‹ Chronique de Grégoire de ToursChapitre 8 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SOMMAIRE

Retour des ambassadeurs envoyés à Conslanlinople. — Alliance des grands d'Austrasie avec Chilpéric. — Les grands d'Auslrasic allaquenl Lupus, duc de Champagne. — Brunehault se précipile au milieu des deux armées el empêche le combat. — Gondulphe reprend la portion de la ville de Marseille dont s'était emparé Contran, au préjudice de Childebert IL — Expédition de Didier contre Contran — Crandes inondations. — Baptême de Juifs. — Attaque du pont d'Orge. — >'aissance d'un fils de Chilpéric. — Commencement de l'histoire de Gondovald. — Gontran-Boson est accusé d'avoir ramené Gondovald. — Il offre de livrer Mummolus pour se justifier. — Il échoue dans cette entreprise.

— Le roi Chilpéric se rend à Paris. — Nouvelle députation el nouvelle alliance de l'Austrasie avec Chilpéric. — Guerre civile. — Chilpéric accorde sa fille Rigonthe en mariage à Récaréde, fils du roi des Goths. — Mort de l'enfant de Chilpéric. — Douleur et fureur de Frédégonde. — Elle accuse Mummolus d'avoir fait mourir son enfant par des maléfices.

— Mummolus est tourmenté par d'affreux supplices , et meurt des suites de la torture. — Alliance de Contran et de Childebert IL — Crainte de Chilpéric. — Naissance de Clotaire IL — Expédition de Childebert en Italie. — Départ de Rigonthe pour l'Espagne. — Chilpéric est assassiné. — Portrait de ce prince.

La sixième année du règne de Childebert II, on lui fit rompre l'alliance qu'il avait faite avec le roi Contran, pour en former une autre avec Chilpéric. Quelque temps après, Gogon mourut el fut remplacé par Wandelin. Mummolus * s'en-

' C'était ce célèbre patrice de Bourgogne qui avait remporté tant de victoires sur les Lombards el les Saxons, et sur les ennemis de Contran.

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fuit des états de Contran , et se retira à Avignon.

Un conseil d'évêques s'assembla à Lyon; il ter^ mina plusieurs sujets de discussion , condamna quelques ecclésiastiques qui négligeaient leurs devoirs , puis s'occupa d'un grand nombre d'affaires relatives à la fuite de Mummolus, et aux dissensions qui régnaient alors.

C4cpendant les ambassadeurs que le roi Chilpéric avait envoyés trois ans auparavant à l'empereur Tibère, revinrent, non sans avoir éprouvé de grands malheurs et de grandes fatigues. N'ayant osé aborder à Marseille à cause de la discorde qui régnait entre les rois Francs, ils voulurent entrer à Agde, ville qui dépendait du royaume des Goths *. Mais avant d'atteindre le port , leur navire , poussé par la violence du vent , fut jeté h la côte et brisé sur les écueils. Les ambassadeurs et les gens de leur suite voyant le danger , saisirent des planches à l'aide desquelles ils tentèrent de gagner le rivage. Plusieurs de leurs serviteurs périrent , mais le plus grand nombre échappa. Les habitants du pays pillèrent les objets que les flots rejetaient sur la côte ; ils recouvrèrent cependant les effets les plus précieux qu'ils apportèrent au roi Chilpéric, mais les habitants d'Agde en gardèrent une grande quantité.

Je me trouvais alors h Nogent où j'étais allé

* Voir plus bas la cause de celle discorde , page 139.

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voir le roi. Il me montra un grand bassin d'or , orné de pierres précieuses qu'il avait fait faire, et qui pesait cinquante livres, et il me dit : (( J'ai fait faire ceci pour l'honneur et la gloire de la nation des Francs. Je ferai bien d'autres choses encore si Dieu me prête vie. » Il me fit voir en mémo temps des pièces d'or , chacune du poids d'une livre; c'était un présent de l'empereur. Ces pièces portaient d'un côté l'effigie de l'empereur avec ces mots à l'entour, TYBERII. CONSTANTIAI. PERPETÏ'L AVGVS- Tl ; de l'autre côté était représenté un char traîné par quatre chevaux, et conduit par un homme monté sur le char , avec cette inscription , GLORIA ROMANORFM. Il me montra aussi plusieurs autres objets précieux que les ambassadeurs lui avaient apportés.

Tandis que Chilpéric se trouvait encore dans cette ville, Egidius évêque de Pieims vint en députation auprès du lui , avec les principaux seigneurs du royaume de Childebert II , pour faire alliance avec lui, dans l'intention de s'emparer du royaume de Contran. « Mes fils , leur dit le roi, m'ont élé enlevés en punition de mes péchés , et il ne me reste point d'autre héritier que le roi Childebert, le fils de mon frère Sigebcrt; qu'il soit donc reconnu pour mon successeur dans tout ce que je possède, ou que je pourrai conquérir; mais aussi qu'on me laisse autant que je vivrai, garder sans contrôle et sans

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scrupule tout ce que je possède , ou que je pourrai acquérir. » Les Grands d'Ausirasie le remercièrent, signèrent le traité * et revinrent auprès de Childebert II, comblés de présents. Après leur départ, Chilpéric envoya auprès de son neveu l'évêque Leudowald, accompagné des Grands de son royaume. Ils donnèrent et reçurent le serment de la paix, confirmèrent le traité d'alliance , et revinrent avec de grands présents.

Lupus, duc de Champagne, avait été exposé h de fréquentes attaques de la part des Grands d'Austrasie. Ses principaux ennemis étaient Lrsion et Bertefried, qui se réunirent pour le faire périr, et firent marcher une armée contre lui. La reine Brunehault voyait avec douleur le danger qui menaçait un serviteur fidèle. ( Car c'était celte fidélité au roi et à la reine qui avait attiré a Lupus la haine des seigneurs Austra-

* Ce trailé avait pour objet de dépouiller Contran de son royaume, qui aurai; passé à Chilpéric, et seuienient après la mort de celui-ii à Childebert II. Cette alliance, si contraire à relie du Pont-dc-Pierre, village entre Lamolhe et Neufchà'eau, était l'ouvrage des grands d'Ausirasie qui gouvernaient cet état depuis la minorité de Childebert II. Oubliant que le père de leur roi avait été assassiné par ordre de l'épouse de Chilpéric, et que (iontran avait adopté l'orphelin , ils ne virent que l'avantage qui résulterait d'une telle alliance. En effet , depuis que Chilpéric avait perdu tous ses enfants , Childebert II paraissait devoir survivre seul à toute la race royale ; mais en restant allié de Contran , il courait risque de perdre le royaume de vSoissons , tandis qu'en s'alliant avec le roi de Soissons il était sur de réunir les trois royaumes. Mais l'événement déjoua tous ces calculs, et ce fut un fils de Chilpéric, qui n'était pas encore né, qui réunit sous son sceptre toute la monarchie des Francs.

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siens , chargés de la régence ) . On allait en venir aux mains quand tout à coup la reine elle-même, à cheval, en habit de guerre, se précipite au milieu des bataillons , et s'écrie : « Arrêtez , ô guerriers, n'allez pas commettre une action si coupable; cessez de poursuivre un homme mnocent. Voulez-vous pour lui seul couvrir le royaume entier de désolation ? » Quand elle eut parlé, Lrsion lui répondit : «Eloigne-toi de nous, ô femme ! qu'il te suffise d'avoir gouverné ce royaume pendant le règne de ton mari. Aujourd'hui que ton fils règne, ce n'est pas la protection, mais la nôtre qui fait ton salut. Eloignetoi, si tu ne veux que les pieds de nos chevaux t'écrasent contre la terre, w La reine ne se rebuta point; elle finit à force d'adresse et de prières, par empêcher le combat ; mais ce qu'elle ne put empêcher, c'est que les ennemis de Lupus ne se jetassent sur ses propriétés, ravageant et pillant ses maisons, et le menaçant de lui arracher la vie. Ils feignirent d'emporter au trésor royal le butin qu'ils avaient fait, mais ils le gardèrent pour eux.

Lupus voyant le danger qu'il courait , mit sa famille en sCaxté dans la ville de Laon , et alla chercher un asile auprès de Contran. Il en fut accueilli avec bonté , et se tint caché à la cour de Bourgogne, en attendant la majorité du roi

Childebert II.

Dans le partage qui s'était fait après la mort

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du roi de Paris , Marseille était échu h Contran et à Sigebcrt. Chacun de ces princes en devait avoir la moitié. Quand Sigebert eut péri , Contran profitant de la confusion qui régnait alors, s'empara de la seconde moitié, et mit la ville entière sous sa domination. Après l'alliance faite entre Chilpéric et les seigneurs Auslrasiens, ceux-ci sommèrent Contran de leur rendre la moitié de la ville de Marseille qui appartenait à leur royaume. Contran refusa, et secondé par Dynamius qu'il avait nommé gouverneur de cette ville , il résista quelque temps. Théodore , évêque de cette ville , était du parti de Childebert. Dynamius qui craignait d'en être trahi , lui tendait continuellement des embûches. Il était même secondé par le clergé de Marseille, qui s'était séparé de son évêque et voulait faire prononcer sa déposition. Un jour, ayant découvert que Théodore allait se retirer auprès du roi d'Austrasie, le gouverneur l'arrêta au milieu de la ville, et l'accabla d'outrages; cependant il n'osa le retenir et lui laissa la liberté. L'évêque continua son voyage, et, malgré les ordres que Contran avait donnés pour l'arrêter en route , il arriva auprès de Childebert.

Ce prince, ou plutôt le conseil de régence avait fait choix de Condulphe^ qui de simple officier de la maison du roi avait été élevé au rang de duc , pour aller a Marseille reprendre possession de la partie de cette ville qui appar-

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tenait à l'Austrasie. Gondulphe ne pouvant traverser la Bourgogne , dont toutes les routes lui étaient inlerditcs, fut obligé de passer par Tours cil je raccueiilis avec plaisir, car il était oncle de ma mère; je le retins pendant cinq jours, après lesquels il me quitta pour aller remplir sa mission.

L'évéque Théodore s'était réuni à Gondulphe; mais arrivés aux portes de Marseille , Dynamius ne permit ni à l'un ni à l'autre d'entrer dans la ville. Cependant ils lui proposèrent une conférence, qui devait avoir lieu dans l'église de Saint-Etienne , h quelque distance de la ville. Dynamius accepta , et vint accompagné d'une nombreuse escorte. Mais quand il fut entré dans l'église, les serviteurs de l'évéque en fermèrent aussitôt les portes, et les soldais de son escorte ne purent entrer avec lui. Dynamius ne soupçonnant rien, l'entretien se prolongea quelque temps au pied de l'autel , puis ils entrèrent dans la sacristie. A peine introduits , on se précipita sur Dynamius qui fut promptement désarmé et mis sans défense. Les soldats restés en dehors entendant du bruit essayèrent de venir à son secours; mais Gondulphe suivi de quelques-uns des siens , sortit, les repoussa et les mit en fuite. Aussitôt il envoya prévenir les anciens de la ville , de venir se réunir à leur évéque pour y rentrer ensemble.

Dynamius voyant ces choses, se soumit, pria

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le duc et l'évêque de kii pardonner ; il fit h Gondulphe de nombreux présents; il jura fidélité, sur l'autel , à Théodore et au roi Childebert. Le serment reçu, on lui rendit ses vêtements et ses armes, et tout aussitôt on se mit en route pour Marseille. Le peuple alla au-devant de Gonduîphe et de Théodore, avec des drapeaux, et les reçut avec d'unanimes acclamations.

Gondulphe après avoir rétabli l'autorité de Childebert dans la ville , et replacé l'évêque sur son siège , retourna en Austrasie.

Dynamîus oublia bientôt le serment qu'il avait fait. Il envoya des messagers au roi Gontran , pour lui dire que l'évêque lui enlèverait bientôt la partie même de la ville qui lui appartenait légitimement, et que jamais il ne jouirait paisiblement de ce domaine tant qu'on y laisserait Théodore. Gontran irrité donna aussitôt des ordres pour le faire arrêter. Mais il était difficile d'exécuter cet ordre au milieu de la ville. Advint le jour que devait être célébrée la dédicace d'une église nouvelle bâtie dans la campagne à quelque distance. Cette fête parut à Dynamius une occasion favorable. Il plaça dans un lieu couvert, une embuscade d'hommes armés, et quand l'évêque parut, on fondit sur lui, on dispersa ceux qui le suivaient, on le chargea de liens , et sans permettre h aucun des siens de l'accompagner on leconduisit au roi de Bourgogne. Ce prince, sitôt qu'il l'eut entendu, reconnut la fausseté de l'accu-

Sîition, et lui permit de retourner dans sa ville épiscopale, où il fut reçu par le peuple avec les plus éclatantes marques dejoie. Cet événement contribua à entretenir l'inimitié que la rupture de l'alliance avait fait naître entre Contran et son neveu , et ils cherchaient mutuellement à se tendre des embûches.

Chilpéric voyant la querelle engagée entre son frère et son neveu, donna ordre au duc Didier, d'attaquer les états de son frère, et de lui causer quelque dommage. Aussitôt Didier marche avec une armée contre Ragnowald ( duc de l'Aquitaine bourguignonne) le met en fuite, s'empare de Périgueux , en exige serment de fidélité au roi Chilpéric , et se dirige sur Agen. La. femme de Ragnowald apprenant la défaite de son mari et la soumission de ces deux villes, se retira dans l'église du saint martyr Capressius. Mais elle fut arrachée de cet asile, dépouillée de ce qu'elle possédait , séparée de ses serviteurs , et obligée de donner caution pour obtenir sa liberté; alors elle se retira à Toulouse, où elle se réfugia dans l'église de saint Saturnin.

Didier enleva au roi Contran toutes les villes qu'il possédait dans cette province, et les soumit a l'obéissance de Chilpéric.

Le ducBcrulphe apprenant que ceux duBerry menaçaient la Touraine, se porta sur les frontières de cette province pour la préserver.

Le duc Bladaste fut envoyé en Gascogne; mais il y perdit la plus grande partie de son armée. *

La septième année du règne de Childebert II, et la vingtième de celui de Chilpéric et de Contran, il y eut au mois de janvier des pluies extraordinaires , accompagnées de tonnerre et d'éclairs; on vit des fleurs aux arbres ; il parut une comète remarquable par son éclat, et par la longueur de sa chevelure , qui ressemblait aux flammes d'un grand incendie aperçu de loin. Il y eut cette année -là de graves maladies sur le peuple; on dit que la ^Ue de Narbonne fut attaquée d'une peste ^i y exerça de cruels ravages.

Cette même année le roi Chilpéric commanda qu'on baptisât un grand nombre de Juifs, et il en tint lui-même plusieurs sur les fonts. Mais beaucoup ne furent baptisés que de corps et non pas de cœur; ils revinrent bientôt à leurs habitudes de fourberie , car ils observaient réellement le sabbat, et faisaient semblant seulement d'honorer le dimanche.

Il y avait un pont sur la rivière d'Orge qui confinait aux possessions de Contran. Chilpéric avait fait occuper ce passage par une assez forte

* Ce passage n'est pas înlerprété de même par tous les historiens.

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troupe de soldats, pour repousser ceux qui, du royaume de son frère, tenteraient de faire quelques incursions dans le sien. Une nuit, le duc Asclépius, Tundes capitaines du roi de Bourgogne, vint les assaillir, les accabla , les tua tous, et ravagea toute la campagne voisine du pont. Chilpéric informé de cette nouvelle, envoya sur-le-champ des messagers h ses ducs^ h ses comtes, et à ses autres officiers, pour leur ordonner de rassembler une armée , et de porter la guerre contre son frère. Mais il fut détourné de ce projet par l'avis de ses plus sages conseillers qui lui firent observer que si l'on en avait mal agi à son égard, c'était a lui h se conduire avec modération. On obtint de lui qu'il enverrait d'abord vers Contran afin de savoir s'il désavouait ce qui avait été fait, et s'il consentait h donner satisfaction. Contran accorda toutes les réparations exigées, et la bonne intelligence parut rétablie entre les deux frères.

Malgré cette paix apparente, Chilpéric n'en conserva pas moins les villes qu'il avait enlevées il son frère ; il y établit de nouveaux comtes , et en perçut tous les impôts.

Chilpéric, après avoir été privé de tous ses enfants, eut enfin un fils qui fut nommé Théodoric. Pour célébrer sa naissance, le roi rendit la liberté à tous ceux à qui des gardes étaient imposés, rendit la liberté aux prisonniers, et

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réiinil toutes les anciennes dettes envers le fisc. Mais cet enfant devint plus tard la cause innocente de grands malheurs et de grandes trahisons.

En ces jours-là , l'ëvêque de Marseille Théodore lut exposé à de nouvelles attaques, par suite de l'arrivée en cette ville de Gondovald (ou Gondobald ) qui se disait fils du roi Clotaire P"". Il venait de Gonstantinople ; mais il est à propos de dire quelques mots de son origine avant de continuer ce récit. Il était né dans la Gaule; il avait été élevé avec le plus grand soin. Une longue chevelure, selon l'usage de ceux qui sont de la race des rois Francs , tombait sur ses épaules. On cultiva son esprit ; on lui enseigna les lettres. Enfin, après quelques années, sa mère le présenta au roi de Paris, Childebert P*^, en lui disant : « Voilà Ion neveu; c'est le fils de ton frère Clotaire; son père l'avait pris en haine., mais reçois le , car il est de ta chair. » Childebert, qui n'avait pas d'enfants , l'accepta et le retint près de lui.

Cette nouvelle fut portée au roi Clotaîre ; il envoya des messagers à son frère, demandant que l'enfant fût mis en ses mains. Childebert ne fit aucune difficulté, et remit l'enfant aux envoyés de Clotaire. Celui-ci lui fit aussitôt couper la chevelure , et nia publiquement qu'il fût né de lui.

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Après la mort de Clotaire, Charibert, roi de Paris , recueillit l'enfant ; mais Sigebert le réclama , et il lui fut livré. Celui-ci lui fit couper une seconde fois les cheveux, et l'exila dans la ville de Cologne.

Mais il parvint à s'échapper, laissa de nouveau croître sa chevelure, et se retira auprès de Narsès, qui gouvernait alors l'Italie. Il se maria dans ce pays , et eut des enfants. Il se rendit ensuite à Constantinople où il demeura plusieurs années; il fut reçu avec bienveillance par les empereurs qui se succédèrent dans cet intervalle de temps. * Enfin quelqu'un le sollicita h revenir dans la Gaule ; il céda aux instances qui lui furent faites, s'embarqua , et descendit à Marseille. Il y fut accueilli par l'évêque Théodore qui lui fournit des chevaux pour se rendre auprès de Mummolus, alors gouverneur d'Avignon pour Childebert II.

Mais après le départ de Gondovald, le duc Gontran-Boson fit saisir l'évêque Théodore ; lui reprochant d'avoir introduit un étranger dans les Gaules, et d'avoir voulu, par ce moyen, soumettre^es royaumes Francs h la domination de l'empereur. Mais l'évêque produisait, pour sa défense, une lettre signée de la main des grands du roi Childebert , par laquelle il prouvait qu'il n'avait point agi de son chef, mais qu'il n'avait

* Justin, Tibère et Maurice.

fait qu'obéir aux ordres de ceux qui avaient droit de lui commander et qui étaient ses seigneurs. Cependant on le retint dans une chambre , sans lui permettre d'approcher de son église. Il fut ensuite conduit au roi Contran, avec l'évêque Epiphane * qui demeurait alors h. Marseille où il s'était réfugié pour se soustraire aux poursuites des Lombards. Epiphane était accusé d'être complice de Théodore.

Après avoir été l'un et l'autre examinés par le roi, on ne les trouva coupables d'aucun crime. Cependant le roi leur donnades gardes, et ne leur rendit pas leur liberté; pendant cette espèce de captivité, l'évêque Epiphane mourut, après avoir beaucoup souffert. Gondovald s'était retiré dans une île de la mer Méditerranée , pour attendre les événements. Gontran-Boson partagea avec un des ducs du roi Contran , tous les trésors de Condovald, et il emporta avec lui en Auvergne une énorme quantité d'or, d'argent et d'autres objets précieux.

La huitième année du règne de Childebert II, le trente- un janvier, un dimanche , à l'heure où l'on venait de sonner les matines , et au moment où le peuple se rendait enfouie à l'église, on vit à Tours , par un temps sombre et pluvieux ,

" Grégoire de Tours ne dit pas de quelle ville il était évê- (jue; mais le père Le Comle pense avec assez de vraisemblanre quec'élail de Fréjus.

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un énorme globe de feu tomber du ciel et traverser les airs. Il jetait un tel éclat qu'on pou- Tait apercevoir tous les objets , comme en plein jour; puis s'enfonçant de nouveau dans les nuages, il lit place h l'obscurité la plus grande. Il y eut des inondations extraordinaires, la Seine et la Marne se répandirent dans les environs de Paris, au point qu'il arriva plusieurs naufrages entre la ville et l'église de Saint-Laurent.

Gontran-Boson , après avoir déposé ses trésors en Auvergne , alla trouver le roi Cliildebert. Tandis qu'il revenait de ce voyage, avec sa femme et ses fils , il fut arrêté par ordre du roi Contran , qui lui reprocha d'avoir attiré Gondovald dans la Gaule, et d'avoir, dans ce dessein, fait quelques années auparavant le voyage de Constantinople. Gontran-Boson répondît pour se justifier : a C'est le duc Mummolus qui l'a appelé et qui la reçu dans la ville d'Avignon. Permets que je t'amène Mummolus lui-même ; tu l'entendras et je serai disculpé. » — «Je ne le permettrai pas, répliqua le roi; et tu subiras la peine due h ton crime. » Jugeant que le roi avait résolu sa mort , Boson reprit aussitôt : « Voila mon fils ; prends-le pour otage des promesses que je fais à mon roi. Si je ne t'amène pas Mummolus, tu te vengeras sur mon fils.» Alors le roi accepta l'otage , et permit l'expédition.

Le duc aussitôt rassembla des troupes dans

l'Auvergne et dans le Velay , et les mena contre Avignon. Mais Mammolus , averti de ses desseins, lui avait préparé des pièges pour se garantir de ceux qu'il venait lui tendre. Il fit garnir de mauvaises barques tous les bords du Rhône , ou devaient s'embarquer les soldats deBoson. Quand ceux-ci arrivèrent, ne soupçonnant rien, ils montèrent sur les bateaux; mais parvenus au milieu du fleuve, les barques s'entr 'ouvrirent, et ceux qui les montaient tombèrent dans le fleuve. Quelques-uns s'échappèrent à la nage , d'autres gagnèrent le rivage a l'aide des planches des bateaux submergés; mais le plus grand nombre fut englouti dans les flots. Boson échappa, et arriva auprès de la ville. Là, un autre piège l'attendait. Quand Mummolus avait pris le gouvernement d'Avignon , il avait remarqué qu'une petite partie de la ville seulement n'était pas entourée par le Rlîone ; il y avait fait creuser des fossés larges et profonds, où les eaux furent aisément détournées. Puis , on avait recouvert légèrement ces fossés avec du branchage, de la terre, un peu de gazon, de manière à tromper les yeux et à présenter Tapparence d'un chemin solide. Lorsque Boson fut arrivé au pied de la ville , Mummolus élevant la voix du haut du rempart cria : « Si Boson est de bonne foi, qu'il approche, et m'explique sans crainte ce qu'il a dessein de me dire. » Le duc consentit, et s'avança, suivi seulement d'un des siens. Arrivés aux fossés, ils y tombèrent tous les

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deux; le compagnon de Boson, que le poids de sa cuirasse entraînait, disparut, le duc, plus légèrement vêtu, surnagea quelque temps , et parvenant Il saisir le bout d'une lance que lui tendait un de ses soldats, il gagna le bord. Boson et Mummolus échangèrent alors quelques injures , et se retirèrent. Gontran-Boson se vit donc dans la nécessité de faire le siège d'Avignon. Mais Childebert, irrité de cette agression, envoya promptement Gondulphe avec une armée. Celui-ci fit bientôt lever le siège ,• il emmena Mummolus à Clermont , mais peu de temps après il retourna h Avignon.

La veille de Pâques, le roi Chilpéric alla à Paris. Cette ville était restée indivise entre les rois , et il avait été convenu par serment qu'aucun d'eux n'y entrerait sans la permission des deux autres. Pour éviter la malédiction contenue dans le serment contre celui qui l'enfreindrait, Chilpéric entra dans la ville précédé d'unegrande quantité de reliques de saints qu'on portait devant lui. Il célébra la fête de Pâques avec de grandes réjouissances; il fitbaptiser son fils, qui eut pour parrain Piaguemode , évêque de Paris. Il donna h l'enfant le nom de Théodoric.

Le roi Chilpéric reçut des ambassadeurs de son neveu Childebert ; h leur tête était Egidius, évêque de Reims. Quand ils eurent été introduits , et qu'on leur eut accordé la permission de

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parler, ils s'exprimèrent ainsi : « Votre neveu , le roi notre maître, vous demande de renouveler l'alliance que vous avez faite avec lui. Votre frère lui refuse la paix; il lui dispute Marseille , accueille et retient tous les fugitifs de son royaume. Childebert votre neveu, vous prie de lui garder votre foi et votre affection. » — Chilpéric répondit : « Mon frère est coupable de beaucoup de choses. Si mon fils Childebert examine attentivementle passé, il reconnaîtra quelle part Contran avait prise à la mort de son père. » Egidius, reprit : « Restez donc uni avec votre neveu ,• alors vous lèverez une armée, et la vengeance qui vous est due ne vous manquera point. » Chilpéric accepta ; le traité se fît ; on se donna mutuellement des otages ; on reçut et l'on rendit des serments.

Chilpéric, d'après ce traité, rassembla une armée, et vint occuper les environs de Paris, non sans porter de grands préjudices aux habitants de ce pays. Le duc Bérulphe , ayant réuni ceux de Tours , de Poitiers , d'Angers et de Nantes , se porta sur les frontières du Berry , tandis que Didier et Bladaste, avec toute leur armée, attaquaient la ville de Bourges d'un autre côté , ravageant tout le pays où ils passaient.

Chilpéric fit passer par Paris l'armée qu'il commandait , et se rendit avec elle à Melun , après avoir tout incendié et dévasté dans cette contrée. Cependant l'armée de son neveu ne l'avait pas encore rejoint , et il n'avait avec lui

que ses ducs et ses ambassadeurs. Alors il envoya ordre à ses trois ducs de pénétrer dans Bourges et de le réduire en sa puissance. Mais ceux de Bourges, avec quinze mille guerriers , marchèrent sur Châtcau-Meillan; là, ils rencontrèrent le duc Didier, l'attaquèrent, et le combat fut si acharné qu'il y périt plus de sept mille hommes des deux armées. Après cette bataille , les trois chefs réunissant leurs armées , arrivèrent h Bourges, en commettant d'affreux ravages, tels que jamais il n'y en avait eu de pareils. Pas une maison , pas une vigne , pas un arbre ne resta sur pied; tout fut renversé , arraché , brûlé. Les églises mêmes ne furent pas h l'abri du pillage et de l'incendie.

Cependant Contran marchait contre son frère avec une armée , mettant toute son espérance dans le jugement de Dieu. Un soir , il attaqua l'armée de Ghilpéric , et en tailla en pièces la plus grande partie. Le lendemain matin , des négociations commencèrent ; on promit de part et d'autre de se donner satislaclion , et que les compensations seraient réglées par les Crands et les évêques. Ces conditions acceptées , on se sépara paisiblement.

Mais le roi Chilpéric ne pouvait arrêter les déprédations auxquelles se livrait son aimée ; il fut obhgé de faire mettre à mort le comte de Piouen, qui autorisait ces rapines. Il revint h Paris, après avoir abandonné tout le butin, et rendu la liberté aux prisonniers.

Il envoya ordre aux ducs qui assiégeaient Bourges de se retirer; mais leurs armées en s'en allant emportèrent une telle quantité de butin , qu'on pensait qu'ils avaient enlevé tous les hommes et tous les troupeaux du pays qu'ils abandonnaient. En entrant dans laTouraine, l'armée de Didier et de Bladaste, s'y conduisit comme en pays ennemi ; son passage fut marqué par l'incendie, le pillage et le meurtre. Ln grand nombre de personnes furent arrêtées, dépouillées, et relâchées ensuite. Cette calamité fut suivie d'une épizootie qui détruisit presque entièrement le bétail et les chevaux, à tel point que c'était chose extraordinaire que de rencontrer un bœuf ou un cheval.

Pendant ces événements , le roi Childcbert était resté immobile avec son armée , sans prendre aucune part ni aux combats , ni aux négociations. Mais une nuit, la révolte éclata dans l'armée ; ce n'étaient d'abord que de nombreux murmures; bientôt ce furent des clameurs et des menaces contre Egidius et les autres chefs du conseil du roi : « Olons de devant la face du roi, ces hommes qui vendent son royaume , qui livrent ses cités à la domination étrangère, et son peuple même au pouvoir d'un autre prince ! » Ce tumulte , ces vociférations et d'autres semblables durèrent toute la nuit. Le matin , les séditieux prirent les armes , et marchèrent contre les tentes du roi , avec l'intention hautement

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manifestée d'en arracher l'évêque et les autres seigneurs , et de les mettre en pièces. Lgidius effrayé , monta précipitamment à cheval et s'enfuit dans la direction de Reims. La foule le poursuivit quelcpie temps en lui lançant des pierres , et l'accablant d'injures. Mais comme ils n'avaient point leurs chevaux, l'évêque parvint à leur échapper. Cependant , les chevaux de ceux qui l'accompagnaient étant fatigués , Egidius poursuivit seul sa route. Sa frayeur était si grande , qu'ayant laissé tomber une de ses bottes , il ne prit pas le temps de la ramasser. Il arriva dans cet état à Reims , et il ne se crut en sûreté que quand il se vit dans ses murs.

Des ambassadeurs vinrent de nouveau d'Espagne, avec des présents, demander à Chilpéric , suivant la convention qui avait été faite auparavant, d'accorder en mariage sa fille Rigonthe, à Récarède, fds du roi Leuvigild. Chilpéric donna son consentement, et, après avoir réglé toutes les conventions relatives à ce mariage , les ambassadeurs partirent.

Mais au moment où le roi se rendait de Paris à Soissons , un nouveau malheur vint jeter dans sa famille le deuil et l'aftliction. Le fils qu'il avait fait baptiser l'année précédente ;, fut atteint de la dyssenterie , et mourut. Ses parents accablés de douleur revinrent à Paris, où ils le firent enterrer. Ils envoyèrent aussitôt un messager aux ambas-

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sadeurs d'Espagne, pour leur faire suspendre leur voyage , et retarder la conclusion du mariage de Piigonthe : « Comment , disait le roi , au milieu du deuil qui nous afflige , pourrais-je célébrer les noces de ma fille ?» Il aurait voulu donnera Récarède la fille qu'il avait eue d'Audovère, et qui vivait dans un monastère à Poitiers; mais celle-ci n'y consentit pas, et sainte Radegonde, (veuve de ClotaireP') abbessede ce monastère, s'y opposa de toutes ses forces , en disant qu'il serait indigne d'arracher de son couvent une jeune fille consacrée à Jésus-Christ, pour la faire rentrer dans les plaisirs du monde.

Cependant quelqu'un vint dire à la reine que l'enfant qu'elle avait perdu lui avait été enlevé par des maléfices et des enchantements. On signalait comme coupable, ou du moins comme complice de ce crime , Mummolus , préfet de sa maison. * Depuis longtemps cet homme lui était odieux. Une circonstance particulière vint encore corroborer cette accusation. Un officier de la maison du roi se trouvant à la table du préfet , s'affligeait pendant le festin , parce que son enfant qu'il chérissait était attaqué de la contagion. Mummolus lui dit alors qu'il possédait une herbe, dont la vertu était si efficace que , prise en infusion , elle guérissait infailliblement une personne atteinte de cette maladie, quelque désespéré que fût son état. U

" Qu'il ne fautpas confondre avec le palrice du même nom

Instruite de ce fait , la reine ne mit plus de bornes a sa fureur. Elle fît saisir quelques vieilles femmes à Paris, ordonna qu'on les mît à la torture, et les força, à force de tourments, de s'avouer coupables. Elles déclarèrent qu'elles étaient sorcières, qu'elles avaient par leurs maléfices, donné la mort à beaucoup de personnes , et ajoutèrent enfin, quelles avalentpris la vie de Théodortc pour préserver celle de Mummolus. Un pareil témoignage, que la raison repousse , fut accueilli. Aussitôt la reine commanda qu'on fît mourir ces femmes par différents supplices. Les unes furent donc assommées , les autres brûlées vives, et d'autres rompues sur la roue.

Elle se retira ensuite avec le roi à Compiègne. L5 , elle lui découvrit tout ce qu'elle avait rassemblé de témoignages contre Mummolus. Chilpéric le fit enlever sur-le-champ par ses pages, on le chargea de chaînes, et on l'appliqua h ja torture. On le suspendit à une solive par les mains qu'on lui avait liées derrière le dos, et pendant ce supplice on l'interrogea sur les maléfices dont il était accusé. Il n'avoua rien , seulement il déclara qu'il avait pris de ces femmes des philtres magiques, dans l'espoir de gagner la faveur du roi et de la reine. Quand on le détacha de la question, il chargea un huissier de dire au roi de sa part qu'il ne ressentait aucune douleur des tourments qu'on lui avait fait souffrir. Il croyait ainsi donner une preuve de son inno-

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cence , mais Ghllpérlc l'expliqua aulreiiient. « Gomment clouter, s'écria-t-il, que cet homme ne soit sorcier , puisque de tels tourments ne lui causent aucune douleur? » On l'appliqua de nouveau à la torture ; ses membres furent étendus avec des cordes , et des bourreaux le frappèrent de leurs triples courroies , jusqu'à ce que les forces leur manquassent h. eux-mêmes. On lui enfonça ensuite des pointes de fer sous les ongles des mains et des pieds. Enfin, on allait lui trancher la tête; déjà l'épée était levée, et prêle à irapper, quand Frédégonde lui fit grâce delà vie; mais cette grâce était plus cruelle et plus humiliante que la mort même. On confisqua tout ce qu'il possédait, puis on le plaça sur un chariot pour le transporter à Bordeaux , sa patrie. Dans la route il faillit être suftbqué par le sang, et il mourut peu de temps après cire arrivé à sa destination.

La reine rassembla tout ce qui avait composé le trésor de son fils Théodoric, elle brûla tousles vêtements qui lui avaient appartenu , en soie, en étoffes précieuses , ou en fourrure. On dit qu'il y en avait la charge de quatre chariots. Quand aux bijoux d'or et d'argent, elle les fit fondre en lingots, afin qu'il ne lui restât rien de ce qui pouvait lui rappeler une perle si douloureuse.

En ce temps-là , Leuvigild, roi d'Espagne (des Visigolhs) , envoya à Ghilpcric un ambassadeur

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nommé Oppila, avec des présents. Il craignait que Childebert II ne fit m archer une armée contre lui , pour venger l'injure faite à sa sœur Ingonde , dont le mari Herménégild , fils de Leuvigild, avait été arrêté par son père, et qui était elle-même restée au pouvoir des Grecs qui se trouvaient alors en Espagne. *

Chilpéric apprit bientôt que son frère Contran avait fait la paix avec leur neveu Childebert, et qu'ensemble ils se préparaient à lui enlever toutes les villes dont il s'était lui-même emparé dans les états de son frère. Inquiet de cette coalition, il se retira à Cambrai avec tous ses trésors , et s'y enferma avec tout ce qu'il avait de plus précieux. Il envoya aux ducs et aux comtes des villes , des ordres pour en relever les remparts ; il leur recommandait de s'enfermer dans l'enceinte des

* Ingonde, fille de Sigebert et de Brunehault, avait été mariée à Herménégild, fils aîné du roi des Yisigolhs ; ce prince, comme le reste de la nation, était arien. Ingonde parvint à convertir son mari à la foi catholique. Leuvigild, irrité, poursuivit son fils , et voulut faire passer sa succession sur la tète de Piécarédc son autre fils. Herménégild résista, et fit la guerre à son père ; il comptai l sur l'appui des Suèves , des Austrasiens , dont son beau-frère Childebert était roi, et des troupes grecques que l'empereur Maurice avait envoyées en Espagne. Mais il fut attaqué avant l'arrivée des premiers, et il fut trahi par les Grecs au moment du combat. Tombé par trahison au pouvoir de son père, celui-ci le fit mettre à mort. Ingonde était restée prisonnière des Grecs; Leuvigild avait tout à craindre du ressentiment de Childebert, et c'est pour cela qu'il cherchait un appui dans son alliance avec Chilpéric, et dans le mariage de Rigonihe avec son fils Piécarède. Le moment était favorable, car l'alliance entre Childebert et Chilpéric était rompue. Contran et Childebert menaçaient de nouveau le roi de Soissons.

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murailles avec leurs femmes et leurs enfants , et de s'y défendre vigoureusement s'ils étaient attaqués : ensuite il mit son armée en marche , puis donna contre ordre, et la fit rester dans Tinté rieur de son royaume.

En ces jours-là , il eut un fils ( qui fut plus tard le roi Clotaire II ) ; il le fit élever secrètement à ^ ictoriac, dans la crainte de l'exposer à quelque danger si on l'élevait publiquement.

Childebert II , d'après la demande que lui en avait faite l'empereur Maurice , était allé en Italie. A son arrivée , les Lombards ne se croyant pas en état de résister , se soumirent à sa domination, lui firent de grands présents , et lui promirent de rester toujours fidèles et dévoués à ses intérêts. Childebert ayant obtenu tout ce qu'il demandait revint dans la Gaule, et donna l'ordre h son armée de marcher sur l'Espagne; mais quelque temps après il fit suspendre sa marche. Cependant l'empereur Maurice lui réclama cinquante mille sous d'or qu'il lui avait donnés pour qu'il chassât les Lombards de l'Italie, et qu'il devait rendre, selon lui , puisqu'il n'avait pas exécuté la convention , et qu'il avait traité avec les Lombards. Mais le roi d'Austrasie, ne redoutant nullement les menaces de l'empereur, ne daigna pas même lui répondre.

Aux calendes de septembre, une grande députation arriva d'Espagne auprès de Chilpéric ,

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pour venir chercher sa fille Ri^onthe. Ce roi était de retour a Paris. Il fit enlever un grand nombre de familles des maisons fiscales , et les lit placer sur des chariots : plusieurs de ces hommes pleuraient et ne voulaient point partir; il les fit jeter en prison , pour pouvoir ensuite les envoyer plus aisément avec sa fille. On assure que plusieurs, craignant d'êtreséparés de leurs parents, s'étranglèrent de désespoir. Le fils était ôté à son père , la mère à sa fille; ils partaient au milieu des gémissements et des malédictions, et les pleurs qui se répandaient alors dans Paris pouvaient se comparer à ceux qu'on versa en Egypte. D'autres , d'une naissance plus relevée, qui étaient également contraints de partir , firent leur testament pour donner tous leurs biens aux églises , les déclarant exécutoires dès leur entrée en Espagne , comme s'ils étaient morts.

Cependant, Cbildcbertll envoya à Paris des députés pour notifier de sa part au roi son oncle, qu'il eût à s'abstenir de donner h sa fille aucune ville, aucune terre , aucunes richesses , de celles qui dépendaient du royaume d'Austrasie , et dont il s'était injustement emparé. Cblldebert promit ce que demandait son neveu ; mais un des membres de la députation fut assassiné par une maia inconnue. Pour moi, je soupçonne que cela s'est fait par ordre du roi.

Chilpéric ayant convoqué les plus notables des

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Francs , et le reste de ses fidèles, célébra les noces de sa fille; et, l'ayant remise aux ambassadeurs des Gotlîs , il lui donna de grands trésors. Mais sa mère produisit nn immense l'ardeau d'or, d'argent et de vêtements qu'elle lui destinait. Le roi en le voyant crut qu'il ne lui était plus rien resté à lui-même. Frédégondc devina son inquiétude , et se tournant vers les Francs, elle leur dit: « Ne croyez point, braves guerriers, qu'il y ait là rien qui appartienne aux trésors de vos anciens rois. Tout ce que vous voyez est de ma propriété ; car le très-glorieux roi m'a donné beaucoup do choses; moi-même j'en ai rassemblé beaucoup d'autres par mon travail; j'en aiamassé sur les fruits et les tributs des maisons qui m'ont été accordées. A votre tour vous m'avez enrichie de vos présents ; c'est ce qui compose les richesses que vous voyez devant vous , car rien de tout cela ne provient des trésors publics. » C'est ainsi qu'elle trompa la confiance du roi. Cependant la quantité de ces objets précieux était si grande, que cinquante chars furent chargés de for, de l'argent et des vêtements qu'emportait Piigonthe. Les Francs lui firent encore beaucoup de présents. Les uns donnèrent de for, d'autres de f argent , quelques-uns des chevaux, le plus grand nombre des vêtements. Il n'y eut personne qui n'olTrît quelque chose , selon ses facultés.

Enfin la jeune princesse dit adieu h ses pa-

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reuts ; elle les embrassa en versant d'abondantes larmes, et se mit en route. En sortant de la porte de Paris , une des roues de sa voiture se brisa , ce qui fut regardé comme un mauvais présage partons ceux qui étaient présents. Ce jour là elle s'arrêta pour camper à huit milles de Paris. Pendant la nuit , cinquante hommes de son escorte prirent cent des plus beaux chevaux , avec autant débrides d'or, et s'enfuirent dans les états de Childebert. Pendant tout le chemin , dès que quelqu'un trouvait une occasion favorable , il s'enfuyait en emportant tout ce qu'il pouvait. La princesse et sa suite étaient reçues dans toutes les villes où elle passait avec une pompe magnifique et des dépenses immenses ; mais le roi avait défendu que l'on prît quelque chose du trésor pour pourvoir à ces dépenses. Elles devaient toutes être supportées par le public.

Chilpéric, redoutant les embûches que son frère ou son neveu pourraient tendre à sa fille dans ce long voyage, la fit accompagner d'une armée. Elle avait avec elle quelques-uns des pîus grands du royaume : le ducBobon, fils deMummolus , avec son épouse , Domégisile, Ausovald, le maire du palais W addon , qui avait été autrefois comte de Saintonges. Le duc Bobon remplissait les fonctions de paranymphe *. Le

* En latin, paranymphus, du grecriy-oa, auprès, et vuptcpïî, épousée ; c'était celui qui , par honneur , conduisait l'épouse et assistait à ses noces.

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reste de l'escorte se composait de plus de quatre mille hommes. Les autres chefs et officiers de la chambre qui l'avaient accompagnée, ne passèrent pas Poitiers. Ceux qui poursuivirent leur chemin s'avançaient comme ils pouvaient. Pendant ce voyage , ils pillaient et ravageaient tous les endroits par où ils passaient. Ils coupaient les ceps des vignes et les emportaient avec les raisins ; ils emmenaient le bétail et emportaient tout ce qu'ils pouvaient enlever, en sorte qu'on peut affirmer qu'ils ne laissaient rien derrière eux.

Tandis que l'armée qui conduisait sa fille s'avançait en commettant ces désordres, Chilpéric, qu'on peut appeler le Néron et l'Hérode de notre temps , s'était retiré à Chelles , à quatre lieues de Paris, pour y prendre le plaisir de la chasse. Un jour, comme il revenait de la forêt , à l'entrée de la nuit , tandis qu'on l'aidait h descendre de cheval, et qu'il avait une main appuyée sur l'épaule de son page , un homme s'approcha de lui , le frappa de son couteau sous l'aisselle, et redoublant le coup, lui transperça le ventre. Aussitôt Chilpéric répandit du sang en abondance par la bouche et par l'ouverture de sa blessure , et il rendit ainsi son espri^ inique.

Nous avons assez fait connaître dans cette histoire quelle a été la méchanceté de ce prince. Il

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a ravagé un grand nombre de pays par le pillage et l'incendie, et loin de ressentir aucun remords de pareilles actions , il en éprouvait de la joie ; ainsi , Néron , s'amusait à réciter des vers pendant l'incendie de Piomc; souvent il fit périr injustement des hommes pour s'emparer de leurs richesses. Il était intempérant et présomptueux. Il composa deux livres de poésie à la manière de Sédulius, mais ses vers étaient sans mesure, ni rythme. Jamais il ne protégeait les pauvres ; il calomniait sans cesse les prêtres ; et dans l'intimité 5 il ne cessait de tourner les évêques en ridicule et de leur attribuer des crimes et des actions inl'àmcs. Chaque jour il inventait de nouveaux moyens de persécuter le peuple, et les moindres fautes étaient punies par la perte des yeux.

Les ordonnances qu'il adressait aux juges, se terminaient par cette formule : « Si quelqu'un ne tient compte de mes ordonnances, qu'on lui arrache les yeux. » Jamais il n'a aimé sincèrement personne, et personne ne l'a jamais aimé, aussi tous les siens l'abandonnèrent après sa mort. Mallafe , évêque de Senlis , qui, depuis trois jours sollicitait de lui une audience, sans avoir pu l'obtenir, ayant appris cet événement, vint seul prendre soin de son corps , le lava , le couvrit d'autres vêtements, et passa la nuit en prières auprès de lui. Le lendemain, il le mit dans un

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bateau, et alla l'ensevelir dans l'église de Saint- Vincent, h Paris. Cette cérémonie terminée, il se retira , laissant Frédégonde dans l'église.

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