‹ Chronique de l'abbaye de Saint-AndréChapitre 18 sur 36 · LE BÉGUINAGE · texte numérisé non relu

LE BÉGUINAGE

Lk Béguinage de Bruges est un des plus jolis sites de la ville; tout y offre l’aspect d’une retraite des plus agréables. L’entrée pittoresque, l’extrême propreté des maisonnettes, l’élégante plaine de gazons parsemée de pâquerettes, et plantée d’ormes élancés qui forment le milieu de l’enceinte , l’air pur qu’on y respire , ce silence religieux qui y règne et n’est interrompu que par le chant des oiseaux ou par les sons argentins de la cloche de l’église, cet ensemble si doux à l’âme que fatiguent les passions du monde, parait une véritable oasis, au milieu de l’agitation et du tumulte d’une ville populeuse.

Le Béguinage de Bruges remonte au xiii* siècle. M. Warkœnig, dans son Histoire des institutions civiles et politiques de la Flandre, tome II de la traduction de M. Gheldolf, en fixe l’établissement en 1185, d’après Aubert Le Mire, mais il y a une erreur dans cette assertion.

Le premier diplôme que rapporte Le Mire, où ce béguinage soit cité, est de 1244.

Ce qui a pu induire l’historien en erreur, c’est que Le Mire, au chapitre 114, du premier volume de ses Opéra diplomatica , a mis pour titre : Beguinagium Brugense instituitur et dotatur anno 1185 et seqq.

Ensuite pour mieux faire comprendre les deux chartes relatives au Béguinage de Bruges , il les fait précéder de

lieux autres, de l’année 1185, et explicatives de celles de 1244 et 1245, mais où il n’est pas question du béguinage.

Wous commencerons par donner ici le texte et la traduction de ces deux premières chartes, qui ne sont rapportées que pour rendre plus claire la dotation faite par Marguerite :

Ego Exerardus Dei gratta T’omacentis epûcopu$ notum fort volutnu» quod Gertrudis Brugensis caitelkma , et fUitu eju» Joannea caatellaeiM, Baailicm auœ in Brugia, cuut coiMecroretur •» honore B. Maria Eirginia, in dolent ad uaum Boberti capellani, in cita aua et aubae^ quentium, décimant de Lophem et centium aolidoa de Guinardenf rogotu marin aui, pim recordalionia Radulfi, in memoriam animai ipaiua it filii aui contulerunt {anno 1185).

Nom, Éverard , par la grftce de Dieu évêque de Tournai , voulons rendre notoire que Gertrude, châtelaine de Bruges, et son fils Jean, châtelain, ont donné, comme dotation, à leur chapelle de Bruges, consacrée è la sainte Vierge Marie, et pour l’usage du chapelain Robert, sa vie durante, ainsi que de ceux qui lui succéderont, la dime do Lophem, et cent aolidi de Guinarden, à la prière de son tnari Radulfu de pieuse souvenance, et en mémoire de son âme et de celle de son fils.

Eliadbeth, Dei gratia Brugenaia eaatella, notum fieri tolo quod aocrua mm Gertrudia, Brugenaia caatellana, et filiua cjua Joannea caatellanua, maritua mena, Baailicm aum Brugenaia, in honora B. Marim E trginia conaecralm in dotem reditua nominatoa in eorum acripto, pro aalute animm aum et in memoriam Radulfi, caafellani contulerunt.

Hanc itaque donalionem approbavi, et aigilli met appenaiona torroboravi.

koi Élisabtlh, par ia grâce de Dieu, châtelaine de Brugea, je déclare que ma belle-mère Gertrude, châtelaine de Bruges, et son fils Jean le châtelain, mou époux, ont donné les revenus désignés dans leur acte, à la chapelle de Bruges, consacrée à la sainte Vierge Marie, et cela pour le salut de leurs âmes et en mémoire du châtelain Badulfe.

J'ai approuvé la dite donation , et l'ai corroboré par l’apposition de mon scel.

Cornrae on le voit, il ne s’agit point encore ici da Béguinage de Bruges. Maintenant voici les chartes qui prouvent qu’il remonte seulement au xin° siècle. Elles suivent immédiatement les pièces qu’on vient de lire.

Domina Margartlœ, Flandriœ et Hannnnia comitissœ , H'alleru» Tomacomis epiacopus, aalutem ;

Cum bona memoriæ aororia, piam toluntalem, rlerolione debild, proaequaria, capeHaniam qua fuit de caatellania Brugenai, in loco in quo manant Beghinœ Brugenaea, qui dicitur Vinea, aclitia deincepa deaerviri, ne capella conaecrata aine tultu divino rémanent, ridetur nobia expediena, ut et ipaam capellam cum omni auo adificio, lihria et omamentia ad prœfatum locum Beghinarum , tranaferri feiciatia, et noa dicta tranalationi noatrum adhibemua aaaenaum (1244).

A Dame Marguerite, comtesse de Flandre et de Ilainaut, Gaulter (ou Gautier), évéque de Tournai, salut:

Comme vous poursuives avec toute la dévotion requise, la pieuse volonté de votre soeur, d'heureuse mémoire, vous avez voulu que la ehapellenie qui appartint jadis à la châtellenie de Bruges, fut doréoa- . vaut convenablement desservie dans le lieu où demeurent les Béguines et qui est appelé fa P'igne, afin qu’une chapelle consacrée ne demeurât point privé» de service divin ; il nous a paru expédient que vous transfériez au dit séjour des Béguines cette même chapelle, édifice, livres, ornements et tout ce qui y appartient.

Nous avons donné notre assentiment à la dite translation.

Nous voulons aussi que l'on sache que nous avons exempté le susdit Béguinage de toute Jurisdiction et de toute autorité des paroisses voisines, et noua avons accordé aux Béguines de former une paroisse â

part, qui sera lenfermée daot l'enceiate de leur local, et où il y a déjà un ciineticrc consacré.

Aovertt univeraita» reatra quod Margareta Fkmdriw et Hannonim comxUaaa capellaniam (qute quotulam caaUllania Brugenai appendeèat) aitam in Burgo Brugenai, juxta ecchaiam aancH Donatiani, de conaenau noatro tranaMit ad locum qui dicitur Vinea aupra ’B.oieia juxta domum S. Joannia in Brugia, ad opua Beghinarum.

Que cbacnn sache que Marguerite , comtesse de Flandre et de Hai- MUt, a transféré an lieu qui est appelé la Vigne, au-dessus du canal Rota, et près de la maison de St-Jean à Bruges, et cela à l’usage des Beguines, la chapellenie qui jadis dépendait de la châteUenie de Bruges, et situee sur le Bourg, près de l’église de St-Donat. Laquelle translation a été faite de notre consentement (anno 1245).

En 1270 Jean évêque de Tournai confirma la fondation precedente, faite en faveur des Béguines de Bruges, par la comtesse Marguerite. ’ ^

On sait que les Béguines sont des filles ou des veuves qui portent le costume religieux , habitent ensemble dans des enceintes formées de petites maisons particulières, vivent sous la survedlance d’une supérieure, mais sans faire le vœu de renoncer au monde.

Il y a eu de longues discussions parmi les historiens (1) au sujet de ces sortes d’éteblissements , il est néanmoins constant qu’ils sont originaires de la Belgique.

Une charte des Béguines de .Vilvorde, de 1065, rapporte Le Mire , prouve qu’elles doivent leur nom el

(1) Voir P. Coen», Diaquiaitio hiatorica de origine Beghinarum et Bcghjnagiorum Belgii. - Vila S. Beggœ Begginarum et Beggardorum fundùtricia a Geldtdpho a Ryckeî, in-4“.

leur institution non au prêtre Lambert Beg^ius qui rivait en 1170, mais à sainte Degge, fille de Pépin de Landen, morte en 689. Jean Geldolphe à Ryckel , abbé de Ste-Gertrude à Louvain, a donné les meilleures raisons pour démontrer l’autbenticité de cette charte que quelquesuns révoquaient en doute.

Celui qui ne voudrait, pour étymologie du mot Bdguine, ni sainte Bcgge , ni Lambert Beggius, pourrait encore le trouver dans la coëfTc dit Béguin que portent ces dames, ou dans le mot saxon Beghan, en flamand Bidden, prier.

Il y avait jadis deux béguinages à Bruges, celui dont nous venons de parler et celui de St-Aubert. Ce dernier était une infirmerie ou hôpital qui quoiqu'ayant scs privilèges et ses propriétés à part, était sous le patronage de l’autre, comme le prouve une charte de 1830, donnée par l’empereur Charles-Quint, et dans laquelle il renouvelle les assurances de protection aux Beghines de l’infir^merie de St-Aubert y estant sous le grant Beghinaige appelé le ff^yngaert en la ville de Bruges.

Le dépôt des archives provinciales possède un beau cartulaire de ce béguinage, fondé au xiii* siècle et que la comtesse Marguerite prit sous sa protection par lettres patentes de 1271.

Peu auparavant l’évcque de Tournai, le chapitre de St-Donatà Bruges, et les paroissiens do Stc-Croix, avaient donné leur assentiment à la fondation et à l’établissement de cet hospice des Béguines de St-Aubert, en un endroit qui se trouvait sur le territoire de Sysseele ( Int ambacht van den Ziesselschen). 11 est en outre dit dans cette pièce, quels sont les droits dont elles jouissent.

L’hospice de St-Aubert devint par la suite le couvent des Chartreux qui aujourd’hui s’est changé en caserne de cavalerie.

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