‹ Chronique de J. de LalainChapitre 124 sur 133 · BANQUET ALLÉGORIQUE · texte numérisé non relu

BANQUET ALLÉGORIQUE

DONNÉ PAR LE DUC DE BOURGOGNE PHILIPPE LE BON, À roccasion de la prise de Goiistaiilinople par les Tares, en 1453^

Voici ce (|ue raconte à ce sujet Olivier de la Marche^ dans ses mémoires.

a Pour ce qne grandes et hoûnorables œutrés désirent f oingtaine renommée et perpétuelle mémoire, et mêmement quand les dictes œuvrer sont faictes en bonne intention, je me suis entremis démettre par eàcrif et enregistré)^ par ordre, au pIuÉf prèà de la venté et selon mon petit sentiment, une feste, faicte à Lille, le dix septième joui^ de février. Tan 1453 par très excellent, très haut^ et trè^ puissant prince, monsieur le duo de Bourgongne, de Brabant, etc. Et commença icelle feste par une joustef, ceAitA jour: laquelle jouste avoit esté criée, à un très beau banquet, que monsieur de Clèves donna en la dicte ville, environ dix huict jours paràvdnt : auquel fut mondict signeur, ensemble la signéurie, dames et damoyseOes de sa maison: et fut le cry tel, que le chevalier au cîgne, serviteur aux dames, faisoit sçavoir à tous princes, chevaliers, et nobles hommes, que le jour, que mondict signeur feroit son banquet (lesquels banquets se faisoyentrun après l'autre) l'on le trouveroit en la dicte ville, arm^ de ha mois de jouste, en selle de guerre, pour jouster à la toile, de lances de mesure, et de courtois roquets, à Vencontre de tous ceux, qui venir y voudroyent: et celuy qui

pour ce jour feroit le mieux , au jugement des sigeeun et des darnes^ sans ce qu'il s'en exceptast en rien, gaigneroit un riche cigned'or, enchaîné d'une chaîne d'or, etaa bout de celle chaîne un riche rubiz^ qae les dames pré* senteroyent à celuy^ qui Tauroit desservy. Tel fut le crj, par Tordonnance et aveu de monsieur Adolf de Clèves:tequel estoit celuy, pour qui la criée se faisoit: et> à œ que je vey, la criée et jouste se faisoit au propos d'an entrsmets^ qui conteuoit^ à cedicl banquet, la plu-part de la longueur de la principale table. .

« Ce fut une nef a voile levé, moult bien £aicte: en laquelle avoit un chevalier tout droit, armé: qui le eorpi avoit yestu d'une cotte-d'armes, des plaines armes de Clèves: et devant avoit un cigne d'argent, portant en son col un coller d'or : auquel tenoit une longue chaîne d'or: doat le dict cigne faisoit manière de tirer la nef: et an bont de la dicte nef séoit un chastel, moult bien faict, et riche* ment: au pié duquel flotoit un faucon, en une grosse rivière: et me fut dict que ce signifioit, et monstroit» Gomme jadis miraculeusement un cigne amena dedans une nef, pai* la rivière du Rin, un chevalier au chasteau de Qèves: lequel fut moult vertueux et vaillant: et l'épousa la princesse du païs: qui pour lors estoit veuye» et en eut lignée: dont les dits ducs de Clèves, jusques à ce jour, sont issus: et pour ce il me semble que la manière de h criée ensuivoit Teffect de Tentremets.

(( En celle nuict fut présenté le chapelet à monsieur k comte d'Estampes: lequel fit son banquet etiviroB dix jouis après. Ce banquet fut moult plantureux et riche ^ et gmi de plusieurs entremets nouveaux: d<Mit je me passe, poor abréger, et pour venir à mon intention. En ceste fiestefat le chapelet présenté à monsieur le duc, en teUe fisçon que, quand les entremets furent levés, d'une duosbre saillirent grande foison de torches: puis vint un officier d'ar*

mes, serviteur de mondict signeur d'Estampes^ nommé Dourdan , \ estu de sa cotle-d'armes: et après vindrent deux chevaliers^ chambellans de mon dict signeur d'Estampes (c'est assavoir monsieur de Miraumontj et monsieur de Drueul) vestus de longues robes de velours, fourrées de martres: et n'avoyenl rien sur leur chef: et portoy^nl chacun, d'une main, un gentil chapelet'de fleurs: et après eux venoit une très belle dame, jeune, de Taàge de douze ans, vestue d'une robe desoye violette, richement bordée, et eslofée d'or: et luy partoyent unes manches, outre la robe, d'une moult déliée soye, escriptes de lettres grégeoises: etesloit son chef paré de ses cheveux, beaux et blonds, et, par dessus^ une tocque, affulée d'un volet, moult enrichi de pierrerie: et estoit montée sur une haquenée, houssée de soye blelie: et l'amenoyent trois hommes à pié, vestus de manteaux de soye vermeille^ portaas chaperons à cornette de«oyc verde^. et aloyent ces trois, chantans une chanson, faicte à propos: et en telle ordonnance passèrent par devant les tables: et vindrent jusques devant Je lieu où estoit assis mon très redouté signeur, monsieur le duc: et, quand l'officier d'armes et les deux chevaliers luy eurent faict la révérence, le dit officier dit ce, qui luy estoit enchargé, en ceste manière,

Très excellent, liaut prince , et redouté, A vous venons eu toute révérence.

Pour charge avons, qui vous soit présenté Ce chapelet: lequel est aportc Par la dame, que vojez en présence.

Le comte d'Estampes en son absence I,a vous transmet en ce lieu, et envoyé: Et la nomme on la princesse de joye.

« Oiiantrofficler d'armes eut ce dit, les deux chevaliers vindrtMit à la dame: et luy baillèrent le chapelet en ses mains: et lors les autres trois, qui l'amenoyent, la des- ^l'iidirenl de sa haquenée.

« Sitost qu'elle fut descendue, les deux cheyalien !'»• jextrèrent: et adonc elle fit la révérence à mon dict si- {];neur: et paraus petis deg^és^ faiefs à ceste caose, elle monta sur la table, ets'ag^enouilla une fois sur le bord de la dicte table: et puis se mit à genoux dev'ant mon dict signeur, et là demeura jusques elle eust baisé le dictditpelet, et mis sur le chef de mondlct signeur: qui kmm relever la baisa: et s'en retourna la dicte dame, son emprise achevée. Ainsi fut présenté le chapelet à mon diel signeur le duc. Parquoy il détermina le jour de son hadquet: et lit moult grans préparatoires. Au jour de ce buquet, donques, monsieur Adolf (qui s'estoit fait crier le chevalier au cigne) vint après disner, de très bonne henn sur les rangs: et fut accompaigné> dn lieu où il s'esloit armé, par mon dict signeur le duo, par monsieur de Gharolois, par monsieur le bastard de Bonrgongne, veitoi tous trois de robes de velours sur velours noir: et avoyeoi chacun un col icr d'or, moult enrichis depierreriea^ comme diamans, balais, et perles: et portoit mondict signeor nue cornette à son chaperon, si-riciie de picrrerie^ que je ne sçay autrement extimer, fors habillement de prince pdisant. ïlonsieur Adolf , acompaigné comme diot est de mondict signeur, de monsieur de Cliarolois, et de monsieur le bastard^ et, en outre> de monsieur d'Estampes, partit de sonhostcl, à grand compaigme de gens, vestnç de sesrebes: etaloycnt devant: et, après euxaloyent tabourins: et après aloit un poursuivant d'armes, vestu d'une cotte d*a^ mes pleine de ciguës: et après aloit un grand cigne, intrvcilleusement et subtilement faict, ayant une conronw d'or au col: à quoy pendoit un escu, dea plspne^ armes de Clèvés: et à celle couronne pendoit une chaîne d'or: fû d'un bout tenoit à la tresse de l'escu du chevalier, et cslNt ce signe adextré de deux sagittaires, monlt bien bildi: qui tennyeiit arcs et flèches eu leurs mains, et fiûsofc^

semblant de tirer à Tencontre de ceux, qui vouloyeut aprocher le cigne.

« Ledict chevalier, tenant à la chaîne d or, suyvoitle cîgnc armé tresrichement de toutes armes: et estoit son cheval couvert de drap de damas blanc, et bordé de franges d'or, et son escu de mesme: et à dexire, et à senestre, et derrière, avoil trois jeunes enfans5 pages, habillés de blanc, en manière d'angels, montés sur beaux coursiers, enharnachés de drap blanc, bien découpé: et après venoil un palefrenier, vestu de blanc, sur un petit cheval: qui menoit en main un destrier, couvert de drap blanc, brodé de grandes lettres d'or, et frangé d'or, à la devise dudict chevalier: et après venoit monsieur le duc de Clèves, frère dudict chevalier, et monsieur Jehan de Coïmbres, fils du roy Jehan de Portugal, avec grand nombre de chevaliers et nobles hommes, tous vestus de blanc, à la pareure du chevalier: et portoyent les lanceç en belle ordtmnance.

« En tel estât et compaignie fut mené ledict chevalier devant les damcs: et fut présenté par Toison d'or, roy d'armes, à tresexcellente, treshaute, et trespuissante princesse, madame la duchesse de Bourgoqgne, et aux autres princesses, dames et damoyselles: et puis il fut amené es lices: et lors le cigne, qui l'avoit amené, avec les sagittaires fut mis sur un hourd,qui leur estoit préparé.

(( Gérard de Rossillon fut le premier^ qui se présenta à rencontre du chevalier: auquel le chevalier donna un sigrand coup, de la première course, qu'il luy perça et fendit son escu tout outre: dont ledict Gérard eut grand dctourbier. Après vint messire Jehan de Monfort, moultgentement housse de soye et de brodure. Assez tost après vint monsieur le comte de Saînct-Pol, housse de drap d'or: dont la moitié estoit gris, et Tautre cramoisy. Après vint monsieur de Fiennes, couvert de velours noir, à larmes

4oo APPENDICE.

noires, monslrécs d'un peu de blanc. Tantots après, monsieur de Giarolois^ el monsieur le bastard (qui s'enalèrent armer, quand ils eurent con\x)yé moudict signeur ÂdoU) vindrent sur les ran{][s, housses de velours violet, bordé de franges d'or et de soyc,et leurs escus de mesmes^ estai» chargées les dictes housses de eampanes d'argent: et estoyent bien accompsdgnés de grands signeurs: et,entreaiitrcs, monsieur d'Estampes servoit, de lanee, monsieur de Charolois. Les dessus nommes joustèrent^ et plusieun autres chevaliers bien en poinct: comme monsieur de Grnthuse, couvert de velours cramoisy, monsieur de Bbiircourt de velours cramoisy, fourré de martres, mesure Chrestien de Digoine, enharnaché de drap» chargé decam* panes dorées,messireEvradde Digoine> couvert d'orEaverie» messire Jehan deGuistelle, couvert de menu vair» meisire Philippe de Lalain^ couvert de velours aoir, à larmei d'or, aveques plusieurs autres jousteors, trèsbien en poinct: mais de leurs coups ne sçay je point Textime. Toutesfoisjesçay de vray, quête chevalier au oigne et Louis du Chevalant s'entrerencontrèrent si-mdement,. que tout deux s'entreportèrcnt par terre ^ les chevaux aor lenn corps td atournés^ qu'il fut force à l'un , et àFautrey d'abandonner la joustepour ce jour. Du demeurant je me fay. Chacun fit son mieux de la jouste: qui faillit par traictde temps: et, quand elle fut faillie, chacun se retrait.

(( Puis à heure convenable se trouvèrent en une sale: en laquelle mondict signeur avoit fait préparer un très ricbe banquet : et là vint mon dict signeur, acompaigné de prisces et chevaliers, dames et damoiselles: et, tranvans ledit banquet à servir, ils se prirent à regarder les entremeto, quiedillés y estoyent. Lasale,où sefaisoitce banqœteitoit grande, et bien tendue d'une lapicerie, enquoy ertoît feicte la vie d'Hercules. Pour entrer en ceste dicte saki il y avoit cinq portes, gardées d archers^ Testas de rotoik

APPEIVDICE. 4oi

drap gris et noir: et dedans la sale avoit plusieurs chevaliers et escuyers,conduisans le dit banquet: desquels les chevaliers estoyent veslus de drap de damas, et les escuyers de salin des dictes couleurs de noir et gris. En celle sale avoit trois tables couvertes, Tune moyenne, l'autre grande^ et l'autre petite: et sur la moyenne avoit une église, croisée, verrée, et faicte de gente façon: où il y avoit une cloche sonnante, et quatre cliantres. Il y avoit un autre entremets, d'un petit enfant tout nu, sur une roche: qui pissoit eaue rose continuellement. Un autre entremets y avoit, d'une caraque, ancrée, garniede toute marchandise, et de personnages de mariniers: et ne me semble point qu'en la plus grande caraque du monde ait plus d'ouvrages, ne de manières de cordes et voiles, qu'il en y avoit en cestc Un autre entremets y avoit, d'une moult belle fontaine : dont une partie estoit de verre , et l'autre de plomb de très nouvel ouvrage: car il y avoit petis arbriceaux de verre^ feuilles et fleurs, si nouvellement faictes, qu'à merveilles: et l'espace de l'artifice estoit ainsi comme un petit preel, clos de roches de saphistrins et d'autres estranges pierres, et au milieu d'iceluy, avoit un petit saincl Andrieu, tout droit, ayant sa croix devant luy: et parTun des bouts de la croix sourdoit la fontaine, un grand pié de hauteur: etrecheoit dedans le preel, par sisubtile manière, que l'on ne sçavoit que Teaue devenoit. (( La seconde table (qui estoit la plus longue) avoit premièrement un pasté: dedans lequel avoit vingt huit personnages vifs, jouans de divers in^umens, chacun quand leur tour venoit. Le second entremets de celle table estoit un cliasteau,àla faconde Lusigtt^:/: et svir ce chastean, au plus-haut dé la maîstress^io|tr, esâtit iMelusine,«en forme de serpenté: et par deux dçs môi^res tours decfc chasteau sailloit, quand on vouloit, ekue d'orange: que lomboit es fossés. Le tiers estoit un moulin à vent, hauf^ sur une mote: et sur le plus hstut volant avoit une peT01[|Si

4o2 APPENDICE.

«nu bout de laquelle estoit une pie> etgens àrentonr^de tous estats, ayans arcs et arbalestes: et tirojént à la pie, à demonstrer que toutes gens tirer à la pie est mestier commun. Le quart fut un tonneau mis en un vignoble: où il yavoit deux manières de breuvages: dont l'an estoit bon et doux^ et lautre amer et mauvais: et sur le dict tonnesn avoitle personnage d'un hommc^ richement vesta:<iai tenoit en sa main un brief: où il estoit escrit^Q^i en vevr, si en prenne. Le cinquième esloit uu désert , ainsi que terre inhabitée: auquel a voit un tygre/menreilleosement vivement fait: lequel tygre se combatolt à renoontred'oD grand serpent. Le sixième estoit un homme sauvsgey monté sur un chameau: qui faisoit semblant et manièn d'alcr par païs. Le septième estoit le persminaged'oD homme > qui d'une perche batoit un buisson, plein de petis oyseaux: et près d'eux, en un vergcTi dos de IraDei de rosiers, faict tresgcntement, avoit un chevalier et uns dame, assis à table: lesquels mangeoyent les oisillont» dont Tun batoit le buisson: et monstroit la dicte dameras doigt, qu'il se travailloit en vain, et follement perdoit «m temps. Le huictième estoit un fol^ monté dessus on oon: et estoit entre plusieurs estranges montaignes de divenei roches, chargées de grésil, et de glaces^ pendans de bonne façon. Le neufième estoit un lac, environné de plnsieurs viles et chasteaux: auquel lac avoit une nef , à voile levée^ tousjours vagaut par Teaue du lac, ù par soy: et estoit ceste nef gentement façonnée, et bien garnie decliiMei appartenantes à navirp.

« La tierce table (qui estoit la moindre des deox autres) avoit une forest merveilleuse, ainsi comme êi œ fbst une forest dinde: et d^a^s celle forest estoyent plosieBA ,bcstes estranges. et d'estrange façon: qui se monvoyent d'elles mesmes, ainsi que si elles fussent vives. Le seoonl entremets de celle table estoit un lyon mouvant» attaché à uii arbre, au millicu d'un preau: et là avoit le persomuige

APPENDICE. 4o3

d'un homme j qui batoit k chien devant le lyon. Le tierd et dernier entremets estoit an marchand, passant par un vilage^ portant à son col une hotte de toutes manières de merceries pleine.

<c Or, pour deviser la manière du service et des viandes, ce seroit merveilleuse chose à racompter: et aussi j'avoye tant autre part à regarder, que deviser au vray n'en sçaaroye: mais de tant me souvient que chacun plat futfoumy de quarante huict manières de mets: et estoyent les plats du rost chariots étofés d-or et d^asur. Ent^e isalle, au plus près de la table> avoit un hatit buflFet, chargé de vaisselle d'or et d'argent» et de pots de cristal, garnis d'or et de pierreries; et n*aprochoit nul ce buflFet, plus avant des gar* des de bois, qui estoyent là faictes: si non ceux^ qui ser« voyent de vin,

K Ainsi comme au milieu de la longueur de là sale^ assez près de la paroy, à Topposite de la longue table, avoit un haut pillier : sur quoy avoit une image de femme nue: qui les cheveux avoit si longs, qu'ils la couvroyent par derrière, jusques aux reins: et sur son ch«f avoît un chapeau trèsriche: et estoit envelopée ^ ainsi que pour musser oùilappartenoit, d'une serviette^ à manière de volet bien déliée escritte, en plosieurs lieux, de lettres grégeoises: et gettoil cest image, par la mammelle droite, ypocras , autant que le souper dura : et aupri» d'elle avoit un autre pillier, large, en manière d'unhourd: snr« quoy estoit ataché, à une chaisne de fer, un lyon vif, en signe d'estre garde et deflFense de cest image: et contre son pillier estoit escrit, en lettres d'or, en une targe: Ife touchez à ma dante.

(( Mondiet signeur doncques, madame la dttchesse, 0t toute leur noble compaignie mirent assez longuement à visiter ces entremets. Toute la sale estoit pleine de nobles gens: et peu en y avoit d'autre». Là estoyent cinq hourda bien ordonnés, pour ceux qui ne voudroyent point seoir

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à table: qui tantost furent pleins d'hommes «t de Imiini»: dont la plus-part estoyent dëg^uisées: et tant en içay, qa^ y avoit des chevaliers et des dames de grand'maîaoDy et qui là estoyent venus de loing, les uns par mer, et ks autres par terre, pour veoir la feste, dont il estoit grande renommée. Pour le faire brief, après que ehacan eut aacx regardé les entremets, les maistres-d'hostel, qui la beson- ^e conduisoyent, vindrent faire rordonnanœ de l'aisiette.

(( Au milieu de la moyenne table s'assit mondict n- (rneur le due: et à sa dextre s'assit madamoiaelle, fille de monsieur le due de Bourbon: après elle monsieur de Qé Tes, madame de Ruvastain, nièce de madame la dudiesK, et femme de monsieur Adolf : et madame la duchesse fiit assise à la senestre du duc, avec madame de Chamyi ma* damoiselle d'Estampes^ monsieur de Sainet-Pol, madame de Beures, femme de monsieur le bastard de Bonrgongnei monsieur de Pons, et madame la ehanceliére. A la grande et seconde table fut assis monsieur du Gharolois, monsieur d'Estampes, monsieur Adolf, monsieur de Fiennes^ monsieur le bastard de Bourjj^ongne, et monsieur de Bornes, mesiés avec grand nombre de dames et de damoiselles, et aussi tant d'autres chevaliers, que les tahki estoyent pleines, d'un costé et* d'autre : et pareillement à la troisième table furent assis escuyen et damoiselles ensemble, en telle façon que les tables furent fournies.

«Quand chacun fut assis, ainsi que dictent^ en Pégliie ( qui fut le premier entremets ) sur la principale lablei sonna une cloche, treshaut: et, après la cloche ccaéti trois petits enfans, et une teneur, chantèrent une badouce chanson: et, lors qu'ils l'eurent acomplie, an puié ( qui estoit le premier entremets de la loo^fue taUe, eomme dessus ) un berger joua d'une musette moulVnumri lement. Apres ce, ne demeura guéres que, par la porH

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de rentrée de la sale, entra un cheval à reeoluns, richemeut couvert de soye vermeille: sur lequel avoit deux trompettes, assis dos contre dos^ et sans selle, vestus d« journades de soye, grise oa noire, chapeaux en lears testes, et faux visages mis: et les mena et remmena ledict cheval, tout au long de la sale, à reculons: et tandis ils jouèrent une batture,de^ leurs trompettes: et y avoit» à conduire cest entremets, seize chevaliers, vestus de robes de la livrée. Cest entremets accompli, en Teglise fust joiié des orgues: et au pasté fiist joué d*un cornet d*Alemaigne, moult estrangement: et lors entra en la sale un luyton, ou un monstre tresdefiguré: qui, du faux du corps en bas avoit jambes et pies de grifon velus, et grans ongles: et, depuis le faux en amont, avoit forme d'homme: et, avoit vestu une jaquette juste, de soye blanclie, rayée de verd, et chaperon tenant en sus. 11 avoit estrange barbe et visage. U portoil en ses mains deux dards, et une targe. Il avoit sur sa teste un homme» les pies dessus: qui se soustenoit par ses deux mains sur les espaules du monstre: et ledict monstre estoit monté 9ur un sanglier, couvert richement de soye verde; et, quand il eut fait son tour parmy la sale, il s'en retourna, par où il estoit venu. Quand le luyton s en fut retourné, ceux de l'église chantèrent: et au pasté fut joiié d'une doucine, avec un autre instrument: et tantost après sonnèrent» moult-haut, quatre clairons: et firent une joyeuse bature. Ces clairons estèrent derrière une courtine verde, tendue sur un grand hourd, faict au bout de la sale.

c( Quand leur bateure finit, soudainement fut tirée la courtine: et là fut vou, sur le dict hourd, un personnage de Jason, armé de toutes armes: qui se prommenoit en celle place, regardant au tour de luy, comme s il fust venu en terre estrange. Puis s'agenouilla, et regarda vers le ciel : et lisit un brief que Medée luy avoit baillé, quand il se partit d'elle, pour la Toison d'or conquerre: et, à sou

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relever, il veit venir contre luy , grands et horribles beii&, qui luy vindrent courir sus: et tantost ledict Jasea goocIhi sa lance, et s'apoincta pour combatre ces béates; qui Tassailloyent de merveilleuse force, et si-vivement que c'es^ toit effrayante chose à regarder: car ils gettoyent £m et flambe par les naiûnes, et par la gorge: et ledict Jaaoa se deffendoit et combattoit par si-belle façon, que tons disoyent qu'il avoit une contenance d'honune-de-bieii. La bataille dura longuement, et tant que le dict Jason getta sa lance, contre les bœufs: et mit la main à l'espée: et, en soy conibatant, luy souvint que Médee luy avoit donné une fiole, pleine d'aucune liqueur^ ayant teUe vertv^ qu'au moyen de ladicte liqueur il pouvoit lesdicts bœob matter, et subjuguer, et esteindre leur ardent feu: qmlay nuisoit fort. Si prit la fiole: et getta la liqueur contre h» museaux desdiets bœufs: et prestement ils se rendirent domptés^ veineus, et mats: et à tant fut la eonrtine reÉrée: et cessa ce mist^re, pour celle foisi^ Après ce mistére fut joué des orgues, en 1 église,, par le long et espace d*iui motet: et tantost après fust chanté au pasté, par trcMs douces voix, une chanson tout du long: laquelle se La sau^fC' garde de ma vie.

a Puis par la porte, dont les autres mets estoyent après ce que Féglise et le pasté eurent chacun jodé qnate fois, entra dedans la sale un cerf,merveillensenientgraol et beau; lequel estoit tout blanc, et portoit grandes cornei d'or: et estoit couvert d'une riche couverte de soye wmeille, selon mon advis. Dessus ce cerf estoit monté mi jeune fils, de Faage de douze ans, habillé d'aile nk courte de velours cramoisy, portant sur sa teste na prtit chaperon noir^ découpé: et estoit chaussé de genissoidiéii €e dict enfant tenoit, à deux mains, les deux cornes dndict cerf. Quand donques il entra dedans la sale, lors it commença le dessus d'une chanson, moult-haat et dur et ledict cerf chanta la teneur, sans y avoir antre. |K^

sonne, sinon Tenfant, et Vartifiec dudict cerf: et nommoit on ladicte chanson , qu'ils chantoyent, Je ne vey onques ia pareille j etc. En chantant, comme je vous raeompts ils feirent le tour par-devant les tables: etpuiss^en retournèrent: et me sembla bon cest entremets, et voulontiers veu^ Apres ce bel entremets du blanc cerf et de Tenfànt, les chantres chantèrent un motet dedans Teglise: et au pasté fut jolie d'un lut, aveques deux bonnes voix: et ^aisoyent ainsi tousjours leglise et le pasté quelque chose entre les entremets.

«Après ce, quand ceux dudict pasté eurent fait leur devoir, sur le hourd, auquel Ion monstroit Thistoire de Jason, sonnèrent une bateureles quatre clairons, qui parafant avoyentjoué: et, après celle bateure achevée. Ton tira la courtine, dont devant est faicte mention:- et à tant fut veu Jason: qui se promenoit, tresrichement embattonné, comme à l'autre fois. Si luy avint^ à cest heure, que tout soudainement luy vint courir sus un treshideux et epouventable serpent. Ce serpent donques avoitla gorge et la gueule ouverte, les yeux gros et rouges, et les narines enflées: et estoit composé et édifié en telle façon, que par sadicte gui ule, et par la plus-grand paît de ses conduits, il gettoit venin trespuant, et feu et fumées merveillables. Quand Jason regarda ce serpent, et le veit venir et tirer vers sa personne, il se mit en deffense moult bien, et tresordonnément: et là Recommencèrent àcombatre ledict Jason et le serpent: et en ce feirent siphon devoir, que ce ne sembloit pas mistére, ainçois sembloit trop mieux une tresaigre et mortelle bataille: et, pour Tassouvissement de leur personnage^ Jason luy getta sa lance: puis le combattit de son espée: et tint manière de soi remembrer d'un anneau, que Medée lui donna, servant à ceste bataille. Si le monstra au serpent: et prestemment il fut vinca: et lors Jason le fent tant de son espée, qu'il lui coupa La teste devant tous: puis luy aiTacha les dents, et lea meit en une

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gibecière > qu'il portoit: et èi tant fut la conrtiDe retirée. A tant fut jolie des orgues en Veglise: et aa paslé jouèrent de flustes quatre ménétriers.

a Puis par le haut de la sale partit, d'un bout, un dragon ardant; qui vola la plus-part de la longueur de la la» le: et passa outre, tellement que Von ne sceut qu'il devint: et lors chantèrent ceux de 1 église: et au pasté jouèrent de vieilles les aveugles. Après, à un des bouts de la sale, en haut, partit tout en Pair un héron: qui fut eacriéde plusieurs voix> en guise de fauconniers: et tantost partit, d un autre bout de la sale> un faucon qui vint toupier et prendre son vent: et d'un autre costé partit un autre fao* con: qui vint de si-grande roideur, et ferit le béroo si rudement^ qu'il labattit au milieu de la sale: et, aprit la criée faite^ ledict héron fut présenté à moncUct signeor: et alors fut encores une fuis chanté en PégUse: et au païAé jouèrent trois tabourins ensemble.

« Après ce j^ sonnèrent les quatre clairons sur le hoard: et, leur bateure achevée, fut tirée la courtine: et là fol veu Jason, armé et embattonné: qui les beûb ayoit alschés à une charrue, qu*il tenoit et gouvernoit à guise de laboureur: et faisoit les beufs aler et tirer. Quand il eut labouré la terre, il abandonna les beufs: et prit les deoti» qu'il avoit arrachés au serpent: et les sema parmy h terre, qu'il avoit labourée: et, selon ce que ledict Jasoa aloit avant, en employant la s^nence deadîcles deobj sourdoyent et naissoyent gens armés et embattonnés: cl regardèrent l'un lautre, et s'entrecoururent sus sifiéitment, qu ils se firent le sang couler, et à la fin s*eiil»tuèrent, en la présence de Jason (qui les regarda, qnaai il eut semé les dents ) et, prestement qu'ils se furent tw abatus et occis devant luy, la courtine fut retirée.

Le mystère accomply^ l'on joua des orgues en TëgliM: et au pasté fut une chace, telle qu'il, semUoit q[n'il yoMl petits chiens glatissants, et braconniers huans, et sans di

Irompeltellcs, comme 8*ils fussent en une forest: et par celle chace finit Tentremets dudict pasté. Tels furent les entremets mondains de celle festé: et laisseray à tant à en parler, pour compter d un entremets pitoyable: qui me semble le plus espécial des autres: et fut tel.

Par la porte, où tous les autres entremets estoyent passés, et entrés, vint un géant plus-grand, sans nul artifice» qui je visses onques, d'un grand pié,vestu d'une robe longue de soye verde, rayée en plusieurs lieux: et sur sa teste avoit une tresque, à la guise des Sarrasins de Grenade: et en sa main senestre tenoit une grosse et grande guisarnie, à la vieille façon: et à la dextre menoit un éléphant j couvert dé soye: sur lequel avoit un chasteau: où se tenoit une dame, en manière de religieuse, vestue d'une robe de satin blanc: et par dessus avoit un mainteau de drap noir: et la teste avoit afulée d'un blanc couvrechef» à la guise de Bourgongne, ou de recluse: et,si-tots qu'elle entra dans la sale, et elle veit la noble compagnie qui y estoit, lors, comme nécessairement embesogi^ée, elle dit au géant, qui la menoit.

Géant, je veuil cy arrestcr:

Car je voy iioble compaignie : ' A laquelle me faut parler.

Geaut,je veuil cy arrestcr.

Dire leur veuil et remonstrer Chose, qui doit bien estre ouye* Géant ^ je veuil cy arrester:

Car je voy noble compaignie.

Quand le géant ouy la dame parler, il la regarda moult effrayénient: et toutesvoyes il n arresta. jusques il vint devant la table de mSnsieur: et là s'assemblèrent plusieurs gens, eux emerveillans que celle dame pouvoit estre. Parquoy, si-tots que son elepbantfut arresté^ elle commença une compleinte, telle, que cy^^près est escrite.

4io APPENDICE.

Helas^ belas^ moj douloureuse, Tri ste , déplaisante , ennuyeus* , Désolée, las ; peu- heureuse

La plus, qui soit.

Chacun me regarde, et me Toyt« :

Mais ame ne me recognoit:

£t me laisse on , sur cest endroit^ Eu tell* langueur, Qu^ame Tivant n'eut onques telP douleur. J^aj cueur pressé d^amertume et rigueur » Mes yeux fondus, flestrie ma couleur,

Qui bien y Wse , Oyez mes plaints « vous tous, ou je ravise. Secourez moy , sans le mettre en feintise. ] Plourez mes maux : car je suis saine te Eglise ,

Lavostremère, Mise h ruine , et k douleur amére, Foulée au pié , par aspre vitupère:

Et mes griefs maux porte, souffre, et compère

Par voz dessertes.

Petitement vous souvient de mes pertes r Hjesquelles sont si cléres et apertes:

Mes manoirs ars, et mes places déserte^ ^

Et mes enfans Mors et noyés, et pourris parles champsr^ Où sont chartiers , foiblement Dieu croyans^ Mon dommaine est es mains des mécroyaos.,

J^en suis ohacée Honteusement , comme pauvre égarée p Mussant, fiiyant, par dure destinée.

Si lassée, siesteincte, et grevée,

Qu'a peine say .

Dire les maux, où je suis, et que j'ai. Plus me eomplains, et moins de secours j'ej» Ma pauvreté toutesfois maintiendray,

Pour essayer Lesquels premier se voudront empleyer  secourir saincte-Eglise , et aider:

Qui ne requiers le travail sans mestierU

Ainsi je cours De lieu en lieu^ et puis de tours entoura» Cciant premier l'Empereur au secours:

Et pui«-aprèsje gette cris et plours, -

AtoDleontrance,

Pour eslre ouie, et avoir allegcaiica

Devant le treschrétien roj de Franco,

Viclorieui: oùj'ay bien ma fiance.

Et doy a"ir.

Fuis «hemine , saus gurrrs rcmaitair.

Aux «utrei roys, pour leur faire sa-rnir

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