SOS
L« corps du duc de Bourgogne , inhumé le 13 janvier 1477 , demeura dans son mausolée de Saint-George« de Nanci jusqu’en 1580, que Marie, reine douairière do Hongrie, régente des Pays-Bas, le fiÿ demander par l’empereur Charles-Quint , arrière petit-fils de Charles-le- Tëméraire, A la duchesse régente de Lorraine, pour lui ériger un tombeau à Bruges,
La statue du duo Charles, en cuivre doré au feu, ainsi que les nombreux ornements du tombeau , ont été coulés et dorés par Jacques Jonghelinck , qui a de plus émaillé les armoiries. Le marbre du monument fut livré et taillé par Josse Aerts et Jean de Smedt.
Il fut achevé en 1563. Dès 1558, Philippe II avait ordonné à son conseil de finances de payer une somme de 30,000 florins pour cette tombe qui devait être semblable À celle de la princesse Marie, déjà faite depuis longtemps.
Voici l’extrait d’un compte de 1566 :
Compte de Jehan Perez de Malvenda, e la tombe de bone mémoire le duc Charles de Bourgoigne en l’église de Notre Dame en Bruges.
— Payé à Jacques Jonghelinck , maistre ouvrier de la grande effigie es stature (et stature) de feu le dho
Charles de Bourgoigne 10,500 livres,
du prix de 40 gros la livre (environ 1
frano 80 centimes ) , selon la convention faicte avec le dit Jonghelinck, par le cardinal de Granvelle, et le commissaire des finances Josse de Damhoudere.
— Au dit Jacques Jonghelinck , à cause qu’il ait prins (entrepris) de réparer et racoustrer la tombe de feue Dame Marie , affin que l’ouvrage de l’une n’y soit bas-
tarde de l’autre, pour laquelle came mesaieurs des finances luy ont accordé la somme de 2,000 livres.
— Au dit Jacques , à cause des ouvriers ayants servy le dit Jonghelinck environ l’espace de quatre ans, et qui sont en partie impotents, et aultres ayants perdus leurs dents (sans doute par l’usage du mercure dans le travail des émaux) , messieurs les bommissaires leur ont
accordé en gratuité entre eulx tous , . • ^0 lirres,
une fois. ’
— Payé à Josse Aerts et Jehan De
Smedt, tailleurs de pierres, lesquels ont prins de faire et livrer les deux clôtures de la tombe de pierre de touche, l’abastre et pierre de Reims, avecq les pUliers de cuyvre, en suivant les patrons signes de monsieur l’audiencier d’Overloope, et ce pour la somme de . . 2,775 livre?.
— A Jehan Vander Mersch, l’hoste de
la conrronne, à cause d’un escot (repas) .
qui fut illecq despendu quant Jaques
Jonghcling , et tous tes aultres ouvriers
avoyent achevé leurs ouvraige? de la dite
tombe ...» 16 1. 10 8 .
Après plusieurs autres détails de dépense, la somme totale est portée à 2-4,396 livres 6 sols 6 deniers, environ 45,000 francs.
Ce compte concernant un des plus beaux monuments de la ville de Bruges, est une pièce très-curieuse. Comme elle n’a jamais été publiée, et qu’elle est même restée
inconnue à la )>Iupart de ceux qui ont parlé dos tombeaux de Charles et de Marie, nous avons pensé qu’il n’éti^it pas saqs intérêt d’en donner textuellement les principaux articles (1).
Le trépas du duc Charles fut un évènement si remarquable , et eut un tel retentisscmcut en Europe , que des complaintes en prose et en vers furent composée», par maint et maint écrivains sur cette grande infortune. -
Une des plus curieuses par la forme et par le fond est celle de Maistre Jehan Molinet , aumônier et t^liothécaire de Marguerite d’Autriche. Comme le Livre des faict^ et diets de cet auteur est assez rare, et que la pièce est d’ailleurs remarquable , nous donnerons ici une partie de cette complainte.