CHAPITRE LXXXIV
Comment lb si^ge d'âodesarde fut levé par le comte
d'Etàmpes y et des belles àpertises d'armes que t
FIT MESURE JâCQUES DE LALAIN.
Il nous convient parler de ce vaillant chevalier messire Simon de Lalain qui étoit assiégé dedans la ville d'Audenarde par les Gantois, lequel toute la nuit, comme vous avez ouï, avoit fait démurer la porte de la ville, pour saillir sur les Gantois, lui et tous ses gens, ensemble ceux de la ville, qui tous étoient armés, en grand désir d^avoir secours ainsi comme toutes gens assiégés ont et doivent avoir. Et promptement qu'ils virent les gens du comte approcher, ils ; ouvrirent leurs portes et commencèrent à saillir dehors, et Gantois de crier alarme. Les gens du comte d'Étampes étoient jà fort approchés du siège: mais le seigneur de Saveuses et messire Jacques de Lalain, comme celui qui de tout son cœur désiroit à voir son bon oncle messire Simon de Lalain, étoient tout devant, et avec eux environ cent combattants qui moult vivement se férirent sur Gantois, en lesocciant et abattant devant eux; et d'autre part ceux de la ville. Si commença le cri et l'occision moult grande et horrible, sur Gantois. On n'y véoit que gens occire et dé trancher: mais les
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Gantois se mirent tantôt en fuite et à déconfiture, et abandonnèrent leurs logis, toute leur artillerie grosse et menue, vivres et bagages^si necontendirent (essayèrent) à rien sauver que leurs corps, et tous fuyoient à un pont qu'ils avoient fait sur la rivière de l'Escaut; et les aucuns sailloient en bateaus^ en si très grand nombre que tout alloit au fond de Peau. Iceux Gantois étoient logés dedans et au plus près d'une église ou il y en mourut grand nombre: car en vérité, ayant que la puissance du comte d'Étampes abordât jusques à eux, moins de cent hommes les mirent à déconfiture, par la vaillance, prouesse et conduite de messire Jacques de Lalain et de ceux qui avec lui étoient; qui tant firent par force d'armes qvi'ils mirent les Gantois à déconfiture; et fut le siège d'iceux Gantois de ce côté tout déconfit et mis en fuite; les uns morts, les autres noyés, 0t ceux qui purent échapper allèrent à l'autre côté de la ville où ils tenoient un siège, et là où ils étoient le plus grand nombre. Là se montrèrent vaillants et hardis messire Simon, de Lalain, et ceux de la viUe d'Audenarde;'car ils gagnèrent la plupart de l'artillerie d'iceux Gantois.
Le comte d^Étampes, qui toujours se tenoit en bonne et grande ordonnance, approcha l'ost des Gantois: mais, comme dessus est dit, ils ne l'attendirent pas, ains (mais) s'enfuirent. Quand le comte d'Étampes vit la déconfiture et que tous les Gantois du siège de deçà étoient morts, ou noyés, ou passés la rivière de l'Escaut en fuite, il entra dedans la Tille d'Audenarde, où par les habitants fut reçu à
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très grande joie, car bien y étoient tenus. Si lui fut conseillé qu'il se logeât dedans la yille, en lui disant que les Gantois, qui étoient à l'autre coté, étoient merveilleusement grand nombre, et en fort lo^ et bien garnis d'artillerie, et qu'en celui logis étoittout l'orgueil des Gantois, et que là étoient les Hauptmans(doyens),et ceux de la loi de Gand^et que bon seroît de faire sçavoir au duc de Bourgogne les non* Telles et en quel état les choses étoient , afin que sur ce il en ordonnât à son bon plaisir; et ainsi le conclut de faire le comte d'Ltampes, comme il lui fut con seillé: mais comme j'ai ouï dire depuis, si le comte d'Étampes, et sa compagnie, après que le premier siège fut déconfit et qu'il e&t passé la rivière, fût allé combattre te siège qui étoit de Tautre coté, la guerre d'iceux Gantois eut pris fin, car jamais ne l'eussent osé attendre: mais la chose ne fut pas ainsi conduite. Lors le comte d'Etampes fit loger toutes ses gens dedans la vilie d'Audenarde.
Or advint, ainsi comme ils se Tooloient repaître, }ui vinrent nouvelles que les Gantois avoiènt levé leur autre siège, j à grand temps avoit, et s'en at loient en belle ordonnance atout (a V6C^ leur artillerie, canons et antres bagues. Pourquoi le comte d'Etampes, par son poursuivant d'armes nommé Dûurdan , le fit sçavoir au duc de Bourgogne qui pour lors étoit en la ville de Grandmont. Ces nouveDes ouïes par le duc de Bourgogne^ il fit sonner ses trompettes, en commandant que chacun montât à cheval, en intention de poursuivre les Gantois. Or advint que les nouvelles vinrent au comte d'Étampes que
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les Gantois s^enalloient, plusieurs vaillants nobles hommes montèrent à cheval, et issirent hors de la ville d'Audenarde, pour, poursuivre et aller après ceux Gantois, et furent les premiers montants à cheval messire Jacques de Lalain et ses gens; en après le seigneur de Moreuil, le seigneur de Rochefort, le seigneur de Lannoj, Robert de Miraumont et grand nombre de gentils et nobles hommes, lesquels suivirent iceux Gantois, et par la vaillance de messire Jacques de Lalain et de ceux qui avec lui étoient^ leur firent perdre tout leur charroj;efà chacun détroit passage frappoient dedans; et la. firent perdre à maints Gantois la vie. Cette chasse durant, AUard de Rabodenghes et Guyot de Betton, accompagnés de vingt combattants, s'éteSent partis du logis du duc de Bourgogne, et chevauchoieni en pays,quérants leur aventure; ils ouïrent le bnril et virent Tallée des dits Gantois; si cbevauchèreni après. Si trouvèrent messire Jacques de Lalain ce vaillant chevalier, qui étoit an plus près des Gantois; si se mirent avec lui, et à une reposée que ftrenl les dits Gantois, où ils tinrent ordonnance à b«»«* nière déployée, celui Allart de Rabodenghes efe le~ dit de Bettun, requirent à messire Jacques de La-^ lain, qu'il leur donnât Tordre de chevalerie, laquelle chose il fit, et depuis se gouMrnèrent mouh vaillamment et chassèrent les dits. Gantois jusque» à environ Ueue et demie de la ville de Gand , et tant que leurs chevaux furent recrus(fatigués)etplusieur* ïois se mirent en grand'aventure, vu le petit nombre qu'ilit étoieot^ car en totit ils n'étoient pas cent combattants.
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