‹ Chronique de l'abbaye de Saint-AndréChapitre 30 sur 36 · ABBAYE DES DUNES · texte numérisé non relu

ABBAYE DES DUNES

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L’abbate des Dunes fut fondée en 1107 (1), entre Fumes et Dunkerque, au milieu des dunes d’où elle tire son nom. Son fondateur, le bienheureux Liger, moine bénédictin, né à Bourges en France , après avoir mené pendant quelque temps une vie solitaire dans ces lieux déserts , s’attacha un petit nombre de disciples , et par la libéralité de Robert-le-Frison, comte de Flandre, et d'autres personnes pieuses, fit bientôt élever une petite église en l’honneur de la sainte Vierge.

be plus ancien monument où l’on fasse mention de l’abbaye des Dunes, est une charte (2) de Thierry d’Alsace, qui date de 1128. Comme cette pièce, écrite en latin, n’a jamais été publiée, nous en donnerons ici la traduction.

il Moi Thierri , par la grâce de Dieu , comte do Flandre, j’accorde à sainte Marie des Dunes , pouiT lo salut do mon âme et celle de nos ancêtres , sept livres à prendre sur mon propre revenu, dans ces mômes dunes. Cette somme se percevra chaque année , à la fête de St-Martin.

(1) Voyei le Chron. Dun. p«r Adrien de But, donné aux arclÛTea du royaume, par monseigneur l'évêque de Bruges. On peut auss» consulter le chronodroroe de Jean Brandon, manuscrit dont une copie appartenait à la bibliothèque de M. Lamraens. Keyar, livre 4 , annal. Iperius , etc.

(2) Voyei le cartulaire des Dunes, donné aux arehivaa du royauma, par monseigneur l'évêqua de Brugés.

Furent tefmoins, Lambert, comte de Monteaguth, Guillaume Loh (1), Arnold, neveu du comte, Thierri, châtelain de Dixmude, Roger, prévôt de Bruges, Hugo, fils d’Héribert le prévôt, Idesbalde de Grat [sic), Héribert de Wulfrighem.Fait l’année de l’incarnation de notre Seigneur 1128, sous le règne de Louis roi des Français, et Jean étant évêque de Morins. J’ai aussi ordonné à mes serviteurs de payer à l’église, sans aucune opposition [sine stUâ moleatiâ), de la meme manière qu’ils me paient à moi-même. »

Après la mort de Liger, Foulques, un de ses disciples lui succéda. Ayant travaillé dix ans à la prospérité de l’abbaye, il remit en 1138 son monastère entre les mains de saint Bernard , dont il reçut l’habit blanc de la reforme de Citeaux. Dès lors il vécut dans l’abbaye comme simple religieux, obéissant au nouveau supérieur que saint Bernard désigna. Ce fut un moine de Clairvaux, nommé Robert, de l’illustre famille de Grutbuyse.

Idesbalde Van der Gracht, dont la famille fut alliée à Thierry, comte de Flandre, reçut la consécration abbatiale en 1186. Le comte de Flandre et son épouse Sibille le regardaient comme leur père et le consultaient dans toutes les affaires importantes.

Mort en odeur de sainteté en 1167, on a retrouvé son corps entier, et ne portant aucun signe de corruption, en 162-i. 11 est conservé actuellement à l’hospice de la Poterie à Bruges.

L’abbaye des Dunes devint bientôt très-riche par les dons des comtes de Flandre et de plusieurs autres personnages illustres , comme le prouvent quantité de

(I) Guillaume de Loo ou d’Tprcs, prétendant au comté de Flandre après la mort de Charles-le-Bon.

diplômes et chartes contenus dans le chartrier des Daaes, aujourd’hui aux archives du royaume, à Bruxelles.

L’an 1194, l’abbc Elle, dit de Coxide , contribua beaucoup à aiignienlcr la splendeur do l’abbaye par l’acquisition de maintes propriétés et dîmes en Angleterre. 11 avait puissamment aidé à la délivrance de Richard-cœurde-Lion , retenu prisonnier par l’empereur Henri IV. Voici la cause de l’influence de cet abbé à la cour de l’empereur. Nous traduisons littéralement le Chronicon Dunense , d’Adrien De But: « Du temps de l’abbé Elie, Astulphe, duo d’Autriche, vint au monastère des Dunes, y servit incognito comme cuisinier , et s’y rendit agréable à chacun par sa diligence. C’est pourquoi , l’abbc Elie le retira de. la cuisine, et, en considération de ses manières affables, lo prit à son propre service. Sur ces entrefaites , scs parents le faisaient chereber partout; or, ceux qui étaient à sa poursuite, étant arrivés, par l’inspiration de Dieu, à l’abbaye , reconnurent le prince. Iis le saluèrent comme duc d’Autriche, en fléchisisant le genou devant lui. L’abbé stupéfait , no pouvant le tenir plus longtemps , se recommanda à son souvenir et demanda pardon de ne pas l’avoir traité mieux. »

Uenriquez ( in Menai. Cistercien, ) ajoute qu’ Astulphe retourna dans son pays , et que , peu après , il partit pour aller combattre en Terre-Sainte, où Richard, roi d’Angleterre, l’ayant injurié en faisant jeter ses armes dans un cloaque, il revint en Autriche. Richard, après la discorde qui s’éleva entre les princes chrétiens , quitta également la Palestine , fit naufrage sur les côtes de l’Italie, et, traversant les états d’Allemagne pour regagner l’Angleterre , tomba entre les mains d’Astulphe. Celui-ci , pour se venger, demanda l’assistance de l’empereur quij fit enfermer Richard.

L’hiitorien De Bat nous apprend encore que la reine d'Angleterre, qui était fille du roi de Navarre, faisait de nombreuses démarches pour délivrer le roi son epoux. Ayant fait mander près d’elle l’abbé Élie, elle le chargea d’une mission auprès du duc d’Autriche, qui répondit aux prières de l’abbé: « Mon révérend père, je ne puis vous refuser la liberté de mon prisonnier ; je voudrais cependant que vous eussiez aussi l’assentiment de l’empereur, mon seigneur. »

Richard , après une année de captivité , fut donc racheté pour une forte rançon, et il s’embarqua à Anvers , en 1 194, pour retourner dans son royaume.

L’abhé Élie se rendit ensuite à la cour de Richard , et reçut en don , pour ses services , les dimes de l’ile de Sheppey (1), ainsi que la propriété d'Eistkirke, située dans la même ile. Il fut aussi nommé conseiller du roi, avec droit de siéger au parlement, privilèges dont tous les abhés des Dunes ont joui , jusqu’au règne de la reine Élisabeth (2),

Nous croyons utile de rappeler ici, pour le combattre, ce que disent à ce sujet les auteurs de Y Histoire littéraire de la France: «Henriquez parait être le premier qui ait rapporté cette anecdote dans une ancienne chronique d’Adrien De But. De Visch et 'tous les autres biographes l’ont répétée. Cependant, cette historiette du duc, devenu cuisinier, est du genre de celles dont les moines de ce temps remplissaient souvent leurs chroniques , sans doute pour

(1) Sheppey ou Shepay, Ile du comté de Kent, au confluent de U Medway et de la Tamiae. Elle a quatre lieues de longueur (ur trois de largeur.

(3) Dans notre Guide de Bruges nous avons donné une autre cause aux privilèges dont jouirent les abbés des Dunes en Angleterre, celui-ci ■st puisée à des sources plus sûres.

appeler l'intërét sur leurs couvents , et jeter plus d’éclat sur les personnes qui les avaient habités. On ne trouve aucune trace de ce fait dans les historiens.

L’autre anecdote plus importante, relative à la déli-< vrance du roi Richard , par l’influence de l’abbé Elie de Coxide , ne mérite pas plus de conflance. Nous avons parcouru, au sujet de ce grand évènement, les écrivains de l’histoire d’Angleterre, Roger de Hoveden, Guillaume de Newbridge , Matthieu Paris etc. ; aucun ne fait mention de notre abbé des Dunes.

U D’ailleurs, n'est-il pas constant que, loin de céder à aucun sentiment généreux, Léopold d’Autriché chargea de chaines le malheureux Richard que le hasard avait fait tomber dans ses mains, et le vendit ensuite à l’empereur Henri VI, que celui-ci, non moins cruel et avide, ne le relâcha après quatorze mois d’une rigoureuse détention, qu’après avoir exigé une rançon de cinquante mille n^arcs d’argent. Ainsi, le grand crédit que l’on suppose l’abbé Elie sur l’esprit de Léopold , se serait borné à lui faire vendre , à prix d’or , son prisonnier à un ennemi encore plus acharné. Il faut convenir que si Richard a récompensé un pareil service, il avait une entrème géné-; rosité. Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps i, réfuter cette fable. »

Nous voyons, par ce qui précède, que les membres de l’institut avancent que le fait rapporté par De But est faux, et que l’abbé Elie n’a pas contribué à la délivrance de Richard Cœur-de-Lion (IJ ; ils se fondent sur le

(1) Hiitoire littéraire de France , commencée par des religieux Bénédictins du ta congrégation de Saint-Blaur, et continué par des membres de l'Institut (Académie royole des iDScriptious et belles' lettres), tomeXTT, page 498.

■ileooQ des chroniqueurs anglais Roger Hoveden , MaUMcu Paris et Guillaume do Newbridge. Nous opposons à ces autorités anglaises trois chroniqueurs belges.

Après avoir rapporté la délivrance do Richard , Brandon dit (1): Domno etiatn Heliœ abbati de Dunis , eut jam notas et familaris foetus fuerat, magnificè regratiatus, ecclesiam de Estchierche , quœ est tu Scapeiù , per manunt Humberti Cantuariensis archiepiscopi , ecclesiæ de Dunis in perpétuant eleemosynam tradidit et consiliarum ejus eunt fecit. Nam hic notas duci Austriœ , cum optimatibus Ânglia ad imperatorem profectus , multùm ad regts liberationem expedterat.

Le second chroniqueur que noua citons, est Meyer, qui dit (2) : Eum ( Richardum ) Helias abbas Dunensis redimere jucit , donatus postèa ab eo prœter amplas in Anglia décimas, visendo illo marmore quod ad aram maxhnam eo in monaslerio cernitur.

Notre troisième chroniqueur est De But.

Examinons maintenant les faits avancés par nos chroniqueurs. Brandon dit que l’abbé Élie reçut en récompense Estchierche; Nous avons feuilleté le cartulaire des dunes (â), et nous y avons trouvé le diplôme de Richard qui fait foi do oetto donation ; ce diplôme porte la date du 18 janvier 1194. Dans la meme cartulaire se trouve l’institution canonique de cette donation, faite par l’archevêque de Cantorbéri Hubert, et l’approbation du pape Célestin.

L’historien De Visch (4) feit une description de la table

(1) Ad annum 1194.

(9) Annal, lib. vu, ad ann. 1195.

(5) Aux archives du royaume à Bruxelles.

( 4 ) Comp. chronol. page 47.

de marbre dont parle Meyer; il dit entre autres chose* que plusieurs princes, et il nomme Charles-Quint , y firent graver leur nom. Cette table fut détruite, lors des troubles du seizième siècle, lorsque l’abbaye des Dunes fut consumée par les flammes.

Voilà des monuments qui attestent la véracité des fait* rapportés par brandon et Meyer. Il nous reste à démontrer que les membres de l'institut ont avancé des faits faux et nulU.‘ment cités par les chroniqueurs anglais ou belges. Pour cela nous avons recours à l’histoire d’Angleterre.

La captivité de Richard fut seulement coimue en Angleterre longtemps après que le duc Léopold eut livré son ennemi à l’empereur.

Pourquoi donc V Histoire littéraire dit-elle que le crédit de l’abbé Elie sur l’esprit de Léopold se serait borné à lui faire vendre, à prix d’or, son prisonnier à un ennemi encore plus acharné? Certes, l’abbé Elie ne pouvait pas faire livrer Richard à l’empereur , avant qu’il connu^ sa captivité.

De plus Y Histoire littéraire dit que la rançon du roi fut fixée à cinquante mille marcs d’argent, tandis qu’elle fut fixée à cent mille marcs, comme le disent Hovéden et Newbridge. Qu’on juge d’après tout ceci de l’exactitude de la critique de Y Histoire littéraire.

Voyons à présent à quelle époque l’abbé Elie aurait été envoyé en Allemagne. Les premiers députés envoyés à la recherche du roi Richard furent les abbés de Boyelai et de Pont Robert; ils découvrirent le captif à Boxefer sur la route d’Hagenau, et après son entrevue avec l’empereur dans cette dernière ville, les deux députés apportèrent en Angleterre de la part de Richard, le* premières négociations pour sa délivrance.

L’archcvcquc de Rouen intervint ensuit* dans ces

mêmes négociations, de même que le chancelier Longehamps, qui se rendit à Worms avec d’autres députés, dont on ne cite pas les noms , afin de prendre des arrangements avec l’empereur. L’abbé Élie aura probablement fait partie de cette députation-ci , car , au dire de Brandon, il est parti avec des seigneurs anglais.

' De ce qui précède, il résulte assez clairement, et même par des monuments, qu’un Belge, l’abbé des Dunes , Elie de Coxide , a contribué par son influence à la délivrance du roi Richard Cœur-de-Lion.

Revenons maintenant après cette digression à l’ancienne abbaye des Dunes.

Un antre abbé célèbre est Nicolas de, Bailleul, qui transféra ses religieux à la nouvelle abbaye, bâtie à côté de l’ancienne, dans le territoire de Fumes. La translation se fit en 1237, époque où l’on comptait 120 religieux de chœur et 248 frères convers, occupés à toutes sortes d’ouvrages,

Il parait que jusqu’en 1330, l’usage du vin fut interdit à ces religieux, car Meyer nous apprend qu’à cette époque l’abbé üppenbrouck leur accorda, pour la prer mière fois , une ration d’une pinte de vin par jour. Gualter Stryck, successeur de Lambert, étendit cette portion à deux pintes.

Nous sortirions des bornes qui nous sont precrites.si nous donnions un aperçu historique de tous les abbés des Dunes. Nous ajouterons seulement quelques faits qui concernent l’histoire du pays.

Par donation de Philippe d'Alsace, de 1189, confirmée par Marguerite de Constantinople et par son fils Gui , en 1269, le comté des Eaux, autrement dit Wateringue du territoire de Fumes, fut cédé à cette abbaye, qui en eut la jouissance jusqu’en 1001 , époque à laquelle elle

ie vendit. Elle <^>btint aussi de vastes possessions eh Zdlande et dans le territoire de Hulst , qui furent données , en 1582, par les états rebelles de Flandre, à Guillaume de Nassau et à scs descendants. Les biens du territoire de Hulst valaient au moins 45,000 florins de revenu par an (1).

Ce fut Grégoire XI qui conféra, en 1376, à l’abbé des Dunes, Jean Maes, de Bassevelde, et à tous ses successeurs, le droit de porter la mitre et de se servir des rits pontificaux.

Lors des guerres religieuses, les gueux avaient commencé par confisquer tous les biens de l’abbaye en 1572, ne laissant à l’abbé que 500 fl. et à chaque religieux que 150 fl. par an. En 1578, les religieux furent expulsés de leur asile , l’abbaye brûlée de fond en comble , et sa précieuse bibliothèque , consistant presqu’entièrement en manuscrits, dévastée (2). Une partie des religieux se retira en France. D’autres se choisirent un refuge à Cologne. Ils revinrent en Belgique après la paix, et se bâtirent une nouvelle demeure à quelque distance de l’ancienne , mais plus avant dans les terres. Cet endroit était appelé

(1) Dans un recueil de lettres, de chartes, d’ordonnances et antres pièces reliées ensemble et reposant aux archives provinciales, sa trouve un mémoire en latin où l’on voit que l’abbaye des Dunes avait plus de 6,000 mesures de terre dans le territoire de Hulst et ailleurs, dont elle jouit paisiblement jusqu’en 1578, époque è laquelle les magistrats de Gand, de Bruges, d’Ypres et du Franc s'emparèreot de tous les biens ecclésiastiques pour payer les frais de la guerre.

Voici le titre de ce mémoire : Deductio difficullatis qua est trafar nligioto» monaslerii B. M. de Dunie et Dominum prinetpem Orangim occupantetn bona dicti monatterii , eita in tertitorio HuUtenti.

(9) Il parait que ce fut alors que périt l’ouvrage original de la obreaiqua ds Jean Brandon. '

den Bogasrd». On en voit encore des restes anjourd’hni.

Bernard Campnians, de Douai, élu abbé en 1623, songea à transférer le siège de l’abbaye en un lieu où elle se trouva moins exposée aux excursions des corsaires hollandais. L’ancienne abbaye de Ter-Doest (1), autrefois dépendante des Dunes , avait été unie à la mcnse épiscopale de Bruges, en 1561, lors de l’érection de ce siège, à condition toutefois que les offices s'y feraient comme de coutume et que le même nombre de religieux y résiderait. Malheureusement l’esprit religieux y dégénéra et l’abbé Campmans obtint qu’a condition d’une redevance de 4,000 florins en faveur de l’cvêché , ou réunirait , comme dans l’origine, le monastère de Ter-Doest à l’abbaye des Dunes.

Le 3 mars 1637, cet abbé vint prendre possession du refuge que Ter-Doest avait dans la ville de Bruges, y mena sa communauté et commença , vers la fin d’avril 1628, à bâtir la superbe abbaye qui sert aujourd’hui de séminaire. C’est sous l’administration de Campmans que s’élevèrent tous les bâtiments tels qu’ils existaient lors do l’invasion des Français, à la fin du dernier siècle. Ils servirent successivement d’école centrale , de lycée et d’athénée.

Après avoir été le séjour de monseigneur Boussen pendant près de huit mois, ils furent cédés par l’administration communale , au mois d’octobre 1 833 , pour l'établissement du séminaire diocésain. Le gouvernement et la province donnèrent des fonds assez considérables pour des améliorations et des constructions nouvelles qui régulariseront

(1) Située an village do Lisseweghe i deux lieuea de Bruges. Elle fut d'abord simple prieuré eu 1100, puis abbaye affiliée aux Dunesea 175J.

ce vaste ëdifice. L’église commencée en 1774, ne fut achevée qu’en 1788. (”est un beau bâtiment dans le genre grec. Il offre toute la ni/blesse de l’ordre corinthien. Le vaisseau a trois nefs, se terminant par de beaux autels en marbre. On voit sur l’un d’eux une statue de la Vierge, en albâtre, d’un grand fini. Le chœur est digne d’ùne cathédrale. Le pavé est des plus beaux. On doit aussi remarquer le Jubé, soutenu par quatre colonnes de marbre, d’une seule pièce. On fabrique à Courtrai des nappes de table dites à 'carreaux des Dunes , parccque le dessin en est copié sur le pavement de cette église.

Les cloîtres de l’abbaye présentent un aspect imposant par leur grandeur et par leur architecture. On y voit une quantité de tableaux d’une grande dimension , dont trois paysages peint par Arthois et plusieurs par Balthazar d'Hooghe, religieux des Dunes. Dans l’oratoire qui était jadis le chapitre , on remarque on tableau représentant l'apparition du Saucettr à sainte JJèlènc, par J. D. Gheyn. Le réfectoire , pièce très-spacieuse , est orné des portraits des abbés et des hommes illustres de la maison. On y voit ceux de l’abbé Campmans, de Gérard, frère de saint Bernard, mort en 1138, de l’historiographe Gilles de Roya, mort à Bruges en 1478 (1), de Jean Brandon, né au métier de Hulst, et mort à Bruges en 1428 (2), d’Adrien

(1) Set ouTrsges ont imprimés a Cologne en 1630, aveo la continuation d'Adrien de But.

(3) Son chronodrome ou clironiqne, depuis l'année 800 jusqu’en 1414, n'a jamais été imprimé. Luc de Visch, dans sa Biblioth. script, nrd.Cist., page 176, fait mention de quatre copies de cette chronique, l'une au mont Blandin à Gand , l'autre à l'abbaye d'Oudenburg , une troisième à St-Bertin et une quatrième au collège d'Arras à Louvain.

But, mort en 1488 (1). On y trouve encore les portraits des trois moines des Dunes qui ont été revêtus de la pourpre, Pierre Quicke, évêque de Tournai , qui , en 1506, érigea l’église de St-Sauveur à Bruges en collégiale, Barthélcmi Danckacrt, évêque sulTragant de Terouanne et Jean Caramuel de Lobcowitz , premièrement évêque suSragant de Mayence, et ensuite transféré à plusieurs autres évêchés en Bohême et en Italie. On doit encore remarquer Matthieu Pillaert, né à Warneton, député au concile de Constance, en 1416, par le clergé de France. Le plus beau de ces portraits est celui de Gérard de Bare, par Van Borst. Nous ne ferons que citer les portraits de Robert de Bruges, de la famille de Gruthuyse ; de Thomas Gabyt, martyrisé en Angleterre le 13 mai 1575, et qui résidait dans l’ile de Sheppey , pour y veiller à la direction des biens de son abbaye; de l’abbé Luc de Vriese, d’Ypres, mort en 1733 et exhumé en entier en 1818; des abbés Eugène Van de Velde et Michel Baltynck, peint par François Van Mierop.

La chapelle qui se trouve en face de la porte d’entrée du cloître, servait de sépulture aux abbés; on y voit 'une pierre sépulcrale très ancienne de Wautier de Diekebusch, quatrième abbé des Dunes, mort en 1189. Une troisième indique la sépulture de Charles de Visch, historiographe et auteur de plusieurs ouvrages, entre autres de la Bibliotheca scriptorum Cisterciensis ordinia. II mourut le 11 avril 1666 (3). Dans une antichambre des appartements occupé par le président , il y a une belle

(I) Sa chronique a ëlé imprimée à Cologne en 1620 .

(9) Feller, Dicl. Am/., et Desmet, Hist. delà Belgique, t. li. p. 995, disent à tort qu'il est né à BuUcamps. Il est de Fumes, comme il le dit loi même dans set ouvrages.

▼oe d'A.over8, prise de la tête de Flandre, par J. B. Bonnecroy. Dans le grand salon se tronre une admirable Vierge de Van Oost, le père, et dans une pièce attenante, <|ui sert de yéfeètoi^e aUx professeurs , où voit tous les portraits des évêques de Bruges, peints la plupart par de grands maîtres (1).

Unie élégante tour carrée, surmonte l’extrémité de l'église, et l’angle méridional de l’ancienne abbaye est aussi couronné par une toUr, renfermant un carillon fondu par Blanpain , et qui âxerait davantage l’attention , s’il ne se trouvait dans là ville Où eliste ttn des cbeis-’ d’œuvre de ce genre.

(l) Le» peintre» famenx dtf moyen -âge reçurent pre»<{ue toujours tou» leurs encouragement» de» abbayes et monastère» qui devenaieht fréquemment de véritables musées. C’est pour un abbé de» Dune» que Memling peignit le beau diptique que l’on admire dan» la richet eollection de H. Florent Van Erstborn, à Anvers, ét qui passé pour tra cbef-d'œuvfe.

Cif

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