‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 31 sur 110 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Cy FAIT MBUTIOn COMMENT JacQUBS DE LÀLÀIN ENVOYA LB ROID*ARMESDB LA TOISON D*OR PAR DEVERS LBGBEVALIBR SICILIEN^ POUR SÇAVOIR SA VOLONTÉ, ET POUR QUELLE «AUSÉ IL ÉTOIT LA VENU PORTANT EHPaiSE POUR FAIRE AR¥ES^ ET I.A RÉPONSE QU^ FIT LE GHEVAL^SR.

QuAN0 Jacques de Lalain et le chancelier se fu^ rent devises et au long eurent parlé de cette matière, le dit de Lalain appela Toison d'or et lui dit qu'il allât dever« messire Jean de Boniface, lui dire de par lui, que n'aguères, depuis qu'il étoit arrivé en la ville d'Anvers, il lui avoit été rapporté par plusieurs gentils hommes et autres, qu'il avpit été TU en la grand' église parochiale (paroissiale), et que par la ville, en retournant vers son hôtel, il portqit une enseigne, qui étoit en mani^ d'un fer d'esclave; et avec ce avoit après lui un poursuivant

ùuigne orâen dd TqyBon de oro, par Jalien de Piuedo j Sob^iari T. 9. in-folio). J. A. B.

'étu de cotte d'armes, par lesquels deux signes on louvoit sçavoir et percevoir qu'il désiroit faire irmes. « Et pour ce, Toison, dit Jacques de Lalain, TOUS direz au chevalier de par moi, que pour l'àléger et ôter hors de ce danger, si c'est le bon plai- >ir du duc mon seigneur, je lui accomplirai de bon vouloir le contenu de son emprise; et que jusques I la venue du duc il veuille avoir patience, n

Quand Toison-d'or ouït la requête et charge que lui bailloit Jacques de Lalain de faire ce message par devers le chevalier sicilien, il répondit que de bon cœur il le feroit: Si s'en partit et vint au logis du dievalicr, et le trouva en sa chambre; si lui fit la révérence, comme celui qui bien lesça-^ voit faire ^ et te salua de par Jacques de Lalain^ Et lors après la salutation et le bien venant que lur fit le chevalier. Toison-d'or tout dii Ibng lui racontar la cause de sa venue. Puis eux deux se devisèrent de cette matière et de plusieurs autres; et après tentes paroles et devises que le chevalier et Toison-d'or eurent ensemble; celui chevalier moult arréeraent (régulièrement) répondit à Toison et lui dit: «Toison-d'or, depuis que par deçà je suis arrivé, j'ai tant ouï dire et raconter de bien, de Jacques de Lalain pat qui vous êtes ici envoyé, que j'en loue Dieu, et regratie à vous, Toison, qui m'en avez apporté la nouvelle. Et pourtant, je vous réponds, que pour le grand sens, vaillance et bonne renommée que j^ sens, et ai ouï dire de sa personne, je suis content d'avoir à besogner avec lui, et d'attendre la venue et le bon plaisir du duc. » Et afiiî que Toi-

son crut que sa Tolonté étoit telle, il le prit pa ^ la main et lui dit et promit qu'ainsi le feroit.

Toison-d'or ayant ouï la volonté du chevalier 9 prit congé de lui, et retourna vers Jacques de La^ lain, et lui fit rapport tout au long, ainsi que le che^ valier sicilien lui avoit dit et promis de faire. Jac-^ ques de Lalain ayant ouï par Toison, la réponse et volonté du chevalier, fut moult joyeux; et chargea à Toison d'aller par devers le chancelier , pour faire son rapport tel que par le chevalier Sicilien lui avoit été répondu. Lors Toison, sans faire séjour , vint vers le chancelier auquel il rapporta tout au long les paroles et réponse que lui avoit fait le chevalier.

Le chancelier ayant ouï Toison-d'or, répondit^ que sou avis éioit que Jacques de Lalain assemblât le plus grand nombre de chevaliers et écuyers que pour l'heure il pourroit trouver, pour au surplu» avoir avis et conseil sur ces matières,, et comment i( s'y avoit à conduire. Jacques de Lalain, par le conseil du chancelier, assembla plusieurs chevaliers, et écuyers auxquels il dit et raconta tout cequM ayoitintention et propos de faire. Parquoi il leur requit et pria que sur cette matière ils lui voulsissent(vou lussent) donner conseil et comment pour lé mieux il en pourroit faire: et leur conta Tavis et conseil parle chancelier lui avoit été baillé, lequel consei sembla bon à eux tous, et s'y accordèrent. Alors Jean seigneur d'Arcy, qui étoit là en celle assemblée s'approcha et dit à Jacques de Lalain: « Sur tou les nobles hommes que je connoisse des marches d

MESSIRE JACQUES DE LiVLAlN. 87

*ar-deça, vous êtes celui à qui je voudrois plus vo- Ontiers faire service et plaisir, et désirerois votre neu et honneur: mais en vérité, sans que je sçjisse ^ncques rien de votre fait, j'avois fait parler au chealier sicilien par le roi d'armes d'Artois, auquel il promis, ainsi comme il m'a rapporté, que pour le résent il ne fera armes avec autres qu'avec moi. » ît après qu'il eut ce dit, il pria au chancelier, qui à étoit, qu'il lui pleut mettre la chose en délai jusues au lendemain. Alors Jacques de Lalain réponlit et dit: ((Seigneur d'Arcy, je connois et vois par DUS que me voulez et désirez faire un grand plaisir le me vouloir ôter hors de si grand'peinej mais s'il ousplaît, monseigneur le chancelier qui est ici^ n'en aira point pourtant à demander aux nobles homnes qui sont ici leur opinion ^ quelle chose j'ai à aire sur la réponse du chevalier sicilien.

Alors le chancelier voyant le grand vouloir et le jrand désir de Jacques de Lalain, demanda l'ans aux nobles hommes qui là étoient. Si fut l'avis l'eux tous, et en spécial du chancelier, que Toisonl'or fût renvoyé par devers le chevalier, pour lui renercier de la bonne réponse qui par icelui Toisonl'or avoit été faite ^ et qu'il dit à icelui chevalier, ju'il lui plût avoir patience jusques à la venue du ïucj etavec ce lui dit, qu'au cas que se ce seroit son :)Qn plaisir, que Jacques de Lalain iroit par devers lui pour toucher à sa dite emprise. Si fut avisé que Jeux écuyers nobles de nom et d'armes^ l'un nomme Hervé de Meriadet, et l'autre Maillart de Flensin, iroient avec Toison-d'or par devers le

chevàlîer, comme ils firent. Lors, eux là veni/^; Toison-d'or parla au chevalier elle remercia dé toutes les paroles et promesses qui par îcelui Toison, au nom dû chévaliei', avoient été rapportées a Jacques de Lalain , qui gràndemeùl Ten remercioil EtlorsToison di{ au chevalier: «Monseigneur, Jacques de Lalain à envoyé par devers vous ces deut gentishômmës et moi, pour vous remercier de la bonne réponse que dernièrement vous me fîtes quand je vins par devers vous; laquelle de par vous j'ai dit à Jacques de Lalain, qui derechef vous en rehierdé. »

Ainsi furent feùrs devises ; et le prit le chevalier bien en gré: si répondit à Toison-d'or: « Toison, j'ai Bonne souvenance qu'avez été par devers moi dé par Jacques de Lalain; et aussi je crois assez qu'êtes biëii idéinoratif des paroles et réponses que je voué fis. Et encore de réchef je vous dis, que depuis que vous parlsites à moi pour celui Jacques de Lalain, si lé plus ^rand prince du monde eut envoyé par devers moi pour faire armés, je ne l'eusse point réçuf car pduî^ vérité, j'ai tant ouï dire et raconter dé biens et ^fraudés vertus qui so&t en celui Jacquet de Lalain, que je me tiens à bien heureifx d'avoir rénconiré homme tant bien renommé: pourquoi je loué tHeu, et lui prié dé âa gi'âcë que des ai^nies eniprises de nous deux puiiisions partir ensemble à hoa-^ heur. Ef dès màintenani. Toison, vouis lui dire^ que le fiens pour mon frère, et le miercie grande^ inent de l'honjieur qil'if m'a fait; et suis très conicrit d'attendre à la venue du duc, et d'ouïr ce qu'à

ui plaira à en orclontier. )» Après ces paroles et âutrel ïévîâes qu'ils eurent tous quatre ensemble, ils prirent congé du chevalier et reflournèrent par deveris lacques de La'lain: et la, mot après aftitre fut raconié et dit, en la présence dû chancelier, là réponse de messire Jean de Boniface, dont Jacques de La*lain eut moult grand' joie au cœur et eti loua notre ieigneur.

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