DES PLEURS
Le vendredi ensuivant, qui fut le neuvième jour du mois, fit ses armes un écuyer nommé Gaspar de D ntain, lequel ctoit tenu par vraie espérancei et reuommé pour l'un des plus puissants hommes de
toute la duché et comté de .Bourgogne. Et à celui jour le chevalier gardant le pais delà fontaine des pleurs, comme autres fois. avait accoutumé, àPheure de onze heures se partît des Carmes et entra en son })ateau, ensemble sa compagnie; et lui venu es lices, alla tout droit devant le juge fa^irç sa représentation. Et ce fait entra en son pavillon pour soi armer comme accoutumé avoit. Ne demeura guère après d^espace, que le dit Gaspar arriva aux lices, où à Feutrée lui fut présentée une verge d^or^ comme aux autres on avoit accoutumé de faire; et après ce entra en son pavillon , où il s'arma. Ce temps durant , les hachçs furent apportées devant le juge pour les visiter, Les cris furent faits et toutes les autres cérémonies, et puis issirent hprs dç leurs pavillons. Le chevalier du pas étoit armé et habillé en la manière qu'accoutumé avqit , excepté qu'à sa jambe dextre n'y avoit point de hamas: et celui Gaspar étoit armé de toutes, pièces, le bassinet en la tête, sa cotte d'armes vêtue; et étoieut ses armes, de gueulles à une face d'argent, et trois rondelles de lances de même, et sur la dite face une étoile de gueuUes. Eux voyants l'un l'autre prêts, moult viveuient se partirent et marchèrent Pun contre Pautre, tant qu'ils s'assemblèrent devant le juge, où celui Gaspar requit et demanda soixante quatre coups de hache, où ils se combattirent bien et vaillamment: mais avant ce qu'ils eussent assis dix coups dehaçhe, la hache du chevalier au pas fut fendue, et tant que la dague, et la virole de dessous churent à terre, mais non-pourtant (néanmoins), si lirent-ils et ac-^
aGa CHRONIQUE DU BON CHEVALIER
complirent tout ]e nombre de soixante quatre ooups bien et V£(illam.ment. Le nombre accompli, le juge jeta le bâton et les fit venir devant lui, en leur disant, que bien et vaillamment ils avoient accompli leurs anues, selon le contenu es chapitres, et qu'ils touchassent ensemble et fussent bQus amis, lesquels ainsi le firent Puis s'en allèrent chacun désarmer en leurs pavillons et retournèrent çn leur logis, ($t ainsi se finèrent et passèrent les dites armes.
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