalie, chargés de butin. Après leur départ Contran éleva au patriciat Ennius , plus connu sous le nom de Mummolus. C'était un homme cîe peu de droiture, qui avait trahi même son père, et ne s'était élevé qu'en le supplantant ; mais il était habile et heureux. Mummolus, rassemblant une nouvelle armée de Bourguignons, s'avança jusqu'auprès d'Embrun, et joignit, dans un lieu appelé Mouche-Calme, les Lombards qui rentraient de nouveau dans les Gaules. 11 avait fait faire des abattis d'arbres qui arrêtèrent leur marche, puis tournant les ennemis avec son armée, il les enveloppa, tomba sur eux, en tua la plus grande partie, et en envoya
plusieurs autres prisonniers à son roi, qui les dispersa en divers endroits , avec ordre de les garder. A peine si la fuite en sauva quelques-uns, pour porter dans leur pays la nouvelle de ce désastre.
A leur tour vinrent les Saxons que les Lombards avaient auparavant appelés en Italie. Ils voulurent aussi de leur côté faire une irruption dans les Gaules. Ils s'avancèrent jusqu'au territoire de Riez , et établirent leur camp à Establou. De là ils se mirent a parcourir les campagnes des villes voisines, pillant, ravageant, ne respectant rien. Mais Mummohis, qui veillait sur leurs mouvements, s'avance avec son armée. Les Saxons, qui ne l'attendaient guère, n'avaient pris aucune précaution pour se garder , quand tout à coup l'armée des Bourguignons fond sur eux, en taille en pièces plusieurs milliers, et ne cesse le carnage que lorsque la nuit vient l'y contraindre. Le lendemain matin, les Saxons que leur défaite n'avait point découragés, se préparaient de nouveau au combat; mais des négociateurs s'interposèrent entre les combattants, et parvinrent à rétablir la paix. Ils firent des présents à Mummolus , rendirent leur butin et délivrèrent les captifs ; on leur permit alors de se retirer, après toutefois qu'ils eurent promis par serment de retourner sous la domination des rois Francs. Ils retournèrent donc en Italie pour chercher leurs femmes, leurs enfants, et empor-
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tèrciît tout ce qu'ils possédaient. L'année suivante ils vinrent par les Alpes, en Provence, traversèrent toute la Gaule , et regagnèrent leurs demeures en Germanie. IMais dans sa marche cette armée de barbares fit souvent regretter aux Gaulois Ihospitalité qu'ils étaient contraints de lui donner. Ils en auraient encore bien plus souffert sans la fermeté et l'énergie de Mummolus qui arrêta leurs déprédations.
La guerre des Saxons terminée , les Lombards revinrent encore dans les Gaules , sous la conduite de trois chefs, Amon , Zaban , etRhodan. Ils envahirent la Provence; et tous les pays à la gauche du Rhône , depuis Grenoble jusqu'à Marseille, furent cruellement ravagés par eux. Mais le patrice Mummolus, qui à plusieurs reprises avait vaincu leurs compatriotes ou leurs alliés , attaqua successivement leurs trois trois corps d'armée , qui s'étaient imprudemment éloignés à de très-grandes distances, les battit, et leur fit passer pour jamais fenvie de rentrer dans les Gaules.
Pendant la iruerre d'Arles entre Si2:ebcrt et Contran, Chilpéric croyant l'occasion favorable de se dédommager des pertes que lui avait fait éprouver Sigebert pour venger la mort de sa belle-sreur Galswinthe, avait formé une armée dont il avait remis le commandement à son fds Clovis, le plus jeune de ceux que lui avait donnés
DE GRÉGOIRE DE TOURS. Si
Auclovère. Clovis s'empara sans dlfficuUé de la Tonrainect duPoitou, quifaisalentpartic des élats de Sigebert. GoDtraii, remis alors eu bonne intelligence avec son frère Sigebert, lui donna des troupes pour les joindre h celles qu'il envoyait contre Ciovis , et ils convinrent d'en remettre le commandement général a Mummolus.
Mummolus arriva ti Tours , mit en fuite l'armée de Chilpérlc, fit renouveler aux habilants leur ancien serment au roi Sigebert, et marcba sur Poitiers. Deux habitants de cette ville, Basile et Sigaire, réunirent le peuple, et lui inspirèrent la résolution de se défendre. Mummolus enveloppa la place, l'assaillit , la força , et fit ensuite prêter serment aux habitants.
Clovis chassé des contrées qu'il avait envahies, se retira à Bordeaux. Il resta quelque temps dans cette ville sans être inquiété ; mais bientôt Siguif, l'un des officiers de Sigebert, le vint attaquer, le força de reprendre la fuite, et le poursuivit avec des cors et des trompettes , comme des chasseurs poursuivent un cerf aux abois. Ce fut à peine si ce malheureux prince put échapper. Enfin il se jeta dans l'Anjou, et par ce détour il arriva jusqu'h Chilpéric.
Une discussion s'étant élevée entre Contran cl Sigebert (au sujet d'un évêché que Sigebert voulait ériger ii Châteaudun qui dépendait do son royaume, quant au temporel, mais quant au spirituel du diocèse de Chartres appartenant h
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Contran , ) on tint un concile à Paris pour juger ce dilTorend. Mais les évêques assemblés ne purent faire écouter leur voix, et leur décision ne put triompher de la fureur criminelle des guerres civiles.
Childebert, irrité plus que jamais , saisit cette circonstance pour réparer l'échec qu'avait essuyé Clovis. Il chargea Théodebert son lils aîné de commander une nouvelle expédition. Théodebert , autrefois prisonnier de Sigcbert , en avait obtenu la liberté en lai jurant de ne JKmais porter les armes contre lui. Oubliant ses serments , il s'empare de Tours et des autres villes situées au-delà de la Loire. Arrivé a Poitiers , il y rencontre le duc Gondebaut qui voulutrésister; mais son armée fut vaincue , et Théodebert en fit un grand carnage. Il brûla une partie de la Touraine , et, si les habitants ne se fussent soumis pour un temps , il aurait tout détruit.
Le jeune prince marcha rapidement sur Limoges, et de là sur Cahors; tout le pays qu'il parcourut fut ravagé et bouleversé. Les églises furent livrées aux flammes; les monastères renversés; les saintes fdles outragées; les clercs mis à mort. Ce fut comme une nouvelle persécution, et il y eut en ce temps dans l'Église un plus grand gémissement qu'au temps de la persécution de Dioclétien.
Tandis que ces choses se passaient , Sigebert, saisi d'indignation, leva une armée chez les
peuples qui habitent au-delà du Rhin , et se disposa à marcher contre son frère Chilpéric. A cette nouvelle, Chilpéric envoya une députation à son frère Contran , lui faisant entendre que cette armée de barbares les menaçait tous deux. Ils firent en conséquence un traité par lequel ils promettaient de se secourir mutuellement. Quand Sigebert arriva aves ses étrangers, il trouva tous les passages de la Seine gardés par . l'armée de Chilpéric ; alors il s'adressa à Contran , et lui fit dire que, s'il ne lui livrait passage de son côté, il allait l'attaquer avec toute son armée. Contran effrayé de cette menace , rentra dans le parti de Sigebert, et lui laissa le passage libre. Chilpéric, apprenant que Contran abandonnait son alliance pour celle de son frère , leva son camp et se retira jusqu'à Albuye , sur le territoire de Chartres. Sigebert l'y poursuivit, et se préparait à lui livrer bataille; mais craignant, s'il perdait cette bataille, de perdre aussi son royaume, il demanda la paix. Il l'obtint, mais à condition qu'il rendrait toutes les villes dont son fds Théodebert s'était emparé.
Cependant les étrangers de l'armée de Sigebert avaient incendié la plupart des villages des environs de Paris , pillé les maisons et emmené des captifs. Sigebert avait voulu s'opposer à ces déprédations ; mais il ne pouvait maîtriser la fureur de ces barbares ; il patientait jusqu'à ce qu'il put les ramener dans leur patrie. L'audace
ÛG ces païens alla même jusqu'à murmurer quand ils virent que la paix, qui venait d'élre conclue , leur enlevait les bénéfices que lem^ promettait la continuation de la guerre. Quelques-uns d'entr'cux joignirent les menaces aux murmures. Alors on vit ce roi intrépide monter à cheval , s'avancer résolument vers les séditieux et les calmer par un langage imposant à la fois et conciliant. Puis faisant saisir les plus mutins il les condamna h être lapidés , ce qui fut exécuté sur-le-champ.
Cette paix obtenue sans combat ne mit pas fm malheureusement à la guerre civile, et je suis encore forcé de continuer un récit qui remplit mon âme de douleur.
Dès l'année suivante Ghilpéric chercha à se rallier de nouveau avec Contran , contre leur frère qu'il appelait leur ennemi commun. Il y réussit sans peine. Ils eurent ensemble luie entrevue, se firent mutuellement des présents , et Chilpéric entrant aussitôt en campagne s'avança jusqu'à Reims, brûlant et ravageant tout sur son passage. Aussitôt Sigebert rappelle ses iroupes de la rive droite du Rhin, qui l'avaient suivi dans la guerre précédente, et d'une marche rapide il se porte sur Paris. Tandis qu'il se dispose à marcher à la rencontre de son l'rère, il envoie à Tours et à Châteaudun des hommes de confiance pour solliciter le peuple à prendre les ar-
mes et h repousser Théodeberl; mais la terreur que ce prince inspirait refroidissait leur obéissance. Alors Sigebertleur donna deux chefs renommés : Godégisile et Contran. Ceux-ci eurent bientôt une armée; pleins de confiance et d'ardeur , ils marchèrent alors contre Tliéodebert. Mais ce prince, abandonné de ses soldats, n'avait plus avec lui que quelques guerriers fidèles, avec lesquels ils n'hésita pas d'engager le combat. Dès le commencement sa petite troupe succomba, et lui-même fut tué sur le champ debataille. Un bon serviteur, nommé Arnulphe, trouva le corps de son maître sans vie , dépouillé et sanglant. Il l'emporta , le lava , le revêtit d'habillements convenables , et l'ensevelit à Angoulême.
La défaite de Tliéodebert eut pour premier effet de détacher encore une fois Contran du parti de Chilpéric , et de le rallier à Sigcbert. Cette défection , jointe à la perte de son fils et de son armée , priva Chilpéric de sa dernière espérance , et il n'eut d'autre ressource que de se retirer à Tournai avec sa femme et ses enfants.
Sigebert s'empara des villes situées au-delà de Paris; Rouen, qu'il alla attaquer lui-même , ne résista point. Il avait eu d'abord intention de livrer ces villes au pillage de ses soldats d'outre Rhin ; mais les Francs l'en détournèrent. Il revint alors à Paris, où il fut rejoint par Brunehault et ses enfants. Tandis qu'il était dans cette ville ,
les Francs qui avaient dépendu de l'ancien royaume de Childebert 1*^% envoyèrent les principaux d'entre enx àSigebert, lui demandant qu'il allât vers eux, et lui promettant qu'ils abandonneraient le roi de Soissons pour le prendre pour leur roi. Sigebert accepta leur hommage. En même temps son armée se mettait en marche pour aller investir Tournai; lui-même s'apprêtait à la suivre, quand saint Germain, évêquc de Paris, alla le trouver et lui dit ces paroles d'une voix triste et grave, qai semblaient marquer l'avenir : « Si tu vas, sans aucun dessein contre la vie de ton frère, tu retourneras vivant et victorieux; si tu as d'autres pensées, tu mourras. Car voici ce que dit le Seigneur par la bouche de Saîomon : Celai qui aura creusé une fosse à sou frère, y tombera lui-même. )>
Ces paroles firent peu d'impression sur Sigebert. Il partit; arrivé h Vitry , dans le territoire d'Arras, il y trouva rassemblée tonte l'armée des Francs de la dépendance de Chilpéric , qui rélevèrent aussitôt sur le bouclier et le saluèrent roi. Dans la foule se. trouvaient deux pages envoyés par Frédégonde, qui, après leur avoir fait boire une liqueur enivrante , leur avait inspiré le dessein criminel qu'ils venaient exécuter. Leurs mains étaient armées du terrible scramasax ou long poignard des Francs, Ils se glissèrent vers Sigebert , h travers la multitude , dont ils feignaient de partager l'enthousiasme; ils ne trou-
vèrent aucun obstacle à l'aborder , et au même instant ils le frappèrent de chaque côté dans le flanc. Le prince poussa un grand cri, tomba et expira presque aussitôt. Leur crime accompli , les deux pages voulaient s'enfuir, mais ils n'en eurent pas le temps, et furent massacrés. Seulement, en se défendant, ils tuèrent encore Charésille, chambellan du roi, et blessèrent un autre chambellan, nommé Sigila, Goth d'origine, qui était venu à la cour de Sigebert avec Brunehault. Ce même Sigila, tombé plus tard entre les mains de Cliilpéric , fut condamné à un alTreux supplice. On lui brCda les jointures avec des lames de fer incandescentes; on lui brisa et trancha les membres; on le fit expirer dans les plus horribles tourments.
Chij'péric attendait , dans de mortelles angoisses, l'issue du projet qu'avait conçu Frédégonde. Il ne savait encore s'il pouvait échapper au danger, ou s'il devait succomber, quand tout à coup des messagers arrivés du camp apaisèrent ses perplexités , en lui apprenant la mort de son frère. Il sortit alors sans obstacle de Tournai; il prit soin des funérailles de Sigebert ; il le fit ensevelir d^abord précipitamment dans le bourg de Lambres, et peu après transférer dans l'église de Saint-Médard de Soissons , où il fut enterré auprès de son père Clotaire. Sigebert était mort (en 575) après quatorze ans de règne, et dans sa quarantième année.