INSTITUTION
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£*0rî»re la 'îtowoii b’or , à lîrugea ,
ET
De tous les ordres de cheralerie que le moyen-âge vit instituer , le plus célèbre fut sans contredit celui de la Toison d’or. Ge fut le 10 janvier 14S0, à l’occasion des fêtes célébrées à Bruges lors de son mariage avec Isabelle ou Elisabeth de Portugal, que Philippe-le-Bon, fils de Jeansans-Peur , établit l’ordre de la Toison d’or.
Par suite de ce mariage le duc prit pour devise les mots: Aultre n'aray, qui étaient brodés au commencement sur les manteaux des chevaliers. L’ordre était placé sous la protection de la Vierge et spécialement de l’apôtre St-André , patrons de la Bourgogne.
Au chapitre 168 des mémoires du sieur de St-Remy, on trouve la copie des lettres de l’institution de la noble ordre et confrérie de la Toison d’or, publiées à Lille ^ le 37 novembre 1-431 (1).
(1) A l’occasion de la pnblication de ces statuts il y eut i Lille des fêles qui durèrent huit jours. Un boeuf entier fut rêti pour être sers» aux conTÎTes rassemblés dans le palais de Rihoult, Les magistrats commaudèrent en même tem[W au gfrand pâté troué à sa base, ainsi que la-
La première institution ne se composait que de vingt-etun chevaliers, gentilshommet de nom et d’armes et sans reproches. Dans la publication faite à Lille il en est nommé vingt-quatre, mais M. De Barante se trompe en avançant que l’ordre devait se composer dans le principe de trente* et-un chevaliers.
Avant de parler des motifs auxquels on a attribué la création de l’ordre , de ses insignes , des statuts et des privilèges, nous nous occuperons quelques instants du mariage du duc avec sa troisième épouse.
Jean Lefèvre , Bourguignon , seigneur de St-Remy , roi d’armes de la Toison d’or et dont les curieux mémoires ont été publiés, en partie dans Le laboureur, à la suite de Vanonyme de St-Denis, ensuite plus complets par Buchon, a donné de grands détails sur ce qui concerne les fêtes qui précédèrent Tinstitntion de la Toison d’or.
Comme cet auteur a été employé activement dans toutes les affaires de ce temps et qu’il est peu connu de la plupart , nous croyons intéressant d’y puiser ce qui concerne le maria;;© d’Isabelle de Portugal.
Après être restée huit jours à l’Écluse pour se refaire de la mer, cette princesse partit le huitième jour de janvier 1429 (1430) pour Bruges, où Thôtel do duc avait été préparé en conséquence de cette auguste réception.
table (or laquelle on le posa. Lorsqu'on vint à l'ouvrir, il en sortit douze valets de ville, vêtus en fous. Le lendemain du festin Philippele-Bon se promenant sur 1a place d'armes, où il y avait alors un puits, aperçut les mêmes fous qui montaient et descendaient le long de la ohainedn puits, de sorte que l'on eut dit que l’on y puisait des fous ; si bien que le prince les apercevant s’écria : Voilà le» *ot» de Lille / Se-là provient le dicton un peu mordant qu’on consacre aux habitants de cette ville. Voir l’histoire de Lille, par Lucien de Rosny , p. 133.
Comme l’on craignait qu’il ne fut trop peu vaste , l'on avait muré aux deux extrémités , la rue y attenante , afin d'y établir différentes constructions.
Dans la rue devant l’hôtel était placé un grand et beau lion en bois , richement peint, tenant en l’une des pattes de devant un fusil et de l’autre une pierre. De cette pierre coulait du vin blanc et du vin rouge , dans un grand bassin où chacun pouvait venir puiser à volonté. Ce vin coula jour et nuit durant tout le temps des fêtes.
Dans la cour avaient été élevés sur une estrade un cerf et une licorne, également en bois doré, et tenant des vases, d’où s’écoulaient l’hypocras et l’eau rose, pour les serviteurs de l’hôtel.
Les constructions faites à l’intérieur , à cette occasion , mais qu on abattit ensuite, furent trois grandes cuisines, trois rôtisseries, grandes et plantureuses, dit la chronique, six dressoirs pour recevoir les plats de diverses espèces, les potages , les viandes bouillies , les gelées , les viandes rôties, les pâtisseries et les fruits et entremets. En outre une grande salle en bois de 140 pieds de long , sur 78 de large. A l’un des bouts était une belle cheminée et à l’autre des portes d’entrée. Elle était ornée de festons et tendue de haut jusques en bas de beau drap de trois couleurs rouge, bleu et blanc , parsemé de la devise du duc.
Au milieu, dans un verdoyant préau, artistement fait, 8 élevait un arbre doré bien touffu , aux branches duquel appendaient des écus armoriés des armes de tous les pays soumis au pouvoir de Philippe. Sur des estrades tout autour de la salle brillait quantité de fine vaisselle d’or, et de vermeil. Lorsque le soir était venu, on allumait un immense candélabre en bois, couvert d’une multitude de bougies, qui faisaient un très-bel effet.
Par tout l’hôtel ou servait à toutes les heures dîners et
aoopers en vaisselle d’argent, et les dressoirs demeuraient toi^'onrs foornis.
Plnsienrs autenrs bien connus , qne nous avons rappelé dans nos antres ouvrages, ayant décrit les magnificences déployées dans le palais, nous ne nous étendrons pas davantage sur ce point, et nous nous occuperons des daines et seignenrs qui vinrent à Bruges , empressés d’assister à eette belle fête.
Les principaux seigneurs étaient le comte de Conversan ( dans le royaume de Naples ) , qui fut depuis comte de St-Pol, ses deux fils, l’ëvèqne de Liège , le comte de Blanquenebem , Messire Jean de Luxembourg, qui fut depuis comte deLigny et de Guise, Jacques de Bourbon, seigneur de Préaulx , le seigneur d’Anthoing , le vidame d’Amiens, le seigneur deMontaigu, et plusieurs autres tant de Bourgogne , de Picardie , de Flandre , de Hollande, de Zélande , que d’autres provinces.
Au nombre des dames, l’on remarquait d’abord madame Anne de Bourgogne, duebesse de Bedfort, épouse du régent de France. Elle passait pour la plus gracieuse personne qu’on put voir. On peut s’imaginer quelle suite de chevaliers et d’écuyers , de dames et de demoiselles , une telle princesse amenait avec elle.
La comtesse douairière de Namur y parut aussi , noblement accompagnée de quantité de chevaliers et d’écuyers , tous vêtus de sa livrée de drap de satin noir relevé de broderies en argent. Ce cortège se composait bien de cent personnes y compris les dames et les demoiselles, toutes montées sur de beaux chevaux fringants. Madame de Beaurevoir , femme de Messire Jean de Luxembourg , entra le vendredi 6 janvier , suivie de cent vingt cavaliers et écuyers. Elle était assise en un chariot couvert et garni
de drap d’or. A côté marchaient six gentilshommes, et deux varlets menant deux haquenées à la main.
Le cortège de la dame d’Anthoing était de quatre cents cavaliers. La dame de Croisilles sa nièce l’accompagnait aussi à cheval, suivie par cinq demoiselles richement habillées , et de grand’foison de chevaliers , écuyers et damoiseaux portant la livrée du sire d'Anthoing, rouge brodé d’or.
La sénéchale de Hainaut arriva le même jour. Sa suite se composait d'environ quatre-vingts personnes à cheval, parmi lesquelles plusieurs notables chevaliers, dmnes et demoiselles.
Après on vit encore quantité d’autres nobles beautés de Flandre, dont nous ne ferons pas mention de peur d’être trop long.
Pour en revenir an royal couple , le dimanche huit janvier, le duc s’embarqua, accompagné de ses gens, montés sur six beaux vaisseaux pavoisés et armoiriés aux armes de Portugal. Il arriva à dix heures du matin aux portes de la ville de Bruges.
Les magistrats, le clergé et une foule de peuple se rendirent au devant de lui. Ceux de Gand, d’Ypres et d'autres villes de Flandre se trouvaient aussi présents, et déployaient une grande magnificence. Un chariot suspendu, couvert de drap d’or, que la régente de France, sœur du duc, avait envoyé comme cadeau, attendait la jeune épouse. On assurait qu’il y avait dans les ornements plus de six marcs d’argent doré et émaillé. Il y avait en outre une litière toute neuve , si richement ornée qu’elle surpassait tout ce qu’on connaissait jusqu’alors en ce genre. Isabelle y monta seule. A côté marchaient à pied plusieurs gentilshommes , tenant les deux coursiers qui portaient la
litière. Deux cavaliers seulement l’accompagnaient, Don Ferrand son frère , et le seigneur de Roubaix , pareequ’ils ne pouvaient aller à pied. Derrière venait une foule de chevaliers et d’écuyers , le roi d’armes , des hérauts , des trompettes etc.
Le cortège fut près de deux heures à traverser la ville, pour arriver à l’hôtel du duc , tant la presse des specta* teurs était grande. Les mes sur le passage étaient décorées de drap rouge, sans autre mélange de couleur.. Tous 'les corps de métiers formaient la haie , et à chaque coin de rue se trouvaient leurs trompettes qui faisaient retentir l’air de leurs instruments en argent massif.
Trois de ces corporations possédaient à elles seules oent cinquante de ces trompettes.
D’un bout à l’autre de la Grand’Placo , on avait construit en bois, une rue nouvelle en estrade, toute chargée de peuple.
On voyait encore , échelonnés le long du passage , en belle ordonnance, les archers, arbalétries et arquebusiers.
A la porte de l’hôtel se tenait une compagnie de soixante-seize trompettes, qui sonnèrent tous à la fois à l’arrivée de la princesse Isabelle. Elle entra dans la cour, alla jusques aux pieds des degrés, y descendit de sa litière, et fut reçue et complimentée par la duchesse de Bedfort régente de France, accomptagnée d’un flot de nobles dames et demoiselles.
Tout ce monde entra ensuite dans la chapelle où le service divin fut célébré. Les dames allèrent se rafraîchir après la cérémonie, et revêtir de nouveaux costumes encore plus riches que les premiers.
Lorsqu’on se fut reposé quelque temps dans la grande salle do réception, le duc, suivi des chevaliers, barons et
seigneurs de sa cour, vint souhaiter la bienvenue aux dames, puis se retira pour dîner à part, dans ses appartements , et chacun fut prendre place au magnifique banquet qui n’attendait que les convives.
Comme en tous les grands banquets de cette époque , on imagina les plus singuliers entremets : c’était des hommes sauvages à cheval sur des cochons de lait rôtis, et armoiries des armes du duc ; de hauts châteaux carrés à quatre tours et une grosse tour au milieu, où sur la terrasse ou plateforme se tenait un homme sauvage appuyé sur une bannière aux armes du duc et sur les quatre tours des dames ayant en main des pennons aux armes des divers pays soumis à la maison de Bourgogne.
Ua des pliu bizarres de ces entremets fut un immense pâté qui renfermait un mouton vivant , teint en bleu et les cornes dorées ; dans la même prison se trouvait un nain nommé Hausse , très-leste et alerte , couvert d’une peau de béte fauve.
Quand le pâté fut ouvert, le mouton sauta à bas de la table , et Hausse courut lutiner et folâtrer avec madame d’Or, la plus gracieuse folle en titre d’ofiiee, de la cour. II était presque soir lorsque l’on eut dîné. Les grâces dites, les dames se retirèrent, et allèrent de nouveau revêtir d’autres costumes, pois on dansa jusqu’après minuit et alors il fut publié qu’il y aurait joutes le lendemain.
Les tournois, les combats sur la Grand’Place de Bruges, les festins et les divertissements de tous genres, durèrent six jours entiers, sans interruption.
La magnificence qu’on vit en cette occasion surpassa le faste déjà si célèbre de la cour de Bourgogne.
Le doc Philippe donna à sa nouvelle épouse un train plus riche et plus nombreux que n’en avait aucune reine
de la chrétienté. St-Remy dit que l’année de son mariage, Philippe dépensa plus de six cent mille saluts (1).
' M. De Reiffenberg a publié, en 1830, un magnifique ouvrage sur l’ordre de la Toison d’or et son institution. Par suite des circonstances politiques, l’édition presqu’entière était restée sous le scellé , de sorte que ce savant travail n’avait pu être livré au public jusqu’à présent; heureusement plusieurs exemplaires ont tout récemment été mis en vente.
Il est à regretter que les statuts de Tordre n’aient pas été imprimés en entier dans ce beau et bon livre. Ils se trouvent dans la Jurisprudentia Heroica, par Christyn.
M. De Reiffenberg rappelle les cas où Ton a fait usage de l’article par suite duquel , conformément aux réglements d’ordres religieux qui avaient précédé l’établissement de celui delà Toison d’or, on devait réprimander en plein chapitre ceux des membres contre lesquels il existait des sujets de plainte ou de reproche. Quelle importance ne devait pas avoir cette forme disciplinaire quand ou pense qu’elle s’appliquait à des chevaliers du plus haut rang, et qu’en sa ijualité de membre , le chef souverain subissait à son tour la correction capitulaire !
On attribue à divers motiis l’idée de cette institution , les principales sont la galanterie et la politique.
Nous avons déjà parlé , dans notre Précis des annales de Bruges de l’opinion émise par Colomiès et par André Tavin sur le premier de ces motifs. C’est une demoiselle Marie Van Crombrugge, une des nombreuses maîtresses
(1) Ainsi appelé pareeque cette monnaie offre la salutation angcliqne avec le mot Ave. Dans les Saluts de Napels, on lit Ave ilfaria etc. Le Salut valait environ vingt-deux sols parisis.
qu’eut Philippe , qui serait l'héroïne , d’après cette donnée historique.
D’autres pensent que l’institution n’avait eu pour but que d’augmenter le nombre des partisans de la maison de Bourgogne.
On sait que les insignes de la Toison d’or était un petit mouton suspendu à un collier formé de fusils et de cailloux d’eù jaillissaient des flammes. Le fusil ou briquet avait la forme d’un B.
On a fait plusieurs conjectures sur cet emblème et la plus probable nous parait celle qui y voit une allusioa au commerce et aux manufactures de laine qui firent longtemps la principale richesse de la Belgique.
Les chevaliers jouissaient de privilèges très-étendua. Une ancienne fondation leur attribuait deux pots de via et dix liards de pain , chaque jour qu’ils seraient en cour.
Le héraut ou roi d’armes devait être versé dans la science du blason. 11 fut souvent chargé des plus impmv tantes négociations. Il y avait en outre un chancelier, oa greffier et un trésorier.
' Le chapitre général tenu à Gand, en 1669, est le dernier qui ait été convoqué.
En 1677, l’ordre ayant perdu la plupart de ses membres, Philippe II obtint par bref de Grégoire XIII , la permissioa de les remplacer , sans tenir chapitre.
Le même souverain, en cédant à l’Infante Isabelle-Claire- Engcnie, sa fille aînée, les Pays-Bas et le comté de Bourgogne , s’était réservé la dignité et les attributs de chef de l’ordre de la Toison d’or. i
Le roi d’armes , le chancelier et le greffier se retirèrent par suite, à la cour de Madrid. Le trésorier seul resta dans les Pays-Bas, jusqu’à la domination des Françab,
attendu que le trdsor n’en pouvait sortir aux termes des statuts.
II. y eut de grandes contestations pour savoir à qui revenait la dignité de chef et souverain de la Toison d’or, ou aux rois d’Espagne, ou aux princes de la maison d’Autriche. On peut en lire les détails dans l’ouvrage de M. De Reiffenbcrg.
Depuis le traité conclu à Aix-la-chapelle en 1748, où il n’est fait aucune mention à l’égard de cet ordre , les chefs de la maison d’Autriche, et de la branche des Bourbons qui règne en Espagne , ont conféré , chacun de leur côté , le collier de la Toison d’or, mais il en est arrivé de cet ordre, comme de tous ceux du même genre, le but n’a plus été le meme. Les institutions sont devenus tout autres, les bases de l’ordre politique étant changées.
Nous avons parlé an commencement de cet article des corrections capitulaires. 11 ne sera peut-être pas sans intérêt de résumer ici les divers cas où elles furent appliquées à des souverains de la Belgique.
Les registres de l’ordre n’apprennent point que Philippele-Bon , ait éprouvé la censure des chevaliers ; mais dans le chapitre de 1468, on fit à Charles-le-Téméraire qui lui succéda , diverses remontrances parmi lesquelles on remarque celles-ci: Que parfois il parle durement à ses serviteurs ; que ses sujets sont trop foulés quand il compose son armée. On lui demande qu’il veuille tenir les choses qu’il promet, et qu’il soit véritable en paroles, qu’il ne fasse plus la guerre sans bon et mûr conseil. Le duc, ce qui est à remarquer, reçut ces observations avec bonté et j répondit à la satisfaction de l’assemblée.
Dans le chapitre de 1473, on fit de nouvelles remontrances sur les mêmes points et le duo les discuta avec les chevaliers . ,
Par la mort de la duchesse Marie, Maximilien perdait nécessairement sa qualité de chef de l’ordre , qu’il n’avait exercé qu’au nom de sa femme ; après do longues explications, on la lui conserva pendant la minorité de son fils. Dans le chapitre de 1491 , on lui reprocha de marquer trop d’indifférence sur ce qui se commettait contre son service , de promettre trop légèrement , de ne pas distinguer assez, dans les distributions de ses grâces, les sujets qui étaient fidèles, de ceux qui ne l’étaient pas; on l’accusa même d’aVoir laissé impunis des crimes énormes et irrémissibles et surtout le meurtre commis en la personne de Lancelot de Berlaimont.
En 1500, les membres du chapitre déclarèrent avec modération et bienséance, que le roi des Romains soutenait ^trop les injustices de Guillaume de Vergy, contre Claude Toulongeon, et ils ajoutèrent que s’il refusait de prêter un appui égal à ce dernier confrère , il aurait le droit de renvoyer à l’ordre le collier qu’il en avait reçu.
Le jeune duc Philippe-le-Beau , âgé de 18 ans, assista au chapitre de 1491. On jugea convenable de lui faire des remontrances sur ce qu’il avait trop d’ardeur pour le jeu, et on lui ordonna, par forme de pénitence, de dire un Pater et un Ave. Le jeune prince remercia les chevaliers, les assura qu’il se corrigerait , et qu’il acquitterait avec plaisir la pénitence qui lui était imposée.
Postérieurement , lorsqu’il fut devenu chef et souverain de l’ordre, les chevaliers l’avertirent qu’il ne marquait pas pour les confrères toute l’estime qu’il leur devait, ils se plaignirent de ce qu’il ne les appelait pas pour délibérer sur les affaires , comme les statuts l’ordonnaient , qu’il ne les maintenait pas, eux et les officiers de l’ordre, dans la jouissance de leurs privilèges; qu’enfin il avait très-mal pourvu à l’administration de la justice , én la confiant à des
personnes jastmnent (axees d’iiisulTisance ou de négligence. Le souverain fit des excuses et des promesses.
Dans la séance du 22 janvier loOO, le due Charles de Luxembourg, depuis Charles-Quint, fut noiuinc chevalier, n’étant enwre âgé que d’environ onze mois.
Dans le chapitre de 153-4, on lui représenta qu’il était lent dans l’expédition des affaires ; qu’il s’occupait beaucoup de petites choses et négligeait les plus importantes ; que son conseil qu’il consultait rarement ou qu’il ne consultait point, n’était pas pourvu d’un nombre suffisant de conseillers, qu’il n’avait pas soin de composer d’une manière convenable les tribunaux de justice , où d’ailleurs les affaires traînaient en longueur, enfin qu'il payait fort mal les gens de guerre et ceux de sa cour. L’empereur écouta ces remontrances avec bonté , et donna des explications et des promesses.
Dans le chapitre de lo-lo, on lui reprocha qu’il n’observait pas les statuts et ordonnances de l’ordre , et que , de sa seule autorité et sans une décision des chevaliers assembles en conseil , il avait fait retenir à Rupelmonde un roi d’armes; qu’il avait pareillement manqué aux statuts, en exécutant des entreprises importantes , notamment celles contre Alger et Tunis , sans en informer préalablement les chevaliers ses confrères , même ceux qui étaient près de lui; qu’il s’exposait trop à la guerre; enfin que tout le monde se plaignait de sa lenteur dans l’expédition des afiaires , et de cc qu’il avait plusieurs dettes qui fournissaient aux créanciers l’occasion de murmurer hautement. Charles-Quint donna des explications, dit que s’il avait failli cc n’était que par inadvertance, et il assura que désormais il serait plus attentif à remplir ses devoirs avec exactitude.
Dans le chapitre de 1545, on représentas Philippe II, alors prince de Castille, qu'il était trop prolixe dans
l’cxpéclition des affaires; qu’il employait trop de temps à s’ajuster, et qu’il aimait trop la solitude; mais quand Philippe fut devenu chef de Tordre, le chapitre tenu en 18o5, trouva que ce souverain réunissait plusieurs bonnes qualités, nommément qu’il était clément, affable, humble, libéral et (^rand justicier.
Cependant lors du chapitre de 1859, tous les chevaliers se plaignirent de ce que Philippe II ne les maintenait pas dans leurs prééminences et droits, et demandèrent qu’on lui rappelât que l'article VI des statuts enjoignait au chef de n’entreprendre aucune haute besogne, sans en avoir communiqué auparavant avec les chevaliers.
Depuis l’institution de Tordre, jusqu’à la cessation des chapitres, il n’en fut tenu que vingt-trois.
Cmprisontmnfnt î>f Üloxirntlten,
ET
VISION de’ce prince.
J’ii veu par mutinage
, Bruges mettre les mains
Au digne personnage Boy sacré des Romains.
Ses chevaliers, ses nobles.
Son mignon fort fringant Pis loges qu’en vignobles,
Emprisonuex à Gand;
Bruges mist à torture Chevaliers et barons Sans raison et droicture Comme on feroit larrons;
Par gent rude et méchante Fut lors sur le marché D'une espée trenchante Maint noble despesché.
Les ëvénements rappelés dans ces Ters des Faicts et dicte de feu de bonne mémoire maistre Jehan Molinet, page 230, édition de 1540, forment un des plus sanglants événements de ce siècle. Nous en avons déjà parlé ailleurs, mais il est des particularités peu connues que nous rapporterons ici et qui peindront l’époque.
Tous les efforts de Maximilien pour apaiser la révolte des Brugeois avaient été vains , parce qu’il n’agissait point avec franchise, et que les corps de métiers étaient trop
exaspérés. Enfin par suite d’une lettre que les Brugeois reçurent de ceux de Gand, dans laquelle ils leur disaient qu’ils devaient se mettre au-dessus du roi, lui imposer les conditions de la paix , et que la ville de Cand leur prêterait main forte, les conjurés, après s’être réunis et avoir délibéré dans la maison de Jean Canneel, située au cèté ouest de la Grand’Place , résolurent d’un commun accord de 8 emparer de Maximilien. A cet efiet ils l’envoyèrent prier de vouloir bien se rendre sur la place où la commune était assemblée. L’empereur, comptant arriver à un arrangement, consentit a cette démarche , et, accompagné de quelques seigneurs seulement, se présenta aux corps do métiers rassembles en arines. Afin d’être bien accueilli, il alla de bannière en bannière saluer les doyens et leurs gens. Cette cérémonie achevée, les chefs de la révolte s’avancèrent vers lui, et lui firent connaître le contenu de la lettre des Gantois , disant qu’il fallait en finir. Maximilien, voyant l’effervescence populaire, répondit avec le plus de calme possible , qu’il retournerait en son hôtel et y demeurerait jusqu’à ce que tout fût arrangé à la satisfaction des deux parties, mais les dix-sept métiers ne voulurent point y consentir, et répliquèrent que, puisqu’ils restaient bien sur le marché, l’empereur pouvait bien y demeurer aussi et s’expliquer ouvertement. Une heure se passa au milieu de ces discussions, les murmures et le tumulte croissant toujours. Finalement les doyens et chefs - hommes annoncèrent à Maximilien qu’il était décidé qu’on le garderait à vue dans la maison dite Cranenbury , et sur l’heure il y fut conduit.
N’étant pas assez fort pour obliger les Brugeois à le mettre en liberté, il tacha, dit-on, de s’échapper de leurs mains par ruse. Nos historiens rapportent comment il se déguisait à tout moment, n’attendant qu’une circonstance
propice pour s’enfuir de la ville. Voici ce que dit à ce sujet la chronique de Flandre, en 4 vol, in-fol., tome 3, p.^gc74: Soo dat Maximiliaen op verscheyde tyden sig zcleen begonde te verkleeden nu ait een vrouw, dan als een godsgeicyde , teederom ala een heerenknecht , oin behcndehjk syn langdurige getangenis te ontloopen, macr ailes was te vergeefs, Hy was te wel bekent, ende syne boicaerders hadden grootter sotge als hy meynde.
En Allemagne les particularités de cette captivité sont racontées d’une toute autre manière. Selon les écrivains de ce pays, Maximilien n’aurait jamais eu l’intention, ni conçu le projet de s’échapper des mains de ceux qui le retenaient prisonnier. Tous ces tentatives auraient été le résultat des plaisantes inventions de Koen van der Rosen, fou de cour de Maximilien, et l’un des personnages les plus amusants de cette espèce, qui aient existes (1).
En 1488, dit-on, lorsque Maximilien faisait une tournée en Flandre, pour ramener à l’ordre scs sujets rebelles, Koen van der Rosen , qui se permettait souvent de donner son avis, conseilla à son souverain de no point se rendre à Bruges , où quelqu’accident fâcheux pouvait lui arriver à cause de l’exaspération des habitants.
Maximilien méprisa cet avis et continua sa route. Lorsqu’il fut près de la porte Ste-Catherine , son fou s’approcha de lui et lui dit , en présence de tout le cortège : Mon bien-aimé prince, je vois bien que vous ne voulex point vous rendre à l’opinion de vos fidèles conseillers, ni à la mienne , et que vous avez résolu de vous faire arrêter.
(l) Voyei, sur cc qui est rapporté ici , Karl Flojjel, Gesrhichte der ho/narretê, 1789, in-8“, p. 191 , et le Belgiaclus MusamtHf t. I, livr. 3, p. 2ô3, où M. Willems a inséré cette variante historique.
Je TOUS annonce donc pour ce qui me regarde que je ne yeux point être prisonier. Je vous accompagnerai jusqu’au Bourg, mais là, je me hâterai de tourner la tête de mon cheval vers la porte de Gand, et je m’esquiverai. Quand vous entendrez et que vous verrez que les châteaux et les villages des environs sont la proie des flammes, vous vous rappellerez peut-être que Koen avait prédit ce malheur. — Koen, répondit Maximilien, je vois bien que tu n’as pas grande confiance en la fidélité de mes sujets de Bruges. Ils nous ont pourtant promis pleine obéissance. — C’est le diable qui vous a suggéré d’ajouter foi â ces paroles, répliqua le fou ; en conscience je pense que mon cheval aura assez de bon sens pour tourner la queue vers la ville, de son propre mouvement.
Après cette conversation , Koen se mêla à la cavalcade , entra dans les murs de Bruges avec l’empereur ; mais il en sortit par une autre porte , se dirigeant sur Middelbourg pour se rendre auprès de Christophe de Bavière.
Maximilien , ayant longé le fossé extérieur , fit son entrée par la porto de Ste-Croix. A peine fut-il dans l’enceinte de la ville, qu’une émeute éclata. Le monarque se rendit sur la Grand’PIace pour l’appaiser, mais les bourgeois l’arrachèrent de son cheval , et l’entraînèrent dans la maison d’un épicier, où il dut passer la nuit avec les grands do sa suite , n’ayant pour se reposer que des bancs de bois. Assis dans une petite salle dont les fenêtres étaient grillées, il pouvait voir â travers les barreaux trois arbalétriers , l’arc tendu, postés devant sa croisée à l’extérieur, de sorte qu’il était dans l’incertitude si l’on n’avait pas l’intention de le mettre à mort.
Dnrant cette captivité , Koen van der Rosen ne resta pas inactif, et montra, par ses eflTorts pour sauver son maitre, sa fidélité à toute épreuve. En voici deux exemples: il
c’était fait faire deux machines en liège avec lesquelles il devait traverser les fossés de la ville pendant la nuit, afin de pénétrer jusqu’au roi, et l’aider à fuir par le moyen employé par lui-même pour entrer en ville. S’étant laissé descendre dans le fossé pour mettre ce projet à exécution, il arriva que les cygnes, que les magistrats entretiennent dans ces eaux pour l’ornement de la ville , se jetèrent sur lui , et le battirent de leurs ailes avec tant de fureur, qu’il fut en grand danger de perdre la vie, et n’échappa que par le plus grand hasard.
Après cet accident, Koen médita une autre ruse. Il apprit à couper les cheveux et à faire la barbe , se rendit à Bruges, alla trouver le père gardien du 'couvent des Franciscains, qu’il savait être attaché à l’empereur, et lui découvrit son projet de sauver Maximilien. 11 demanda qu’on lui rasât la tête, comme les Franciscains , qu’on lui prêtât l’habit de l’ordre, et qu’un frère du couvent l’accompagnât. Ainsi déguisé, il voulait se rendre auprès de son maître, sous prétexte de le confesser, puis lui raser le chef, l’affubler de son costume d’emprunt, et rester en prison en sa place. Une chaloupe tirée par trois chevaux devait l’attendre à la porte de Ste-Catherine, d’où le roi des Romains se dirigerait sur Middelbourg. J’endosserai les habits du roi , ajouta-t-il , et lorsque les Brugeois ne trouveront qu’un fou au lieu de leur souverain prisonnier, ils en agiront comme ils voudront.
Tout fut arrangé en conséquence de ce plan. Lorsqu’ils approchèrent de la demeure de Maximilien, le chefhomme de la garde demanda ce qu’on voulait au prisonnier. Koen répondit avec un air de dévotion : Je suis envoyé par le père gardien de mon couvent, pour entendre la confession du roi. Par suite de cette réponse, admis
auprès de son maître, Koen commença à le haranguer avec sa liberté ordinaire : C’est donc dans un pareil lieu que je vous trouve , mon brave et généreux prince ? Pourquoi ne m’avez-vous plutôt suivi, lorsque je vous le conseillai. J’ai dû maintenant exposer ma vie pour vous; mais. Dieu aidant, j’espère bien vous sauver des mains de vos ennemis.
Le roi fut tout surpris de la brusque apparition de son fou, qu’il reconnut aisément à son langage. Koen expliqua tout au long son projet , et dit sur quels secours il pouvait compter.
Maximilien , qui avait donné sa parole de ne point chercher à s’enfuir , et qui regardait d’ailleurs le moyen qu’on lui proposait, comme au-dessous de sa dignité, refusa courageusement, malgré les pressantes instances de Koen, qui se retira très-affligé, et regagna Middelbourg.
Voilà , en abrégé, ce que rapporte Flôgel, qui dit avoir puûé des renseignements dans un ouvrage de Jacques Fuggers (1).
Durant le quinzième et le seizième siècle, on sait qu’il y eut de riches négociants de ce nom à Bruges et à Anvers. Peut-être qu’un membre de cette famille mit par écrit les particularités concernant la captivité de Maximilien, et envoya ce manuscrit eu Allemagne.
Il y a néanmoins plusieurs détails de ce récit qui ne peuvent guère s’arranger avec ce que nous apprennent les historiens et chroniqueurs flamands, sur les événements qui se passèrent alors à Bruges.
Augustin Lorcheimer, dans son Traité des enchantements, rapporte un fait curieux concernant l’archiduc Maximi-
(1) Ehrentpiegel des Erzhsuset Oesterreich.
lien et que l’abbé d’Artigny a transcrit dans scs Mémoire» d’histoire, de critique et de littérature, tome 4, page 32. Après la perte de son épouse, Marie de Bourgogne, il se livra tellement à la tristesse , que rien ne paraissait capable de le consoler. Jean Trithèmé (1) dit Lorcheinier , homme docte, mais grand magicien, était à la cour de ce prince. 11 eut pitié de sa douleur, et se crut obligé d’y apporter quelque soulagement. Il demanda une audience secrète , et promit do lui faire voir sa femme bien-airaée, si Maximilien lui en donnait la permission. Celui-ci y consent , et se retire dans une chambre écartée avec un des principaux seigneurs de la cour, et le magicien qui leur défend , sons peine de la vie , de prononcer une seule parole. Après quelques cérémonies préparatoires, Marie de Bourgogne parait en effet dans tout son éclat , vêtue comme à l’ordinaire. L’archiduc craint que ce ne soit une illusion. Il regarde la princesse, l’examine avec la plus grande attention et se rappelle qu’elle avait de son vivant une verrue sur la nuque du cou. Il cherche cette marque si décisive pour éclaircir ses soupçons , et l’ayant trouvée , no doute plus que son épouse ne soit présente à ses yeux.
Il en éprouva une si grande terreur , qu’il commanda au magicien de faire disparaître le fantôme. Il obéit et l’archiduc lui défendit, sous peine de mort, de faire à l’avenir de semblables expériences.
(1) Il composa plusieurs savants ouvrages, et entr'autres des traitds sur l'art d’écrire co chiffres. Loin de s'adonner à la magie, c'était un homme plein do piété et de religion.
ÉGLISE DE SAIM-SALVEÜR
Dès le iv' siècle, les principes civilisateurs du cliristianisine avaient pénétré en Belgique et eu Flandre ; mais une grande partie des habitants du pays avait conservé la religion païenne. Ses superstitions continuèrent si longtemps à y subsister, qu’en 1-i‘A, le concile de Leptine (1) fulmina des peines contre une foule de pratiques idolâtres conservées même parmi les nouveaux chrétiens (2j.
Les apôtres de la Flandre, sous l’empire des Francs , furent principalement saint Éloi, saint Amand et saint Liévin.
Saint Eloi convertit les Sueves , avec le secoiirs d’un interprète de cette nation. 11 visita Bruges, Oudenbourg, Aerdenbourg et Courtrai, et mourut évêque de ISoyon et de Tüurnay en 659.
Depuis longtemps il avait fondé à Bruges une église dédiée à sainte Marie et avait ensuite continué scs excursions apostoliques. En 650, il se trouvait dans le territoire où s’élève aujourd’hui la ville de Courtrai, et après y avoir opéré un nombre considérable de conversit)ns, il revint encore une fois à Bruges, trouva la population très-
(1) Aujoiird'liiii Lestines, prés de Mnns.
(2) M. Schayes cite une grande partie di: V I nrliruliis supci slilioiinm ol pagaiitnnrum, dans son Essai historique sur les usages , les croyaneci; etc,, des Belges anciens et modernes.
aagmentëe et fonda une seconde chapelle en l'honneur de notre Dame et de saint Wulfrand , cvêque de Sens. Ce fut cette petite église, construite en bois , qui fut l’origine de la cathédrale actuelle de St-Sauveur (1).
La Flandre alors était comprise presque tout entière dans le territoire de Bruges. Les Suèves habitaient entre cette ville et Cour Irai et s’étaient mêlés aux Ménapiens. Tbourout même ne fut jointe à la Flandre que vers le milieu du ix* siècle.
Dne vocation toute divine avait seule pu engager saint Éloi à venir exercer sa mission dans ces climats arides et sauvages, et à quitter la cour des rois Francs où il jouissait de la plus haute faveur. Assez de détails sur sa personne et ses habitudes nous ont été conservés , pour que nous puissions apprécier la grandeur du sacrifice qu’il fit des choses de ce monde.
Par une belle journée d’été , un jeune homme venant de Limoges (2) , cette ville aux sombres maisons en bois, qui passa si souvent d’un joug sous un autre , s’avançait d’un pas lent sur la route de Paris. De temps en temps i^ s’arrêtait pour admirer les vertes prairies et les bois de pruniers, et de poiriers et de pommiers sauvages qui s’offraient à ses regards plus il approchait de sa destination , et dont il comparait l'effet aux forêts de châtaigniers qui couvraient la province où il était né.
Ça et là sur les bords de la rivière qui serpentait à sa droite , l’Anserina potentilla tapissait la terre de ses fleurs
(1) Voyez Buzelin.
(â) Cette capitale du Limousin tire son nom des Lemotices , les plut illustres et les plus vaillauts d'eutre les Celtes du temps de César.
jaunes et de 94s larges feuilles, sur lesquelles s’ébattait quantité d’oies an plumage iqarbré.
La cheTeluraÿoague du voyageur annonçait un homme d’une conditiontlibra, tandi^^e sa taille élancée et bien prise, son teint fleuri, ses cheveux bouclés et sa figure angélique, inspiraient au premier abord la confiance ( 1 ).
Cet homme était celui qui plus tard devait tant endurer pour inculquer les principes du christianisme aux cœurs farouches de nos ancêtres. Dès son arrivée à Paris, le trésorier du roi , nommé Bobbon , le prit sous sa protection à cause de ses talents.
Voici la circonstance qui le fit connaître de Clotaire II qui régnait alors. Clotaire désirait depuis longtemps avoir une cassette en or, garnie de pierreries , mais il ne pouvait trouver personne qui en fit une à son gré. Or Bobbon , qui connaissait l’adresse de son protégé dans les ouvrages d’orfèvrerie, le recommanda au roi, et saint Éloi fut chargé de se mettre à l’œuvre. Plusieurs lingots d’or furent mis à sa dispostion , et en peu de temps la cassette fut achevée; seulement l’artiste, afin de montrer sa dextérité, fit deux cassettes semblables avec la matière qui lui avait été livrée pour une seule, bien loin d’imiter la fraude des autres orfèvres qui , pour s’excuser d’avoir employé trop de métal, accusent tantôt la lime d’avoir trop mordu, tantôt le feu d’avoir été trop ardent. Au jour fixé , il se présente devant le roi avec une des cassettes, tenant l’autre cachée sous son manteau. Clotaire admira la beauté et la délicatesse de l’ouvrage , et ordonna de récompenser dignement l’habileté de l’ouvrier. Alors saint Éloi présenta
(1) Cet détail! tur la pertonne de saint Éloi (Ont tirées de l'ouvrafie de saint Ouen, son contemporain.
la seconde cassette, et dit: Ne voulant pas que l’or qui me restait fut inutile, je l’ai employé à ce travail. Le roi, frappé de la rare probité et des talents de cet homme , s’étonna fort qu’il eut pu fabriquer ces deux objets avec la matière qui lui avait été donnée. Après ce que je viens de voir, dit-il à ceux qui l’entouraient, il n’est rien que je ne croie de ce jeune homme. Dès ce moment saint Eloi fut traité avec la plus gronde déférence à la cour, et honoré de chacun.
Il continua néanmoins de travailler et devint un des plus habiles orfèvres qu’on put trouver, et son habileté lui acquit toute la faveur du roi. Au milieu de ses travaux, il s’adonnait à la plus ardente dévotion, de sorte qu’il s’attirait le respectées bons comme des méchants.