CHAPITRE II
Commtnt fut priée :2tntio(l)t , et beecription bt cette Utile.
Les ducs, les princes et les chefs ci-dessas nommés, avec ceux qui leur étaient soumis, après les fatigues sans nombre d’un aussi long voyage, après les plus grands dangers et après avoir arraché aux infidèles plusieurs de leurs places les plus fortes et les mieux défendues, arrivèrent enfin devant Antioche, une des plus belles et des mieux fortifiées des villes do l’Orient.
On résolut aussitôt de l’investir, et de l’environner d’un fossé, au moins en grande partie, car elle était d’une telle étendue, que nos compatriotes ne purent parvenir à entourer, avec des forces convenables, son immense circonférence. Antioche, comme le dit Anthonin, est une glorieuse et noble cité qui tient le second ou le troisième rang après Rome; elle est la chef-ville et la principale de toutes celles que renferme la plage orientale.
Anciennement elle se nommait Reblata : ce fut-là que, fait prisonnier, Sedéchias, roi de Juda, fut amené devant Nabuchodonosor roi de Babylone, qui ordonna que les fils du captif fussent tués en présence de leur père : Sedéchias lui-même, après cette cruelle exécution, eut les yeux crevés.
Après la mort d’Alexandre-le^Grand ^ roi de Macédoine , Antiochus reçut en partage une partie de son vaste empire, il entoura la ville de tours et de fortes murailles, en fit sa capitale et voulut qu'elle s’appela Antioche , d’après son nom.
C’est dans ses murs que St-Pierre , le prince des apôtres ,
enseigna la foi pendant sept ans. Ce fut encore là que se tint la première assemblée de fidèles où fut adopté le nom de chrétiens, car auparavant ceux qui suivaient la doctrine du Christ, étaient nommés Nazaréens ou disciples. Depuis lors, par l’autorité de ce synode, tous les fidèles portèrent le nom de chrétiens.
On dit que le patriarche de cette ville , a vingt provinces dans sa juridiction.
Antioche est située dans la province de Seleusyrie. C’est un des points les plus agréables, et qui offrent le plus d’avantages. Des fontaines et des rivières l’arrosent de tous cotés. L’approche de la partie inférieure de la villa est défendue par deux montagnes d’une grande hauteur. Sur le sommet de la plus élevée se trouve un fort redoutable. Ces deux monts sont séparés par une vallée très-profonde, mais étroite, à travers laquelle roule un torrent qui porte ses eaux jusqu’au centre de la ville. Les uns assurent qu’elle a deux milles de longueur, d’autres disent trois. Voilà ce que raj>porte Anthonin. Nos guerriers cernant cette grande et puissante citée autant que le permettaient leurs forces, ne cessèrent de diriger sur elle leurs attaques pendant huit mois entiers. La plume ne pourrait décrire, ni la langue raconter les rudes travaux et les périls sans nombre auxquels furent exposés les croisés durant tout ce temps. Presque tous coururent risque de mourir de faim à cause des sorties continuelles et des combats des assiégés.
Cependant , et tandis que les nôtres poussent l’attaque avec toute la vigueur possible , le bruit se répand dans le camp qu’un prince perse très-puissant, nommé Carnobach, s’avance avec des troupes nombreuses au secours des habitans d’Antioche.
A cette nouvelle les chrétiens consternés commencent
par tenir conseil sur les meilleurs moyens ft prendre dans ime pareille conjoncture.
Enfin , d’un commun accord il fut résolu de livrer un assaut à la ville, avant que les assiégés eussent pu recevoir des secours du dehors. Ce fut Boamond, prince des Tarentins qui ouvrit cet avis. Ce chef brave et plein d’expérience, s’adressa en ces termes aux autres princes qui commandaient la milice sacrée :
<i Guerriers, mes frères, vous qui brillez par la noblesse, la valeur, la vertu et l’étendue de votre puissance; voua que l’amour pour le Christ a conduit jusqu’au pied de ces remparts, au péril de votre vie et de votre fortune, après tant de fatigues et un aussi long voyage, voici ce que je crois le plus avantageux dans la circonstance actuelle. Ne différons point de nous rendre maîtres de la ville. Si vous voulez savoir de quelle manière, je vais vous l’apprendre en peu de mots. , ,
U J’ai dans la place un ami fidèle qui a sous sa garde et en son pouvoir la tour la mieux fortifiée. Il est prêt à me la livrer sous certaines conditions. Je me suis engagé à lui donner une grande somme d’argent s’il exécute sa promesse. S’il convient à vos seigneuries que la ville, prise par notre intervention et par nos soins, passe en ma puissance, de telle sorte qu’après moi, mes dcscendans la posséderont par droit héréditaire, en ce cas, je suis prêt à remplir l’engagement que j’ai fait avec mon ami. Si cette condition vous déplait, que qui que ce soit d’entre vous s’efforce, par tel moyen qu’il jugera convenable, de faire tomber la ville en notre puissance, je la lui cède, pour ma part, et pour ai4&Qi qu’il m’appartient. »
A ce disoours , les antres seigneurs , au comble de la joie, donnèrent leur assentiment à la proposition qu’on Tenait de faire, et qu’ils trouvèrent des plus justes.
Boamond s’empressa donc, à l’issue du conseil (comme on l’y engagea) à faire prévenir son ami, nommé Erayrfer , qu’il eut à exécuter au plus tôt ce dont ils étaient convenus entr’eux.
Joyeux de cette nouvelle, Emyrfer alla trouver son frère unique, chargé avec lui de la défense de la tour dont nous avons parlé plus haut, et sans le secours ou le consentement duquel, il lui était impossible de conduire A bonne fin, une afiaire aussi importante. Il commença par sonder peu-à-peu les dispositions de son frère sur cet objet, (car il ne lui en avait point encore parlé jusqu’alors) pour savoir s’il voudrait s’entendre avec lui.
Lorsqu’il eut commencé à lui révéler ce mystère, en termes obscurs et lentement, il s’apperçut que non seulement son frère avait horreur de cette machination quoique assez pieuse mais qu’il exécrait même du fond du cœur notre entreprise.
Il arriva de-là qu’Emyrfer, qui avait hésité dès le commencement, pour savoir s’il instruirait son frère de son projet , commença à l’éviter comme la peste , et à le maudire dans son cœur.
Bientôt le salut des chrétiens l’emportant chez lui , sur l’amour fraternel, il projeta sa mort, afin qu’il ne put empêcher un dessein favorable à la religion du Christ.
En conséquence , la nuit suivante, quand les habitans furent livrés au sommeil , Emyrfer voyant que le moment opportun pour agir était arrivé, fit prévenir le seigneur Boamond, par un émissaire affidé, d’arriver au plus tôt avec une troupe d’hommes choisis.
A cette nouvelle, Boamond se hâte de faire prévenir aecrètement quelques-uns des chefs de l’année , et se rend de suite, accompagné de ses gens, au pied de la tour.
Cependant, Emyrfer, de son côté, pénétrant dans la même tour, tue d’abord son frère qui dormait sur un lit; ensuite il fait descendre une corde par la fenêtre, et , à l’aide de ce moyen , nos princes , invoquant le nom de Dieu, commencent à monter avec un vrai courage de lion. Comme de raison, ce fut Boamond, le fauteur de cette entreprise, qui se mit à la tête de cette ascension dangereuse.
Le second était le très-noble comte de Flandre , Robert de Frise, le jeune, qui prouva, surtout en cette occasion, la fermete de son âme, son intrépidité et sa persévérance.
Le troisième était Tancrède, neveu de Boamond. Ensuite montèrent les autres.
Tous ces guerriers, qui avaient reçu d’en haut un surcroit de courage, conduits par le chef auquel ils devaient d être entres dans la forteresse , s’emparent sans difficulté des dix tours, après avoir tué ceux qui les gardaient. Puis ils courent briser une des portes, afin de livrer passage à ceux qui attendaient au dehors.
L’aurore commençait à poindre , lorsque la trompette donna le signal aux croisés restés dans le camp. Ils se hâtent d’accourir et sont aussi introduits dans la place. Tous alors se mettant à parcourir la ville en désordre, brisent les portes des maisons, et font un carnage afireux. À ce tumulte les habitans sortent précipitamment de leurs maisons et voyant le massacre de leurs concitoyens, ils abandonnent tout et tâchent de s’échapper; mais enveloppés par des bataillons armés, ils sont livrés à la mort de tous côtés.
riuBÎeurs cependant parvinrent à sortir des portes, ou à se laisser glisser du haut des murs , et sauvèrent ainsi leurs jours. L’un de ceux-ci, Anixien, gouverneur de la ville, fuyait à travers la campagne, lorsque rencontré par quelques Arméniens, il fut tué.
Devenus ainsi maîtres de la ville, les nôtres n’y trouvèrent aucune provision do bouche, ce qui n’était pas étonnant, car elle était asiégée depuis près de neuf mois. Durant ce temps tous les aliments avaient été consommés par les habitans. Mais on y découvrit tant de richesses en or, en argent, en pierres précieuses et en vêtements de haut prix , que ceux qui auparavant étaient dans la misère, devenus riche maintenant, nageaient dans l’opulence.
C’est ainsi qu’ Antioche fut prise, l’an 1098 de l’incarnation de notre Seigneur , le troisième jour du mois de juin.
Comment les Cijrétitn» furent aooitgt’o bano 2lnttori)e par
Uô infibèlco. Comment, l’opotrt St-2lnbré apparut au Comte be iFlanbre Kobert, et comment par ce oeeouro le» croieé» remportèrent la otetotre selon la |lromesee lütotne qui leur en avait e'té faite.