CHAPITRE LXXXIII
Comment Jean de Bourgogne comte d-'Etàmpes conquit LE pont d'EsPIERRES SUR LES GaNTOIS, ET HE LA ALLA A AuDENARDE; ET DES GRANDES TAILLANCES QUE
, FIT MES8YRE JacQUES DE LàLAIN.
ÇjR encoinmencerons à parler du comte d'Étampes cousin germain du duc de Bourge^ne, lequel par son commandement et ordonnance éleva et mit sus uneraoult belle armée du pajs de Picardie, en laquelle a voit de grands seigneurs, c'est à sçavoir le seigneur de Moreuil, le seigneur de Roye,le seigneur de Waurin, le seigneur de Rochefort, le* seigneur de Lannoy, le seigneur de Fosseux fils dit baron de Montmorency, te seigneur de Harne, le seigneur de Saveuse, le seigneur de Noyelle, le bâtard de Bourgogne, messire Jean bâtard de Saint Pol, le seigneur de Dampierre, messire Philippe de Homes, le seigneur de Crevecœur, le seigneur du Bos, le seigneur de IXeufville, le seigneur de Ha^
plaincour, le seigneur de Humières^le^seigneurde Beauvoir, le seigneur de Jaucourt,le seigneur de Basentin, le seigneur de Cohen, le seigneur de Dreuil et plusieurs autres chevaliers et écuyers jusques au nombre de deux à trois mille combattants. Le duc de Bourgogne^ après ce qu'il eut mis son armée dessus, il ordonna ses batailles, et commît le comte de Saint Pol et ses deux £rères avec messire Jean de Croy à faire son avant garde, et lui et aucuns de son sang, accompagné de plusieurs grands seigneurs, fit la bataille et ordonna au comte d'Etampes de faire Farrîère-^arde.
Après toutes ces ordonnances faites, le duc de Bourgogne manda au dit comte d'Étampes qu'il tirât lui et toute son arméedroit à un passage^pour aller du pays dePicardie à Audenarde, nommé lepont d'Espierres, que les dits Gantois gardoient à (avec) puissance de gens d'armes, et avoient fortifié l'église de la ville au mieuK qu'ils avoient pu. Quand messire Jacques de Lalain^ qui par le duc étoit ordonné à être de la bataille, ouït dire que le comte d^ tampes avoit ordonnance et commandement du duc d'aller au dit pont d'Espierres, il lui sembla que c'étoit le droit chemin d' Audenarde^ où son oncle messire Simon de Lalain, que tant aimoit, étoit assiégé^ si demanda coAgé au duc de Bourgogne, eu luipriant qu^il le vouIsit(voulût)laisser aller devers comte d'E tampes, et le duc lui octroya ; lequel messire Jacques fut moult joyeux du dit octroy.Si se partit et vint vers le comte d'Étampes, qui de sa venue fut moult joyeux. Lors le comte d'Etam-
pes en ensuivant le commandement et la cbarge qui lui étoit baillée et délivrée de par le duc, fit tirer son armée devers^celui pont d'Espierres atout (avec) grand' foison d^artillerie. comme de coulevrines, arbalètes et veuglaires ^'\ que le seigneur de Lanlioy fit mener de sa forteresse de Lannoy, qui sied assez près d'icelui pont. Lors le comte d'Ètampes loi arrivé auprès de là, fit ordonner de ses gens, et en belle ordonnance fit assaillir le pont et passage. Ceux de l'artillerie commencèrent à tirer; archers et gens de trait à approcher. IMessire Jacques de Làlain et plusieurs autres nobles hommes saillirent en Teau jusques au col pour gagner et saisir le dit passage, et fut le dit pont moult vivement assailli. Lorsque les Gantois virent les Picards si ràdement, (impétueusement), et si vaillamment assaillir ib eurent tous les cœurs faillis et abandonnèrent le dît pont, et se retrairent (retirèrent) dedans l'église, et là de toutes parts furent assaillis, et par force d'armes furent tous pris dedans cette église; et là y eut de grandes vaillances et apertises d'armes faites: car ceux Gantois voyants la mort devant leurs yeux, se défendirent très vaillamment et blessèrent et navrèrent plusieurs nobles et vaillants hommes des Picards, entre lesquels y furent navrés le seigneur de Roye, Antoine de Rochefort gentil homme, et un nommé Lancelot natif du pays de Portugal et plusieurs autres: et des Gantois en y eut de morts de sept à huit vingt hommes, sans les prisonniers.
(i) Sorte d'armes a feu. J. A. B.
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Après la prise du pont d'Espierre)», le comte d^Etampes atout (avec) sa puissance se partît et s'en alla loger à trois lieues près de la ville d'Audenarde^qui par les Gantois étoit assiégée, et si sied icelle yiliesur la rivière de FËscaut. Et d'autre part le duc deBourgogne étoit logé en la ville de Grandmont, laquelle sied du côté de la dite rivière vers Bruxelles; et le comte d'Etampes étoit logé de l'autre côté de la dite rivière, au lez devers Bruges. Ainsi étoit la dite rivière entre eux deux, et ne pouvoient aider» ni secourir Fun l'autre. Et pour revenir à parler du comte d'Etampes, après ce qu'il eut pris le pont d'Espierres et qu'il se fut logé à trois lieues près du siège des dits Gantois, il envoya devant environ trente lances de vaillants et experts chevaliers et écuyers, accompagnés de soixante archers, dont étoit cooducteur messire Jacques de Lalain, et avec lui Philippe de Homes, le seigneur de Dreuil, Rol>ertde Miraumont, Flue de Mailly et autres; et allèrent aviser le plus près qu'ils purent, la manière et conduite des Gantois, et aussi les passages qu'il convenoit passer du logis du comte d'Étampes à aller droit au siège des dits Gantois; et si avisèrent an mieux qu'ils purent, comment iceux Gantois etoient logés et la manière de leurs escarmouches; et comment ils se gouvernoient en fait de guerre aux champs. Puis, après ce que celui messire Jacques de Lalain eut tout bien avisé la manière et coaduite des dits Gantois, et tout ce que possible leur étoit de voir et sçavoir, s'en retournèrent devers le comte d'Etampes, lequel tantôt lit mander tous les
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grands seigneurs et capitaines de sa compagnie pour ouïr le rapport de messire Jacques et de ceux qui avec lui étaient allés.
En ce même jour le comte d'Etampes eut lettres du doc'^e Bourgogoe, par lesquelles il lui mandoit que,taYitÔt et incontinent ses dites lettres vues, il s'en allât atout (avec) son armée devers lui en la ville de Grandmontf où il étoii logé, et qu'il n'approchât point de plus près Fost des Gantois; et la cause étoit, pour ce qu'on avoit rapporté à mon dit seigneur de Bourgogne, que les dits Gantois étoient bien trente mille combattants au siège devant Aude-^ Âarde; pourquoi, il ne vouloit point que le comte d^Etampes allât combattre iceux Gantois à si petit nombre de gens qu'il avoitc car il n'avoit que deux à trois mille combattants, qui étoit un bien petit nombre pour combattre une si grand' puissance^ Lors le comte d'Estampes, qui avoit assemblé tous ses capitaines, mit la chose en conseil, et là y eut de grands débats, avant ce que la chose fut conclue du tout de ce qu^on devoit faire: car les aucuns étoient d'opinion et disoient que le comte d'Etampes devoit faire ce que le duc de Bourgogne lui £onmiandoit:les autres disoient, que ceseroit grand' honte d^être si près des Gantois, sans les aller voir, en disant: « Tïous sommes de cheval, et les dits Gantois sont de pied, ils ne nous peuvent grever , et nous leurpouvons bien porter dommage;et que diront ou pourront dir^ ceux d'Audenarde, quand ils orront (entendront) dire que nous aurons été si près d'eux, sans autrement nous montrer? Et d'autre part nous
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leur pourrions livrer escarmouches par si bonne ' manière que messire Jacques dcLalain, qui ci est entrera dedans la dite ville pour réconforter et réjouir son bon oncle messire Simon de Lalain et tous ceux de la ville. Et si ainsi le faisons, ai.u plaisir de Dieu, messire Jacques de Lalain entre^f^ dedans, ou il y mourra en la peine: car pour celte Icause est il ici venu. » Après toutes ces choses bien débattues, fut conclu parle comte d'Ltampes, que le lendemain iliroit voir le siège d'iceux Gantois, et qu'il verroit leur manière de faire déplus près, et quand il ne pourroit autre chose faire sur les Gantois^ que de bouter messire Jacques de Lalain dedans la ville, ce seroit une moult bonne œuvre. Cette conclusion prit le comte d'Etampes par l'avis et conseildes grands seigneurs cl capitaines étant lors avec lui, et en sa compagnie: et en cette nuit le comte d'Etampes fit ses ordonnances d'avant coureurs, d'avant garde, de bataille, d'arrière garde et de toutes autres choses à ce appartenants. Et si fut ordonné que deux hommes, qui bien sça voient le pays, et le langage, et qui bien sçavoient noer (nager), iroient la nuit essayer pour entrer dedans la ville d'Audenardepourdire et annoncer à messireSiqion de Lalain la venue du comte d'Etampes: et ainsi en fut fait comme il étoit conclu^ et en fut l'un, un nommé Jeunesse, serviteur à monseigneur de Habourdin et auparavant serviteur de monseigneur de Rou*bais. Et entrèrent les deux hommes, ainsi comme il étoit conclu, dedans la ville d'Audenarde tout par eau , et à noz (à la nage) et dirent à messire Simon la
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v<eDue dn comte d'Ëtampes,dont il fut moultréjoui^ et toute la nuit fit démurer les portes de ladite ville pour saillir sur les Gantois à la venue du comte d'Ë« tampes. Le lendemain matin, qui fut le vingt quatième jour du mois d'Avril, le bon comte d'Etampes setlélogea de son logis; si chevaucha en belle ordonnance droit au siège des Gantois, et étoit chef de l'avant garde messire Antoine bâtard de Bourgogne, et étoient avec lui le seigneur de Saveuses, Philippe de JH[ ornes, messire Jacques de Lalain et autres plusieurs grands seigneurs.
Les Gantois étant avertis de la venue du comte d'Étampes, se mirent en armes, et firent garder les entrées, et passages de leur siège. Ils ordonnèrent six cents combattants pour garder un pont séant à un quart .de lieue prè$ de leur logis sur une petite rivière, le droit chemin que devoit venir le comte d'Étampes; et toutes autres choses préparèrent pour la défense de leurs corps et logis. Tant chevauchèrent Picards, qu'ils se trouvèrent près dupassage que les six cents Gantois gardoient, lesquels, est à sçavoir une partie d'eux s'étoient mis outre le passage, et tenoient ordonnance, et sembloit qu'ils fussent à pleins champs. Lors fut avisé que le seigneur de Saveuses iroit voir leur ordonnance, lequel ainsi le fit, et les approcha d'assez près, et vit qu'une partie d'eux a voient passé icelle rivière du cotédes Picards, otlui semblaqu'ils étoient aux pleins champs. Alors le seigneur de Saveuses dit à messire Jacques de Lalain et à ceux qui avec lui étoienf, lesquels s'étoient tirés hors de l'avant garde, ainsi
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quM leur étoit ordonné atout (avec) vingt-cinq Imces de nobles et vaillants hommes: « Yée^là les Gantois deçà ia rivière aux plains champs. »
Quand messire Jacques de Lalain et ceux qui av«c lui étoient ordonnés ^ouïrent dire le mot au seigneur de Saveuses,sans plus dilayer (retarder) féri-r rent chevaux des éperons, et de grand courage et vaillance allèrent tout droit aux Gantois, cuidants (crojrant) férir dedans iceux j mais ils trouvèrent un grand et merveilleux ravin entre eux et les Gantois, parquoi ils ne purent passer. Et messire Jajcques de Lalain fort désirant d'aborder ^ur eux, lui huitième de lances, alla tout au long du ravin^ et au bout d'icelui trouva uii petit passage, par lequel il passa loi huitième tant seulement^ comme dit est; et ^ frappa dedans les Gantois, desquels huit étoient, Phiiif^ de Hornes, le seigneur de Crèvecœur, le seigneur 4uBos9 Ernoultde Herimes, Jean d'Athies,etles deux autres étoient deux gentils hommes de Pliôtel d^icelui messire Jacques. Quand iceuxhuit vaillants hommes se trouvèrent dedans, ils firent tant de i^aillances et d'aussi belles appertises d'armes que xorps d'hommes pouvoient faire.
Qui eut vu messire Jacques de Lalain se férir dedans et les éparpiller , il sembloit à le voir que ce fut un foudre. 11 les abattoit et détranchoit, qu'il n'y avoit celui qui ne lui fit voie j et à dire la vérité iceux huit vaillants hommes y firent tant d'armes, qu'à le dire tout au long seroit chose non croyable: et aussi pareillement Gantois les recevoient et firapjpoient sur eux moult fièrement; et là en y eut un
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des huit^ qui fut tué par la selle de son cheval qui ,se tourna I et se nommoit Jean d'Athiesj dont ce fut grand dommage, car il étoit vaillant homme. Et le seigneur de Grèvecœur qui ce jour y étoit, y fut navré et en danger de mort, si ce n^eut été le harde-* ment (courage) et grandVaillancede messire Jacques deLalain et la conduite de ceux qui avec lui et oient; et aussi par secours que leur fit le seigneur de Save uses, qui de près les suivoit; lequel secours fit mettre à déconfiture les six cents Gantois qui de par leurs gens étoient commis à garder le passage, et peu en échappa quHls ne fussent tous morts.
Le comte d'Étampes désirant à aborder à ses ennemis, le suivoit et venoit après chevauchant en moult belle ordonnance: et quand il vit iceux Gantois ses ennemis, il fit venir devers lui messire Jean le bâtard de Saint-Pol et lui requit Tordre de chevalerie, et là fut fait chevalier par la main du dit bâtard de Saint-Pol: et ce fait, plusieurs nobles hommes vinrent devers le comte d'Etampes^ çt lui requirent Tordre de chevalerie; et ce jour en y eut plusieurs faits par la main d'icelui comte, et aussi en y eut d'autres faits par les mains d'autres grands seigneurs qui là étoient, dont en brief me passe de les nommer, désirant de poursuivre cette matière, laquelle à mon pouvoir j e désire achever.
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