BANQUET ALLÉGORIQUE
DONNÉ PAB LE Dt£ DE BOURGOGNE PHIUPPE LE BON,
A roGcasion de la prise de Gcnstanlinople par les Tares, en 1433.
Voici ce qrie raconte à de sujet Olhier de Isk Marche^ dans ses mémoires.
(c Pour ce que gprandés et honùofables œuvres détirenl loingtaine renommée et perpétuelle mémoire, ef mAmement quand les dictes œuvres sont faictes en bonne intention, je me suis entremis démettre par escrit et enregistrer par ordre, au plu^ près de la vérité et selon mon petit sentiment^ une feste, faictcà Lille^ le dix septième jour de février^ Tan 1153 par très excellent, très haut^ et très poissant prince, monsieur le duc de Bourgongne, de Brabant, etc. Et commença icelje fesle par une jouste, cedict jour: laquelle jouste avoit esté criée, à un très beau banquet, que monsieur de Clèves donna en la dicte ville, environ dix buict jours ^aràvant t auquel fut mondict signeur, ensemble la signeurie, dames et damoyselles de sa maison: et fut le cry tel, que le chevalier au cigne, serviteur aux dames, faisoit sçavoir à tous princes, chevaliers ^ et nobles hommes, que le jour, que mondict signenr feroit son banquet (lesquels banquets sefaisoyentrun après l'autre) Ton le trouveroit en la dicte ville, armé de harnois de jouste, en selle de guerre, pour jousler à la toile, de lances de mesure, et dé courtois roquets, à rencontre de tous ceuX; qui venir y voudroyent: et celuy qui
pour ce jour feroit le mieux > au jug;eineiit des si^rneun et des darnes^ sans ce qu'il s'en exceptast en rien» g^îgn<^roit un riche cigned'or, encliainé d'une chaine d'or, et au bout de celle chaine un riche rubiz; que les daines présenteroyent à celuy^ qui lauroit desservy. Tel fut le cry, par Tordonnance et aveu de monsieur Adolf de Clèves: lequel estoit celuy, pour qui la criée se faisoit: et, à ce que je vey, la criée et jouste se faisoit au propos d'un entremets » qui contenoit^ àcedict banqivet, la plu-part de la longueur de la principale table.
« Ce fut une nef à voile levé, moult bien faicte: en laqndleavoit un chevalier tout droit, armé: qui le corps avoit vestu d'une cotte-d'armes, des plaines armes de Clèves: et devant avoit un cigne d^argeut, |K)rtant en son col un colier d'or: auquel tenoit une longue chaine d'or: (km! le dict cigne faisoit manière de tirer la nef: et au bout de la dicte nef séoit un diastel, moult bien faict, et richement: au pié duquel flotoit un faucon, en une grosse rivière: et me fut dict que ce signifioit, et monstroit, comme jadis miraculeusement un cigne amena dedans une nef, par la rivière du Kin, un chevalier an chasteau de Clèves: lequel fut moult vertueux et vaillant: et Téponsa la prinoesse du païs: qui pour lors estoit veuve» et en eut lignée: dont les dits ducs de Clèves, jusques à ce jour, sont issus: et pour ce il me semble que la manière de la criée ensuivoit reSect de l'entremets.
c( En celle nuict fut présenté le chapelet à monsieur le comte d'Estampes: lequel fit son banquet environ dix jours après. Ce banquet fut moult plantureux et riche, et garni de plusieurs entremets nouveaux: dont je me passe, poar abréger, et pour venir à mon intention. En ceste Geste fat le chapelet présenté à monsieur le duc, en telle façon que, quand les cntremeb furent levAi, d'une chambre saillirent grande foison de torches: puis vint un officier d'a^
mes, serviteur de mondict signenr d'Estampes^ nommé Dourdan, vestu de sa cotte-d'armes: et après vindrent deux chevaliers^ chambellans de mon dict sig;neur d'Estampes (c'est assavoir monsieur de Miraumont^ et monsieur de Drueul) vestus de longues robes de velours, fourrées de martres: et n'avoyent rien sur leur chef: et portoyènt chacun, d'une main, un gentil chapelet de fleurs: et après eux veneit une très belle dame, jeune, de Taàge de douze ans, vestue d'une robe desoye violette, richement bordée, et estofée d'or: et Iny partoyent unes manches, outre la robe, d'une moult déliée soye, escriptes de lettres grégeoises: et estoit son chef paré de ses cheveux > beaux et blonds, et, par dessus^ une tocque, affuléé d'un volet, moult enrichi depierrerie: et esloit montée sur une haquenée, houssée de soye blette: et Vamenoyent trois hommes à pié, vestus de manteaux de soye vermeille^ portans tîhaperons à cornette desoye verde: et aloyent ces trois, chantans une chanson, faicte à propos: et en telle ordonnance passèrent par devant les tables: et vindrent jusqties devant le lieu où estoit assis mon tiès redouté signeur, monsieur le duc: et, quand TofiScier d'armes et les deux chevaliers lyy eurent faict la révérence, le dit officier dit 4ce, qui luy estoit enchargé,«n ceste manière.
Très excellent y haut prince , et redouté, Â^ous venons en toute rérépence.
Pour charge avons, qui vous soit present-é Ce chapelet: lequel est aporté Par la dame, que voyez en présence. Le comte d^ Estampes en son absence La vous transmet en ce lieu, et envoyé: Et la nomme on la princesse de joye.
H QuantVofficier d'armes eut ce dit, les deux chevaliers vindrent à la dame: et luy baillèrent le chapelet en ses mains: et lors les autres trois, qui Vamenoyent, la desjcendirent de sa haquenée.
« Sitost qu'elle fut descendue, les deux cheyaliers Fa^ dextrèrent: et adqnc elle fit la révérence à mon dict signeur: et paruns petisdeg^és^ faicts à ceste cause, elle monta svir la table, et s'agenouilla une fois sur le bord de la dicte table: et puis se mit à g;enoux devant mon dict signeur, et là demoura jusques elle eust baisé le dict chapelet, et mis sur le cbef de mondict signeur: qui à sob relever la baisa: et s'en retourna la dicte dame, son emprise achevée. Ainsi fut présenté le chapelet à mon dict signeur le duc. Parquoy il détermina le jour de son hàùr quet: et fit moult grans préparatoires. Au jour de ce banquet, donques, monsieur Adolf (qui s^estoit fait crier le chevalier au cigne) vint après disner^ de très bonne heure sur les rangs: et fut accompaigné, du lieu où il s'esloit armé, par mon dict signeur le duo^ par iiiopsieur de Charoloisi par monsieur le bastard de Bourgongne, vestus tous trois de robes de velours sur velours noir: et avouent chacun ui| col ier d'or, moult enrichis deçierreries^ comme diamans, balais, et perles; et portoit ipondict signetir une cornette à son chaperon, si-riche de pierrerie, que je ne sçay autrement extimer, fors habillement de prince puissant. Monsieur A<lolf 9 acompaigné comn^ie dicf est de mondict signeur, de monsieur de Charolois, et de monsieur le bastard^ et, en outre ^ de monsieur d'Estampes, partit de * sonhostel, à grand compaignic de gens, vestus de ses robes: etaloyent devant: et, après euxaloyeQt t3bourins:et après aloit un poursuivant d'armes, vestu d'une cotte d armes pleine de cîgnes: et après aloit un grand cigne, merveilleusement et subtilement faict, ayant une couronne d'or au col: à quoy pendoit un escu, des plaines armes de Clèvês: et à celle couronne pendoit une chaîne d'or: fpi d'un bout tenoit à la tresse de l'escu du chevalier, et estait ce signe adexlré de deux sagittaires, moult bien Saitcii: qui tenoyent arcs et flèches en leurs mains, et faisovent
semblant de tirer à Teneontre de ceux, qu^ vouioyent aproeher le cig;ne.
(( Ledict chevalier, tenant à la chaîne d'or, suyvoitle ci^e armé tresrichement de tontes armes: et estoitson cheval couvert de drap de damas blanc, et bordé de franges d'or> et son escu de mesme: et à dextre, et à senestre, et derrière, avoit trois jeunes enfant, pages> habillés de blanc, en manière d'Engels, montés sur beaux coursiers^ enhamachés de drap blanc, bien découpé: et après venoit an palefrenier, vestu de blanc, sur. un petit cheval: qui Hienoil en main un destrier, couvert de drap blanc, brodé de grandes lettres d'or, et frangé d or, à la devise dudict chevalier: et après venoit monsieur le ductie Clèves, frère dudict chevalier, et monsieur Jehan de Coïmbre», filsdu JToy Jehan de Portugal, avec grand nombre de che- Taliers et nobles hommes, tous vestus de blanc, à la pareure du clievalier: et portoyent les lances en belle ordonnance.
« En tel estât et compaîgnie fut mené ledict chevalier devant les dames; et fnt présenté par Toison dor,roy d*armés, à trcsexcellente, treshaute, et trespuissante princesse, madame la duchesse de Bourgongne, et aux autres princesses, dames et damoyselles:etpuisil fut amené es licesi et lors le cigne, qui Tavoit amené, avec les sagittaires fut mis sur un hourd,qui leur estoit préparé.
(( Gérard de Rossillon fut le premier^ qui se présenta à rencontre du chevalier: auquel le chevalier donna un sigrand coup, de la première course, qu'il luy perça et fendit son escu tout outre: dont ledict Gérard eut grand détourbier. Après vint messire Jehan de Monfort, moultgentement housse de soye etdebrodure. Assez tost après vint monsieur le comte de Sainct-Pol, housse de drap d'or: dont la moitié estoit gris, et l'autre cramoîsy. Après vint monsieur de Fiennes, couvert de velours noir, à larmes
4oo APPENDICE.
noires, monstrées d'un peu de blanc. Tantofs après, monsieur de Charolois; et monsieur le bastard (qui s'en alèrest armer, quand ils eurent convoyé mondict signear AdoU) TÎndrent sur les rangs, housses de velours violet, bordé do franges d'or et de soye,et leurs eseus de mesmes^ estans chargées les dictes bousses de campanes d'argent: ^ estoyent bien accompaignés de grands signeurs: et, entre antres, monsieur d'Estampes servoit, de lanœ, monsieur de Charolois. Les dessus nommés joustèrent^ et plosieursantres chevaliers bien en poinct: comme monsieur de Grnthuse^ couvert de velours cramoisy, monsieur de Hoarcourt de vdiours cramoisy, fourré de niartres, messire Chrestien de Digoine, enharnaehé.de drap, chargé decampanes dorées , messire Evr ad de Digoine , couvert d^or&yeriey messire Jehan deGuistelle, couvert de mena vair, messire Philippe de Lalain, couvert de velours aoir, à larmes d'or, aveques plusieurs autres jousteurs, tresbien en poinct: mais de leurs coups ne sçay je point Textime. Tontesfois jesçay de vray, que le chevalier au cigne et Louis du Chevalant s'entrerencontrèrent si-rudement, quêtons deux s'entreportèrént par terre^ les chevaux sur lenn corps tel atournés^ qu'il fut force à l'un, et à l'autre, d'abandonner la joustepour cejour.Dudemouraptjemetay. Chacun fit son mieux de lajouste:qui faillit partraictde temps: et, quand elle fut faillie, chacun se retraït.
(( Puis à heure convenable se trouvèrent en une aile: en laquelle mondict signeur avoit fait préparer un très riche banquet: et làvint mondict signeur, acompaigné de princes et chevaliers, clames etdamoiselles: et, trouvons ledit banquet à servir, ils se prirent à regarder les entremets, qui édifiés y estoyent. La sale, où sefaisoitee banquet estoit grande, et bien tendue d'une tapicerie, en quoy estoit feicte la vie d'Hercules. .Pour entrer en ceste dicte sale, il y avoit cinq portes, gardées d archers, vestusderobesde
APPENDICE. 4oi
4itap gris et noir: et dedans la sale a^t plusieurs cheya^ liers et eseuyers,condaiiians le dit banquet: desquels les chevaliers estoyent vestus de drap de damas, et les es* cuyers de satin des dictes couleurs de noir et gris. En celle Baleavoit trois tables couvertes^ runemoyenne, l'autre ^nde^ et l'autre petite: et sur la moyenne avôitune église, croisée^ Tcorrée, et fanete de gente foçoti:où il y avoit une cloche sonnante, etquatre chantres. Il y avoit un autre entremets > d'un petit enfant tout nu, sur une roche: qui pissoit eaue rose continuellement. Vu autre entremets y avoit, d'une caraque, ancrée, garnie de toute marchan^ dise, et de personnages de mariniers: et ne me semble point qu'en la plus grande caraque du monde ait plus d'ouvrages, ne de manières de cordes et voiles , qu'il en y avoit en ceste* Un autre entremets y avoit, d'une moult belle fontaine: dont une partie estoit de verre, et l'autee de plomb âe tr^s nouvel ouvrage: car il y avoit petis ariiri" ceauxde rétrcj feuilles «t fleurs, si nouvellemeat faictes, qu'à merveilles: et l'espace de l'artifice estoit ainsi comme un petit preel, clos de roches de saphistrins et d'autres estranges pierres^ et au milieu d'ieeluy, avoit un. petit sainct Ândrieu, tout droit, ayant sa croix devant luy: et parTiHi des bouts de la croix sourdoit la fontaine, un grand pié de hauteur: etrecheoit dedans le preel, par sisubtile manière^ que l'on ne sçavoit que Teaue devenoit. (( La seconde table (qui estoit la plus longue) avoit premièrement un pastë: dedans lequel avoit vingt huit personnages vifs, jouans de divers instrumens, chacun quand lewt tour venoit. Le second entremets de celle table estoit nnchasteau,à1a faconde Lusignan: et sur ce chasteau^ an plus-haut de la maistresse tour, estoit iMelusine, en forme de serpenté: et par deux des moindres tours de ce chasteau sailloit, quand on vouloit, eaue d'orange; qui lomboit es fossés. Le tiers estoit un moulin à vent^ haut sur une mote: et sur le plus haut volant avoit une perche,
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au bout de laquelle estoit une pie, et gens à l'entonr^dr tous estais^ ayansarcs et arbalestesret tiroyentà la pie, à demonstrer que toutes gens tirer a la pie est mestier coni' mun. Le quart fut un tonneau mis en un vignoble: où il y a voit deux manières de breuvages: dont Tan estoit bon et douxy et lautre amer et mauvais; et sur le diet tonneau a voit le personnage d'un homme^ ricbement vestu:qui tenoit en sa main un brief: où il estoit escriï^Quien veut, si en prenne. Le cinquième estoit un désert , ainsi que terre inhabitée: auquel avoit un tygre, merveilleusement vivement fait: lequel tygre se combatoit à Tencontredun grand serpent. Le sixième estoit un homme sauvage, monté sur un chameau: qui faisoit semblant et manière d'alcr par païs. Le septième estoit le personnage d'un Iiomme> qui d'une perche batoit un buisson, plein de petis oyseaux: et près d'eux, en un verger, clos de treilles de rosiers, faicl tresgentement, avoit un chevalier et une dame, ^ssis à table: lesquels mangeoyent lea oisillons, dont Tun batoit le buisson: et monstroit la diète dame^au doigt, qu'il se travailloit eu vain, et follement perdoit son temps. Le huictième estoit un fol^ monté dessus un ours: et estoit entre plusieurs estranges raontaignes de diverses roches, chargées de grésil, et de glaces, pendans de bonne façon. Le neufième estoit un lac, environné de plusieurs viles et chasteaux: auquel lac avoit une nef, à voile levée^ tousjours vagaut par Teaue du lac, à par soy: et estoit ceste nef gentement façonnée, et bien garnie de choses appartenantes à navire.
(( La tierce table (qui estoit la moindre des deox autres) avoit une forest merveilleuse, ainsi comme A ce fosl une forest d'Inde: et dedans celle forest estoyent plusieurs bestes estranges et d'estrange façon: qui se mouvoyent d'elles mesmes, ainsi que si elles fussent vives. Le second entremets de celle table estoit un lyon mouvant» attaché à un arbre, au millicu d'un preau: et là avoit le personnage
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d'an homme j ^uî batoit le chien devant le lyon. Le tiers et dernier entremets estoit un marchand, passant par un vilage^ portant à son col une hotte de toutes manières de merc^ies pleine.
(( Or> pour deviser la manière du service et des viandes, ce seroit merveilleuse chose à racompler: et aussi j'avoye tant autre part à regarder, que deviser au vray n'en sçau« roye: mais de tant me souvient que chacun plat futfoumy de quarante huict manières de mets: et estoyent les plats du rost chariots étofés d*or et d'asur. En celle salle, au plus près de la table, avoit un haut buffet, chargé de vaisselle d'or et d'argent, et de pots de cristal, garnis d'or et de pierreries^ et n'aprochoit nul ce buffet, plus avant des gar^ des de bois, cpii estoyent là faictes: si non ceux^ qui ser- 'voyent de vin.
« Ainsi comme au milieu de la longueur de la sale^ assez près de la paroy, à l'opposite de la longue table, avoit un haut pillier: sur quoy avoit une image de femme nue: qui les cheveux avoit si longs, qu'ils la couvroyent par derrière, jusques aux reins: et sur son chef avoit un chapeau ti'èsriche: et estoit envelopée , ainsi q«e pour musser oùilappartenoit, d'une serviette^ à manière de vo^ let bien déliée escritte, en plusieurs lieux, de lettres grégeoises: et geltoil cest image, par la mammelle droite, ypocras , autant que le souper dura : et auprès d'elle avoit un autre pillier, large, en manière d'unhourd: surquoy estoit ataehé, à une chaisne de fer, un lyon vif, en signe d'estre garde et deffense de cest image: et contre son pillier estoit escrit, en lettres d'or, en une targe: iVe touchez à ma danie.
a Mondict signeur doncques, madame la duchesse, et toute leur noble compaignie mirent assez longuement à visiter ces entremets. ToHte la sale estoit pleine de nobles gens: et peu en y avoit d'autres. Là estoyent cinq hourds bien ordonnés; pour ceux qui ne voudroyent point seoir
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à table: qui tantost furent pleins d'hommes et de femmes: dont la plus- par t estoyent dég[uisées: et tant en sçay, qa*ii y avoit des chevaliers et des dames de giund'maison, et qui là estoyent venus de loing, les uns par mer^ et les autres par terre, pour veoir la feste, dont il estoit g^nde renommée. Pour le faire brief, après que chacun eut assez r^rdé les entremets, les maistres-d'hostel, qui la besongne eonduisoyent, vindrent faire l'ordonnance de l'assiette.
« Au milieu de la moyenne table s'assit mondict signeur le duc: et à sa dextre s'assit madamoiselle, fille de monsieur le duc de Bourbon: après elle monsieur de Qéves, madame de Ravastain, nièce de madame la duchesse, et femme de monsieur Adolf: et madame la duchesse fat assise à la senestre du duc, avec madame de Chamy, madamoiselle d*Estampes^ monsieur de Sainct-Pol, madame de Beures, femme de monsieur le bastard de Boiirgongne, monsieur de Pons, et madame la chanceliére. A la grande et seconde table fut assis monsieur du Gharolois, monsieur d'Estampes, monsieur Adolf, monsieur de Fiennes^ monsieur le bastard de Bourgongne^ et monsieur de Bornes, meslës avec grand nombre de dames et de damoiselles, et aussi tant d'autres chevaliers, que les fables estoyent pleines, d'un costé et d'autre : et pareillement à la troisième table furent assis escuyers et damoiselles ensemble^ en telle façon que les tables furent fournies.
((Quand chacun fiit assis, ainsi que dictest^en l'église ( qui fut le premier entremets ) sur la principale table, sonna une cloche, tresliaut: et, après la cloche cessée, trois petits enfans, et une teneur^ chantèrent une tresdouce chanson: et, lors qu'il» l'eurent acomplie» au pasté ( qui estoit le premier entremets de la longue ta.ble» comme dessous ) un berger joua d'une musette monh-nonvellement. Apres ce, ne demoura guérea qufe, par la porte
APPENDICE. 4o5
de l'entrée de la sale, entra un cheval à recalons, richement couvert de soye vermeille: sur lequel avvit denx trompettes, assis dos contre dos^ et sans selle, vestus da joumades de soj'e, g;rise on noire, chapeaux en lears testes, et faux visages mis: et les mena et reflunena ledict cheval, tout aulonj^ de la sale, a reculons: et tandis ils jouèrent une hatture, de leurs trompettes: et y avoit, à conduire cest entremets, seize chevaliers, vestus de robes de la Ihrrée. Cest entremets accompli, en Teglise fust joiié de8t)rg[ues; et au pasté fust joiié d'un o«rnet d'Alemaigne, moult estrangement: et lors entra en la sale un luyton, ou un monstre tresdefiguré: qui, du faux du corps en bas aveit' jambes et pies de grifon velus, et grans ongles: et, depuis le faux en amont, avoit forma d'homm^t et, avoit vestu une jaquette juste, de soye blaadie, rayée de verd, et chaperon tenant en sus. 11 avoit estrange barbe et visage. 11 portoit en ses mains deux dards, et une large. 11 avoit sur sa teste un homme, ^ea pies dessus: qui se soustenoit par ses deux mains sur les espaules du monstre: et ledict monstre estoit monté sur un sanglier, couvert' richement de soye verde: et, quand il eut fait sontour parmy la sale, il s'en retourna, par 4)p il estoit venu. Quand le luyton s'en fut retourné, ceux^de 1 église chantèrent: et au pasté fut joiié d'une doucine, avec un autre instrument: et tantost après sonnèrent, moult-haut, quatre clairons: et firent une joyeuse bature. Ces clairons estoyèolt derrière une courtine verde, tendue sur un gi'aiid hourd, faict au bout de la sale.
a Quand leur batetiref finit, soudainement fut tiréç la courtine: et là ÙA vou, sur le diet hourd, un personnage de Jason, armé de toutes armes: qui fie prommenoit en celle place, regardant au tour de luy, comme s il fust venu en terre estrange. Puis s'agenouilla, et regarda vers le ciel: et lisit un brief que Medëe luy av^ât baillé, qusuid il se partit d elle, pour la Toison d'or conquerre: et, à sou
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relever, il veit venir contre luy 9 {rrands et horribles beirfsv qui luy vindrent eourir sas: et tantosi ledici Jasoiir couch» sa lance, et s'apoincta pour eombatre ces bestes: q[ui l-as-^ sailloyent de merveilleuse force, et si-vivement cpie c'es^ toit effrayante chose à re{j[arder: car ils gettoyent ba et flambe par les narines, et par la gorge: et ledict Jasoa se defifendoit et combattoit par si-.belle façon, que tous disoyent qu'il avoit une contenance d'homme-de-bien. La bataille dura longuement, et tant que le dict Jason getta sa lance, contre les bœufs: et mit la main à Tespée: d, en soy combatant, luy souvint que Médee lay avoit dooaé une fiole, pleine d'aucune liqueur^ ayant telle v^rtn, qu'au moy^i de ladicte liqueur il pouvoit lesdicts bœufs malter , et subjuguer, et esteindre leur ardait feu: quiluy nuisoit fort. Si prit la fiole: et getta la liqueur contre les muse aux desdicts bœufs: et prestement ils se rendirent domptés^ veincus, et mats: et à tant fut la courtine retirée: et cessa ce mist«*re, pour celle fois. Après cemistére fut joué des orgues, en l'église, par le long et espace d'an motet: et tantost après fust chanté au pasté, par trois donces voix, une chanson tout du long: laquelle se nomme ba saui^e-garde de ma *k>ie,
(( T^uis par la porte, dont les autres mets estoyent venus, après ce que Téglise et le pasté eurent chacun joiié quatre fois, entra dedans la sale un cerf, merveilleusement grand et beau: lequel estoit tout blanc, et portoit grandes cornes d'or: et estoit couvert d'une riche couverte de soye yecmeille, selon mon advis. Dessus ce cerf estoit monté nn jeune fils, de Faage de douze sm», habillé d'une robe courte de velours eramoisy, portant sur sa teste un petit chaperon noir^ découpé: et estoit chaussé de geats sonliés. Ce diet enfant tenoit, à deux mains, les deux cornes dndict cerf. Quand donques il entra dedans la sale, lors il commença le dessus d^une chanson, moult-haut «t dair: tX ledict cerf chanta la teneur, sans y avoir autre, per*
aonne, sinon Venfant, et Tartifiec dodict cerf: et nommoit en ladicte chanson > qu'ils chantoyent, Je ne vey onques /a /7are/7i6, etc. En chantant, comme je tous racompte ils feirent le tour par-devant les tables: et puis s'en retournèrent: et me sembla bon cest entremets, et voulontiers veu. Apres ce bd entremets du blanc cerf et de Tenfant, les chantres chantèrent un motet dedans l'église: et au pasté fut joué d'un lut, aveques deux bonnes voix: et faisoyent ainsi tousjours Teglise et le pasté quelque chose entre les entremets.
«Après ce, quand ceux dudict pasté eurent fait leur devoir ^ sui* le hourd, auquel Ton monstroit l'histoire de Jason, sonnèrent une bateurelea quatre clairons, qui parafant avoyent jolie: et» après cdle bateure achevée. Ton tira la courtine, dont devant est faicte mention: et à tant fut veu Jason: qui se promenoit, tresrichement embat^ tonné, comme à Vautre fois. Si luy avint^ à eest heure, que tout soudauiement luy vint courir sus un treshideux et ëpouventable serpent. Ce serpent donques avoitla gorge et la gueule ouverte, les yeux gros et rouges, et les nari-* nés enflées: et estoit composé et édifié en telle façon, que par sadicte guiule, et par la plus-grand part de ses conduits, il gettQÎt venin Irespuant, et feu et fumées merveillabiés. Quand Jason regarda ce serpent, et le veit venir et tirer vers^sa personne, il se mit en deffense moult bien, et tresordonnément: et là se commencèrent à eombatre ledict Jason et le serpent: et en ce feirent si-bon devoir, que ce ne sembloit pas mistére, ainçois sembloit trop mieux une tresaigre et mortelle bataille: et, pour l'assouvissement de leur personnage^ Jason luy getta sa lance: puis le combattit de son espée: et' tint manière de soi remembrer d'un anneau, que Medée lui donna, servant à ceste bataille. Si lemonstra au serpent: et prestemment il fut vinou: et lors Jason le ferit tant de son espée, qi^'il lui coupa la teste devant tous; puis luy arracha les dents, et lesmeit eii nnf;
4o8 APPENDICE,
{[ibecière, qu'il portoit: et à tant fiit la courtine retirée. A tant fut joué des org^ues en Veglise: et au pasté jouéreut de flustes quatre ménétriers.
a Puis par le haut de la sale partit , d'un bout^ un dragon ardauty qui vola la plus-part de la longueur de la saie: et passa outre, tellement que Von ne sceut qu'il devint: et lors chantèrent ceux de 1 église: et au pasté jouèrent de vieilles les aveugles. Après, à un des bouts de la sale, en haut, partit tout en Tair un héron: qui fut escrié de plusieurs voix, en guise de fauconniers: et tantost partit, d'un autre bout de la sale^ un £aucon qui vint toupier et prendre son vent: et d'un autre costé partit un autre faucon: qui vint de si-grande roideur,,et ferit le héron «i rudement, qu'il l'abattit au milieu de la sale: et, après la criée faite> ledict héron fut présenté à mondict signeur: et alors fut encores une fois chanté en Téglise: et au pasté jouèrent trois tabourins ensemble.
« Après ce, sonnèrent les quatre clairons sur le honrd: et, leur bateure achevée, fut tirée la courtine: et là fut veu Jason, armé et embattonné: qui les beufs avoit atachés à une charrue, qu'il tenoit et gpuvemoit à guise de laboureur: et faisoit les beufs aler et tirer. Quand il eut labouré la terre, il abandonna les beufs: et prit les dents, qu'il avoit arrachés au serpent: et les sema parmy la terre, qu'il avoit labourée: et,^ selon ce que ledict Jason aloit avant, en employant la semence desdictea dents, sourdoyent et naissoyent gens armés et embattonnés: et regardèrent l'un lautre, et s'entreooururent sus sifiérement, qu'ils se firent le sang couler, et à la fin s'entretuérent, en la présence de Jason (qui les regarda, quand il eut semé les dents ) et, presteinent qu'ils se furent tous abatua et occis devant luy, la courtine fut retirée*
Le mystère ^ccomply> l'on joua des orgues en l'église; et au pasté fut une ohaoe, telle qu'il, sembloit qu'il y east petits chiens glatissants, tl braconnier» buans, et sons de
trompetteUes, comme s'ils fussent en une forest: et par cdle chace finit Tentremets dudict f»8té. Tdi furent les entremets mondains de celle feste: et laîsseray à tant à en parler, pour compter d un ^tremets pitllyable: qui me semble le plus espécial des autres; et fut tel.
Pkr la porte, où tous les autres entremets estoyent passés, et entrés, vint un géant plui^grand, sans nul artifice, qui je visses onques, d'un grand pie, vestu d'un^Yobe longue de soye verde, rayée en plusieurs lieux; et sur sa teste avoit une tresque, à la guise de^ Sârpsins de Grenade: et en sa maip senestre tenoit une grosse et grande guisarme, à la vieille façon: et à la dexire menoit un éléphant^ couvert de soye: sur lequel avoit un chasteau: où se tenoit une dame, en manière de religieuse, vestue d'une robe de satin blanc: et par dessus avoit un matnteau de drap noir: et la teste avoit ^fi^ée d'un blanc couvrechef, à la guise de Bourgongne, ott^^e recluse: et, si-tots qu'elle entra dans la sale, et elle veit la noble compagnie qui y estoit, lors, comme noëessàirement embesognée, elle dit au géant, qui la menoit.
Getnt, je Teuil cy arrester: ^ Car je voy uojble compaignie 1 A. laquelle me faut parler.
Geautyje yeuilcy arrester.
Dire leur yeuil et remonstrer Chose, qui doit bien estre ouye.
Géant ^ je veuil cy arrester:
Car je voy noble compaignie.
Quand le géant ouy la dame parler, il la regarda moult effrayément: et toutesvoyea il n'arresta, jnsques il vint devant la table de monsieur: et là s'assemblèrent plusieurs gens, eux emerveillans que celle dame pouvoit estre. Parquoy, si-tots que son elepbantfut arresté^ elle com* mença une compleinte, telle, que cy««près est escrite.
4io APPENDICE.
Hdaft, helaf « uoj douloureuse»
Triste^ déplttsante, ennuyeuse, Désolée, las ; pen-heureusc
La plus, qui soit* Chacun me regarde, et me voyt. i Mais ame ne me recognoit:
£t me laisse on, sur cest endroit^ Eu teJB* langueur, Qu^ame vivant n'eut onques telF douleur^ J'aj cueur pressé d'amertume et rigueur « Mes yeux fondus , flestrie ma couleur ,
Qui bien y vise.
Oyez mes plaints, tous tous, ou je ravise* Secourez moy , sans le mettre en feiptise. 'i Plourez mes maux : car je iols saine te Eglis« ^
Lavostremére, Mise b ruine , et b douleur amére.
Foulée au pié , par aspre vitupère; Et mes griefs maux porte, soufire, et compère.
Par Toz dessertes- Petitement tous souvient de mes pertes:
Lesquelles sont si cléres et apef tes:
Mes manoirs ars , et mes places désertes»
Et mes enfans Mors et noyés, et pourris parles champs^ Où sont chartiers , foiblement Dieu croyans. Mondommaineest es mains des mécroyi^Bs«<
J'en suis chacée Honteusement, comme pauvre égarée, Mussant, fuyant, par dure destinée, Si lassée, siesteincte, et grevée,
Qu'a peine say Dirt les maux, où je suis, et que j'ai. Plus me eomplains, et moins de secours j*ay% Ma pauvreté toutesfois maintiendray,
Pour essayer Lesquels premier se voudront empleyer A secourir saincte-EgKse, et aider:
Qui ne requiers le travail sans mestier.
Ainsi je cours De lieu en lieu^ et puis de tours en tourii, Criant premier l'Empereur an secoure:
Et puis-après je gette cris et ploqrs,
APPENDICE. 4ii
A toute outrance^ Pour estre ouie, et avoir allégeance Devant le treflchrétien roy de France , Victorieux: oàj^ay bien ma fiance,
Et doj avoir.
Puis chemine > sans guéres vemaimir, A«x autres roys , pour leur faire savoir Le grand méchef . où me faut remanoîr?
Et puis revien Aux ducs , comtes , et puissans terriens. Princes^ marquis , aux grands et aux moyens , Généralement k tous bons cbrestiens,
Pour remembrance Du Créateur ( qui est nostre espérance ) Que tout cbacua s^appareille , et avanco Pour le secours : qui est ma desirance.
Or suis joyeuse, Que puis £ûre ma complainte piteuse .
Devant toy, duc, dont je suis désireuse. Mets en mes mots entente sayoureuse:
Et je Ven prie.
Aussi fay je h ceste compaignie.
Pour moy aider Pun k Pautre s^alie.
Car Dieu le veut : et nuls bien fûcts n^oublie. ' ' ]
Ainsi me va, par le divin vouloir»
Qu^ ce banquet je me suis embatue, Venant de loing par effrayé pouvoir.
Cherchant les lieux , ou cueurs sont à mouvoir A secours , moy doulenle et éperdue.
Loué soit Dieu, que je suis cy venue:
Car avis m^est que j'ay fait le voyaj;e. Pour racheter mon ennuyeux douimuge.
O toy , 6 toy, noble duo de Bourgon^^ne Fils de PÉglise , et frère k ses enfans , Enten k moy, et pense k ma besongne.
Pein en ton cueur la honte et la vergongne , Les griefs remords , qu^en moy je porte et sens. Jnfidelles, par milliers et par cens , Sont triomphans en leur terre damnée:
Là on jadis souloye estre honnorée.
4 1 a APPENDICE.
Et vous, princes puissans , et honnorés , Plorez mes maux, larmoj^ez ma douleur.
Ma joye u^est , sVmprendre ne voulez , En moy vengeant, ce que faire devez, En servant Dieu, et aqnerant honneur.
Par mes enfans je suis en ce meshenr.
Par eux seray ( si Dieu plais t ) secourue. ' Si reqnier Dieu, de conseil estre acreoe. ;
Vous , chevaliers , qui portez la Toison » N^oubliei pas le tresdiTÎn servie*:
£t vous aussi j nés de bonne maison , Gentilshommes , voicy belle ochoison Pour acquérir de los le bénéfice, liflon secours est pour jeunes gens propice. : Les noms croistront, etTame enrichira^ Du service , que chacun me fera.
Dont eu amour de Dieu premièrement ; Et en faveur de nom et de noblesse, Je te requier k certes fermement, Mon aimé fils, pour mon recouvrement:
Et vous , signeorSy pouir toute gentillesse. Par tout m'en vois: car à Pceuvre me press# Mon faict piteux. Hélas.' qu^on ne Poublie. Sous tel espoir Dieu vous doint bonne vie.
(( La lamentation de nostre mère Sainete Eglise faicte, en la salle entrèrent g^and nombre d'ofEciers-d'armes: desquels le dernier estoit Toison d'or, roy-d^armes. Ce Toison dor portoit en ses mains un faisan , vif^ etaorné d'un tresriche colier d'or, tresrichement garni de pierreries et de perles: et, après ledict Toison d'or, lindrenl deux damoiselles: c'est-à-sçavoir madamoiselle Yoland, fille bastarde de mondict signeur le duc^ et Ysabeaude Neufchastel^ fille de monsieur de Montaga^ adextrées de deux chevaliers de Tordre de la TiHton d*or: o'estasçavoir monsieur de Crequi^ etmessire Symon de LialaiiK En telle
APPENDICE.. 4i3
ordonnance vindrent lesdicts officiers d*armet, et ledict Toison d*or, aveques le iaisan^ jnsques devant monsieur le duc: auquel ils firent la révérence: puis luy dit ledict Toison d'or, en ceste façon,
« Treshaut et trespuissant prince, et mon tresredouté <i signeur, veicy les dames, qui treshumblement se ro-^^ a commandent à vous: et,pouroe que c'est la coustume « et a esté anciennement, qu'aux grandes festes, et nobles <c assemblées, on présente aux princes^ aux signeurs^ et (( aux nobles hommes le paon, ou quelque autre oiseau (( uoble^ pour faire vœus utiles et valables, elles m'ont « icy envoyé, avec ces deux damoiselles, pour vous préce senter ce noble faisan, vous priant que les veuilez avoir (( en souvenance. » Ce» paroles dict«s, mondict signeurle duc ( qui savoit à quelle intention il avoit fait ce banquet) regarda TEglise: et, ainsi comme ayant pitié d'elle, tira de son sein un brief, contenant qu'il vouoit qu'il secourroit la chrestienté, comme il sera dict cyaprès:.âant l'élise fit manière de soy réjouir: et, voyant quemondict signeur avoit baillé à Toison d or son^ vœu, et que ledict Toison d'or le lisit^ elle s'escriatout haut: et dit:,
Dieu soit loué, et servi hautement De toy, mon fib, doyen des pers de France, Ton treshaiit voeu m^est tel enrichiment, Qu'il me semble que je suis clérement De tous mes maux k pleine délivrance.
Par tout a^en yois, requérir aliance:
Et prie k Dieu qu^il te donne la grâce Que ton désir k son plaisir se face.
O voi}S princes , chevaliers , nobles hommes , Voyez patron pour hauts fàîcts entreprendre. Rr.mpezvostrc aise, acoursisse» voz sommes, Levez vos mains , tandis que nous y sommes. Offrez k Dieu ce que luy devez rendre . Je pren congé: car cy ne puis descendre: Mais rois tirant la terre chresticDDc, Pour Dieu servir et abrfger ma peine*
4i4 APPENDICE.
« A ce Biot le ^ant reprit son éléphant: et le remmena, par-devant les tables, en la manière qu'il estoit venu. Qnand j*eu veu cest entremets ( c'est-asçavoir l'Eglise ) et un chasteau sur une si-diverse beste, j*arguay en moy, si je pourroye comprendre que ce fouloit dire: et ne pea autrement entendre, fors que celle beste ( qui nous est estrange, et diverse pardeça ) elle avoit emmenée, en signe qu'elle travaille et labeure sur grandes et diverses advcr^ sites, en la partie de Constantinoble ( lesquelles adversitti nous oongnoissons ) et le chasteau en quoy elle estoit, signifioit Foy. En-outre, par ce que ceste dame estoit conduite et menée par ce grand géant, ayant la main armée, j'enten quelle donnoit à congnoislre, qu'elle doutoit les armes des Turqs, qui Tavoyent chacée, et qui queroycnt sa destruction.
a Quand donques elle se fut partie d'ilec, les nobles hommes > à tous costés, par pitié et compassion, enconunencérent à fidres vœus, et ensuyvir mondict signeur le ànc, chacun selon sa faculté: et mirent ces rœu» par escrit: ainsi comme il sera dict oy-après. Mais, pour qae tant de vœus se firent^ ou s'appareiUérent de faire, que la chose euste esté trop longue, mondict signeur fit crier par Toison dor, que la chose cessât atant, et que tous ceux, qui voudroyent vouer, baillassent le lendemain leurs vœus audict Toison dor, et il les tenoit valables, comme s'ils eussent esté faicts en sa présence.
(( Pour abréger mon escripture, tantost après le cry dudict Toison d'or, le banquet fut assouvi, les nappes forent levées, et chacun fut en pié par la sale: et, quant à moy, ce me sembla lors un songe: car; de tous les entremets des tables, il n'y demeura sinon la fontaine de verrei Quand je ne vey rien plus de nouveau, à quoi passer le temps, lors commença mon entendement à mettre devant mes yeux plusieurs choses^ touchant ceste matière. Premièrement je pensay en moymesme les outrageas excès et U
APPENDICE. 4i5
grande despense, qae pour la cause de ces banquets ont €s1é faicts puis peu de temps: car celle manière de chapelets avoit là treslonguement àxuré: dont chacun s'efforçoit à son ordre, et mettoit peine de recevoir la compaignie pUi»hautement: et principalement mendict 8ig;neur avoit fait si-grand appareil, coust, et assemblée^ que je nommeye cette chose, outrageuse, et déraisonnable despense, sans y trouver entendement de vertu, sinon touchant Tentremets de TEgUse, et des vœus ensuyvans de ce: et encQces me semUoit si-haute entreprise trop soudainement commencée.
« En celle pensée et imagination demouray longuement, et tant que je me trouuay d'aventure auprès d'un signeur» conseiller et chambellan, et bien-privé de mondict tigneur le duc : auquel j*avoye assez d'acointance. Lors je me pri à deviser aveques luy: et luy racomplay la fantasie, en qnoy jestoye: et, quand je luy eu tout diet, il me fit ceste respwse.
K Mon amy sache ( et je le t'afferme, eu foy de eheva^ a lier ) que ces chapelets, banquets, et festoyemens, qui (c se sont méfiés et maintenus de longue main, n'ont esté a sinon par la ferme entreprise et secrette desirance de <t monsieur le duc, pour parvenir à faire son banquet, <t par la manière qu on a cy veiie, désirant grandement , ce et de tout son cœur^ conduire à effect^ un ancien sainct (c propos, qu'il a eu de servir Dieu, noslre Créateur: lequel « propos a esté, et peut estre, congnu par le vœu, dont (( maintenant il a fait publication: c'est asçavoir pour le (( bien de la chrestienté, et pour résister aux entreprises <( des ennemis de nostre foy: et des pieça a bien monstre « le grand désir qu'il en avoit: comme d'y envoyer navi- « res et gens-d'armes très-longuement. Mesmement il y « a trois ans, ou environ^ qu'en la vile de Mous en Hai- <( naul mondict signeur tint la feste de Tordre de la Toison « d'or: et là furent assemblés grand nombre de chevale- « rie, portans iceluy ordrerel, à la messe du jour, mon-
4i6 APPENDICE.
« sieur i'evesqne de Challon, chaneelier d'icelle, proposa, « en sermon gênerai, la grande désolation et ruine, en « quoy TEglise militante estoit^ en requérant les chevaf( tiers dudict ordre, et autres, pour le confort d'icelle nos- « tre mère, désolée: et sur ceste matière par iceax cbeva- « tiers furent prises demoultbelles conclusions, pour le serc( vice de Dieu augmenter, et la foy maintenir: desquelles « choses mondict signeur fut toujours principal émouvenr, « et la premier délibéré d'y empleyer corps et chevanoe. <i Depuis lors ( comme il est certain ) luy est survenue la « rébellion de Gand: à la quelle subjuguer a despendn do (( temps et de Vavoir: et,, la grâce Dieu, il en est vena à « si-bonne et honorable conclusion, que chacun açait Or « est ainsi que, pendant ce temps, le Turq a fait de granc( des choses sur la ehrestienté: comme d'avoir gaigné « Gonstantinoble ( qui jamais n'avoit eu villenie si gran- <( de des mécrcans ) l'Empereur mort, et l'Empire des- « truict. Ces choses out toujours entamé le cueur et le dea sir de mondict signeur, au service de Notre-Signeur Je- <c susXhrist: car au besoing est du secours. Dont^ pour (( conclusion*, saches qu'il mesme a ceste besongne con- (( duite et démenée de longue main, pour avoir temps de « pouvoir voiier, et monstrer le bon vouloir et le désir « qu'il a au bien-public, et général profit de la chres- « tientc. »
« Ainsi que ce chevalier et moy parlions et devisions de la cause et principale occasion pourquoy^ à son entendement, celle fesfe et grande assemblée fut faiete, en la salle entrèrent, par la grande porte, grand foison de torches: après lesquelles venoyent plusieurs joueurs de divers instrumens, comme tabourins, luts, et harpes: et après eux vint une dame, vestue dune robe de satin blanc, moult-simplement faiete, à guise de religieuse: et par-dessus elle estoit affulée d'un large manteau de damas blanc: et avoit le chef atonmé moult-simplement d'un
AiPPENblCË* ii'^
Liane couvrechef 9 mis tout ainsi qa*à une chose sàiticl6 et dévote appartenoit: et sur son èspaule senestre portoit un rollet: où. estoit escrit en lettre d'or, giiagb dieu, signifiant et monstrant le nom d'elle. Après vindrent douze cfaevalier», chacun menant une dame par la main: et estoyent habillés de pourpoints cramoisis^ et de pallelots à manches, la moitié gris, et Tautre noir, de satin brodé de feuillage^ et chargé dorfayerie: ^t avoyent chapeaux de Velours noir, orfaverisés c^inime lesdicts paletots: et lesdictes douze dames furent vestues de cottes simples, de satin cramoisi, bordées de létices: et par-dessus avoyent en manière d'une chemise, de si-finé toile, qu'on voyoit la cotte parmy: et avoyent un atour tout rond, à la façon de Portugal, dont les bourelets estoyent à manière de rauces^ et passoyent ^ar-derriéré, ainsi que pattes de chaperons pour hommes, de déliés volets, chargés d'orfaverie d'or branlant: et furent leurs visages couverts du volet: et, pour déclarer des dames, dont j'ay parlé par-avant^ que Grâce Dieu menoit, il fait à sçavoir que tantost que ladicte Grà-? ce se trouva devant mondict signeur, elle parla, et dit*
Crace Dîen siiifi,la diviae ftumonière:
Qui des biensfaits de Paradis pourvojé.
Ferme seuretë , et espérance entière .
Miséricorde est dessous ma bannière, Dieu ne permet nuls dons , (pie je ttî'y soye. Par son plaisir k toi droit cjr m'enyoye, Pour tojr bailler ce brief , et^ au snrpiils,- Te présenter ces dames de vertus.
(( Pouroe que mon benoist créateur a ouy le vœu, qi^e (( toy Philippe, duc de Bourgongne, as n'aguéres fait en « la présence de ceste noble compagnie, et mesmes plu^ (( sieurs autres nobles hommes cy-presens, tous ensuyvans: (( lequel ton vœu, ensemble iceux, procedans de bonne a volonté, sont agréables à Dieu: à ceste cause il m'envoye « par toute chrestienté vers empereurs , roys, ducs,
4i8 APPENDICE.
« comtes, et autres bons chrestiens, leur présenter de par « luy douze dames ( que j'ay ici ) chascune portant le « nom de vertu: lesquelles si croire voulez, vous viendrez (( à bonne et victorieuse conclusion de vostre emprise, et (( aquerrez bonne renommée par tout le monde, et enfin « Paradis. »
Le brief leu et et ouy, ladicte dame, Grâce Dieu, reprit sa raison: et dit à Monsieur^
Les dameft''cy bailleront par escrit Leurs parfaicts noms: lesquels je tous iiray. Qui bien les yoyt , moult plaist k Jesus-Ghrist: Auquel je prie, et auSainct-Esperit, Qu^en vous soyent: simien rejouirajr.
Voicy la Foy , que vous preseilteray l^cmiërement. Or je vous prie oyez De tons leors briefs ce que lire m'^orrez.
En ce langitag;e proposant, comme vous avez ouy, la dicte dame, Grâce Dieu> présenta une de ses douze dames, et la première: qui a voit à nom, Foy* Geste dame portoh un brief en sa main. Tantots, donques, que Grâce Diea l'eut présentée, et mise avant, elle (c'est à entendre Foy)bailla son brief à Grâce Dieu, la guide, maistresse, et con^ duiseresse de ces douze dames: lesquels toutes. Tune après {'autre, pareillement que Foy, furent présentées en ordre et baillèrent leur briefs: lesquels furent receus et leus de ladicte Grâce Dieu: et ces briefs signifioyent et démonstroyent ouvertement leurs noms,' leurs vertus, leurs puissances, et trespleines et treshautes authorités et prerogatious: et^ pour entretenir propos, le brief de Foy contenoitles mistéres, qui s'ensuyvent, sans adjonction^ ne
diminution.
Couplet de Foi.
Je suis la Foy , et divine espérance , Que chacun doit cognoistre sans erreur :
AÏ^PENDÏCË. 419
Qui yiea k tous , ducde noble naisf ance , Et k tous ceux , gu sont cy en présence , ^ur mercier Temprise de Taleur, Touchant aux voeus de mérite d'honneur , Et au secours que vous me présenter:
<}ui moult vaudra, si TOUS ne m'oublies.
Couplet de Charité.
Charité, mire des l>ien&icts Suis an palais de Dieu nommée:
*Qui par toz hauts vouloirs parfaicts> Signes d'amours non contrdBdcts , Pespère la Foy coiifortée.
Si suis ennce lieu arrivée :
Afin que la guide je soye , Qui vos œuvres vers Dieu convoyé^
Couplet de Justice.
Justice ay nom, la droictoriére,
Le refuge des moins- puissans.
Quoy que Ton me nomine aspre et fiéfi ,
Si ren je par bonne manière
lies humains corps obéissans.
Or vien j' k tous , d'heure et de temps>
Pour advertir que servirez
Foiblement Dieu, quand ne m^aurez* :
Couplet de Raison*
Je suis R-aison, fille de sapience , Amie de Dieu, son affine et prochaine* Guerre amorti. Paix est ma nounissance.
Amour soustien, droict maintien en pmissance» , A vous servir je mettray toute peiné.
Je yien douques en laVostre demaiue:
Et Dieu le veut: pource qu'en son service Sur toute riens sois valable et propice.
Couplet de Prudence»
Pour vous parer, prince de haut affaire, Prudeneé sois : que Dien k vous en? oye :
4î»o APPENDICE.
En espérant que ferez, ponr Iny plaire, Et entendrez, pour Je plus nécessaire, A secourir rÉgtise, qui larmoyé.
Tant que m^aurez , «t serez où je soye^ Adversité n^aura nulle puissance De 'VOUS oster foy , ne bonne espérance*
Couplet dAttrempance.
Attrempance, qui les hauts faits mesure. Me nomment ceux, qui cognoissent mon estre. Il n^est nul heur, qui sans moy guères dure. Mon faict est seur, n«upas k Taventure. De vous servir je me veuil entremettre. Soudain vouloir ne peut estre mon maistre. j Si vous m^avez ( je le dy seurement } Rien ne ferez, qu^à bon entendement
Couplet de Force.
Force, ou bien magnanimité, M'appelle on: pource qne je pense^ Par efibrt de bonne équité.
Pour tous en généralité , A liirer vire résistance.
Je suis contre vices deffense , Et puis moult en armes servir.
Pensez donc de moy retenir.
Couplet de Vérité:
A vous je viea en tell intention Qne ne ferez rien contre mon vouloir.
Vérité suis, de tell^ condition^ Que je ne fais nulle part mansîon, S'honneur de bouche ne m^y fait remanoir. Tenez voz mots , si me voulez avoir.
Par roz vertus faites crier Montjoye :
Et je seray la vostre, où que je soye.
Couplet de Largesse.
Grand faict sans mxij nul ne peut Achever » Ost acquérir, DHuxfuérir bon renom.
Qui me reboute, il fait fort à blasmer. Par mny peut on monlt assembler, Et avoir bruit: qui que le Teul ou non. A TOUS je yien. Largesse m^appelle on.
Je servira}^ pour les poyres aider, Qui serviront quand viendra le mestier.
Couplet de Diligence.
Diligence , la noble poursuivande , Suis nommée: pource que tant travaille, Que maintes fois mes fortunes amande.
. Dieu me transmet à voz yeux.: et vous mande Qu^k le servir sans sommeiller on veille , £t que m''ayez: afin que je réveille Les lasches cueurs : qu^on ne peut émouvoir A travailler, pour tous les biens avoir.
Couplet dE^spérance,
Espérance, guidée de bon vouloir,
D^ardaut désir k vous je me présente»
Le grand honneur, la richesse, et Tavoir
De ce monde , conquAsterez pour voi|p.
Nul n^osera devant vous faire attente.
Requérez Dieu, et mettez ferme entente.
D'oestre en brief temps prests pour le Turq combatre:
Et vous verrez son grand orgueil abatre.
Couplet de Faillance,
Prince, enflambé de désir pitoyable ,
Et vous , nobles , où tout honneur s^avance ,
Cueurs, tous enflés de Touloir honnorable,
Aimaus renom, querans œuvre l^ouable,
A voQs j^acour en grande ejouissance.
Fille d'*honneur suis, et m^appeUe on vaillance. «
Je vous requier qn^on ne me laisse point.
Car, sans m'avoir , grand faict ne se fait point.
Après les présentations de ces douze vertus, faietespar Grâce Dieu à mondict signeur, et nécessaires à la perfection de son emprise, quand les noms et leurs brie(s fu-
rent leus, vues, et ouis ea pleine salle^ et en commune audience, atant elle> comme ayant sa charge parfovnie». et son œuvre parachevé, d'illeques se voulut retraire. Si prit congé, par la manière qui s'ensuit, conseillant, et saluant mondict signeur, ainsi,
Puis qu^ainsî est qne je ?oiis ai baillées. Ces filles cj9 pour yostre parement, ' Je yons reqnier ({ae s«yeiit recaeillie& Par tel moyen, que mieux, apareillëes Soyent d^entendre k yostro sauvement* A vous le» laisse. A Dieu je vous command: A qui prie <pe brief vous voie faire Chose de nood, et qui luy pubse plaire.
A tant s'en retourna Grâce Dieu: et laissa les dames» qu'elle avoit amenées: et, pource que leur mistére fat achevé, leur furent ostés les briefis, qu elles portoyent sur leurs espaules: et commencèrent à danser, en gai;se de mommerie, et à faire bonne chère* pour la feste plus joyeusement parfournir: et cy ensuyvent l6s noms des chevaliers et des dames -de celle mommerie: et premièrement les noms des chevaliers, monsieur de Charolois, monsieur de Clé ves, monsieur d'Estampes,monsienr Adolf de Cléves, monsieur Jehan de Goimbres, monsieur le bas^ tard de Bourgongue, monsieur de Bouchain, messire An-^ thoine, Bastard de Brabant^ messire Philii^ie, bastard de Brabant^ messire PhilippePot, messire Philippe de Lalain; et messire Chrestiende Digoine: et pour les darnes^ madamoiselle de Bourbon^ madamoiselîe d'Estampes^ madame de Ravastin, madame d^Arcy^ madame de Cornalines, madame de Santers, madame des Obeaux, madame da Ghasteler, Marguerite; bastarde de Bourgongne> Anthoi^ nette, femme de Jehan Boudant, et Ysabeau Constaia* Tandis qu ondansoiten telle manière, les roys-d'armes et heraux, aveques les nobles hommes qui fiir^it ordonnés pour VenquestCji alérent aux dames et aux damoysellesi
APPENDICE. 4î^3
savoir à qui Ton de voit donner et présenter le prix^ pour avoir le mieux jousté> et rompu bois pour ce jour: et fut trouvé que monsieur de CharolôisTavoit gaigné etdesservy.
« Si prirent les officiers-d'armes deux damoyselles, princesses ( c'est asavoir madamoyselle de Bourbon, et madamoysdle d'Estampes ) pour le prix présenter: et elles le baillèrent à mondict signeur de Gharolois: lequel les bai^ aa, comme il avoit acoustumé, et qu'il est de coustume: et fut crié Montjoye, moult-hautement. Tantots après fut aporié le vin, et les espices: lesquelles espices estoyent en sept dragœuers, dont la plu^-ps^rfeatoyent dç pierreries: ^t furent à celle heure criées unes joustes, de-par monsieur de Gharolois, pour lendemain: lequel s'acompaigna de monsieur le bastard, et de Benetru de Chassa: et se firçnt nommer, en la dic|e criée, trois compaignons avent\ireux» portans escu violet, et noir. Lesquelle joustes furent trèsbien: et gaigpa measire Adolf le pri?L de d^prs: et mondict signeur le bastard le prix de dedans; et donna ce jour mondict signeur le duc le b$inquj^ âi toutes les dames en son hostel.
(( Entre deux et trois heures après minuict, mondict signeur et sa compaignie, se partirent de la place où ce banquet fut faict: et se retrait chacun en sa chacune. Or, pour ce que je sçai bien que plusieurs out escrit de celle feste, et que chacun ne peut avoir tout veu, et pourrait on dire que j'en parle bien largement, atfin que Tau sache que la manière de mon récit et enregistrement est vray,je Tay fait visiter par monsieur do Launoy, et par Jehan Boudant, principaux gouverneurs des choses dessus-escrites^ et parles maistres^d'hostel de mondict signeur le duc: et, après leur Visitation faiçte^ et seelée de moudict signeur de Lannoy, je Tay osé communiquer. Si supplie tres-humblement mondict tresredouté et souverain signeur, monsieur le duc dessusdict, et à tous ceux qui liront, ou oyroat ceste chose, qu'ils veuillent mon ignorance par-
l\i\ APPENDICE.
donner, et pu'ils presteut leurs oreilles à escouter parties de vœus, qui furent faief s à cause de cestuy baiiquet.
Le vœu de monsieur le prince Philippe.
(( Je voile tout premièrement à Dieu, mon créateur, et à la glorieuse Vierge Marie sa mère» en-apres aux dames, et au faisan, que, si le plaisir dutreschreslien et tresvicto-. rieux prince^ monsieur le Roy, est (le prendre croisée, et exposer son corps pour la deffense de la foy chrestienne, ^ et résister à la jamnable emprise du grand Turq et des Infidelles, et si lors je n'ay loyale ensongne de mon corps, je le servir ay^ en ma personne, et de ma puissance, an- X\çX sainct voyage; le mieux que Dieu m'en donnera la g^àce : et , si les afEsiires de mondict signeur le Roy estoyent tels, qu'il n*y peust aler en sa personne, et son plaisir est d'y commettre aucun prince de son sang, ou autre sigaeur, chef de son armée, je à sondict commis obdïray, audict sainct voyage, le mieux que je pourray, et ainsi que si luy mesme y estoit en personne. Et, si pour ses grans affaires il n'estoit disposé d'y aller, ne d'y envoyer, et qu'autres princes chrestiens à puissance convenable emprenuent le sainct voyage, je les y acompaigneray, et m'empleyeray aveques eux à la deffense delà foy chrestienne, le plusavant que je ponrroy i pouvu que ce soit du bon plaisir et congé de monsigneur le Roy, et que les païs , que Dieu m'a commis à gouverner^ soyent en paix et seureté. A quoy je travailleray: et me meltray en tel devoir de ma part, que Dieu et Iç monde rongnoistront qu'à moy n'aura tenu, ne tiendra: et, si durs^ntle sainct voyage je puis par quelque voye Qu manière qqe ce soit, ou cognoistre, que ledict graiid turq ayt voulpnté d'avoir % {iaire à moy, corps à corps, j§, pKJiur la dicte foy chrestienne^ le cpmbattray^ à l'aide de Dieu tout puissant, et de sa tresdouce Yierge . mère : lesquels j'appelle toujours en mon aide. Faict à Tlsle, |e dixseptièpie jour de février, Tan de l'incarnation de Nos^ tre SijD^neur, 1153, signé de la main, Phii.ivpb,
Le vœu de monsieur de Charolois. '
« Je voue à Diea 10,90 créateur, et à sa g^lorieuse mél*e, aux dames, et au feisan, que, si mon tresredouté su gneur et père va au sainçt voyag^e, ainsi qu'il entreprend, et le désire d'accomplir, et ce soit son plaisir que j*y voise aveques luy, que j'y iray, et le sçrviray au mieux que jç pourray, et sauray faire. »
lie vœu de monsieur de Clèves.
« Je voue aux dames et au faisan ^ que je serviray mon^ sieur mon oncle, s'il luy plaist, ep cas que Içs affaires de mon pajs le puissent porter, »
Le voeu de monsieur d!Estampes,
« Je voiie à Dieu mon créateur, et à sa glorieuse mère premièrement^ et apràs aux dames et au faisan, que, si le plaisir de mon treshonnoré signeur et oncle, est que je voise en sa çompaignie au sainct voyage de la deffense de la damnable emprise du gi-and Turq, et des Infidelles, je lacompaigneray et serviray de ma puissance: e1 durant ledictsainet voyage, si je puis savoir, ou congnoistre^ qu'il y ait aucuns grans princes ou grans signeurs de la cqmpaignie dudict grand Turq, et tenans salpy, qui ayent voulonté d'avpir à faire à moy, corps contre corps, deux à deux, trois à trois, quatre à quatre; ou cinq à cinq, je, pour la dicte foy chrestienne soustenir, les combatray, à laide de Dieu le toutrpuissant et de sa tresdouce mère: lesquels, j'appelle tousjours en mon aide, par la manière dessusdicte.
Le vœu de monsieur de Ravastain.
(c Je voue etc. si mon tresredouté signeur et oncle va en ce sainct voyage ;i si c'est ^n plaisir, que je seray prest
4ti6 APPENDICE,
d'aler aveques luy, tout par tout où son plaisir sera. Et si tant est que mondict signeur ne puisse aler audict voyage, et son pkisir soit à moy faire ce?* honneur^ de mpy y envoyer, je m'offre à le servir de mon corps et de ma chevance^ tant et si-avant, qu'il me sera possible.
Le vœu de monsieur le Basiard,
(( Je Anthoine, bastard de Bourgongne^ vo)ïe aux dame» et au faisan , que, si mou tresredouté signeur va en ce sainct voyage, j'iray aveques luy, et le serviray de mon corps et chevance: et, au eas qu il n'y voise, et illny plaise moy y envoyer, et commander aucune cbose sur ce, en quelque manière que ce soit, je m'y empleyeray de tout mon pouvoir, comme tenu y suis: et, des le jour que je partiray, je prendray une emprise , laquelle je porteray tout le voyage durant, pour combatre UA Turq> en quelque manière qu'il voudra rcquerre: et ceferay savoir cçn Thostel du Turq. »
Le vœu de monsieur de Pons.
« Je voiie premièrement à Dieu j, aux dames et au faisan^ que, s'ilplaistà mon tresredouté signeur et puissaiitpripce. monsieur le duc de Bourgongne, aler encontre le grand Turq, et autre part sur les Sarrasins, et il oae fait tel honneur que j'aie en sou service, je le serviray de mon corps, tant que ma vie durera, ou qu'il luy plaira. Item^ si son bon plaisir n'est que je soye en son service^ je vôUe àDien comme des3us, eu demy an procbaîn venant, que je ne sejourneray en vile quinze jours passés, jusques à tajit que corps à corps j'aye combatu uaSarrasin d'ioeluy Turq, ou, d'autre lieu, selon que je le peurray trouver premier à l'aide Nostr*-D«me: pour l'amour de la quelle j[amaîs ne couchera]^ en lict le samedy jusque^ j'aye acompli ce que dict est. Faict le dixseptieme de février^ 1453. »
Le vceu de monsieur de Charrijr,
« Je voiie aux dames et au faisan ^ que» si mon Iresredoutë et souverain çigneur, monsieur le 4uc9 eptretient le voyage sainct sur les Infidelles, je le sççviray de mon, corps et de mes hiens, au cas toutes^voyes que jei^i'auray maladie., ou loyal ensongne ^e mon corps: et en ce cas^. j'y envoyeray huict ou di^ geutils^hommes, payés poui: un an. »
Le vœu de monsieur de Croy^
« Je Ânthoine, signeur deCroliy, considéré le vœu qu'a fait mon tresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne, en ensuyvanticelay, voue à Die^ mon crea-^ teur, auxdame8etaufaisan,qu'aucasquemondict signeur le duc entretienne son voyage et armée, que sous les conditions contenues en sondict vœu, qu'il a voiiéde faire sur les Sarrasins et mécreans, par ainsi que ce soit son plaisir, j 'yray aveques luy et en sa compaignie, et le serviray , pour l'honneur de Dieu, en son dict voyage, de mon corps, et à^ mesdespenS; un an entier, sans pource prendre ne de luy « ne d'autres Chrestiens, aucuns gages ou biensfaicts: et obeïray à luy, ou à eehiy qu'il luy plairra ordonner son lieutenant en ceste partie, en tout ce qu'il luy plaira à moy enjoindre et commander j en renonçant a toutes vaines gloires, orgueil, et autres choses mondaines, qui en aucunes manières pourroyent empescher ou retarder ce que dessus est dict, et généralement à toutes autres choses ^ qui me pourroyent survenir, excepté mort^ prison, ou ma-* ladie, on austre empeschemçnt raisonnable, et tel qu'à mondit signeur, et autres princes, sembleroit estre digne et suffisant pour excusa tion, [et tellement que ce sera au plaisir de Nostre-Signeur, à la salvation de mon âme, et à mon honneur. Tesmoing ceste cedule , signée de u^s^ main 9 etc. À. de Croy. »
Le vœu de monsieur de Cyniay.
« Je Jehan de Crouy, signeur de Cymay, fay autel et emblable voeu à Diea mon créateur, et à sa glorieuse nière> aux dames ^ et au faisan ^ qu'à fait monsieur mon frère, et tel que cy dessus est contenu: et, au cas que par maladie ou autre empcschement, qui fiist si-apparent que que chacun congnust que je n*y pourroye aler, j'y envoyray huict gentils-hommes de nom^ etdWmes, à mes despens, payés pour un an entier^ pour servir à Thonnenr de Dieu, mondict signeur et prince, sous et par la manière dessusdicle. Tesmoing monsigue, cy mis. u pb Crût, »
Le vœu de monsieur de Santés.
(1 Je Toue à Dieu mou créateur et à la glorieuse Vierge Marie, sa douce mère, en présence de treshaute et très puissante princesse, des nobles damoiselles:, qui cy sont, et à ce faisan, que, si le Boy, ou niontresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne., prendent la croisée, pour résister à la puissance, et contre Vempereur des Turqs, ennemis de la saincte foy ohrestienne, je les y serviray en ma personne, l'espace d'un an: et, si à roccasion de ma vieillesse et foihlesse de corps je n'y pouvoye aler, si y envoyeray je, pour gagner les pardons, et satisfaire aux péchés et deffautes que j'ay par oydevaat commises, et moy aquiter de Tobligation que je doy à la foy de Jesus- Christ à cause du sainctbaptesme^deux hommes^d'armes et deux archers, suffisamment montés et armés: lesqaek je payeray et soudoyeray, par Fespace d'un an» à mes despens. »
Le vœu de monsieur de Crequi^
« J'ay ouy et entendu la pitoyable complainte de nostre mère Saincte-Eglise : dont mon cueur a reçu amére et
APPENDICE. /pg
douloureuse déplaisance: mais^ quand j'ay sceu le vœu de mon tresredouté signeur, celle douleur s'est ainsi comme cessée ou adoucie, pour le grand espoir quej'ay, qu'aucun bon et sainct fruit s'en ensuyyra: et, combien que cbose, que faire puisse, pourroit peu profiter et valoir à laressourse et grande désolation d'icelle, neantmoins ^ pource qu'àveques les grands princes de la chrestiennetéj raison est qu'elle soit secourue et servie à sa nécessité, des moyens et despetis^ je voue aux dames et au faisan, .que> moyenant la grâce de nostre benoist créateur et de sa benoiste mére^ au cas que les besongncs et affaires de mondict très redouté sigpeur pourront souffrir qu'il entreprende le sainct voyage dont en son vœu est faicte mention, et il luy plaist moy recevoir en sa compagnie, je me mettray en son service ^ à mes despens^ en tel estât et compagnie de gentils-hommes^ et autres, que lionne^ ment faire porrray, selon les biens que Dieu m'a donnés et m'y empleyeray en telle façon , à mon pouvoir, que j'espère que Dieu et le monde seront de moy contens: pourveu touté^voyes que lors ne soye empesché de mon corps: et, s'il avenoit ( que Dieu ne veuille) j y envoyéi^y,tant de gentils-bommes, comme autres^ en tel et si grand nombre, que la faculté de ma chevance pourra porter. »
Le vœu de monsieur de Hauhourdin*
(( Je voue à Dieu mon créateur, et à sa glorieuse mère, aux dames, et au faisan^ que, si mon tresredouté signeur prend la croisée et va en ce sainct voyage, je le serviray de mon corps et de ma pur sauce, tout le mieux que je pourray: et, si mondict signeur avoit ensongne, parquoy il n'y peust aler en sa personne, et il y envoyé aucun de son sang en son nom, je lui serviray et obeïray, comme je feroye à mondict signeur: et nelaisseray que je ne
43o APPENDICE.
voise aadkt sainct voyage, en la manière dicte ^ si mé^ , liaing, ou prison, ne m'en détoarnent: et ne m en re^ tourneray, que je ne m'y soye empleyé un an du moins, si ce n'est pour aucuns grans biens, ou profits, pour h chrestienté^ et par l'exprès commandement ou ordonnance des princes^ avec qui je serayt et, s'il avient que pendant le temps quejeseray audict sainct voyage il y ait journée de bataille, je feray tant, au plaisir de Dieti, que Chrestiens et Turqs auront conguoissance de mon nom: et me mettray en mou loyal devoir, sans passer, toâtesfois, n'aller hors l'ordonnance, faicte et commandée par les princes, si je suis à la bataille ou eschelle, à l'endroit oùle Tttrq soit, qae j'aborderay le jour à sa personne: el, si Dieu par sa grâce donne victoire aux ehrestiens, et que je puisse venir que le Turq parte de la bataille pour soy sauver ( quelquechose qu'il m'en puisse avenir) je ne laisseray la chaôe de luy (si je ne suis mort, on si fort navréj que je ne le puisse parfournir, ou que mon cheval me faille en chemin) jusques je l'aye mort, ou prisonnier:8i> devant que je l'attaigue, il ne se sauve en fortresse, on par si'^fort passage, qu'on ne le puisse passer. »
Le Vœu de monsieut le chancelier de Boutgongne
<( Pource que je j Nicolas Baoulin, obstant mon ancienneté et foiblesse, ne pouroye bonnement aller en personne, an sainct voyage que mon tresredouté signenr, monsieur le due de BourgOngue, entend faire, pour la deffenst de la foy chrestienne, et ainsi et par la manière qui déclairée est en son vœu sur ce faict, je voue à Dieu premièrement, et après aux dames, et au faisan, qu'en mon lieu j'envoyeray, avec mondict tresredouté signeur, en soi service^ audict sainct voyage, un de mes enfans, acompaigné de vingt-quatre gentil84iommes, armés et montés suffisamment: et les entretiendray à mes desp^is, tant et 3i-longuement que mondict signeur le duc y 9cn. »
Le vœu de monsieur de Bergues.
a Je voue aux dames et au faisan qu'au cas que mon tresredouté signeur le duc voise en ce saincf voyage, el qu'il luy plaise que je le serve, je le serviray de ma personne^ en telle façon que mondict signeur le m'ordonnera: et ^ si par maladie, ou autre empeschement, je n'y puis aler, j'y enyoyeray et entretiendray douze gentil»^ Gompaignons crannequiniers, un auj à met despens. »
Le vœu de monsieur de Commines.
f( Je Jehan ^ signeur de Commines 9 voiie à Dieu et à la Vierge Marie 9 aux dames et au faisan, que, si mon tresredouté signeur, mcmsieur le duc, va en ce sainct voyage, qu'il a iiitention de faire pour résister aux emprises du grand Turq et des mécreans, je le sei*viray par tout où bon luy semblera ( soit par mer, ou par terre ) de mon corps, et à mes despens: et, en cas de maladie, ou d'fiutre empeschement, si-apparent que chacun congnoisse que je n'y puisse aler, j y envoyeray quatre gentils-hommes de nom, et à mes despens: lesquels je payeray tant et silonguement, que l'armée de mondici signeur s entretiendra par-de-là: pourveu que ce soit le bon plaisir de mondict signeur. »
Le vœu de monsieur de RockeforL
«je Gharles, signeur de Rochefort/fay vœu à Dieu mon créateur, et à la glorieuse Vierge Marie, aux dames, et au faisanj que, si mon tresredouté signeur, monsieur le duc, va au sainct voyage, sur les Infidelles, ennemis de nostre foy, si son bon plaisir est, j'yray aveques luy, et Vacompaigneray et serviray de mon corps, et de ma puissance: et^ au cas que mondict signeur n'yraen cedict sainct
voyage^ et mondict tresredouté signeur et maistre, mori^ sieur le comte d'Estampes, y va, si e*est son plaisir, j*yray semblablement aveques luy , et le serviray de mon corps et de ma chevance: pourveu qu'aucan accident de maladie, ou autre^ ne me survienne, parquoy je ne puisse aler aa sainct voyage: auquel cas j*y envoyeray six gentils-hommes, armés et habillés: et les payeray pour un an entier £t si ainsi est que mondict signeur d'Estampes trouve lesdicts Infidelles, qui le fournissent pour son vœu ( c'estassavoir de combattre deux contre déiîx, trois contre trois, quatre contre quatre, ou cinq contre cinq ) et le plaisir de mondict signeur et maistre est que jel'acompaigne, en ce cas, je seray voulontiers de ceux, qui combatront aveques luy lesdictslnfidelles, par la manière dicte, et ainsi que mondict signeur l'entent. »
Le vœu de Jehan du Bois,
à Je voiie à Dieu, à Nostre^Dame, aux dames, et au faisan, que, s'il est ainsi que mon tresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne^ entreprenne, et voise au sainct voyage ordonné, pour la deffense de la foy chrestienne, et que son plaisir soit que je voise en sa compaignie, je le serviray de mon corpà et chevance, et ne labandonneray tant qu'il y sera, ou que la vie me durera: et que, des le jour que partlrày, ne mangeray, par vendredy, chose, qui ait receû mort, jusques à ce que me seray trouvé embesongné, combattant main à main à un, ou plusieurs ennemis, de ladicte foy. Item , et si mondict tresredouté signeur à bataille au grand Turq, et que la bannière de monçlit tresredoutç signeur, et celle de ses adversaires y soient déployées, ci je soye en ma firanchise et liberté, sans estre méhaigné, je m'aborderay à la bannière du grand Turq, si je la puis nullement congnoistre: et la trebucheray par terre, ou je monrray en la peine.
APPEIHDICE. 433
Et, au cas que les affaires de mondict tresredouté signeur ne puissent porter d y aler en sa personne, ou il y commelte monsieur son fils^ monsieur d'Estampes, ou autre , je le servirayen toute obéissance, comme la personne de mondict signeur. Et, s'il avient que monsieur d'Estampes emprende bataille à aucunprince,acompaigné de certain nombre de nobles hommes^ et il luy plaise, de sa grâce, moy faire cest honneur, que j'en soye Tun, je m'y empleyeray tellement, qu'au plaisir deDieu,deNostre-Pame, et de monsieur Saint George ( ausquels je prieqn'ils m'en donnent la grâce ) je luy feray honneur. »
Les vœus de monsieur de BoussUj et de messire Phi"
lippe de Lalain.
a Monsieur de Boussu et messire Philippe de Lalain vouent à Dieu, à Nostre-Dame, aux dames^ et au faisan, que, si mon tresredouté signeur^ monsieur le duc de Bourgongne, va en Turquie, à Tenconlre des Infidelles, les des- Busdicts le serviront bien et loyaument» si le plaisir de mondict signeur est qulls y voisent:et du jour qu'ils partiront, ils porteront une emprise, pour en combattre deux: et, si les tiers y venoient, ils en prendront telle aventure, . que Dieu et Nostre-Dame leur voudront envoyer. »
Le vœu de messire Claude de Toulon ffion.
« Je voiie à Dieu , à Nostre-.Dame, et à madame saincte Anne, aux dames, et au faisan, que je serviray mon tresredouté et souverain signeur, monsieur le duc et comte de Bourgongne, au sainct voyage qu'il a intention faire à rencontre du Turq, ennemy de nostre foy: et le serviray du corps, tout le temps qu'il y sera: et des biens, que Dieu m'a donnés, j'y empleyeray tout ce qu'il me sera possible: et, au cas que mondict signeur ait quelque empeschement, parquov il n'y peust aler, s'il y envoyé aucun de son
sang, je le serviray, et obeïray» durant le dict voyage, comme je feix)ye la [lersonne de mondict sig^neur: et. oatre-plus, encontînent qne je seray hors des marches de pardeça, je porteray une emprise, pour faire armes, à pié on à cheval, à rencontre d'un des g;ens dudict Turq: laquelle emprise je feray signifier ( si je puis ) en son ost: et tout par le bon gré et licence de mondict signeur: lequel j'en suppliray et requerray : et, si celuy, qui voudra lever madicte emprise, ne me vouloit venir combatre devant mondict signeur, ou son commis, je Tiray combatre devant le Turq, moyennant que je puisse avoir bonne seurté.
Jjes vœus de messire Chrestien et de nwnsieur Evrard
de Digoine.
« Nous Chrestien et Evrard de Digoine, frères, chevaliers, vouons à Dieu, à la benoiste Vierge Marie, aux dames, et au Eaisan, que, si nostre tresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne, va au sainct voyage contre les Infidelles^ nous irons aveques, et le servirons de corps et avoir: et, s'il avient que nous nous trouvions en bataille aveques les Infidelles, nous ferons nostre pouvoir jus la première enseigne, qui apperra des ennemis: et de ce ferons si-grand devoir, qu'il ne sera point dit, que nous n'en ayons faict nostre possible. Et, s'il plaisoit à nostre tresredouté signeur, monsieur d'Estampes, de nous faire cest honneur, et grâce, que nous fussions deux de ceux dont il s'acompaignera pour fournir aux armes de son vœu, nous le servirons tellement, qu'au plaisir de Dieu, luy et tous autres devront eslre contens. Et, entre, je Chrestien de Digoine, voiîe comme dessus, que, s'il plait à mon créateur et à sa glorieuse mère, moy faire tant de grâce que je retourne, je repasseray par trois royaumes chrestiens: dedans lesquels je porteray emprise, pour, faire armes à pié et à cheval. ((
« Sur quoy finit ledict banquet, et lesdicts vœus.
La destruction finale de l'empire grée par les Turcs excita alors une profonde douleur dans toutes les âmes généreuses^ mais on se contenta de plaindre les Grecs sans rien faire d'efficace pour les venger. Auj ourd'hui qu'après un pénible sommeil la Grèce se réveille enfin, et recouvrant le sentiment de ses forces a couru aux armes pour venger son ancien opprobre et reconquérir ses droits, les peuples sympathisent avec elle, mais les gouvernements chrétiens trahissent sa cause, et elle aura seule l'honneur entier de son affranchissement. Tout ce qui peint le sentiment produit en Europe par la conquête de Constanlinople on i453, reçoit un nouveau prix des évènemenfr présents. Je me contenterai de rapporter une des pièces de circonstances composées alors par un homme célèbre à la fois comme chroniqueur et comme poète, maître Jean Molînet, dont j'ai cité l'épitaphe page IX et X de ma notice sur G. Chastellain son maître en style historique comme en stylepoétîque. Voici le morcaeu,
«Cy commence la complaincte de Grèce.
COiMPUINTE DE GRECE.
((Querans consoler Tesperit de mes yeux 9 trop amusé a lecture ancienne^ jectay mon regard au miroir du monde présent ou tant de glorieuses et haultes faces se riirea que les ymages y demeurent emprainctes a jamais donnant vir exemple aux regardant, dont moy voyant la façon du miroir tant estrange exemple et tant de divers et sumptueux atours de multitudes dedames que se paroient* Ghoisy entre les autres trois roynes de hault pris de qui la renommée voUoit par le monde univers. La première, qui les autres precedoit par excellence, sembloit être très
cbrélieune en cueur^ prudenle en ses faictz, paisible en vision, et courtoisie eu parler. Et sembloit bien que Dieu en elle seule trop plus que les autres avoit departy de sa grâce diviue -, car elle avoit le chef sainctifié par miracle, couronne sacrée oingte de précieux oignement, resplandissaut en gloire et avoit veslure de couleur semblable au ciel, et ne sçavoit on sur elle que réplicquer sinon que ses envieux murmurant en derrière disoyent que combien qu'elle fust sage bien vestne au moins elle qui se nommoit Espaigne partout avoit la queue de sa robe bordée.
<( La seconde roine csloîl belle de vîaire comme ung ange fort membrée, pleine de sang, riche d'argent vA de vesture: mais sembloit fiere de courage, prompte a tensons et a noyse, et pource l'avoit Dieu séparée arrière des autres en ung anglet déterre dont elle porte le nom vn soi desiiongnant loit a elle même comme fumée et très mal a sa paix. Et moy voyant sa manière lunaticque, perceuz-cii elle de grant admiration ne scay si javoie la vue troublée ou si la glace du miroir en quoy elle se polioit esloit doublée: mais elle n'a voit que ung seul corps et sembloit avoir deux chefs regardans et contredisans Tunga l'autre: car Tung étoit de nouveau resours en gloire parle réal dyadesme^ et l'autre a l'opposite esloit trebusché au val de misère et plongé en amertume par les soufflans vens de fortune que lui ont reversé ses veilles. ((La tierce royne qui loingtaine des autres se tenoit, sembloit bien avoir esté de haulte anctorité jadis, car elle portoit les sept arslibéraulx eu la bordure de sa manche escript en lettre grecque quideviso} ent comme elle avoit esté la mère de pliilosophie et nourrice de toute science, celle quiautresfois avoit assailly le trèshault Lyon, enflembéla très noble cité troyenne, et depuis soubmîs tout le monde a son sceptre, et maintenant en ses vieilz jours étoit la plus reversée et toute comme désolés, en partie est faictc
serve à ung dragon ayant sept têtes abominables qai tout
raby sifflant entour d'elles béant la gaeule pour Tenglon-
tir. L'avoit envenimée de plusieurs membres et ravy de
^n chef a force de graux sa très noble couronne impë-
lie. Dont moi voyant si excellente royne en si ruineux
^agellée, prins oongnoissance du mystère et conceuz
que c'étoit lapovre Grèce oppressée des Turcz in-
li laiquelle toute plongée en larmes gémissant dou-
lou/ ment, respandit par les aersses piteuses lamen^
tatioi