ANGLETERRE
« 0 GrècCi ma chère et bonne amîe^ qui sera donc ce lyon juste. N'est-ce point ce noble duo d'Austriche vestu comme son père de la couleur du cieli et qui a tant labouré par deçà que le trésor de paix a . esté habandonné en la noble ville d*Arras et donuQ à ses subjectz pour en gouster a leurs désirs ou les nations françoises sont arrivez et venuz pour traicter cêste noble paix, qui a fait frémir toutes nations contraires a la dicte paix. Nous verrons doncques en ces jours extorquer et tirer a force Tor du lys et de Tortîe. Quel chose est le lys et Tortie, sinon Espaigne et Picardie, où sont encore de robustes Picards? Quel chose est Tor qui en sera tiré sinon les nobles chevaliers de la Toison? et aultres à force et à regretz laisseront leurs belles dames sans mari, leurs chasteaulx sans garnison, leurs beaulx enfans sans craincte pour envahir et rebouter ce venin hérecfique. Ne verrons-nous point en oultre dégoutter argent des ongles des paysans? Ne seront-ce point les puissans et riches bons hommes qui désployrônt les trésors de leurs coffres pour secourir au bien publicque? N'est-ce point donc ce juste et fort lyon qui en la vertu de ses alliances envoyera la malle beste, en ses jours diminuera sa force, et si lui demourra le courage ferme et enti^ qui sera le principal du fait? Ne lisons-nous point que le roi Priam tout fleuri , fut redoublé en force et en vigueur par laigre courage qu'il print |K)ur venger la mort de ses enfans? Ne lisons-nous point
44i> APPENDICE.
que le soleil fot retardé de son cours naturel affin que le très victorieux Charlemagne pour accomplir son envahie au val de Roncevaulx. Et puisque nostre bon Dieu a tant eslargy de don à ce puissant Lyon revesta de couleur oéleste^ne lui ai donc gardé quelque don précieux pour achever leur entreprinse. Certes il ne fault faire doubte que ne verrons en ces jours ce que dit le prophète Esaye: in ictu mdii exurgent œquora et piûvii veteri renavabitur. En ung seul ray de soleil la mer se eslevera toute couverte de navires. Et la pouldre des anciens , par qui j'entends son père sçra renouvelle et comme dict St. Daniel: multi qui in pulyere dormierunt résurgent. Plusieurs chevaliei^ qui en folz delietz ont dormi seront resveillez à sa clameur.
L'AUCTEUR
(( Quant la dame eut iinée sa parolle Grèce comme a demi ressuscitée tourna sa face vers Occident pour avoir secours d'iceux lyons et commença a dire.
GllÈCE.
« Très for8> très excellens, nobles et puissans lyons sur qui toute chrétienté s'appuie, sur qui fout le monde s'escrie. Le tout fleuri^ qui ton odeur espan jnsques en mes vergers orientaulx, vrai champion de la foi catliolicque, liaulx Lyons que faut je désire. Quand orrai-je le tombissement de voz chevaulx devant nos portes. Quant orrai-je le son de voz trompettes resveiller vostre noble chevallerie. Quant verrai-je votre bénigne chère de paix. Quant verrai-je vos haultes têtes et voz ^riches pavillons fichés devant mes ennemis. Quant verrai-je en estât bien ordonné nobles vassanlx hardis et vaillants champions d'armes richement dorés, noblement décorez, issantdetfs limites pour chevallereusement militer et mettre à
confusion ces chiens cerbéricques qui tant m'ont oppressée et fouUée par leur cruaulté qui oncques mais n'est rassasiée. Voyez-vous point ardant désir mon messagier monte en plus haulte tour d'espérance qui ne cesse d e vous pppeller? Ne voyez-vous point mes secreltes pensées estendre les bras pour vous donner vostre bien venue. Ne voyez-vous en oullrc les mers paisibles tenir les vens oyseux qui n'attendent sinon à soufler voz voilles? A quoi tient-il donc prince bien heure, à quoi tient-il que vous ne venez? Les vivans vous obéissent, les cîeulx vous favo • risent^les plantes^ fructifiantes vous nourrissent , toutes choses vous bénissent, et voz ouailles bien gardées sont de verge pestilencieuse, car j'entends que vous estes en transquillité et que paix avez et accord ensemble. 0 Seigneur bien heure en terre que vous fault-il plus? Vous avez la prouesse de Hector^ les armures de Polides, le conseil deUlixes, la force d'Achille, l'àssîstence de voz Picars. Venez donc aTespèir de mon cueur, a la plaisance de mes yeulx, venez donc car il est heure et ne tardez plus. Ensuyvez la voye des pères anciens. Ouvrez la voie a voz enfans. Cueillez fruict de loz immortel pour parer voz sépultures^ et conquestez vostre glorieux diadème pour être béatifié es cieulx. Vous ferez honneur a Dieu, honte aVennemi^ louange aux Chrétiens, esclandre aux infidelles santé pour vous, prouflSt pour les miens , gloire a vous et salut aux miens,
L'ADCTEUR.
Grèce que Turcs vont gastant,
Ëstoit tant
Regrettant.
La religion ou demeure
Le fort Lyon trespuissant.
Rugissant
Que cessant
Fut sa douleur sans demtut'e
Vienne l'heure
Qu'il acquerre
Et demeure
Les tyrant
Qui ainsi vont detirant.
Pour la pitié que j'en prins
Au pourprins
Entreprins
De fabriquer ce lang[age
Si j ay comme mal apprius
Rien m^prins
Réparer tueil le dommag;e
Cest ouvrage
Lourd sauvage
Sans parage
Ou rien n'est net
Molu d'ung gros Molinet.